Friedrich Hayek

Friedrich Hayek
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Société du Mont-Pèlerin
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Neustifter Friedhof ()
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Friedrich August von Hayek
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Friedrich Hayek, né Friedrich August von Hayek le à Vienne et mort le à Fribourg-en-Brisgau, est un économiste et philosophe britannique originaire d'Autriche[1]. Hayek est l'un des penseurs les plus importants du libéralisme au XXe siècle.

Il est considéré comme un économiste et un penseur politique majeur[2],[3]. Hayek a travaillé dans le domaine de l'économie de l'information, il a analysé les causes des crises économiques en particulier de celle de 1929, il a développé aussi une théorie de l'entrepreneuriat, du rôle des institutions politiques et des réformes nécessaires selon lui du système monétaire moderne.

Ses analyses sur les crises et sur les cycles économiques lui ont valu son prix Nobel[4],[5] qu'il partage avec Gunnar Myrdal le prix dit Nobel d'économie en 1974 pour « ses travaux pionniers dans la théorie de la monnaie et des fluctuations économiques et pour son analyse de l'interdépendance des phénomènes économiques, sociaux et institutionnels »[6]. Il appartient aux côtés de Menger et de von Mises à l'École autrichienne qui prône un libéralisme différent du libéralisme néo-classique majoritaire qui consiste à récuser la mathématisation de l'économie, à considérer que les crises économiques sont causées par des bulles spéculatives et qui se sépare ainsi du modèle dominant incarné notamment par Milton Friedman.

Il vécut en Autriche, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne, et a été naturalisé britannique en 1938. Il passa la majeure partie de sa vie académique à la London School of Economics (LSE), l'université de Chicago et l'université de Fribourg-en-Brisgau.

Biographie

Enfance et jeunesse en Autriche

Friedrich Hayek naît à Vienne sous l'Empire austro-hongrois dans une famille d'intellectuels : son père, August von Hayek, professeur de botanique à Vienne, a écrit un ouvrage de botanique réputé, tandis qu'il est cousin de Ludwig Wittgenstein par sa mère, née Felicitas von Juraschek. En 1917, il rejoint le régiment d'artillerie dans l'armée de terre austro-hongroise et combat sur le Front italien. Une grande partie de son expérience de combat fut en tant que spotter dans l'aviation. Hayek a souffert de dommages auditifs à son oreille gauche durant la Première Guerre mondiale[7], et a été décoré pour bravoure. Durant la guerre, il a également survécu à la grippe espagnole[8]. Hayek déclara à propos de son expérience de guerre : « L'influence décisive fut véritablement la Première Guerre mondiale. Elle attire certainement votre attention sur les problèmes d'organisation politique ». Par la suite, il promit de travailler pour un monde meilleur[9].

Hayek a servi durant la Première Guerre mondiale et déclara que son expérience dans la guerre et son désir d'aider à éviter de nouveau les erreurs qui ont conduit à ce conflit l'ont amené à étudier les sciences économiques.

Il fait des études de droit et de sciences politiques à l'université de Vienne dont il est diplômé en 1921 (doctorat de droit) et 1923 (doctorat de sciences politiques). Touchant à nombre de domaines de la connaissance, il étudie également la psychologie et l'économie. Il considérait en effet qu'un bon économiste devait s'intéresser à tous les champs de la connaissance[10]. Initialement proche des idées socialistes et notamment des Fabiens[11], il se rapproche des idées libérales après avoir suivi un séminaire privé de Ludwig von Mises avec, entre autres, Fritz Machlup. Il a reçu l'enseignement de Friedrich von Wieser avant de rencontrer Ludwig von Mises et de lire sous sa direction les ouvrages de Carl Menger et Eugen von Böhm-Bawerk.

Premiers séjours aux États-Unis et au Royaume-Uni

De 1923 à 1924, Hayek est l'assistant du professeur Jeremiah W. Jenks de l'université de New York. Durant son séjour à New York, au cours duquel il commence sous la direction de James D. Magee une troisième thèse — qu'il laisse inachevée — intitulée « Est-ce que la fonction de la monnaie est compatible avec une stabilisation artificielle du pouvoir d'achat ? », il suit aussi des cours à l'université Columbia et à la New School for Social Research. Grâce à des lettres de recommandation de Joseph Schumpeter, il rencontre Irving Fisher et des institutionnalistes américains tels que John Bates Clark et Wesley Clair Mitchell[12]. De retour en Autriche, il travaille pour le gouvernement autrichien, l'aidant à résoudre les questions économiques afférentes au traité qui met fin à la Première Guerre mondiale.

Il jouit alors d'une certaine notoriété, qui lui permet d'être invité en 1931 par l'économiste Lionel Robbins pour une série de quatre conférences à la London School of Economics (LSE), où il est ensuite nommé professeur. Cet établissement compte alors dans son corps professoral des hommes qui auront une forte influence sur l'Angleterre de l'après-guerre : William Beveridge (directeur jusqu'en 1937), Harold Laski, professeur de science politique qui devient de plus en plus proche du communisme, Hugh Dalton[13] qui sera après guerre ministre des finances (chancelier de l'Échiquier) dans le gouvernement de Clement Attlee.

Refusant de rejoindre l'Autriche annexée par les Allemands, il acquiert en 1938 la nationalité britannique. La même année, il participe au Colloque Walter Lippmann qui réunit à Paris de nombreux intellectuels libéraux, désireux de refonder le libéralisme. Sa réputation en tant qu'économiste grandit dans les années 1930 mais ses théories sont très mal reçues par les partisans de Keynes. Hayek regrettera d'ailleurs toute sa vie d'avoir décliné les invitations à contre-argumenter sur les politiques keynésiennes.

Hayek après 1945 ou la longue traversée du désert

En 1944 paraît son ouvrage le plus lu, La Route de la servitude. Il s'agit d'une analyse du totalitarisme qui se positionne à contre-courant des grandes idéologies qui dominent l'époque, nazisme et communisme. La thèse centrale est que la socialisation de l'économie et l'intervention massive de l'État sur le marché débouchent sur la suppression des libertés individuelles. Le pouvoir coercitif de l'État transforme toute question économique ou sociale en question politique. Il considère qu'il n'existe pas de différence de nature mais seulement de degré entre le communisme et le nazisme, entre socialisme et totalitarisme. C'est un succès commercial traduit en 20 langues et ayant connu plus de 30 rééditions aux États-Unis. Son édition abrégée dans le Readers' Digest en 1945 toucha environ 600 000 lecteurs américains[14]. Ce livre n'est pas simplement une réflexion sur les grandes idéologies, il combat aussi les idées de Beatrice et de Sidney Webb[15], deux des fondateurs de la London School of Economics, de Harold Laski[16] et de Edward Hallett Carr. Hayek ne triomphera pas et ce sont plutôt les idées de ceux auxquels il s'est opposé qui l'emporteront dans l'Angleterre de l'après-guerre. Si l'ouvrage le fait connaître du grand public, il acquiert une réputation de polémiste qui le dessert dans le monde académique. Il passera les décennies suivantes à l'écart du courant dominant universitaire. Plus tard, Hayek estimera qu'à cette époque son ouvrage l'a « discrédité » dans les milieux académiques[17].

En avril 1947, il cofonde la Société du Mont-Pèlerin, association internationale d'intellectuels désireux de promouvoir le libéralisme. Il en est président de 1947 à 1961 et y reste très influent jusqu'à sa mort.

En 1950, il quitte la LSE pour l'université de Chicago. Refusé au département d'économie[note 1], il enseigne les « social thoughts » (littéralement, les pensées sociales). Sa position n'est pas rémunérée mais il est financé par des mécènes, dont le Liberty Fund. S'il y côtoie des économistes comme Milton Friedman, ses centres d'intérêt sont plutôt tournés vers la psychologie et la philosophie politique. De 1962 à 1968, année où il cesse d'enseigner, il est professeur à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Il restera cependant professeur invité à l'université de Salzbourg jusqu'en 1992.

La consécration des années 1970 : le prix Nobel d'économie

En 1974, il partage le « prix Nobel d'économie » avec Gunnar Myrdal, un rival idéologique, pour « ses travaux pionniers dans la théorie de la monnaie et des fluctuations économiques et pour son analyse pénétrante de l'interdépendance des phénomènes économiques, sociaux et institutionnels »[18], des travaux menés principalement dans les années 1930. Le comité salue une réflexion profonde et originale qui contribua peut-être à faire de lui un des rares économistes à alerter de la possibilité d'une crise économique majeure avant le krach d'automne 1929 : pour le comité Nobel, Hayek a montré comment l'expansion monétaire, accompagnée d'un crédit excédant le taux d'épargne volontaire, pouvait mener à une mauvaise allocation des ressources, affectant particulièrement la structure du capital.

En 1984, Jacques Chirac, alors maire de Paris, lui remet la Médaille de la Ville de Paris[19],[20].

Cette récompense entraîne un regain d'intérêt pour l'école autrichienne d'économie. Il reçoit la médaille présidentielle de la Liberté en 1991.

Pensée de Hayek

La pensée économique de Hayek est marquée par deux grandes phases : des années 1920 jusqu'aux années 1940, Hayek a travaillé sur les questions d'information, du rôle de l'ignorance dans l'activité économique, sur les causes des crises économiques et en particulier de celle de 1929. Son travail est alors essentiellement tourné vers les questions économiques au sens étroit du terme. En revanche, après 1945, son travail évolue et il aborde des problèmes plus spécifiquement politiques et il écrit davantage pour le grand public et non plus uniquement pour les autres économistes.

Sa pensée n'évolue pas de manière substantielle tout au long de sa vie. Les questions liées au rôle de l'information, de la place de l'État dans l'économie et des liens entre monnaie et stabilité - ou les crises - économiques sont des fils rouges de ses travaux.

Naissance de la pensée de Hayek dans les années 1920 : prix et théorie de l'information

Le point de départ de la pensée de Hayek est la question du rôle de l'information dans l'économie. Selon lui, l'homme n'a pas accès à l'ensemble de la connaissance possible, mais uniquement à une partie des connaissances, des savoirs et des informations possibles. Cette limitation de la connaissance humaine est fondamentale pour les travaux de Hayek [21]. Il développe dès les années 1920 cette idée avant même qu'il se tourne vers l'économie. Il en tire la conclusion que l'activité économique est directement déterminée par la situation d'ignorance dans laquelle se trouve le cerveau humain. L'entrepreneur n'a pas accès à l'ensemble des informations dont il aurait potentiellement besoin : il ne sait pas la stratégie de ses concurrents, l'évolution future des marchés, il n'a aucune certitude que ses investissements seront rentables[22].

La seule source d'information selon Hayek sont les prix. Les prix indiquent en effet la valeur relative des biens et services sur le marché. Un prix élevé ou faible envoient des signaux différents d'après Hayek et qui permettent à l'entrepreneur de s'orienter.

Le regard de Hayek sur l'information contenue dans les prix et son impact sur la coordination des actions des agents économiques résultant en un ordre spontané est parfois considéré comme une contribution majeure en économie[23]. Cependant certains auteurs contestent la théorie développée par Hayek, basée selon eux sur une mauvaise compréhension de la théorie de l'information[24]. Les auteurs de l'ouvrage Classical Econophysics estiment ainsi que, dans le cadre de la théorie algorithmique de l'information, l'argument principal de Hayek se retourne contre lui : si l'efficacité d'une économie repose sur l'utilisation d'informations distribuées sur un grand nombre d'agents, une planification, grâce à l'informatique moderne, s'avère en conséquence possible et plus efficace.

Dès ses premiers écrits de théorie politique[25], Hayek a trouvé des auteurs libéraux pour juger qu'il allait trop loin dans sa critique du « rationalisme ».

Théorie de la conjoncture et des crises économiques dans les années 1920 et 1930

Dans Prix et production (Prices and Production, 1931) et La Théorie pure du capital (The Pure Theory of Capital, 1941), il développe la théorie autrichienne de la conjoncture fondée par Ludwig von Mises selon laquelle la crise économique est provoquée par la politique monétaire expansionniste de la banque centrale qui fausse le système de prix relatifs dans la structure de production ; l'excès de crédit développe exagérément les étages de cette structure les plus éloignés de la consommation finale, où les hausses de prix révèleront ensuite que les investissements n'étaient pas rentables. Dans ces conditions, la politique d'ajustement devrait consister à laisser les prix revenir à leur configuration d'équilibre, tout en renonçant à l'excès de crédit et — contrairement à Keynes — en encourageant l'épargne pour réduire plus rapidement l'écart entre l'investissement et son financement, que la crise a révélé. Cette théorie de la conjoncture lui vaut le prix Nobel d'économie.

La théorie économique autrichienne commence par énumérer les lois logiques de l'économie, et tient qu'il n'y en a pas d'autres qui soient stables (dualisme méthodologique). La différence majeure de son approche conjoncturelle est d'étudier la conjoncture en tenant compte du système des prix, et de la manière dont la planification centrale de la production de monnaie par la banque centrale fausse l'information dont ces prix sont porteurs.

Critique du keynésianisme

Incarnant la tradition qui attribue les crises économiques et financières aux investissements mal dirigés par une politique d'excès de crédit, il rejette les explications de la conjoncture — qu'il juge ignorantes et superficielles[26] — avancées par son ami et adversaire[27] John Maynard Keynes qu'il décrit en 1976 comme un « homme de grande intelligence mais aux connaissances limitées en théorie économique[28] ». Il lui reproche toutefois d'avoir déclaré « avoir toujours été et vouloir rester toujours un immoraliste »[29]. Il regrettera de ne pas avoir, le jugeant inconstant et opportuniste, écrit à temps contre sa Théorie générale la réfutation qu'elle appelait. Par la suite, néanmoins, il se fera un jeu de montrer comment les politiques keynésiennes de relance économique, fondées sur l'utilisation du budget public, produisent sur le long terme à la fois inflation, stagnation économique et chômage (telle la stagflation des années 1970 en Angleterre et ailleurs), combinaison que la « macroéconomie » keynésienne excluait par hypothèse. Comme son mentor Mises, Hayek aura toujours rejeté la méthode macroéconomique de construction de « modèles » fondés sur des corrélations entre des agrégats[30], voyant dans les phénomènes conjoncturels un désordre de l'ensemble du système de prix, et jugeant entre autres que la notion de « niveau général des prix » masquait l'essentiel des phénomènes pertinents.

Différences entre Milton Friedman et Hayek

Les explications de la crise de 1929 par Hayek et l'École autrichienne diffèrent en profondeur de celle de Milton Friedman qui représente le courant dominant du libéralisme, l'école néo-classique. Pour Hayek, la crise de 1929 tient à un excès de crédit et à l'apparition de bulles spéculatives qui ont fini par exploser. La cause de la crise de 1929 tient au système bancaire selon Hayek dont il faut accepter qu'il revienne à la normal après ses excès spéculatifs. En revanche, pour Friedman, c'est la banque centrale américaine, la Fed, qui est à l'origine de la crise de 1929.

Selon Friedman, on peut en effet considérer que ces observations apportent la preuve (causalité à la Granger) que ce sont bien les fluctuations de la masse monétaire qui causent les retournements de cycles économiques et non l'inverse. Il était particulièrement critique vis-à-vis de la politique menée lors de la Grande Dépression des années 1930, au sujet de laquelle il écrivit[31] :

« La Fed est largement responsable de [l'ampleur de la crise de 1929]. Au lieu d'user de son pouvoir pour compenser la crise, elle réduisit d'un tiers la masse monétaire entre 1929 et 1933… Loin d'être un échec du système de libre entreprise, la crise a été un échec tragique de l'État. »

— Milton Friedman, Two lucky people : Memoirs

Hayek après la Seconde Guerre mondiale : La route de la servitude

Paru en 1944 au Royaume-Uni, le texte de Hayek défend le système de marché libre britannique et avertit des dangers du collectivisme. Pour Hayek, la conséquence ultime du planisme économique est le contrôle de l'univers politique et la disparition des libertés ; en ce sens les politiques que désirent les socialistes sont le cheval de Troie des idées totalitaires qu'ils rejettent[32],[33],[34].

Né en Autriche-Hongrie, Friedrich Hayek, économiste reconnu, a choisi la nationalité Britannique en 1938 après l'Anschluss. Il réside à Londres où il enseigne à la London School of Economics. Il commence à écrire ce livre au début des années 1940, alors que le monde est en pleine Seconde Guerre mondiale.

Au moment où il publie son ouvrage en 1944[35], il craint que les desseins économiques pour l’après-guerre d'une partie de l’élite du Royaume-Uni, n'engendrent les mêmes situations que celles qui ont contribué à l’apparition des régimes fascistes ou totalitaires en Allemagne ou en URSS, et se propose d'en expliquer l'origine. Une partie importante de l'électorat des pays d'Europe penche alors en faveur du communisme.

Il cherche en effet à combattre les idées prônant un interventionnisme fort de l’État dans l’économie en cas de crise, idées défendues par son ami John Maynard Keynes, ainsi que les économistes dits « keynésiens » qui reprennent les idées de Keynes et recommandent une intervention étatique permanente dans l'activité économique. Keynes cependant se dira en accord avec la plupart des idées du texte de Hayek[36].

De plus, l’économiste britannique William Henry Beveridge avait remis en 1942 un rapport au Parlement britannique intitulé Social Insurance and Allied Services, prônant la mise en place d'un État-providence (Welfare State) et d'un système « beveridgien » de sécurité sociale administrant l'assurance chômage, l'assurance maladie et un système obligatoire de retraite par répartition. Ce système sera effectivement mis en place au Royaume-Uni dans l'après-guerre après la victoire des travaillistes aux élections et durera jusque dans les années 1980.

Analysant les régimes totalitaires, le livre est essentiellement un avertissement contre la socialisation de l’économie qui selon Hayek pousse les citoyens sur la route de la servitude et conduit les démocraties occidentales à de graves dérives, jusqu'à la dictature d'une minorité sur le peuple. Le livre est un fervent plaidoyer en faveur des régimes libéraux. Bien qu'il n’empêche pas la domination des idées keynésiennes dans les années d'après-guerre et la mise en place d’économies interventionnistes et planifiées dans les pays occidentaux, le livre a une grande influence sur la pensée libérale et finit par contribuer à la « révolution libérale » des années 1980. En particulier, il a eu une grande influence sur les laboratoires d'idées libéraux-conservateurs et a inspiré le programme de Margaret Thatcher[37] au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis.

Droit, législation et liberté, l’œuvre majeure d'une vie

Dans Droit, législation et liberté, Friedrich Hayek présente deux visions de la société, l'une fondée sur l'« ordre fabriqué », l'autre sur l'« ordre mûri »[38]. À ces deux visions de la société correspondent deux visions de la loi : respectivement la législation ou le droit. Défendant la société de droit, il s'oppose aux tenants du « contrat social ». Pour Hayek, le droit précède et surpasse la législation.

En se fondant sur une épistémologie qui insiste sur les limitations des connaissances humaines, Hayek explique que le niveau de complexité atteint par nos sociétés n'a pas été permis par des législateurs éclairés mais est au contraire le produit de forces spontanées. Il défend donc l'ordre spontané et ce qu'il appelle la catallaxie. L'échange libre entre individus par le marché, seul moyen de coordonner sans contrainte les actions de personnes qui ne se connaissent pas et partagent des objectifs différents, est le meilleur fondement d'une société libre : « chacun est conduit, par le gain qui lui est visible, à servir des besoins qui lui sont invisibles »[39]. Cet ordre est nécessairement fondé sur des règles de droit abstraites par opposition aux règles des sociétés étroites et primitives qui défendent des règles concrètes imprimant une fin collective au groupe.

Pour répondre aux dérives possibles de la démocratie comme « tyrannie de la majorité » au nom de la « justice sociale », il propose un système politique qu'il appelle « démarchie », proche de la démocratie libérale.

La rédaction de Droit, législation et liberté prit quinze à vingt ans à Hayek, principalement quand il se trouvait à l'Université de Fribourg-en-Brisgau[40]. À la différence de La Route de la servitude, ce n'est pas un livre à destination du grand public.

Ordre spontané

Hayek s'oppose aux intellectuels « constructivistes », selon son vocabulaire[note 2], qui établissent des « projets de société » dont il dénonce le « scientisme »[41]. Dans une perspective épistémologique, il s'attache à montrer que nul ne peut appréhender le monde dans sa complexité, y compris les gouvernants. Tout projet de société collectiviste, toute tentative de gestion rationnelle et globale de la société ne tient nécessairement pas compte de l'autonomie des personnes et de l'imprévisibilité de leurs actes, et est vouée à l'échec. Par « constructivistes », Hayek désigne principalement les socialistes mais également les « conservateurs » qui entendent modeler la société conformément à leur idéal.

Hayek n’invoque pas dans son œuvre un calcul implicite de la Providence ou de la Nature, et il ne prétend pas non plus appuyer ses affirmations sur une maîtrise intellectuelle du système social qui serait telle qu’elle le mettrait en mesure de tout expliquer avec certitude. Il affirme au contraire qu’il n’est pas possible à la pensée humaine de dominer assez ce système pour le comprendre, et c’est là-dessus qu’il s’appuie pour justifier son attachement au marché. Il introduit un argument nouveau, inspiré de la sélection naturelle. L’idée de base de toute sa démonstration, c’est que les comportements qui permettent à la société de fonctionner de façon satisfaisante et efficace ont été sélectionnés et transmis à travers les générations sous forme de règles et de valeurs, mais que jamais personne n’a pu et ne pourra parvenir à la compréhension détaillée de l’ensemble du mécanisme qui fait passer d’une somme de comportements individuels à un effet collectif, et qui seule permettrait de justifier rationnellement ces règles et ces valeurs. « La plupart des règles de conduite qui gouvernent nos actions et la plupart des institutions qui se dégagent de cette régularité sont autant d’adaptations à l’impossibilité pour quiconque de prendre consciemment en compte tous les faits distincts qui composent l’ordre de la société[42]. » L’accumulation au cours des siècles d’expériences réussies et d’échecs, à travers laquelle valeurs et règles de comportements ont été sélectionnées, est un phénomène trop complexe pour être appréhendé entièrement. Les expériences elles-mêmes sont oubliées, seules subsistent les règles et les valeurs, et ces dernières doivent d’autant plus être respectées que leur raison d’être nous échappe à jamais.

Contre les « constructivistes », sa critique s'étend aux domaines juridique et institutionnel : à la suite d'Adam Ferguson et autres auteurs-phares des Lumières écossaises (« Scottish Enlightenment »), Hayek affichait sa préférence pour les « structures ordonnées » ou « institutions » (establishments[43]) qui « sont le résultat de l'action d'hommes nombreux, mais ne sont pas le résultat d'un dessein humain[44] », que ceux-ci ont progressivement constituées par une suite d'essais et de découvertes des erreurs, sans mépriser a priori la rationalité de leurs prédécesseurs. La filiation supposée entre l'évolutionnisme hayékien et les Lumières écossaises (David Hume, Adam Ferguson et Adam Smith) est toutefois très contestée[45].

Selon Hayek, la meilleure garantie pour le maintien d'une société civilisée réside dans le maintien d'un « ordre spontané » d'interaction entre les cerveaux individuels, qui seul permet « la mise en ordre de l'inconnu ». D'après lui, tenter d'imposer à la place un ordre planifié, forcément par un petit nombre, ne peut que détruire la production locale d'information et la discipline de la responsabilité qui sont nécessaires à la régulation de l'ordre social.

Sa critique contre les constructivistes s'étend aux économistes néo-classiques et à la tendance à vouloir assimiler les méthodes de la science économique à celles des sciences physiques et mathématiques : « Dans la première moitié du XIXe siècle, une nouvelle attitude se fit jour. Le terme de “science” fut de plus en plus restreint aux disciplines physiques et biologiques qui commencèrent au même moment à prétendre à une rigueur et à une certitude particulière qui les distingueraient de toutes les autres. Leur succès fut tel qu'elles en vinrent bientôt à exercer une extraordinaire fascination sur ceux qui travaillaient dans d'autres domaines ; ils se mirent rapidement à imiter leur enseignement et leur vocabulaire. Ainsi débuta la tyrannie que les méthodes et les techniques de la science au sens étroit du terme n'ont jamais cessé d'exercer sur les autres disciplines. Celles-ci se soucièrent de plus en plus de revendiquer leur égalité de statut en montrant qu'elles adoptaient les mêmes méthodes que leurs sœurs dont la réussite était si brillante, au lieu d'adapter davantage leurs méthodes à leurs problèmes. Cette ambition d'imiter la Science dans ses méthodes plus que dans son esprit allait, pendant quelque cent vingt ans, dominer l'étude de l'homme, mais elle a dans le même temps à peine contribué à la connaissance des phénomènes sociaux[46]. »

Hayek a été un des pionniers dans l'étude les conditions dans lesquelles l'information se crée et s'emploie dans la société. S'opposant au scepticisme de Hayek, les partisans d'une philosophie politique rationnelle sont convaincus que le socialisme se sert des « oripeaux de la science » (l'expression est de Rothbard dans Économistes et charlatans[47]), tout en invoquant une « rationalité » déterministe en prétendant multiplier les « expériences » et « mesures ». L'objectif étant alors de dénigrer et d'ignorer toute autre rationalité.

Critique de la notion de « justice sociale »

Dans le même souci d'insister sur la complexité de l'ordre social et de la spontanéité de ses acteurs, Hayek a notamment entendu démontrer que la notion de « justice sociale » ne peut pas logiquement se traduire par des critères objectifs d'action « ici et maintenant », parce qu'on ne pourra jamais suffisamment prévoir les effets de nos actes pour dire si oui ou non ceux-ci conduiront à l'état de la société à atteindre dans l'avenir qui lui sert de référence et de norme — en supposant que les divers socialistes, qui opposent cette conception de la « justice » aux règles de la morale sociale commune, aient seulement réussi à se mettre d'accord dessus. Si on suit Hayek, la notion se réduit alors à un slogan que l'on invoque à l'occasion de divers actes de redistribution politique[48].

Démocratie

Comme la plupart des libéraux depuis Alexis de Tocqueville, Hayek considère que la démocratie est un moyen, et non une fin en soi : « Que dans le monde occidental, le suffrage universel des adultes soit considéré comme le meilleur arrangement, ne prouve pas que ce soit requis par un principe fondamental[49]. » L'avantage principal qu'il reconnait à la démocratie est de permettre la transition pacifique au sommet du pouvoir politique. C'est « quelque chose de précieux, et qui mérite qu'on lutte pour le conserver »[50]. Cependant, cela ne fait pas de la démocratie un régime à défendre pour lui-même et il est impératif que ce régime soit encadré par la Rule of law (règne du droit, règne de la loi ou état de droit). Ce n'est pas parce que le pouvoir émane du peuple qu'il doit être illimité : « tout gouvernement, et spécialement un gouvernement démocratique, devrait être doté de pouvoirs limités »[51]. Entre un gouvernement démocratique sans limitation et un pouvoir qui ne tire pas son essence du peuple mais serait limité par la loi, c'est ce dernier qui emporte l'assentiment d'Hayek. « Je préfère un gouvernement non démocratique limité par la loi à un gouvernement démocratique illimité (et donc essentiellement sans loi) » déclare-t-il dans une conférence en 1976[52]. Selon Gilles Dostaler, cette méfiance vis-à-vis de la démocratie illimitée doit être comprise au regard de l'histoire personnelle d'un homme qui a vécu à Vienne dans les premières décennies du XXe siècle et a observé directement les emballements des foules[53]. Les antilibéraux lui reprochent souvent la section centrale de la citation suivante, énoncée dans un entretien à un journal chilien en 1981, à l'époque de la dictature Pinochet: « Je dirai que, comme institutions pour le long terme, je suis complètement contre les dictatures. Mais une dictature peut être un système nécessaire pour une période transitoire. Parfois il est nécessaire pour un pays d'avoir, pour un temps, une forme ou une autre de pouvoir dictatorial. [...] Personnellement je préfère un dictateur libéral plutôt qu'un gouvernement démocratique manquant de libéralisme. Mon impression personnelle est que [...] au Chili par exemple, nous assisterons à la transition d'un gouvernement dictatorial vers un gouvernement libéral[54]. ». Le régime militaire dura toutefois de 1973 à 1989 et fit des milliers de victimes. En outre, certains critiques soulignent que Hayek insiste de plus en plus sur la nécessité d'imposer, y compris par la coercition, le respect des traditions. Selon Philippe Légé, « cette coexistence entre autoritarisme politique et libéralisme économique n'est pas incompatible avec les idées qu'il a défendues toute sa vie »[55].

La démocratie doit éviter la démagogie et l'atteinte aux actes individuels qui résulterait d'un débordement inconsidéré de la démocratie hors du champ restreint où elle doit s'appliquer selon Hayek. Il ajoute que la démocratie couplée à l'étatisme, tend à devenir totalitaire si le champ d'action de l'État n'est pas limité, la population poussant à toujours plus de dépenses. Hayek considère que les citoyens des sociétés occidentales ont cessé d'être autonomes en devenant dépendants des bienveillances de l'État.

Hayek reproche à la démocratie de son temps d'être devenue une « démocratie de marchandage[56] ». Pour lui la menace la plus importante pour l'ordre du marché et pour la démocratie n'est pas tant l'égoïsme individuel que celui des groupes. « Alors que l'on peut grosso modo, dire que l'égoïsme individuel conduira dans la plupart des cas la personne à agir d'une façon indirectement favorable au maintien d'un ordre spontané de la société, l'égoïsme du groupe clos, ou le désir de ses membres de devenir un tel groupe, sera toujours en opposition avec l'intérêt commun des membres d'une Grande Société[57] ». Ce qui gêne aussi Hayek, c'est que, suivant Mancur Olson, il estime que tous les intérêts ne sont pas organisables et que ceux qui peuvent le faire risquent d'exploiter les autres[58].

Hayek et le conservatisme

Hayek a reçu une nouvelle attention dans les années 1980 et 1990 avec la montée des gouvernements conservateurs aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada. Après avoir remporté les élections générales britanniques de 1979, Margaret Thatcher nomma Keith Joseph, directeur de « l'Hayekien » Centre for Policy Studies comme secrétaire d'État à l'industrie du nouveau gouvernement. De même, David Stockman, responsable financier le plus influent de Ronald Reagan en 1981, était un disciple reconnu de Hayek[59].

Sur cette question du conservatisme, Hayek écrivit un essai, « Why I Am Not a Conservative » (« pourquoi je ne suis pas un conservateur »)[60] (inclus en annexe à son livre The Constitution of Liberty), dans lequel il critique le conservatisme pour son incapacité à s'adapter à l'évolution des réalités humaines, ou à offrir un programme politique positif, en remarquant : « Le conservatisme a seulement la valeur de ce qu'il conserve ».

Hayek remarque bien que les conservateurs partagent de nombreuses opinions sur l'économie avec les libéraux classiques, en particulier la croyance dans le libre marché, mais il pense que c'est surtout parce que le conservatisme veut « rester immobile ». Ainsi, Hayek remarque dans son essai que « jusqu'au développement du socialisme, il s'opposait au libéralisme[60] ». À l'inverse, le libéralisme classique embrasse le marché libre parce qu'il « veut aller quelque part », et non pas seulement conserver l'ordre existant. Hayek, qui se considère lui-même comme un libéral classique, note qu'aux États-Unis, il est devenu presque impossible d'utiliser « libéral » dans sa définition d'origine. Le terme libertarien doit être utilisé à sa place, un terme que Hayek juge « singulièrement peu attractif ». Il ajoute « ce que je crois diffère autant du vrai conservatisme que du socialisme[60] ».

En fait, Hayek reproche aux conservateurs d'être des « constructivistes » prétendant, comme les socialistes, imposer un ordre social idéal et abstrait aux individus. En tant que libéral, Hayek considère au contraire que les individus font spontanément apparaitre un ordre social si on les laisse s'auto-organiser. Hayek critique : « Les conservateurs sont enclins à utiliser les pouvoirs du gouvernement pour empêcher le changement ou pour limiter sa vitesse [...]. Ils n'ont pas foi dans les forces spontanées d'ajustement[60] » sociales. Mais à la fin de sa vie, en particulier dans l'épilogue de Droit, législation et liberté (1979, p. 183-211) et dans différents textes publiés par l'Institute of Economic Affairs, Hayek insiste de plus en plus sur « les bienfaits supposés du conformisme »[55].

Constitution idéale selon Hayek

La Chambre des communes au début du XIXe siècle.

Pour Friedrich Hayek, les constituants au XVIIIe siècle ont bien perçu qu'il fallait séparer le judiciaire du législatif mais ils n'ont pas prévu que les assemblées législatives se verraient « attribuer également la mission de diriger les activités gouvernementales[61] » et donc qu'il se produirait « une confusion inextricable entre les deux tâches — celle de formuler des règles de juste conduite et celle d'orienter les actions spécifiques du gouvernement vers des fins concrètes[61] ». Son idéal de constitution vise à remédier à cela et prévoit deux organismes représentatifs, une cour constitutionnelle, un gouvernement et une administration. Son architecture institutionnelle se présente comme suit :

  • Une Assemblée purement législative chargée d'édicter des lois générales. Elle devrait être proche de ce que furent à Athènes les nomothètes[62] qui seuls avaient le droit de modifier les lois générales abstraites ou Nomos. Elle devrait représenter « l'opinion des gens quant aux sortes d'actions gouvernementales qui sont justes et celles qui ne le sont pas[63] ». Les personnes chargées de cette mission devraient être « d'un âge assez mûr » et être élues pour une durée assez longue, « par exemple quinze ans, afin qu'ils n'aient pas la préoccupation de leur réélection[64] ». Cette assemblée définirait « les règles uniformes d'après lesquelles le poids global des prélèvements nécessaires est répartie entre les citoyens[65] ». Concernant les impôts directs, il estime une certaine progressivité « non seulement admissible mais nécessaire[66] ».
  • une Assemblée gouvernementale dont les « décisions devraient respecter les règles de juste conduite posées par l'Assemblée législative...en particulier elle ne pourrait pas émettre de commandements obligeant des citoyens privés, qui ne découleraient pas directement et nécessairement des règles posées par l'autre assemblée[67] » . Cette assemblée déciderait du « montant global des dépenses et de leur affectation[65] ».
  • Une cour constitutionnelle chargée de régler les conflits entre les deux précédentes assemblées[68].
  • Le gouvernement serait le comité exécutif de l'Assemblée gouvernementale et « pourrait être considéré comme un quatrième échelon inférieur de la structure d'ensemble, tandis que l'appareil bureaucratique de l'Administration en représenterait le cinquième[69] ».

Le Hayek tardif: pour une privatisation des monnaies

Paru en 1976 aux États-Unis[70], l'ouvrage Pour une vraie concurrence des monnaies est un appel au libre arbitre monétaire prônant l'abolition du monopole de la banque centrale. Publié en France en 2015 par les librairies PUF [71], ce livre est à cette dernière date d'actualité selon la BCE[72],[73], puisqu'il s'agirait de la base théorique du Bitcoin (et de la technologie blockchain) où des milliers de monnaies privées sont en concurrence[74].

Récompense

En 1984, il fut le premier récipiendaire du Prix Hanns Martin Schlayer  et a été nommé membre de l'Ordre des compagnons d'honneur par la reine Élisabeth II pour « ses services à l'étude des sciences économiques »[75],[76]. Il reçut également la médaille présidentielle de la Liberté en 1991 des mains du président américain George H. W. Bush[77].

En 2011, son article L'utilisation de la connaissance dans la société a été sélectionné comme l'un des vingt meilleurs articles publiés dans l'American Economic Review durant ses cent premières années[78].

Critiques

Gilles Dostaler considère d'ailleurs que « dans son analyse économique comme dans sa réflexion plus globale sur la société, Hayek utilise parfois les armes théoriques dont il a longuement dénoncé les faiblesses »[79]. De même, pour Philippe Légé, l’analyse de la défense hayékienne de l’ordre de marché révèle « une contradiction fondamentale. En effet, Hayek affirme que l’on doit parfois orienter l’évolution de l’ordre, en perfectionnant les règles ou en privilégiant certaines règles relatives à la propriété et aux contrats. Un tel ordre n’est plus spontané »[80].

D'autres lui ont reproché d'employer les concepts de la systémique ou des sciences de la complexité comme l'auto-organisation d'une manière différente de la leur : ainsi de Jean-Louis Le Moigne qui est apparenté au courant épistémologique « constructiviste »[81] ou de Jean Zin.

Hayek est parfois vu comme un « économiste, philosophe et idéologue » (Kenneth Hoover)[82], un « libéral radical » (Bernard Manin)[83] ou même un « réactionnaire » (Gunnar Myrdal)[84].

Critiques de Hayek au sein de l'école autrichienne

Les économistes autrichiens partisans de Ludwig von Mises divergent de l'épistémologie poppérienne adoptée par Hayek, abandonnant la conception de Mises d'une « théorie économique purement rationnelle[85] », que ses écrits et son renom auront pourtant contribué à réhabiliter[86].

Les tenants d'une « philosophie politique rationnelle » ont exposé les contradictions qui peuvent naître du fait d'argumenter pour telle ou telle norme sociale tout en niant la possibilité d'une définition rationnelle de la justice[87]. C'est ainsi que, dès la parution de La Constitution de la liberté de Hayek en 1960, Ronald Hamowy et Rothbard lui ont reproché les contradictions de sa notion de « coercition », parce que celle-ci rassemble sous cette dénomination commune aussi bien des actes violents que l'exercice paisible d'un droit de propriété[88].

À la suite de Droit, législation et liberté, Hans-Hermann Hoppe reprend la critique de Rothbard, affirmant que de telles incohérences naissent du refus de reconnaître la propriété de soi — ou le principe libertarien de non-agression qui lui est équivalent — comme le seul critère de justice intellectuellement défendable ; au-delà de cette critique, il trouve des contradictions dans la théorie « évolutionniste » de la formation des normes de Hayek, les expliquant par le parti pris, paradoxal de sa part, d'exclure la pensée comme explication d'un processus où celle-ci est par définition à l'œuvre toujours et partout[89].

Cependant, si les économistes libéraux rationalistes reprochent à Hayek d'avoir finalement trop concédé à l'expérimentalisme dominant[réf. nécessaire], c'est pourtant dans sa Counter-revolution of science que l'on trouve la meilleure description des abus de la méthode expérimentale là où elle est logiquement inapplicable[91] pour détruire la morale commune et le Droit naturel, en disqualifiant a priori le raisonnement philosophique qui les fonde.

Ces libéraux critiquent Hayek au nom du rationalisme ne le reconnaissent pas moins comme un auteur dont la lecture est indispensable pour initier à la plupart des traditions libérales ; et il les a mis sur tant de pistes les intéressant que rares sont ceux qui n'ont pas une grande dette intellectuelle à son égard.

Les libéraux rationalistes savent gré à Hayek :

  • d'avoir contribué à « réhabiliter la preuve logique en théorie sociale », même si c'était pour l'abandonner lui-même à la fin ;
  • d'avoir, en développant les analyses de Ludwig von Mises à partir d'autres points de vue, mis l'accent sur « le rôle de l'esprit humain dans la société » (le thème du roman de Ayn Rand, La Grève), et la manière dont les violations du Droit, en premier lieu par les Irresponsables Institutionnels de l'État, « détruisent l'information nécessaire à la régulation sociale », d'abord dans la planification centrale, ensuite dans la politique conjoncturelle, enfin dans toutes les autres formes d'interventionnisme étatiste ;
  • d'avoir ainsi, par une influence qu'il doit aussi à ses ambiguïtés comme à sa reconnaissance tardive comme économiste, contribué à « discréditer des politiques destructrices comme la planification autoritaire et l'inflation, et inspiré un renouveau du débat d'idées aussi bien en théorie sociale descriptive qu'en philosophie politique ».

Critiques des keynésiens et des néo-keynésiens

Les économistes se réclamant de Keynes s'opposent fréquemment aux théories de Hayek et contestent en particulier sa lecture des crises. Ainsi Paul Krugman remet en cause vigoureusement[92] son explication de la crise de 1929. Pour Krugman, la crise étant directement liée à l'origine des déficits élevés. Cette analyse est confortée selon lui par la crise de 2007, citant le cas de pays qui avant d'être gravement frappés par des difficultés économiques connaissaient des excédents budgétaires (Espagne, Irlande). La vision de Hayek serait donc erronée et ses héritiers, en expliquant la crise de 2007 comme leur maître expliquait celle de 1929, commettraient une erreur.

Joseph Stiglitz affirme que « la vision d'Hayek, qui stipule que le marché fonctionne parfaitement seul et s'autorégule, était fausse[93] ».

Robert Skidelsky souligne quant à lui que les solutions proposées par Hayek pour sortir d'une situation de crise provoquée par un surendettement ne sont pas pertinentes[94]. Pour Hayek, le surendettement résulte d'un crédit trop facile avec des taux d'intérêt trop bas ce qui génère des investissements excessifs. La solution pour sortir de la crise serait donc une augmentation de l'épargne des consommateurs et une réduction du crédit (afin de limiter la masse monétaire). Keynes tient un discours diamétralement opposé, mettant en garde sur l'excès d'épargne qui ne peut avoir que des effets négatifs sur la consommation et les anticipations en termes de profit des entreprises et partant, entraîner l'économie dans une spirale déflationniste. La vision de Hayek s'oppose à la relance par la dépense de Keynes. Skydelsky considère que les solutions proposées par Hayek pour sortir de la crise ne fonctionnent pas et qu'appliquées à l'Allemagne dans les années 1930, elles ont conduit à l'arrivée de Hitler au pouvoir[94].

Pour l'anti-utilitariste Alain Caillé, la société que prône Hayek s'apparente à une utopie du marché qui, inapplicable dans la réalité, permet de justifier les injustices sociales : « à défaut de l'achat d'une paix sociale par l'État-Providence, l'ordre de marché aurait été balayé depuis longtemps »[95].

Postérité et influence

Friedrich Hayek, en janvier 1981.

Edward Feser  considère Hayek comme l'un des économistes et des philosophes les plus importants du XXe siècle[3].

Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia, affirme que « le travail de Hayek sur la théorie des prix est central dans [sa] propre conception du projet Wikipédia » et que « personne ne peut comprendre [ses] idées sur Wikipédia sans comprendre Hayek »[96].

L’œuvre d'Hayek "Pour une vraie concurrence des monnaies" peut avoir influencé la création des monnaies virtuelles comme le Bitcoin. En effet d'après la Banque centrale européenne : « Les racines théoriques du Bitcoin peuvent être trouvées dans l'École autrichienne d'économie et ses critiques du système actuel de monnaie fiduciaire[97],[98]. » Certains sites de vente de bitcoins comme bitcoin.de font directement référence à Hayek[99].

Œuvres

  • Friedrich Hayek, Pour une vraie concurrence des monnaies, PUF, 2015[71]
  • Friedrich A. Hayek (préf. Jacques Garello et Philippe Némo), La Constitution de la Liberté [« The Constitution of Liberty »], Paris, Litec, coll. « L.I.B.E.R.A.L.I.A. économie et liberté », (ISBN 2-7111-2410-X)[100]
  • F. A. Hayek (trad. de l'anglais), Droit, législation et liberté [« Law, Legislation and Liberty »], Paris, PUF, coll. « Quadrige », , 947 p. (ISBN 978-2-13-056496-6, présentation en ligne)[101]
  • Friedrich A. Hayek, « Économie et connaissance », Cahiers d'économie Politique, vol. 43,‎ , p. 119-134 (lire en ligne, consulté le 22 juin 2012)
  • Friedrich Hayek (trad. de l'anglais), Essais de philosophie, de science politique et d’économie, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Bibliothèque classique de la liberté », , 525 p. (ISBN 978-2-251-39044-4, présentation en ligne)
  • (en) F. A. Hayek, Hayek on Hayek : An Autobiographical Dialogue, Chicago, The University of Chicago Press, coll. « The Collected Works of F. A. Hayek », , 177 p. (ISBN 978-0-226-32062-5)
  • (en) Friedrich A. Hayek, Individualism & Economic Order, Chicago, The University of Chicago Press,
  • Friedrich A. Hayek (trad. de l'anglais), Nouveaux essais de philosophie, de science politique, d’économie et d’histoire des idées, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Bibliothèque classique de la liberté », , 459 p. (ISBN 978-2-251-39047-5, présentation en ligne)
  • Friedrich A. von Hayek (trad. Philippe R. Mach), L’ordre sensoriel : Une enquête sur les fondements de la psychologie théorique [« The Sensory Order: Inquiry Into the Foundations of Theoretical Psychology »], Paris, CNRS Éditions, coll. « CNRS Communication », , 234 p. (ISBN 978-2-271-05910-9)
  • F. A. Hayek, La présomption fatale : Les erreurs du socialisme, Paris, PUF, coll. « Libre échange »,
  • Friedrich A. von Hayek (trad. de l'anglais, préf. Christian Schmidt), Prix et production [« Prices and Production »], Paris, Calmann-Lévy, coll. « Perspectives de l’économie », , 199 p. (ISBN 2-7021-0069-4)[102]
  • Friedrich A. Hayek (trad. de l'anglais), La route de la servitude [« The Road to Serfdom »], Paris, PUF, coll. « Quadrige », , 176 p. (ISBN 978-2-13-058541-1, présentation en ligne)[103]
  • Friedrich von Hayek, Scientisme et sciences sociales, Paris, Pocket, coll. « Agora », , 181 p. (ISBN 978-2-266-04384-7) (première édition française 1953, trad. de la première partie de The Counter-revolution of Science. Studies on the Abuse of Reason, 1952)
  • Friedrich Hayek, « L'utilisation de l'information dans la société », sur Liberpédia (consulté le 22 juin 2012)
  • Monetary Theory and the Trade Cycle (1929)
  • Profits, Interest and Investment (1939)
  • The Pure Theory of Capital (1941)
  • « Wahrer und falscher Individualismus » (1948), dans ORDO - Jahrbuch für die Ordnung von Wirtschaft und Gesellschaft, vol. 1, p. 19-51.
  • The Political Ideal of the Rule of Law Le Caire, National Bank of Egypt (1955)
  • Unemployment and Monetary Policy (1979)


  • Geldtheorie und Konjunkturtheorie. Wien und Leipzig 1929.
  • Preise und Produktion. 1931
  • The Pure Theory of Capital. 1941
  • The Road to Serfdom. 1944
  • Wahrer und falscher Individualismus, in: ORDO, Band 1, 1948, S. 19–55
  • Die Anschauungen der Mehrheit und die zeitgenössische Demokratie, in: Ordo, Band 15/16, 1962/63, S. 19–42
  • Die Anmaßung von Wissen, in: Ordo, Band 26, 1973, S. 12–21
  • The Fatal Conceit: The Errors of Socialism. 1988
    • deutsch: Die verhängnisvolle Anmaßung. Die Irrtümer des Sozialismus. Mohr-Siebeck, Tübingen 1988, (ISBN 3-16-146674-8)[105]
  • The Constitution of Liberty, Routledge and Kegan Paul, London 1960
    • deutsch: Die Verfassung der Freiheit. Übersetzt von Ruth Temper, Dietrich Schaffmeister und Ilse Bieling, Mohr-Siebeck, Tübingen 1991, (ISBN 3-16-145844-3)
  • Law, legislation and liberty: a new statement of the liberal principles of justice and political economy, Routledge & Kegan Paul, London 1998, (ISBN 0-415-09868-8)
    • deutsch: Recht, Gesetz und Freiheit. Mohr-Siebeck, Tübingen 2003, (ISBN 3-16-147878-9)
  • Freiburger Studien: Gesammelte Aufsätze. 2. Auflage, Tübingen 1994.
  • The Sensory Order: An Inquiry Into the Foundations of Theoretical Psychology. University of Chicago Press, 1953
    • deutsch: Die sensorische Ordnung. Eine Untersuchung der Grundlagen der theoretischen Psychologie. Mohr-Siebeck, (ISBN 3-16-148379-0)
  • Choice in Currency. London 1976 (iea.org.uk)
  • Denationalisation of Money. Institute of Economic Affairs, London 1976 iea.org.uk (PDF; 12,5 MB)
    • deutsch: Entnationalisierung des Geldes. Mohr-Siebeck, Tübingen 1977, (ISBN 3-16-149224-2)
      Erweiterte Neuauflage 2010: (ISBN 978-3-16-149223-5)

Notes et références

Notes

  1. Les raisons n'en sont pas très claires mais certains évoquent le refus de Frank Knight et les critiques virulentes de l'usage des statistiques qu'Hayek avait émises.
  2. À comprendre ici au sens politique.

Références

  1. « Hayek, F.A. (2012) », dans Encyclopædia Britannica : Encyclopædia Britannica Ultimate Reference Suite, Encyclopædia Britannica.
  2. Edward Feser, « The Cambridge Companion to Hayek (Introduction) », Cambridge University Press,  : « [He was] almost certainly the most consequential thinker of the mainstream political right in the twentieth century. It is just possible that he was the most consequential twentieth century political thinker, right or left, period. ».
  3. a et b Edward Feser (edt), The Cambridge Companion to Hayek, Cambridge University Press, 2007, p. 13 (ISBN 0-521-84977-2).
  4. « Friedrich August von Hayek - Facts », sur www.nobelprize.org (consulté le 30 juin 2017).
  5. (en) kanopiadmin, « Hayek and the Nobel Prize », Mises Institute,‎ (lire en ligne, consulté le 30 juin 2017).
  6. Bank of Sweden, « The Sveriges Riksbank Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel 1974 », .
  7. David Gordon, « Friedrich Hayek as a Teacher », .
  8. Adam James Tebble, F.A. Hayek (Continuum, 2010), p. 2, (ISBN 978-0826435996).
  9. Deirdre N. McCloskey, How to Be Human : Though an Economist, U of Michigan Press, , 287 p. (ISBN 978-0-472-06744-2, lire en ligne), p. 33.
  10. Il écrit ainsi dans La Route de la servitude (p. 123) : « Personne ne peut être un grand économiste qui n'est qu'un économiste — et je suis même tenté d'ajouter qu'un économiste qui est seulement un économiste est susceptible d'être un fléau si ce n'est un réel danger. »
  11. Dostaler, 2001, p. 13
  12. Dostaler, 2001, p. 14
  13. Hugh Dalton a fait venir Lionel Robbins à la London School of Economics.
  14. (en) La Route de la servitude sur le site de l'université de Chicago
  15. Hayek, 1944, pp. 51, 105 et 155.
  16. Hayek, 1944, pp. 51, 145. Sur l'influence de Laski voir Hoover, 2003, pp. 162-184.
  17. Hayek, 1994, p. 103
  18. (en) Banque de Suède, « The Sveriges Riksbank Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel 1974 », .
  19. Denord, François., Néo-libéralisme, version française : histoire d'une idéologie politique, Paris, Demopolis, , 380 p. (ISBN 978-2-35457-036-1 et 2354570368, OCLC 299237660, lire en ligne).
  20. Philippe Arnaud, « Les droites et l'économie en France au XXe siècle », sur lemonde.fr, Le Monde, (consulté le 2 octobre 2019).
  21. Thierry Aimar, Hayek: du cerveau à l’économie, Paris, Michalon éditeur, 2019, 124 p.
  22. Thierry Aimar, Hayek: du cerveau à l’économie, Paris, Michalon éditeur, 2019, 124 p.
  23. David Skarbek, « F. A. Hayek's Influence on Nobel Prize Winners », Review of Austrian Economics, vol. 22, no 1,‎ (lire en ligne).
  24. W. Paul Cockshott, Allin F. Cottrell, Gregory J. Michaelson, Ian P. Wright and Victor M. Yakovenko, Classical Econophysics, Routledge, 2009
  25. Hayek était docteur en Droit et son premier essai de philosophie politique a été publié au Caire en 1955 sous le titre The Political Ideal of the Rule of Law.
  26. Cf. Hayek, « La Critique autrichienne »
  27. « En octobre 1940, la London School of Economics avait dû déménager à Cambridge, à cause des bombardements de Londres. Keynes trouve un appartement à King's College pour son ami et adversaire. » (Gilles Dostaler, 2001, p. 18).
  28. Hayek, Choice in Currency, A Way to Stop Inflation, The Institute of economic affairs, 1976, p. 10 : « a man of great intellect but limited knowledge of economic theory ».
  29. Hayek (1979), Droit, Législation et Liberté, vol. 3, Presses universitaires de France, 1983, p. 209. Par ailleurs, Hayek établit un lien contestable entre l'orientation sexuelle de Keynes et son auto-proclamation « d'immoralisme »:« [Ce passage de Keynes] me semble avoir perdu beaucoup de sa signification [depuis que l’on sait] que la plupart des membres du groupe dont parlait Keynes, y compris lui-même, étaient homosexuels, ce qui pourrait probablement constituer une explication suffisante à leur révolte contre la moralité dominante » (Hayek, New Studies in Philosophy, Politics, Economics and the History of Ideas, London: Routledge, 1978, note 22, p. 16).
  30. Cf. Hayek, « La falsification de la science »
  31. Page 233 (en) Milton Friedman et Rose Friedman, Two lucky people : memoirs, Chicago, The University of Chicago Press, (ISBN 0226264149).
  32. Biographie de Hayek, Britannica
  33. Yannis Thanassekos rapporte que pour Hayek, les totalitarismes nazi et communiste sont « la conséquence directe au niveau politique de l’application en économie des mesures socialistes »Yannis Thanassekos, « Totalitarisme : ambiguïtés et pertinence d’un concept », in Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz, no 62, janvier - mars 1999, p. 11
  34. The Road to Serfdom, Friedrich Hayek, édition condensée du reader's deagest, avril 1945 The supreme tragedy is still not seen that in Germany it was largely people of good will who, by their socialist policies, prepared the way for the forces which stand for everything they detest. Few recognize that the rise of fascism and Marxism was not a reaction against the socialist trends of the preceding period but a necessary outcome of those tendencies. Yet it is significant that many of the leaders of these movements, from Mussolini down (and including Laval and Quisling) began as socialists and ended as fascists or Nazis. In the democracies at present, many who sincerely hate all of Nazism’s manifestations are working for ideals whose realization would lead straight to the abhorred tyranny. Most of the people whose views influence developments are in some measure socialists. They believe that our economic life should be ‘consciously directed’ that we should substitute ‘economic planning’ for the competitive system. Yet is there a greater tragedy imaginable than that, in our endeavour consciously to shape our future in accordance with high ideals, we should in fact unwittingly produce the very opposite of what we have been striving for?
  35. L'ouvrage est d'abord publié en mars 1944 au Royaume-Uni par Routledge Press puis en septembre 1944 aux États-Unis par les Presses universitaires de Chicago. Sa version abrégée publiée en avril 1945 par le Reader's Digest contribua à la réputation de l'ouvrage et de son auteur. Voir la préface de la traduction française de la version abrégée publiée en mars 2019 par l'Institut Coppet (ISBN 978-1798712030).
  36. Keynes Hayek. Keynes écrit au sujet du livre : "Morally and philosophically I find myself in agreement with virtually the whole of it: and not only in agreement with it, but in deeply moved agreement."
  37. Margaret Thatcher, Les chemins du pouvoir, Mémoires II, p. 55-56
  38. Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté, chap.2
  39. DLL, II, 140, cité par Laurent Francatel-Prost, in Le vocabulaire de Hayek, Ellipses, 2003, p.10
  40. Hayek cité par Philippe Nemo dans La société de droit selon F.A. Hayek, PUF, 1988, avant-propos, p.2
  41. La Route de la servitude.
  42. Friedrich A. Hayek Droit législation et liberté P U F 1980 Tome 1 page 15
  43. Adam Ferguson parle ainsi dans An Essay on the History of Civil Society (Édimbourg, Edinburgh University Press, 1767, p. 187) d'« institutions (establishments) qui sont bien le résultat de l'action humaine, mais non l'exécution de quelque dessein humain » ; cité par Hayek, « Dr Bernard Mandeville », Proceedings of the British Academy, volume 52, 1967 in The Collected Works of F. A. Hayek, vol. 3, The Trend of Economic Thinking: Essays on Political Economists and Economic History, Chicago, University of Chicago Press, 1991, p. 96.
  44. Friedrich Hayek, Droit, législation et justice : une nouvelle formulation des principes libéraux de justice et d'économie politique, vol. 1, Règles et ordre, Paris, Presses universitaires de France, p. 43.
  45. Le Jallé Eléonore, "Hayek lecteur des philosophes de l'ordre spontané: Mandeville, Hume, Ferguson", Astérion, revue de philosophie, histoire des idées, pensée politique, n°1, juin 2003. Sur la lecture hayekienne de Smith, cf. Petsoulas Christina, Hayek's Liberalism and its Origins, London, Routledge, 2001.
  46. Friedrich Hayek, Scientisme et sciences sociales : essai sur le mauvais usage de la raison, Paris, Plon, 1953, p. 8.
  47. Rothbard, Murray N., Economistes et Charlatans. (ISBN 978-2-251-41004-3 et 2-251-41004-X, OCLC 1030323471, lire en ligne).
  48. Il déclara ainsi dans Droit, législation et liberté : « Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux. La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n'est qu'une nouvelle forme de servitude. »
  49. La Constitution de la liberté, Lire en ligne.
  50. Hayek, Droit, législation et liberté, vol. 3, traduction de 1979, PUF, p. 118
  51. Hayek, Ibid., p. 119
  52. « Whither Democracy ? », conférence à l'Institute of Public Affairs de Sydney le 8 octobre 1976, repris dans les New Studies, 1978.
  53. Gilles Dostaler, Le libéralisme de Hayek, La Découverte, 2001.
  54. « Entretien »(Archive • Wikiwix • Archive.isGoogle • Que faire ?) (consulté le 29 mars 2013) avec le quotidien chilien El Mercurio, 12 avril 1981 (pendant la dictature militaire d'Augusto Pinochet).
  55. a et b Philippe Légé, "Hayek: penseur génial ou incohérent?", L'Économie Politique, n°36, octobre 2007.
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  59. Kenneth R. Hoover, Economics as Ideology: Keynes, Laski, Hayek, and the Creation of Contemporary Politics (2003), p. 213.
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  70. (en-GB) « Denationalisation of Money », Institute of Economic Affairs,‎ (lire en ligne, consulté le 13 septembre 2017).
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  75. http://www.schleyer-stiftung.de/preise/hms_preis/preise_schleyer_preistraeger_e.html
  76. (en) Dr. Alan Ebenstein, Friedrich Hayek : A Biography, St. Martin's Press, , 320 p. (ISBN 978-1-4668-8676-6, lire en ligne), p. 305.
  77. George H. W. Bush, « Remarks on Presenting the Presidential Medal of Freedom Awards », .
  78. Arrow, Kenneth J., B. Douglas Bernheim, Martin S. Feldstein, Daniel L. McFadden, James M. Poterba, and Robert M. Solow. 2011. "100 Years of the American Economic Review: The Top 20 Articles." American Economic Review, 101(1): 1–8.
  79. Gilles Dostaler, Le libéralisme de Hayek, Paris, La Découverte, 2001, p. 111
  80. Philippe Légé, « Le mirage du libéralisme hayékien », Revue Française de Socio-Économie 1/2009 (n° 3), p. 77-95.
  81. Voir notamment l'article de Jean-Louis Le Moigne intitulé « Auto-éco-ré-organisation sociale et complexité : des desseins humains pour et par l'action humaine », écrit dans le cadre du Colloque Cerisy 99 « Hayek et la Philosophie économique ».
  82. Kenneth R. Hoover, Economics as ideology : Keynes, Laski, Hayek, and the creation of contemporary politics, éd. Rowman & Littlefield, 2003, pp. 69 et suiv. extrait en ligne
  83. Bernard Manin, « Le libéralisme radical de Friedrich-August Hayek », in Commentaire, vol.6, no 22, été 1983, pp.  328-336
  84. cf Gunnar Myrdal, qui partage avec lui le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1974 ; cf. Alan O. Ebenstein, Friedrich Hayek : a biography, éd. University of Chicago Press, 2003, p. 261
  85. Son article de 1937, « Economics and Knowledge », se voulait déjà une critique voilée de la méthodologie de Ludwig von Mises, mais celui-ci n'a pas relevé la mise en cause, et ses partisans se font forts de la réfuter.
  86. Sur le rôle de Hayek dans la réhabilitation de l'approche autrichienne, voir Hans-Hermann Hoppe, « Le rationalisme autrichien à l'ère du déclin du positivisme ».
  87. Contradiction pratique que Ayn Rand et ses « objectivistes » appellent le sophisme du « vol de concepts ».
  88. On trouve cette critique de la notion de « coercition » chez Hayek reprise dans l'ouvrage de Rothbard L'Éthique de la liberté
  89. La critique par Hoppe de la « coercition » hayékienne se trouve dans « F. A. Hayek on Government and Social Evolution: A Critique »(Archive • Wikiwix • Archive.isGoogle • Que faire ?) (consulté le 12 novembre 2014) (Review of Austrian Economics, vol. 7, no 1). Elle a été traduite en français sous le titre « Hayek démocrate-social »(Archive • Wikiwix • Archive.isGoogle • Que faire ?) (consulté le 29 mars 2013).
  90. Friedrich Hayek avait conçu cette critique du scientisme avant de passer sous l'influence de Karl Popper.[réf. nécessaire].
  91. (en) //topics.nytimes.com/top/opinion/editorialsandoped/oped/columnists/paulkrugman/index.html, « Friedrich Hayek, Zombie », sur Paul Krugman Blog, (consulté le 27 septembre 2020).
  92. Stiglitz : « Aucune économie n'est jamais revenue à la prospérité avec des mesures d'austérité »
  93. a et b Robert Skidelsky, « La revanche de Keynes contre Hayek », Les Échos, 19 août 2011 (lire en ligne)
  94. Cf. Splendeurs et misères des sciences sociales. Esquisse d'une mythologie, Droz, 1986.
  95. Wikipédia, projet inspiré par une philosophie ultralibérale, Lyon Capitale, 17 juin 2013.
  96. Virtual currency schemes, octobre 2012, page 23.
  97. ECB: "Roots Of Bitcoin Can Be Found In The Austrian School Of Economics", Forbes
  98. Bitcoin - The Movie (How Bitcoin.DE works), YouTube.
  99. La Constitution de la liberté est née des conférences de Claremont (1957) aux États-Unis qui avaient réuni en particulier Bruno Léoni, Milton Friedman et Friedrich Hayek. Dans leur foulée, Friedman a écrit Capitalisme et liberté et Hayek, La Constitution de la liberté.
  100. Bruno Leoni (1913-1967), en réaction à La Constitution de la liberté, avait écrit en 1961 La liberté et le droit. Les idées de son livre convaincront Hayek au point que ce dernier, pour en tenir compte, écrira Droit, législation et liberté. Carlo Lottieri a raconté cette histoire à l'occasion de la présentation à Paris, le 22 février 2006, de la traduction française de La liberté et le droit qu'il a préfacée (Les Belles Lettres - bibliothèque de la liberté). En pages 13-14 de la « préface », il résume ainsi l'histoire : « comme Hayek lui-même l'a mis en évidence dans une conférence à Pavie quelques mois après la mort de Léoni (« Bruno Leoni the Scholar », dans « Omaggio a Bruno Leoni », édité par Pasquale Scaramozzino, Quaderni della Rivista Il Politico, n° 7, Milan, Giuffré, 1969, pp. 21-25.), l'auteur de Law, Legislation, and Liberty se rapproche de l'idée d'un droit évolutif principalement à cause des critiques que son ami italien lui avaient adressées dans ses commentaires aux thèses - complètement différentes - exposées dans The Constitution of Liberty. ».
  101. Recueil de textes de conférences prononcées à la School of economics and political science de Londres.
  102. Dédié « aux socialistes de tous les partis ».
  103. div. Neuauflagen; Auszüge in: Martin Morgenstern, Robert Zimmer Hgg.: Staatsbegründungen und Geschichtsbedeutungen. Reihe Treffpunkt Philosophie, 4: Politische Philosophie. Bayerischer Schulbuch Verlag BSV, München 2001 (ISBN 3-7627-0325-6) & Patmos, Düsseldorf 2001 (ISBN 3-491-75641-3), S. 35–37 "Materielle Gleichheit führt zur Zerstörung der Freiheit"
  104. Das Buch ist wesentlich von William Warren Bartley beeinflusst, siehe Alan Ebenstein, « The Fatal Deceit » [archive du ], Liberty. Band 19, Nr. 3, (consulté le 19 décembre 2012). und möglicherweise in der veröffentlichten Fassung sogar nicht von Hayek, sondern vollständig von Bartley geschrieben worden, siehe Karl Popper, a Centenary Assessment. Vol. 1: Life and Times, and Values in a World of Facts, S. 120

Annexes

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes