Faux protagoniste

Dans Psychose (1960) d'Alfred Hitchcock, le personnage Marion Crane (interprétée par Janet Leigh) est un exemple de fausse protagoniste. Hitchcock pensait cette perception si importante qu'il a insisté auprès de propriétaires de salles de cinéma pour que ces derniers appliquent une politique de non-admission des personnes en retard ("no late admission" policy)[1].

En fiction, un faux protagoniste est une technique d'écriture consistant à présenter et faire croire au public qu'un personnage est un protagoniste et de lui révéler par la suite que ce n'est pas le cas. Cette technique est souvent utilisée pour créer une discordance, pour accrocher davantage le public en jouant avec ses préconceptions.

Un faux protagoniste est généralement présenté au début d'une œuvre de fiction comme étant un personnage central pour être par la suite éliminé, souvent en étant tué. Son rôle peut également changer au cours de l'histoire en en faisant un personnage secondaire ou en révélant qu'il est en fait un antagoniste[2].

Généralités

Au cinéma, on peut faire croire qu'un personnage est le principal protagoniste en utilisant diverses techniques. La plus évidente est de focaliser le scénario sur son rôle, mais elle n'est pas la seule. On peut également utiliser une vedette pour ce faire. En effet, le public suppose généralement que le plus « gros » nom du générique sera un protagoniste. L'utilisation d'une bonne quantité de gros plans peut également être utilisée comme une méthode plus subtile. Le personnage principal d'un film est ainsi généralement vu plus souvent de près que n'importe quel autre personnage, mais cela n'est pas nécessairement immédiatement évident auprès des spectateurs. Le faux protagoniste peut également être utilisé comme narrateur de l'histoire, laissant croire au public que ce dernier survivra pour raconter son histoire plus tard[3].

Plusieurs des techniques précédentes peuvent également être appliquées à la télévision, bien que la nature épisodique de cette dernière permet une plus grande flexibilité. Ainsi, en terminant un ou plusieurs épisodes avec le faux protagoniste toujours en « place », l’œuvre peut renforcer l'idée que le personnage est un protagoniste. Le changement de personnel entre les épisodes ou les saisons d'une série télévisée peut également créer des faux protagonistes de manière non-intentionnelle lorsque la série est terminée et considérée dans son intégralité.

Dans le domaine du jeu vidéo, un faux protagoniste peut être initialement un personnage jouable pour être par la suite tué ou dévoilé comme étant un antagoniste.

Exemples

Jeu vidéo

Littérature

  • Les Livres de Samuel commencent avec la naissance de Samuel et focalisent l'attention sur ce dernier. À partir du chapitre 16, l'histoire se concentre sur David[4].
  • Dans Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, on fait croire que Bernard Marx est le personnage principal jusqu'à l'entrée de John le « Sauvage ».
  • Dans le premier tome de la série Le Trône de fer de George R. R. Martin, ce dernier focalise l'attention des lecteurs sur Ned Stark tout au long du livre jusqu'à ce que ce dernier soit brusquement exécuté à la fin[5],[6].
Le Livre de Samuel commence lorsque Samuel est un jeune garçon. Il est le principal centre d'attention des premiers chapitres jusqu'à ce qu'il devienne tranquillement un personnage secondaire.

Cinéma

  • Dans Les Dix Commandements (1923), Moïse est le personnage principal de la première heure du film jusqu'à ce que l'histoire fasse un bond dans les années 1920 et se concentre sur les personnages de John et Dan McTavish.
  • Dans Psychose (1960), Marion Crane est présentée comme étant la protagoniste du film avant d'être tuée, rendant le meurtre plus inattendu et choquant. Hitchcock trouvait les scènes d'ouverture avec Marion comme faux protagoniste si importantes que lorsque Psychose est sorti au cinéma, il a insisté pour qu'une politique de non-admission des personnes en retard soit instaurée pour son film.
  • La Gorgone (1964) débute avec le Professeur Jules Heitz comme étant le protagoniste, mais celui-ci se fait tuer. Carla Hoffman et Paul Heitz s'avèrent par la suite être les deux véritables protagonistes.
  • Wes Craven a inséré à de nombreuses reprises des faux protagonistes dans les films qu'il a réalisés, tels que La Dernière Maison sur la gauche, Les Griffes de la nuit et Scream. Dans Les Griffes de la nuit, le personnage Tina Gray est considérée comme la protagoniste, jusqu'à ce qu'elle se fasse tuer tôt dans le film; Nancy Thompson devient ensuite la véritable protagoniste du film. Bien que Craven n'ait eu aucune implication dans le quatrième volet de la saga de Freddy Krueger, Le Cauchemar de Freddy, ledit film utilise le même procédé narratif avec Kristen Parker qui est progressivement remplacée par Alice Johnson dans le rôle de protagoniste. Concernant Scream, l'actrice Drew Barrymore a été mise en avant pendant le marketing du film, mais son personnage, Casey Becker, se fait tuer dès les 15 premières minutes du film.
  • Maniac Cop (1988) introduit Frank McCrae comme protagoniste, mais ce dernier se fait tuer vers la moitié du film. Il est ensuite révélé que le véritable protagoniste est Jack Forest.
  • Dans Ultime Décision (1996), Steven Seagal est le chef d'un commando d'élite, décédant entièrement dès le début d'une opération de libération d'otages, laissant le personnage de Kurt Russel comme unique protagoniste.
  • Dans Peur bleue (1999), Samuel L. Jackson est le plus « gros » nom du film. Il est supposé comme étant un protagoniste jusqu'à ce qu'il meure subitement happé par un requin au milieu du film[7].
  • Dans Vidocq (2001) Étienne Boisset, que l'on suit jusqu’à la fin du film dans son enquête, se révèle être l'antagoniste, enquêtant sur ses propres crimes sous une fausse identité afin de trouver et éliminer les témoins.
  • Le film 1917 (2019) se concentre d'abord sur le personnage du caporal Tom Blake, avant qu'il ne se fasse abruptement tuer par un pilote allemand.

Notes et références

  1. (en) Janet Leigh, Psycho : behind the scenes of the classic thriller, New York, Harmony Press, , 197 p. (ISBN 0-517-70112-X), p. 105-106
  2. (en) Christopher W. Tindale, Fallacies and Argument Appraisal, New York (N.Y.), Cambridge University Press, , 218 p. (ISBN 978-0-521-84208-2)
  3. (en) Peter K. Jonason, Gregory D. Webster, David P. Schmitt, Norman P. Li et Laura Crysel, « The antihero in popular culture: Life history theory and the dark triad personality traits. », Review of General Psychology, vol. 16, no 2,‎ , p. 192–199 (DOI 10.1037/a0027914, lire en ligne)
  4. Gordon 1986, p. 18.
  5. (en) James Hibberd, « Game of Thrones recap: The Killing », Entertainment Weekly, (consulté le 17 août 2014), p. 1
  6. (en) James Poniewozik, « Game of Thrones Watch: The Unkindest Cut », Time, (consulté le 13 août 2014)
  7. Marie Kock, « Top 5 des attaques de requin les plus absurdes au cinéma », Télérama,‎ (lire en ligne, consulté le 18 août 2020).

Voir aussi