Focalisation (narratologie)

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Dans le vocabulaire sémiotique, le terme focalisation (ou point de vue) peut prendre deux sens différents :

  • En un premier sens, il peut désigner une technique narrative qui consiste à recentrer l'œil du lecteur sur un détail (d'un objet, d'un personnage etc.) considéré précédemment dans l'ensemble auquel il appartient.
  • En un second sens, il désigne le foyer de la perception de l'univers contenu dans un texte narratif, le point de vue à partir duquel les éléments de cet univers sont décrits et racontés. Dans ce second sens, la focalisation est également appelée perspective narrative et on en distingue usuellement trois types, conceptualisés par le théoricien de la littérature Gérard Genette : la focalisation externe, la focalisation interne et la focalisation omnisciente (ou zéro).

Point de vue interne

L'action est vue par un personnage. Même si le récit est à la troisième personne, la scène est perçue par celui-ci. La « caméra » est donc subjective et incomplète. Le narrateur limite les informations à ce que ce personnage comprend et connaît. Le personnage exprime ses sentiments, ses réflexions, en passant par le discours indirect libre. Il y a présence de verbes de perceptions, de tout ce qui facilite le regard (fenêtres...) et de tout ce qui repère l'espace par rapport au personnage (à droite, en face...) Le point de vue interne peut aussi être écrit à la première personne. Le narrateur en sait autant que les personnages.

La Symphonie pastorale d'André Gide ou L'Étranger d'Albert Camus. Il est tout à fait possible de rencontrer la focalisation interne dans un récit à la 3e personne. À titre d'exemple, le début de L'Éducation sentimentale de Gustave Flaubert présente une description menée à la 3e personne à travers le regard de son héros, Frédéric, donc en focalisation interne : « À travers le brouillard, il contemplait des clochers, des édifices dont il ne savait pas les noms ; puis il embrassa, dans un dernier coup d’œil, l’île Saint Louis... »

Point de vue externe

Le narrateur externe n’est pas un personnage de l'histoire. Le narrateur voit tout de l'extérieur, comme une caméra de surveillance qui n'enregistre que les actions ou comme un témoin étranger à l'action. Il ne connaît pas les pensées des personnages, ne donne pas son avis (sauf exception). Il raconte uniquement l'histoire (à la troisième personne). Ce point de vue renvoie à un narrateur neutre, ce qui permet donc de raconter avec une certaine objectivité. Seuls les paroles et les faits sont retranscrits.

La littérature du XXe siècle a volontiers exploité cette technique narrative. Par exemple, Des souris et des hommes, roman de John Steinbeck, utilise uniquement la focalisation externe.

Point de vue omniscient

Le narrateur omniscient connaît tout des personnages et peut voir tous leurs faits et gestes. C'est le point de vue d'un dieu, d'un narrateur démiurge, qui sait tout sur les personnages. C'est donc une focalisation totale, subjective et exhaustive. Il connaît leur passé, leur futur, leurs sentiments, leurs pensées, leurs émotions, leurs envies, etc. Ce point de vue renvoie à un narrateur absent impliqué. Il est spectateur de toutes les scènes et des personnages.

Cette technique, bien qu'ayant été utilisée par de nombreux romanciers (par exemple Flaubert, qui la justifie par sa « théorie de l'impersonnalité ») a été critiquée par Jean-Paul Sartre dans son article « Monsieur François Mauriac et la liberté » (dans La Nouvelle Revue française), où il préconise plutôt l'adoption soit d'une focalisation externe, soit d'une focalisation interne.

Annexes

Bibliographie

  • Gérard Genette, Figures I, Éditions du Seuil, Paris, 1965.
  • Gérard Genette, Figures II, Éditions du Seuil, Paris, 1969.
  • Gérard Genette, Figures III, Éditions du Seuil, Paris, 1972.

Articles connexes

Liens externes

Notes et références