Georges Bonnet (homme politique, 1889-1973)

Georges Bonnet
Georges Bonnet 1937.jpg
Fonctions
Député
Troisième circonscription de la Dordogne
-
Député
Troisième circonscription de la Dordogne
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Député
Troisième circonscription de la Dordogne
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Député
Dordogne
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Maire de Brantôme ()
-
Garde des Sceaux, ministre de la Justice
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Ministre des Affaires étrangères
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Ministre des Affaires étrangères
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Ministre des Finances
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Ambassadeur de France aux États-Unis
Député
Dordogne
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Ministre du Commerce et de l'Industrie
-
Ministre du Commerce et de l'Industrie
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Ministre des Finances
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Ministre des Finances
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Ministre des Finances
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Ministre des Travaux publics
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Député
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Ministre des Postes et Télécommunications ()
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Ministre du Commerce et de l'Industrie
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Député
Dordogne
-
Ministère de l'Action et des Comptes publics (en)
-
Député
Dordogne
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Ambassadeur
Biographie
Naissance
Décès
(à 83 ans)
Paris
Nationalité
Formation
Activités
Enfant
Autres informations
Religion
Partis politiques
Parti républicain, radical et radical-socialiste ()
Parti radical
Membre de
Conflit
Distinction
Croix de guerre (en)
Archives conservées par

Georges Bonnet, né Étienne Georges Bonnet à Bassillac (Dordogne) le et mort à Paris le , est un homme politique français, député radical-socialiste de la Dordogne de 1924 à 1940 et de 1956 à 1968 et plusieurs fois ministre entre 1925 et 1940.

Biographie

Fils de Gaston Bonnet, magistrat, président de chambre à la cour d'appel de Riom, et de Berthe Catherine Texier, Étienne Georges Bonnet nait en Dordogne, à Bassillac[1], le [2].

À la suite de ses études secondaires au lycée Henri IV, il aborde son cursus universitaire par la philosophie à la faculté de droit de Paris, couronné par le grade de licencié, le . Son mémoire de diplôme d'études supérieures de philosophie à la Sorbonne présente La philosophie du droit chez Savigny, soutenu le [3]. Sa formation subit une interruption de deux années lorsqu'il effectue son service militaire d'octobre 1910 à octobre 1912 au 5ème régiment de dragons. de retour à Paris, , Georges Bonnet s'inscrit au barreau et prête serment le 8 juillet 1913. Il se présente au concours très sélectif du conseil d'Etat en décembre 1913 auquel il est reçu au troisième rang. En 1914, la mobilisation générale décrétée par le gouvernement l'affecte au 5ème régiment de dragons de Compiègne puis il rejoint le front dès le 23 août où il prend part à la bataille de Charleroi ; il est cité à l'ordre de la division pour sa bravoure. Le voilà sur la Marne puis dans l'Aisne au 29ème d'artillerie en 1915. Son frère André, brillant juriste, est tué lors d'une reconnaissance pendant la bataille des Flandres.. L'aîné Charles, lieutenant d'infanterie, est blessé puis interné en Suisse. Le traumatisme subi par le cadet, Georges est profond. De surcroît, ce dernier est avocat commis d'office pour assister en 1915, lors du conseil de guerre, le jeune soldat allemand Pollert retrouvé blessé devant les lignes françaises. Son échec à convaincre les juges le conforte dans son aversion pour la guerre comme tous ceux de la génération du feu. Bonnet rejoint le 29ème régiment d'artillerie avant d'être détaché d'office de son corps en 1916 pour rejoindre le conseil d'Etat[4]. Georges Bonnet se fait connaître du grand public grâce à la publication de L'Ame du soldat[5]. Sa correspondance[6] révèle ses liens étroits avec André François-Poncet et Robert de Jouvenel, son camarade de régiment dont les convictions pacifistes s'affirment au moins depuis 1916.

La cessation des hostilités permet à Georges Bonnet, auditeur au conseil d'Etat, de donner toute sa mesure et de gagner en notoriété, d'abord comme secrétaire de la délégation française lors de la conférence de la Paix qui se tient à Versailles de janvier à juin 1919 puis comme chef de cabinet du sous-secrétaire d'Etat Louis Deschamps, organisateur de la Démobilisation de plusieurs million de soldats. En parallèle, Bonnet livre alors son ouvrage le plus fameux, Lettre à un bourgeois de 1914[7] dans lequel il appelle de ses voeux de profondes réformes sociales et culturelles. On peut établir un étroit parallèle avec l'ouvrage polémique de Robert de Jouvenel, La République des camarades.

Avocat de formation, il épouse en 1920 Odette Pelletan, fille d'André Pelletan et petite-fille d'Eugène Pelletan, ce qui le fait entrer de plain-pied dans le monde de l'« aristocratie républicaine »[8]. Il finit par s'engager dans la politique et occupe divers postes ministériels entre 1924 et 1940. Ministre du budget du au , il est également ministre des Pensions, du Commerce et des Finances. Nommé ambassadeur à Washington, il retourne en France pour devenir ministre des Finances. Nommé président du Conseil le par Albert Lebrun, sa tentative de former un gouvernement avec la droite échoue devant les réticences de la majorité du Parti radical. Il contribue à faire éclater le Front populaire.

Comme ministre des finances, de à , il doit affronter une grave crise financière. Les mesures d'économie budgétaires qu'il met en œuvre apportent un coup d'arrêt à l'effort de réarmement engagé à l'automne 1936. Bonnet déclarait le : « Je dois faire observer qu’un pays qui a de légitimes soucis de défense nationale ne se défend pas seulement avec une armée, une aviation, une marine, mais aussi avec des finances »[9]. Ces restrictions affectent en particulier l'aviation[10] dont le budget est réduit à 3 204 millions de francs, pour cinq milliards estimés nécessaires[11].

Il est ensuite ministre des Affaires étrangères d' à .

Hannah Arendt dans son livre Eichmann à Jérusalem mentionne la politique xénophobe et antisémite de Georges Bonnet : « Peu après Georges Bonnet, ministre français des Affaires étrangères [...] songea à envoyer dans une colonie française les deux cent mille Juifs étrangers résidant en France. Bonnet alla jusqu'à consulter à ce sujet son homologue allemand, Joachim von Ribbentrop en [novembre] 1938 [après la nuit de Cristal][12]. » Il a souligné « qu'on est beaucoup intéressé en France aussi à une solution du problème juif ». Son pays ne veut pas héberger d'autres juifs de l'Allemagne. En outre, il a dit que la France voulait se débarrasser de dix mille juifs quelque part[13].

Il est pour l'apaisement avec l'Allemagne nazie. Partisan des accords de Munich, il est l'artisan d'un engagement de non-agression avec l'Allemagne, signé le à Paris par von Ribbentrop. Winston Churchill, dans son livre La deuxième guerre mondiale - La tragédie de Munich, dit de lui : « Même en dehors des sphères du gouvernement, nous étions nombreux à penser que Bonnet était l'incarnation parfaite du défaitisme, et que toutes ses habiles manœuvres verbales rendaient un son de “paix à tout prix” ».

Il achemine la reconnaissance de jure du gouvernement de Franco qu'il avait soutenu pendant la guerre d'Espagne. Le , lorsqu'il rencontre Juan Negrín venu solliciter l'aide de la France, non seulement il refuse de répondre à la demande de la République espagnole de lui fournir des armes mais en plus il collabore avec le représentant de Franco à Paris et bloque le dernier envoi d'armes soviétiques à destination des républicains espagnols qui transitait par la France[14]. Le , il signe les accords Bérard-Jordana qui reconnaissent la légitimité de Franco sur l'Espagne. Il tente à plusieurs reprises, entre le 1er et le , d'éviter à la France l'entrée en guerre contre l'Allemagne. Quand celle-ci éclate, Georges Bonnet est nommé ministre de la Justice.

Pendant la guerre, il se range du côté du maréchal Pétain, à qui il vote les pleins pouvoirs, le . À partir de 1941, il est membre du Conseil national, un organe du pouvoir vichyste.

Après la guerre, il s'exile en Suisse pour échapper aux poursuites en raison de sa collaboration avec le régime de Vichy et y demeure jusqu'en 1950.

De retour en France, il relance sa carrière politique. Le 7 octobre 1951, Georges Bonnet est élu au premier tour conseiller général de Champagnac-de-Belair[15]. Cette entrée au Conseil général donne lieu à un duel au sommet entre Bonnet et Yves Péron, le chef de file du PCF. Bénéficiant du soutien d’un petit noyau de conseillers ainsi que de la neutralité de Robert Lacoste, il se pose en leader départemental.

Désormais personnage clef au Parti radical de la Dordogne, auquel il donne ambition et dynamisme qui contrastent avec la lassitude éprouvée par Yvon Delbos, ce dernier décède en 1956.

Il est député de la Dordogne de 1956 à 1968 et maire de Brantôme de 1955 à 1965. Il préside le Centre des hautes études américaines à partir de 1959.

Georges Bonnet, décède dans la matinée du 18 juin 1973, en son domicile parisien, au terme d'une longue et douloureuse maladie. Il est inhumé au cimetière de Brantôme.

Fonctions gouvernementales

Sources

  • « Georges Bonnet (homme politique, 1889-1973) », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Les papiers personnels de Georges Bonnet sont conservés aux Archives nationales sous la cote 685AP[16].

Notes et références

  1. Guy Penaud, Dictionnaire biographique du Périgord, Éditions Fanlac, 1999, (ISBN 2-86577-214-4), p. 133.
  2. Registre des naissances de 1889 à Bassillac, p. 6, consulté le 23 mars 2017.
  3. Jacques Puyaubert, Georges Bonnet (1889-1973). Les combats d'un pacifiste, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 371 p. (ISBN 978-27535-0424-0), p. 24-26
  4. Jacques Puyaubert, Georges Bonnet (1889-1973). Etude biographique, Thèse de doctorat, , 1035 p., pages 48-49
  5. Georges Bonnet, L'Ame du soldat, Paris, Payot,
  6. Jacques Puyaubert, « A la découverte du fonds privé Georges Bonnet (1837-1974) », Revue historique de Bordeaux et de la Gironde,‎ , p. 211-230 (ISSN 0242-6838)
  7. Georges Bonnet, Lettres à un bourgeois de 1914, Paris, Payot,
  8. Paul Baquiast: une dynastie de la bourgeoisie républicaine: les Pelletan; L'Harmattan, 1996
  9. Robert Fank, Le prix du réarmement français (1935-1939), Paris, Publications de la Sorbonne, , 382 p. (ISBN 2-85944-050-X), p. 165
  10. « Le Nieuport 161-165, un autre destin pour un chasseur d'exception », sur SAM40.fr, (consulté le 29 mai 2019)
  11. Robert Frank, Op. cité, p. 84
  12. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, éd. Gallimard, coll. « Folio Histoire », p. 162.
  13. Cf. Das Auswärtige Amt und der Holocaust. Die drängende Sorge, überflüssig zu werden. FAZ.NET, 14 novembre 2010. Ici, texte en allemand : « Bei einem Besuch bei Ribbentrop protestierte er [Bonnet] nicht etwa, sondern betonte, „wie sehr man in Frankreich an einer Lösung des Judenproblems interessiert sei“. Sein Land möge keine weiteren Juden aus Deutschland aufnehmen, daher fragte er, ob man nicht „irgendwelche Maßnahmen“ treffen könne, damit sie nicht mehr nach Frankreich kommen“. Außerdem bemerkte er, dass auch Frankreich zehntausend Juden „irgendwohin loswerden“ wolle. »
  14. (es) Miralles, Ricardo, Juan Negrín : la República en guerra, Madrid, Ed. Temas de Hoy, , 423 p. (ISBN 84-8460-301-6 et 978-84-8460-301-6, OCLC 250269916, lire en ligne)
  15. « Georges, Etienne Bonnet », sur assemblee-nationale.fr.
  16. Salle des inventaires virtuelle, Archives nationales.

Liens externes

Bibliographie

  • Jacques Puyaubert (préf. Sylvie Guillaume), Georges Bonnet (1889-1973) : les combats d'un pacifiste, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 371 p. (ISBN 978-2-7535-0424-0).
  • Jacques Puyaubert, Georges Bonnet (1889-1973). Etude biographique, thèse de doctorat, Université Michel de Montaigne-Bordeaux III, sous la direction de Sylvie Guillaume, 2001, 3 tomes, 1035 pages et un volume d'annexes, 256 pages.