Hipster (jazz)

Un hipster est, durant les années 1940-1950, un artiste bohème américain[1].

Origines du terme

Apparu dans les années 1940, qui désignait à l'origine les amateurs de jazz et en particulier du bebop et bientôt du cool jazz (Birth of the Cool de Miles Davis en étant l'album-manifeste) : les premiers désignés sous cette appellation « hipsters » étaient généralement de jeunes « caucasiens » qui adoptaient le style vestimentaire « tendance » et fréquentaient des lieux où se produisaient des musiciens afro-américains ou latinos, nouvellement appréciés, et où l'on dansait. Le dénominateur commun de tout ce monde noctambule était le rejet de la banalité (incarnée par les « squares », coincés, rétrogrades[2], cherchant la sécurité et s'aliénant dans l'acquiescement politique ; par opposition aux hipsters adoptant la « cool attitude »[3]).

Depuis le début des années 2000, le hipster désigne un individu n'ayant pas adopté certaines habitudes consuméristes et socio-culturelles — et se démarquant par un style vestimentaire, une attitude anticonformiste et, le plus souvent, un attrait pour la musique dansante[2].

Le pianiste blanc Harry Gibson, photographié dans un club à New York avec ses musiciens en 1948 par William P. Gottlieb.

Le préfixe hip, dont l'usage apparaît aux États-Unis au XVIIIe siècle, serait un transfuge de la langue wolof et signifierait « voir », « illuminer », ou de hipi, « ouvrir les yeux ». L'étymologie du mot hippie semble de même nature, et probablement l'une des nombreuses origines de l'expression « hip-hop »[4].

Mais cette allégation est contredite par le fait que, dans les années 1940, la mode était précisément aux pantalons à taille très haute (« zoot allure ») et aux vestes cintrées, moulant la hanche. Certains chercheurs soutiennent que la taille basse contemporaine est l'exemple d'un « mythe du marché, qui a une relation équivoque dans sa vision du monde et son système de valeurs orienté des consommateurs indépendants » ; autrement dit qu'il s'agit d'un hoax à des fins mercantiles[5].

Quant à l'emploi originel du terme « hipster », il naît d'abord de façon certaine dans le contexte musical américain du jazz des années 1940 : il fut popularisé par le pianiste de style hot jazz Harry Gibson, surnommé Harry the hipster, ce que mentionne son album Boogie Woogie In Blue (1944). Hormis la musique et l'usage de cannabis et éventuellement d'autres produits illégaux, l'un des codes qui accompagnent ce mouvement interculturel occidental (point de passage entre communautés blanche, noire et latino) est le « zoot suit », que l'on peut rapprocher du zazou, surgissant en France à la fin des années 1930.

Historique

Dans un texte intitulé « About the Beat Generation »[6] rédigé en 1957, Jack Kerouac décrit les hipsters des années 1940 comme ayant été caractéristiques « d'une certaine Amérique, émergente et itinérante, qui glande, fait de l'auto-stop, se déplaçant partout, et possédant une véritable force spirituelle. »

Dans l'introduction de son poème Howl (1955), Allen Ginsberg emploie ce terme ainsi :

« angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly connection to the starry dynamo in the machinery of night. »

« Hipsters aux têtes d'anges brûlant pour l'ancienne connexion céleste à la dynamo étoilée d'une machinerie de nuit. »

Norman Mailer utilise le mot hipster pour qualifier les existentialistes américains dans The White Negro  (1957-1959).

Enfin, l'auteur Frank Tirro , dans son livre Jazz, définit le hipster ainsi :

« Pour le hipster, Charlie Parker était la référence. Le hipster est un homme souterrain. Il est à la Seconde Guerre mondiale ce que le dadaïste était à la première. Il est amoral, anarchiste, doux et civilisé au point d'en être décadent. Il est toujours dix pas en avant des autres à cause de sa conscience, ce qui peut le conduire à rejeter une femme après l'avoir rencontrée parce qu'il sait où tout cela va mener, alors pourquoi commencer ? Il connaît l'hypocrisie de la bureaucratie, la haine implicite des religions, quelle valeur lui reste-t-il à part traverser la vie en évitant la douleur, surveiller ses émotions, “être cool” et chercher des moyens de “planer”. Il cherche quelque chose qui transcende toutes ces conneries et il le trouve dans le jazz[7]. »

Le hipster commençait pratiquement toujours ses phrases par « comme si » (like if), manière d'indiquer que tout ce qui allait suivre n'était que la description d'une illusion[8].

Bibliographie

  • Barry Gifford et Lawrence Lee (trad. de l'anglais par Brice Matthieussent), Les Vies parallèles de Jack Kerouac [« Jack's Book: An Oral Biography of Jack Kerouac »], Paris, Éditions Rivages, coll. « Bibliothèque étrangère » (no 81), (1re éd. 1978), 470 p. (ISBN 978-2-08-121810-9). 

Notes et références

  1. Vies parallèles, 1993, p. 10.
  2. a et b caminteresse.fr.
  3. Marty Jetser, dans The Dark Ages : la vie aux États-Unis 1945-1960 (1999).
  4. Prentiss Riddle: Language: Hip means "enlightened" in Wolof à partir de Hip: The History de John Leland.
  5. Arsel, Zeynep; Thompson, Craig J. (August 26, 2010). « Demythologizing Consumption Practices: How Consumers Protect their Field-Dependent Identity Investments From Devaluing Marketplace Myths », Journal of Consumer Research. doi:10.1086/656389. JSTOR 10.1086/656389.
  6. « About the Beat Generation » par Jack Kerouac, encadré inclus dans « Aftermath: The Philosophy of the Beat Generation », publié dans le magazine Esquire, mars 1958.
  7. Jazz: A History de Frank Tirro, Norton, 1977.
  8. Marty Jezer, The Dark Ages: Life In The U.S. 1945-1960

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