Dynastie égyptienne zéro

Par convention, la dynastie 0 désigne les rois ayant précédé la première dynastie égyptienne. Cette dynastie 0 est souvent appelée Nagada III ou période protodynastique et correspond à la dernière phase de la culture Nagada de la préhistoire de l'Égypte ancienne, datant d'environ 3200 à 3000 avant J.-C.[1] C'est la période durant laquelle le processus de formation de l'État, qui a commencé avec Nagada II, est devenu très visible, avec des rois nommés à la tête de puissants pouvoirs politiques. À cette époque, les noms de ces rois étaient inscrits sous forme de serekhs sur diverses surfaces, notamment des poteries et des tombes. L'Égypte étant encore morcelée, plusieurs rois étaient contemporains les uns des autres et se faisaient la guerre, menant ultimement à la fin de la période à l'unification de l'Égypte par les rois originaires de Thinis. Le terme de dynastie 0 réfèrent en général aux rois de cette ville, bien que le terme dynastie soit abusif : aucune preuve ne vient conforter l'idée que ces rois faisaient partie d'une même lignée royale.

Histoire

La période protodynastique de l'Égypte ancienne était caractérisée par un processus continu d'unification politique, qui a culminé avec la formation d'un seul État pour commencer la période dynastique précoce. En outre, c'est à cette époque que la langue égyptienne a été enregistrée pour la première fois sous forme de hiéroglyphes, ce sont en réalité des suites de signes qualifiées de préécriture ou de protoécriture et gravées sur des objets. Il existe également de solides preuves archéologiques de l'existence de colonies égyptiennes dans le sud de Canaan pendant la période protodynastique, qui sont considérées comme des colonies ou des comptoirs commerciaux.

La formation de l'État a commencé à cette époque et peut-être même avant. Plusieurs petites villes-États ont vu le jour le long du Nil. Les principaux sites de cette période en Haute-Égypte sont Nekhen, Abydos et Nagada. Plusieurs rois de cette période nous sont connus. En fait ces rois n'étaient peut-être que des chefs thinites dotés d'armes d'apparat. Aujourd’hui on les classe dans le début de la dynastie 0, qui correspond à la fin de la période de Nagada II d2. À la suite des dernières découvertes sur le site d'Oumm el-Qa'ab, des égyptologues parlent aussi des rois Coquillage, Éléphant ou Taureau Ier et II[2].

Des siècles de conquête ont ensuite réduit la Haute-Égypte à trois confédérations, ou protoroyaumes : Thinis (Abydos), Noubt (Nagada) et Nekhen (Hiérakonpolis). Pris en sandwich entre Thinis et Nekhen, Nagada fut le premier à tomber. La relation de Nekhen avec Thinis est incertaine, mais ces deux États ont peut-être fusionné pacifiquement, la famille royale Thinite dirigeant alors toute la Haute-Égypte. Les rois thinites ont été enterrés à Abydos dans le cimetière d'Oumm el-Qa'ab.

Durant la fin de la période prédynastique, l'Égypte se trouve divisée en deux royaumes : un roi pour le Nord (Basse-Égypte) et un pour le Sud (Haute-Égypte). Les rois du Sud prennent alors le dessus sur ceux de Basse-Égypte. La conquête a du être progressive. En effet, si Narmer est considéré comme l'unificateur de l'Égypte et le premier roi de la Ire dynastie, l'un de ses prédécesseurs, Iry-Hor, est attesté sur une inscription dans le Sinaï, inscription mentionnant également Memphis[3], ville pourtant fondée selon le mythe par l'unificateur de l'Égypte Ménès. Le dernier bastion du royaume du Nord était peut-être Bouto : en effet, sur la Palette de Narmer, les hiéroglyphes sculptés près du captif vaincu par Narmer - un harpon et un lac - ont été considérés par les spécialistes comme étant soit un nom de lieu pour le nome du Harpon (situé au nord-ouest du Delta) soit le nom du captif, phonétiquement lu comme étant Ouash ou Ouashi[4],[5].

La période prédynastique se termine à la création de la Ire dynastie pharaonique, avec l'unification du pays par Narmer au XXXIIe siècle (-3150/-3125 selon Nicolas Grimal). Les égyptologues sont maintenant presque unanimes pour donner le nom à cette période de dynastie 0 (on peut aussi trouver une division encore plus ancienne, mais abusive, sous le nom de dynastie 00). Cette dynastie n'existe pas dans la liste de Manéthon.

Souverains de Haute-Égypte (dynastie 0)

Plusieurs noms sont connus, même si l'existence de certains est peu sûre :

Souverains de Basse-Égypte

La Pierre de Palerme donne les noms de sept rois inconnus par ailleurs[9] :

  • Seka ;
  • Khaiou ;
  • Tiou ;
  • Thesh  ;
  • Neheb ;
  • Ouadjnedj ;
  • Mekh.

D'autres noms sont connus par d'autres attestations :

Notes et références

  1. Ian Shaw, The Oxford History of Ancient Egypt, Oxford University Press, (ISBN 0-19-815034-2, lire en ligne)
  2. Rois au nom d'animaux : Oryx, Coquillage, Poisson, Éléphant, Taureau 1 et 2, Bucrane Ier ?, Cigogne, Chacal, Bucrane 2 ?, Scorpion Ier ?, Faucon Ier, Min, Seth ?, Faucon 2 et Lion qu’il faudrait peut-être ajouter à cette dynastie, le débat entre spécialistes est ouvert.
  3. Pierre Tallet, D. Laisnay, « Iry-Hor et Narmer au Sud-Sinaï (Ouadi 'Ameyra), un complément à la chronologie des expéditios minière égyptiene », dans : BIFAO, no 112, 2012, p. 381-395, available online
  4. a et b  Wolfgang Helck, Untersuchungen zur Thinitenzeit, Wiesbaden, coll. « Ägyptologische Abhandlungen 45 », , p. 98.
  5. a et b Thomas C. Heagy, « Who was Menes? », Archeo-Nil, vol. 24,‎ , p. 59–92 (lire en ligne), p. 66.
  6. Les sept-cents jarres de la tombe « U-j » d’Abydos, attribuée au roi Scorpion, INRAP
  7. Michael Allan Hoffman, « Before the Pharaohs: How Egypt Became the World's First Nation-State », dans : The Sciences, New York Academy of Sciences, New York 1988, p. 40–47.
  8. a b c et d Francesco Raffaele, « Dynasty 0 », Aegyptiaca Helvetica, vol. 17,‎ , p. 99–141 (lire en ligne)
  9. Gommaire Louis Dykmans, Histoire économique et sociale de l’ancienne Égypte, t. 3, Auguste Picard, Paris, 1937 : « Cette stèle porte même encore sept noms de rois prédynastiques du Royaume du Delta : Seka, Khaiou, Tiou, Thesh, Neheb, Ouadjnedj, Mekh ; cf. Breasted, op. cit., 5 90 »
  10. M. J. Clédat, Les vases de el-Beda, ASAE 13 (1914), p. 115-121.
  11. Kaiser-Dreyer, dans : Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Abteilung Kairo. (MDAIK) 38 (1982), Deutsches Archäologisches Institut, Orient-Abteilung, p. 9.
  12. a et b E. C. M. van den Brink, « Pottery-incised Serekh-Signs of Dynasties 0–1, Part II: Fragments and Additional Complete Vessels », dans : Archéo-Nil 11, 2001
  13. Günter Dreyer, « Ein Gefäss mit Ritzmarke des Narmer », dans : MDAIK 55, (1999), p. 1–6.
  14. Eva-Maria Engel, Ein weiterer Beleg für den Doppelfalken auf einem Serech, Bulletin of the Egyptian Museum, 2 (2005), p. 65-69.
  15. W. Kayser, G. Dreyer, Umm el-Qaab. Nachuntersuchungen im frühzeitlichen Königsfriedhof, 2. Vorbericht, Mitteilungen des deutschen archäologischen Instituts Kairo 38 (1982), p. 211-269.
  16. a et b « Ancient Egypt - Dynasty 0 », sur www.narmer.pl (consulté le )
  17. Natale Barca, Prima delle piramidi, Ananke, (ISBN 978-88-7325-359-4), p. 295.

Sources

Bibliographie

  • Christian Jacq, Tirage limité, hors commerce : Comment est née l'Égypte pharaonique, Paris, XO éditions, 2010, 64 p.

Voir aussi