Forces armées pakistanaises

Soldates du contingent pakistanais de la Monusco en République démocratique du Congo.

Les Forces armées pakistanaises (en ourdou : عسکریہ پاکستان) ou plus simplement l’armée pakistanaise sont les forces militaires de la république islamique du Pakistan. Leur quartier général est situé à Rawalpindi, dans le Pendjab. Elles sont dirigées par le Chief of Army Staff, poste occupé par Qamar Javed Bajwa depuis . Unique pays musulman à disposer de l'arme nucléaire, c'est la 6e armée mondiale en termes d'effectifs et 24e en matière de budget en 2019.

Elles comprennent les forces terrestres, navales et aériennes. Leur effectif est de 650 000 hommes, dont 70 % sont basés dans les provinces du Pendjab et du Sind face à l'Inde à laquelle elles ont livré trois guerres et un autre affrontement majeur. Près de 150 000 soldats ont été mobilisés dans le Nord-Ouest du pays dans le cadre du conflit qui les oppose aux talibans.

Malgré ses difficultés économiques, le pays a dépensé 10,3 milliards de dollars dans la défense (soit 4 % du PIB pakistanais) en 2019[1]. En 1998, le Pakistan est devenu officiellement la septième puissance nucléaire mondiale en effectuant une série d'essais nucléaires et disposerait dans les années 2000 d'une quarantaine d'ogives atomiques[2].

L'armée pakistanaise joue un rôle politique très important, trois coups d’État ayant été menés par des chefs de l'armée, permettant à celle-ci de gouverner pendant une trentaine d’années (1958-1971, 1977-1988 et 1999-2008)[3]. Elle a ainsi acquis un pouvoir politique et économique durable lui accordant une autonomie de fait et une influence sur les gouvernements élus.

Histoire et rôle

Le COAS Ashfaq Kayani (2007-2013) avec son homologue américain Michael Mullen.

À la création du Pakistan en août 1947, les forces armées du pays sont faibles et encore dominées par une direction britannique, mais elles connaissent leur premier baptême du feu dès le mois d'octobre avec la première guerre indo-pakistanaise. Muhammad Ayub Khan devient le premier pakistanais chef de l'armée le quand il remplace Douglas Gracey. Le général marque l'ascension des militaires, surtout issus d'une élite pendjabie, et il renverse le pouvoir civil lors d'un coup d'État en octobre 1958[4].

Cependant, les défaites face à l'Inde en 1965 et 1971, la sécession du Bangladesh et la déroute de ses alliés politiques lors des élections de 1970 marquent un affaiblissement de l'armée qui cède le pouvoir à un gouvernement civil. Les militaires effectuent un retour soudain sur la scène politique avec le coup d'État de Muhammad Zia-ul-Haq en 1977. Celui-ci instaure un régime brutal, islamise la société, notamment en promouvant le fondamentalisme religieux au sein de l'armée et accroit l'influence économique de celle-ci[5].

Après la mort de Zia en 1988, l'armée laisse la place aux civils mais ne cède rien de son influence. Elle n'hésite pas à reprendre le pouvoir en 1999 pour contrer l'émergence d'un gouvernement civil fort. Plus libéral, le régime de Pervez Musharraf s'achève sous la pression de la société civile et des partis d'opposition. Depuis 2008 et la direction d'Ashfaq Kayani, l'armée affirme soutenir le processus démocratique mais conserve de larges prérogatives et une autonomie totale dans les dossiers la concernant.

Direction

Les forces armées pakistanaises sont dirigées par le Chief of Army Staff (COAS), dirigeant de l'armée de terre, à ne pas confondre avec le Chairman Joint Chiefs of Staff Committee (CJCSC) qui est théoriquement le poste hiérarchique le plus élevé mais ne disposant pas d'autorité réelle. Ce dernier préside en effet simplement le comité directeur regroupant les chefs des armées de Terre, de l'Air et de la Marine, coordonne la politique militaire et conseille le gouvernement civil.

Selon l'article 243 de la Constitution du Pakistan, le chef de l'armée est nommé par le président de la république en suivant le conseil du Premier ministre[6]. Depuis une loi votée par le Parlement le 8 janvier 2020, la nomination est effectuée par le président en suivant le choix discrétionnaire du Premier ministre ; le chef de l'armée doit se retirer la veille de ses 64 ans et le Premier ministre choisit de le conserver ou non jusqu'à cette date[7].

Poste Photo Nom Effectifs
Chairman Joint Chiefs of Staff Committee
Flag of the Pakistani Army.svg Forces armées pakistanaises
CJCSC Gen.Nadeem Raza.jpg Général Nadeem Raza  -
Chief of Air Staff
Air Force Ensign of Pakistan.svg Forces aériennes pakistanaises
Mujahid Anwar Khan.jpg Air Chief Marshal Mujahid Anwar Khan 70 000
Chief of Army Staff
Flag of the Pakistani Army.svg Armée de Terre
General Qamar Javed Bajwa.jpg Général Qamar Javed Bajwa 550 000
Chief of Naval Staff
Naval Standard of Pakistan.svg Marine pakistanaise
Zafar Mahmood Abbasi.jpg Amiral Zafar Mahmood Abbasi 34 500

Armée de Terre

Chars Al-Zarrar du 27e régiment de cavalerie pakistanaise.

Constituant le cœur des forces militaires, l'Armée de Terre est créée dès la fondation du Pakistan le 14 août 1947 à partir de soldats de l'armée britannique des Indes. Elle comprend en 2014, environ 560 000 militaires d'active, plus une réserve de 500 000 hommes ainsi que 6 500 personnels civils.

Elle présente la structure suivante :

  • 20 divisions d'infanterie ;
  • 5 divisions blindées ;
  • 8 divisions d'artillerie ;
  • 9 brigades blindées indépendantes ;
  • 4 brigades mécanisées indépendantes ;
  • 9 brigades d'infanterie indépendantes ;
  • 18 brigades d'artillerie indépendantes ;
  • 4 commandements de défense antiaérienne ;
  • 9 brigades de génie ;
  • 11 régiments blindés de reconnaissance ;
  • un groupe de service spécial se composant de trois bataillons d'élite et d'une compagnie anti-terroriste.

En 2008, le Pakistan fournit le plus gros contingent aux opérations de maintien de la paix de l’ONU[8].

Force aérienne

JF-17 Thunder à proximité du Nanga Parbat.

La Pakistan Air Force emploie près de 70 000 personnes dont 3 000 pilotes ainsi que 8 000 réservistes et 128 personnels civils pour environ 500 avions de combats. Le pays s'est d'abord fourni auprès du Royaume-Uni et des États-Unis avant de se tourner vers la France et surtout la Chine, développant même en collaboration avec cette dernière le JF-17 Thunder, son avion multirôle phare.

En 2020, le pays dispose de vieillissants 87 Mirage III intercepteurs, 92 Mirage 5 d'attaque au sol et 135 Chengdu J-7 intercepteurs. L'armée dispose toutefois d'avions plus modernes et multirôles, à savoir 76 F-16 et surtout 107 JF-17 Thunder[9].

Marine

La flotte de surface de la Marine pakistanaise a effectué plusieurs acquisitions depuis la fin des années 2000. La livraison des trois premières frégates du type Zulfiqar construites en Chine a eu lieu en 2009 et 2010, la 4e est en cours de réalisation à Karachi et deux autres ont été commandées en . L’US Navy a, en outre, livré en 2010 une frégate du type O.H. Perry et quatre autres sont prévues. Enfin deux nouveaux patrouilleurs lance-missiles aux formes furtives ont été mis en service (Azmat construit en Chine) ou vont l’être incessamment (Dehshat construit au Pakistan). La commande d’un navire de soutien logistique est annoncée début 2013 : il sera réalisé à Karachi avec l’assistance du chantier turc TMK et remplacera le vieux Moawin (ex-Poolster néerlandais). Différents autres projets d’acquisition de bâtiments d’occasion ou neufs sont également à l’étude[10].

Le patrouilleur Larkana (PB 157) au large des côtes pakistanaises.

Le Pakistan dispose en 2012 de cinq sous-marins : deux Agosta 70 (PNS/M Hasmat et Hurmat, entrés en service en 1979) et trois Agosta 90B (PNS/M Khalid, Saad et Hamza) sur lesquels l'installation de systèmes anaérobies (AIP) est en cours.

La Marine pakistanaise a créé un « Commandement de la force navale stratégique » en inaugurant, le , des locaux de ce nouvel état-major chargé des armes nucléaires de la Marine.

Il se pourrait que cette annonce soit la confirmation de l’existence d’une version sous-marine du missile de croisière Babur/Hatf 7 capable d'être emporté par les Agosta[11].

En , le gouvernement pakistanais annonce son intention d'acquérir huit sous-marins S-20 dérivés du type 039A chinois[12].

Forces paramilitaires

Ranger armé d'un HK MP5.

Diverses forces paramilitaires sont également sous le contrôle de l'armée pakistanaise. La Garde nationale constitue l'une des plus grandes réserves d'hommes de l'armée. En paramilitaires actifs, les rangers pakistanais sont les plus nombreux. Ils sont chargés de garder la frontière orientale du pays (face à l'Inde), alors que les Frontier Corps gardent la frontière occidentale, face à l'Afghanistan et l'Iran avec les Frontier Constabulary, police militaire déployée dans la province de Khyber Pakhtunkhwa.

Branche Personnel
Garde nationale du Pakistan  185 000[13]
Rangers pakistanais 100 000[13]
Frontier Corps 80 000[13]
Frontier Constabulary 30 000
Force de sécurité aéroportuaire 8 930
Garde-côtière du Pakistan Classifié[13]
Agence de sécurité maritime 2 500[13]
Total 400 000[14]

Notes et références

  1. in World Military Expenditure, 2019 sur sipri.org, avril 2020
  2. La Presse canadienne, « L’arsenal nucléaire du Pakistan : quels risques pour le monde ? », sur http://www.armees.com, (consulté le 2 septembre 2009)
  3. Christophe Jaffrelot, « Le nouveau champion des militaires pakistanais », sur Le Monde diplomatique,
  4. Jaffrelot 2013, p. 319.
  5. Jaffrelot 2013, p. 474.
  6. (en) Article: 243 Command of Armed Forces sur pakistanconstitutionlaw.com
  7. (en) « Army chief extension bill passed in Senate », sur samaa.tv, (consulté le 4 janvier 2020)
  8. Philippe Bolopion, « 2008, la pire année pour l’ONU », Le Monde-Dossiers et documents, , p. 1
  9. (en) World Air Forces 2020 sur flightglobal.com
  10. « Focus : Autres marines de l’océan Indien », sur Mer et Marine, (consulté le 14 mars 2013)
  11. (en)Usman Ansari, « Pakistan Acknowledges Sea-Based Nuclear Deterrent », sur Defense News, (consulté le 3 octobre 2012)
  12. (en) « Beijing eyes bigger arms exports after Pakistan deal, experts say », sur South China Morning Post, (consulté le 3 juillet 2015).
  13. a b c d et e (en) Pakistan Intelligence, security Activities and Operations Handbook, Int'l Business Publications, 2011 Edition, p. 131, (ISBN 0-7397-1194-6)
  14. (en) The Military Balance 2010, p. 367, International Institute for Strategic Studies (London, 2010).

Articles connexes