Géante (mythologie)

Une géante est un géant de sexe féminin. Le terme peut se référer à un être mythique ressemblant à une femme de taille et de force surhumaines.

Géantes dans la mythologie et le folklore

Folklore turc

Dans le folklore turc, un homme tétant le lait d'une « mère géante » (dev anası) est un thème narratif courant. Ainsi, un homme (le héros) est censé boire le lait d'une géante sans se faire remarquer. Ainsi, il deviendra son enfant adoptif et la géante ne l'attaquera pas. Ces motifs se retrouvent dans les contes Altın Bülbül (Rossignol doré) et Seksen Göz (Quatre-vingts yeux)[1].

Hindouisme

Fichier:Brooklyn Museum - Krishna Battles the Demoness Putana Page from an Unidentified Hindu Manuscript-crop.jpg
Les parents de Krishna récupèrent le bébé du sein de la géante Putana. L'image du bas représente la crémation de Putana. Manuscrit indien (vers 1890)

Les géantes sont assez courantes dans la religion hindoue.

La plus ancienne mention d'une géante apparait dans le Mahabharata (texte épopée-religieux du 3ème siècle avant JC environ) et met en scène la démone Putana qui tente de tuer Krishna, Putana étant généralement représentée comme une géante:

À la demande du méchant roi Kamsa – oncle du dieu nouveau-né Krishna – Putana empoisonne ses mamelons et son lait pour détruire le jeune Krishna, prenant l'apparence d'une villageoise ordinaire (de taille normale). Mais Krishna aspire sa force vitale (son prana, ou énergie spirituelle) en même temps qu'il tète le lait, la transformant en carcasse. À ce moment-là, Purana ne peut plus cacher sa forme originale : elle reprend sa stature de plusieurs centaines de mètres de haut et, tombant alors qu'elle agonise, écrase une forêt entière[2]. En entendant les cris de la démone mourante, Yashoda accourt, trouvant le cadavre portant toujours son enfant dans ses bras. Yashoda l'attrape et agite une brosse en queue de vache sur lui, afin de le protéger du mal[3]. Cependant, parce que Krishna l'a acceptée même momentanément comme nourrice, Putana a atteint le monde spirituel, malgré tout son mauvais karma de démon[2].

Cette légende a été reprise dans plusieurs Puranas ultérieurs, parmi lesquels le Bhagavata Purana (datant environ du 10ème siècle après JC), qui présente la version la plus détaillée.

Mythologie balte

En 543, selon l'étymologie populaire du nom de la municipalité de Neringa, il existait une fille géante nommée Neringa au bord de la mer qui formait l'isthme de Courlande, qui aidait les pêcheurs[4].

Mythologie celte

Les géantes sont des personnages du folklore commun en Écosse, en Irlande et au Pays de Galles. Elles sont souvent décrites en tant que beauté, dans les dernières versions du mythe[Lequel ?], ressemblant à des Vikings qui auraient accosté. Un exemple de géante notable dans la mythologie irlandaise est Béḃinn .

Mythologie grecque

Bien que la mythologie gréco-romaine contienne de nombreuses références aux géantes, peu d'informations sont données à leur sujet (ce qui contraste fortement avec les histoires détaillées des géants mâles).

Titanides ou géantes

Fichier:Tithonos Eos Louvre G438 detail.jpg
La Titanide Eos poursuit l'objet de son affection, le réticent Tithonos, sur un oinochoé attique du Peintre d'Achille, ca. 470 avant JC – 460 avant notre ère (Louvre)

Les Titanides, sœurs et enfants des Titans, n’étaient peut-être pas considérées à l’origine comme des géantes mais les poètes hellénistiques et latins ultérieurs ont eu tendance à confondre Titans et Géants. Dans un fragment survivant du poème de Naevius sur la guerre punique, il décrit les Gigantes Runcus et Purpureus (Porphyrion) :

Inerant signa expressa, quo modo Titani
bicorpores Gigantes, magnique Atlantes
Runcus ac Purpureus filii Terras.

Eduard Fraenkel remarque à propos de ces lignes, avec leur pluriel très inhabituel Atlantes : « Cela ne nous surprend pas de trouver les noms Titani et Gigantes employés indistinctement pour désigner les mêmes créatures mythologiques, car nous sommes habitués à l'identification, ou à la confusion, de ces deux types de monstres qui, bien que non originaux, étaient probablement devenus assez courants à l'époque de Naevius[5] ».

Les Lestrygons

Illustration de John Flaxman pour l’Odyssée (1810)

Les membres féminins du peuple des Lestrygons, peuple mythique de géants féroces et anthropophages, sont des géantes. Deux d'entre elles, la reine et la princesse des Lestrygons, se distinguent dans l'Odyssée.

En effet, Ulyssse rendit visite au Lestrygons lors de son voyage de retour à Ithaque. "Ses soldats, avec une douzaine de navires, arrivent à 'la forteresse rocheuse de Lamos : Télépyle, la ville des Lestrygons'[6]. Ulysse, qui garde son propre navire à l'extérieur du port, caché dans une crique près du rivage, escalade un haut rocher pour effectuer une reconnaissance mais ne voit rien d'autre qu'un peu de fumée s'élevant du sol. Il envoi deux membres de sa compagnie et un préposé enquêter sur les habitants. Les hommes suivent une route et rencontrent finalement une jeune femme qui se dirigeait vers la fontaine d'Artakia (la « source de l'Ours ») pour chercher de l'eau. Elle leur dit qu'elle était une fille d'Antiphatès[7], le roi, et les dirigea vers sa maison. Cependant, lorsqu'ils arrivèrent sur place, ils trouvèrent une femme immense, « haute comme le sommet d'une montagne »[6], qui suscite par sa taille une impression d'effroi chez les compagnons d'Ulysse. La reine appelle aussitôt son mari qui quitte immédiatement l'assemblée du peuple et, à son arrivée, saisit l'un des hommes et le tue sur place, le dévorant probablement alors (il est dit dans l'Odyssée qu'il ne rencontrait les hommes que dans l'intention de les manger)[6]. Les deux autres hommes, Euryloque et Polites, s'enfuirent, mais Antiphatès poussa un cri, de sorte qu'ils furent poursuivis par des milliers de Lestrygons qui jetèrent de vastes rochers depuis les falaises, brisant les navires, et transpercèrent les hommes comme des poissons. Ulysse s'en réchappe avec son seul navire parce qu'il n'était pas coincé dans le port ; les onze autres navires tous perdus[6].

Mythologie nordique

Fichier:Fenja och Menja vid kvarnen Grotte (xylograph).JPG
Les gýgjar esclaves Fenja et Menja complotent pour se venger de leur propriétaire égoïste, le roi Fróði.

Les jötnar de sexe féminin jouent un rôle de premier plan dans la mythologie nordique, où elles sont appelées spécifiquement gýgr, íviðja et tröllkona. Bien que ces termes soient souvent traduits par « géantes », elles ne sont souvent pas particulièrement immense dans les textes contenant les traditions les plus anciennes et les termes sont souvent non traduits[8],[9],[10].

Les gýgjar notables incluent :

  • Gríðr - une gýgr qui a sauvé la vie de Thor. Elle était au courant des plans du jötunn Geirröd visant à tuer Thor et entreprend de l'aider en lui fournissant une ceinture de force, une paire de gants de fer magiques et une baguette magique[11]
  • Gerd - Une belle gýgr dont Freyr est tombé amoureux au premier regard, comme le raconte le Skírnismál. Après l'avoir épousé, elle est devenue la mère du mythique roi suédois Fjölnir[11].
  • Skadi - La fille de Þjazi, que les dieux avaient tué. Après avoir voyagé jusqu'à Ásgarðr depuis Þrymheimr, elle accepta de renoncer à sa vengeance à deux conditions : qu'ils lui permettent de choisir un mari parmi eux et qu'ils réussissent à la faire rire. Les dieux lui permettaient de choisir un mari, mais elle ne devait le choisir qu'à ses pieds ; elle a choisi Njörd parce que ses pieds étaient si beaux et blancs qu'elle pensait qu'il était Baldr. Puis Loki réussit à la faire rire, la paix fut donc rétablie et Odin fit apparaître deux étoiles dans les yeux de Þjazi. Après un certain temps, elle et son mari se sont séparés parce qu'elle aimait les montagnes, alors qu'il voulait vivre près de la mer à Nóatún[11].
  • Hyrrokkin - Une gýgr qui est venu chevauchant un loup aux funérailles de Baldr et a poussé le navire sur lequel il avait été posé avec une telle énergie que du feu a jailli des rames et toute la terre a tremblé[11].
  • Thokk - Le seul être qui a refusé de pleurer après la mort de Baldr, ce qui a amené Hel à ne libérer ce dernier des enfers qu'après Ragnarök. Selon Snorri Sturluson, Thokk était en fait Loki déguisé[11].

Dans la culture moderne

Littérature européenne

Les géantes apparaissent occasionnellement dans des littératures européennes récentes. Charles Baudelaire, dans son cycle poétique Les Fleurs du mal (1861) présente une femme géante en tant que puissant symbole érotique (XIX - La Géante)[12] :

Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux.
J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux;
Deviner si son cœur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux;

Références

  1. « Türk Halk Anlatmalarında Süt », sur tez.yok.gov.tr (consulté le )
  2. 2,0 et 2,1 Herbert, J., « Sakata and Putana », dans Encyclopaedia Indica, Shashi, Shyam Singh, (ISBN 81-7041-859-3, lire en ligne)
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    • soit d'une confusion entre les paramètres périodique et éditeur.
    Merci de consulter la documentation des modèles et de corriger l'article.
    , Pages 842-4
  3. (en) www.wisdomlib.org, « Killing of Putana [Chapter V] », sur www.wisdomlib.org, (consulté le )
  4. Gitana Kazimieraitienė, Legendos pasakoja. Lietuvos geografiniai objektai, Kaunas, „Šviesa“, 2008, (ISBN 5430047694) (online)
  5. E. Fraenkel, « The Giants in the Poem of Naevius », The Journal of Roman Studies, 44, 1954, p. 14-17, voir p. 15 et la note.
  6. 6,0 6,1 6,2 et 6,3 The Odyssey, disponible sur le site du projet Gutenberg .. Livre X.
  7. Jean Tzétzès, Chiliades, 10.60 ligne 902
  8. Lotte Motz, « Giants in Folklore and Mythology: A New Approach », Folklore, vol. 93, no 1,‎ , p. 70–84 (ISSN 0015-587X, DOI 10.1080/0015587X.1982.9716221, JSTOR 1260141, lire en ligne, consulté le )
  9. Ingunn Ásdísardóttir, Jǫtnar in War and Peace : the Jǫtnar in Old Norse mythology : their nature and function, University of Iceland, School of Social Sciences, (OCLC 1113408226) [lire en ligne] 
  10. Some translators of the Poetic Edda do not render the word jötunn to giant. For example, in the Foreword to Jeramy Dodds's translation of the Poetic Edda, Terry Gunnell says that jötnar is "sometimes wrongly translated as 'giantsModèle:'" and instead uses jötunns. (Dodds 2014:9).
  11. 11,0 11,1 11,2 11,3 et 11,4 Rudolf Simek, Dictionary of northern mythology, Cambridge [England], D.S. Brewer, (ISBN 9780859915137) 
  12. (fr) « Les Fleurs du mal » (consulté le )

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