Jean Ier le Posthume

Jean Ier
Illustration.
Jean Ier, par Jean Dassier, Bibliothèque nationale de France.
Titre
Roi de France

(5 jours)
Couronnement Jamais couronné
Régent Philippe de Poitiers
Prédécesseur Louis X
Successeur Philippe V
Roi de Navarre

(5 jours)
Couronnement Jamais couronné
Régent Philippe de Poitiers
Prédécesseur Louis Ier
Successeur Philippe II
Biographie
Dynastie Capétiens
Date de naissance
Lieu de naissance Paris (France)
Date de décès (à 5 jours)
Lieu de décès Paris (France)
Sépulture Basilique de Saint-Denis
Père Louis X
Mère Clémence de Hongrie

Jean Ier le Posthume
Rois de France
Rois de Navarre

Jean Ier, dit « le Posthume »[1],[2], roi de France et roi de Navarre, est le fils posthume de Louis X le Hutin et de Clémence de Hongrie. Né le 14[3] ou le [4],[5], il ne vécut que cinq jours. Il est enterré dans la basilique Saint-Denis. Le comte de Poitiers, alors régent, fut proclamé roi de France sous le nom de Philippe V.

Histoire

Accession au trône

Le convoi funéraire de Jean le Posthume.

Quand Louis X le Hutin, son père, mourut sans fils pour lui succéder, c'était la première fois depuis Hugues Capet que la succession de père en fils des rois de France était interrompue.

Le principe de la loi salique n’étant pas encore bien établi (puisque le cas ne s’était jamais posé), la fille du roi, Jeanne, aurait pu être proclamée reine, mais ce ne fut pas le cas parce que la reine Clémence, veuve du roi, était enceinte : il s’agissait donc d’attendre de savoir si elle accoucherait d’un garçon, qui aurait alors priorité sur sa demi-sœur.

Dans l'attente de cette naissance, Philippe, frère du roi, fut chargé de la régence du royaume, contre son oncle Charles de Valois.

La venue d'un enfant mâle était donc très attendue pour donner à la France son roi. Dans l’intervalle, les partisans de Philippe commencent à exhumer le principe de la « loi salique », pour que leur poulain puisse monter sur le trône, dans le cas où la reine accoucherait d’une fille.

Mort

Or ce fut un garçon. Mais le nourrisson, proclamé roi de France sous le nom de Jean Ier, mourut quatre jours après sa naissance, sort qui fit de lui « le seul roi de France à avoir régné de sa naissance à sa mort »[6]. La mort prématurée de Jean Ier amena le premier problème de succession de la dynastie capétienne. Son oncle, après l'avoir fait sacrer roi au cours de la cérémonie d'enterrement à Saint-Denis[7], monta sur le trône, aux dépens de sa nièce de cinq ans, Jeanne, fille de Louis X et de Marguerite de Bourgogne.

Son corps est déposé dans la crypte de la basilique Saint-Denis. Son cercueil est profané le 18 octobre 1793, lors de la Révolution française, et son corps jeté dans une fosse commune attenante à la basilique.

Rumeurs

Diverses légendes circulèrent sur cet enfant royal. Tout d'abord, la rumeur voulut que son oncle Philippe V, ou la belle-mère de ce dernier, Mahaut d'Artois, l'eût fait tuer, en l'étouffant ou en lui piquant la tête avec une épingle. D'autres allégations attribuaient à un empoisonnement la mort du roi Louis X, père de l'enfant[8].

Une imposture, survenue quelques dizaines d'années plus tard, vint lancer la rumeur que le petit roi Jean n'était pas mort. Pendant la captivité du roi Jean II le Bon, entre 1356 et 1360, un Siennois du nom de Giannino Baglioni prétendit être Jean Ier et donc l'héritier de la couronne. Il essaya de faire valoir ses droits, mais fut fait prisonnier en Provence. Une étude historique, L'uomo che si credeva re di Francia, publiée en Italie en 2005, fait le point sur ce fait. Selon l'auteur de l'ouvrage, c'est Cola di Rienzo ou bien Giannino lui-même, qui fit fabriquer les faux censés attester que Giannino Baglioni était Jean Ier le Posthume. Peu après leur rencontre en 1354, Cola di Rienzo fut assassiné, et Giannino attendit deux ans avant de faire état de ses prétentions. Il se rendit à la cour de Hongrie, où le roi Louis Ier de Hongrie, neveu de Clémence de Hongrie, le reconnut comme le fils de Louis X et de Clémence, ce qui, d'ailleurs, ne lui servit en rien. En 1360, Giannino se rendit à Avignon, mais le pape Innocent VI refusa de le recevoir. Après plusieurs tentatives pour se faire reconnaître, il fut arrêté et emprisonné à Aix-en-Provence. Transféré d'abord à Marseille et plus tard à Naples, il y mourut en 1362.

Dans sa suite romanesque historique Les Rois maudits, Maurice Druon reprend certaines de ces légendes, en construisant notamment son récit autour de l'hypothèse de la survie de Jean Ier, sauvé et élevé en Italie sous le nom de Giannino Baglioni.

Ascendance

Notes et références

  1. Murielle Gaude-Ferragu, D'or et de cendres : la mort et les funérailles des princes dans le royaume de France au bas Moyen Âge, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », , 395 p. (ISBN 2-85939-878-3, lire en ligne), p. 311.
  2. Jean Ier de France sur le site de la Foundation for Medieval Genealogy, lire en ligne.
  3. Christelle Balouzat-Loubet, Louis X, Philippe V, Charles IV. Les derniers Capétiens, Paris, éditions Passés/Composés, 2019, p. 114 et 115.
  4. (la) Guillaume de Nangis, Chronique latine de Guillaume de Nangis, de 1113 à 1300, avec les continuations de cette chronique, de 1300 à 1368 : Nouvelle édition, revue sur les manuscrits, annotée et publiée pour la Société de l'histoire de France / par H. Géraud, ancien élève de l'École des Chartes, t. 1, Paris, Jules Renouard et Cie, , CXXIV-436 p. (lire en ligne), p. 430, n. 1.
  5. André Burguière (dir.), Jacques Revel (dir.) et Jacques Le Goff (dir.), Histoire de la France, vol. 2 : L'État et les pouvoirs, Paris, Seuil, , 653 p. (ISBN 2-02-010237-4), p. 132.
  6. Frédérique Patat, Quiz Histoire de France, t. 1 : Les Rois, Frédérique Patat, , 125 p. (ISBN 979-10-92188-16-5), p. 4.
  7. L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1990, no 464-474, p. 590.
  8. Langlois 1901, p. 219, [lire en ligne].

Bibliographie

Gisant de Jean Ier le Posthume, à la basilique Saint-Denis, près de Paris, près de celui de son père et de sa sœur.
  • (it) Tommaso di Carpegna Falconieri, L'uomo che si credeva re di Francia : una storia medievale, Roma-Bari, Laterza, coll. « I Robinson. Letture », , VII-286 p. (ISBN 88-420-7619-8)
    Traduction en anglais : (en) Tommaso di Carpegna Falconieri (trad. William McCuaig), The Man Who Believed He was King of France, University of Chicago Press, , 224 p. (ISBN 978-0-2261-4525-9, présentation en ligne). Traduction en français : Tommaso di Carpegna Falconieri (trad. Colette Collomp), L'homme qui se prenait pour le roi de France, Tallandier, , 288 p. (ISBN 9791021031258, présentation en ligne).
  • Charles-Victor Langlois, Saint Louis, Philippe le Bel, les derniers Capétiens directs (1226-1338), t. III, 2e partie, Paris, Librairie Hachette, coll. « Histoire de France depuis les origines jusqu'à la Révolution », , 434 p. (lire en ligne)
    Réédition : Charles-Victor Langlois, Saint Louis, Philippe le Bel, les derniers Capétiens directs (1226-1338), Paris, Jules Tallandier, coll. « Collection Monumenta historiae » (no 2), , 448 p. (ISBN 2-235-00497-0, lire en ligne).
  • Gilles Lecuppre, L'imposture politique au Moyen Âge : la seconde vie des rois, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Le nœud gordien », , 405 p. (présentation en ligne).
  • Éric Le Nabour (préf. Colette Beaune), Les Rois maudits, l'enquête historique, Paris, Perrin, , 296 p. (ISBN 2-262-02396-4, présentation en ligne).
  • Louis Monmerqué, Dissertation historique sur Jean Ier, roi de France et de Navarre ; suivie d'une Charte par laquelle Nicolas de Rienzi reconnaît Giannino, fils supposé de Guccius, comme roi de France, et d'autres documents relatifs à ce fait singulier, Paris, Tabary, bouquiniste éditeur, , 97-32 p., in-4° (notice BnF no FRBNF39363807, présentation en ligne, lire en ligne).
  • François Menant, Hervé Martin, Bernard Merdrignac et Monique Chauvin, Les Capétiens : histoire et dictionnaire, 987-1328, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , LXXIX-1220 p. (ISBN 2-221-05687-6).

Christelle Balouzat-Loubet, Louis X, Philippe V, Charles IV. Les derniers Capétiens, Paris, éditions Passés/Composés, 2019 ; 208 p. (ISBN 978-2-3793-3161-9)

Annexes

Articles connexes