Dacie romaine

Dacie romaine
Provincia Dacia
Ἐπαρχία Δακίας

Province de l'Empire romain

107 ap. J.-C. – 275 ap. J.-C.

Description de cette image, également commentée ci-après
Province romaine de Dacie (125 ap. J.-C.)
Informations générales
Capitale Ulpia Traiana Sarmizegetusa
Langue Latin
Ère historique Antiquité
Histoire et événements
107 ap. J.-C. Annexé par Trajan
275 ap. J.-C. Evacuation de l'empereur romain Aurélien

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Aujourd'hui, une partie de :
Drapeau de la Roumanie Roumanie
Drapeau de la Serbie Serbie

La Dacie romaine, Dacie trajane ou Dacia felix (« Dacie heureuse ») est une partie de la Dacie, riche en or, sel et bois, colonisée et devenue province de l'Empire romain durant 150 ans, de 106 à 256.

Le royaume des Daces et les Romains

Les Daces et les Gètes sont en contact avec les Romains bien avant la conquête de leur territoire[1]. Néanmoins, Rome commence à réellement tourner son attention vers la région du bas Danube à l'époque du règne de Burebista[2]. Celui-ci unit les différentes peuplades de la région et se lance dans une campagne d'expansion agressive. Son royaume s'étend de la Pannonie à la mer Noire et jusqu'aux Balkans au sud[3].

En 74 avant Jésus-Christ, les légions romaines de Gaius Scribonius Curio atteignent le bas Danube et rentrent en contact avec les Daces. Les Romains sont alors inquiets de l'influence croissante de Burebista, qui en vient à interagir avec la vie politique de la République. Au dernier moment, lors de la bataille de Pharsale, il décide de soutenir Pompée. De ce fait, il s'attire l'inimitié de Jules César. Vers 44 avant Jésus-Christ, alors que César s'intéresse de plus en plus à la conquête de la Parthie, il réfléchit aussi à une campagne contre les Daces pour éliminer Burebista. Sa mort met un terme à ce projet mais au même moment, Buresbista est assassiné à l'occasion d'un complot contre lui, qui démontre que l'union demeure fragile au sein du royaume des Daces, qui se divise en quatre entités distinctes, puis bientôt cinq[4].

De la mort de Burebista à l'irruption de Décébale, les forces romaines combattent régulièrement les Daces et les Gètes. Ces derniers lancent souvent des raids contre les provinces de Mésie et de Pannonie, obligeant les gouverneurs locaux voire les empereurs à entreprendre des actions de représailles. En dépit de ces actions militaires, il existe une proximité notable entre les Daces et les Romains qui se perçoivent parfois comme amicii et socii, soit comme amis et alliés. Ainsi, lors de son conflit contre Marc-Antoine, Octave s'allie avec les Daces en proposant de se marier avec la fille du roi Cotiso, lequel, en retour, se marierait avec Julia Caeseris filia, la fille d'Octave.

Il est possible que dès la première moitié du premier siècle avant Jésus-Christ, les Daces aient été amenés à envoyer des otages royaux à Rome. Néanmoins, c'est surtout à partir du règne d'Auguste que cette pratique se répand. En outre, les sources rapportent la présence de marchands et d'artisans romains en Dacie, où des esclaves romains en fuite se réfugient souvent. Cette présence culturelle et économique grandissante démontre l'influence montante de Rome dans la région.

L'arrivée au pouvoir de la dynastie flavienne et notamment de Domitien voit une escalade des hostilités le long du bas Danube. Vers 84 ou 85, les Daces du roi Décébale franchissent le fleuve et pénètrent en Mésie, qu'ils pillent, allant jusqu'à mettre à mort le gouverneur provincial. Domitien réagit en divisant la province en deux : la Mésie Inférieure et la Mésie Supérieure, avant de riposter. Néanmoins, les troubles avec les Germains l'obligent à conclure la paix. A posteriori, cet épisode apparaît comme une première étape sur la voie des guerres daces de Trajan. En 102, Décébale est contraint de détruire ses forteresses dans la région des monts Orastie, tout en acceptant la présence d'une garnison romaine à Sarmizegetusa. Trajan ordonne aussi à son ingénieur, Apollodore de Damas, de bâtir un pont sur le Danube à Drobeta.

La Dacie sous les Antonins et les Sévères

Création de la province (106-117)

Dès son annexion, la Dacie est transformée en province romaine. Ce n'est que le deuxième territoire a être acquis comme province depuis la mort d'AUguste près d'un siècle plus tôt. Les Romains ont encore à combattre les Sarmates, les alliés de Décébale, qui sont plus au nord. Néanmoins, à la fin de l'année 106, les légionnaires commencent à ériger des forts le long de la nouvelle frontière de la province et Trajan revient à Rome au milieu de l'année 107.

Les premières sources à mentionner la Dacie comme une province remontent au 11 août 106. Elle est gouvernée par un légat impérial de rang consulaire, soutenu par des légats de la légion en charge de chacune des deux légions implantées en Dacie. Un procurateur a la responsabilité de prélever l'impôt de la province et de payer l'armée. Il est à noter que l'ensemble des territoires conquis ne sont pas incorporés dans la nouvelle province. La Mésie inférieure s'étend sur l'actuel sud de la Moldavie, la Munténie et l'Olténie oriental, tandis que la Dacie en tant que telle recouvre l'Olténie occidentale, la Transylvanie et le Banat.

De ce fait, la Dacie romaine est entourée à l'est et au sud des deux provinces de Mécie, la province supérieure a sa capitale à Singidunum et la province inférieure à Tomis (l'actuelle Constanța). Sur sa frontière ouest, la Dacie est exposée à la plaine de Pannonie où vivent les Iazyges, une tribu sarmate. La Moldavie septentrionale abrite elle les Bastarnes, les Roxolans et les Carpes. Enfin, le nord de la Transylvanie est habité par les Daces non soumis à Rome, notamment les Costoboces.

Le processus de transformation d'un territoire conquis en une province est coûteux. Tout l'ensemble des infrastructures romaines classiques est érigé dans les nouvelles cités, incluent les thermes, les forums ou les temples, ainsi que des voies romaines et des colonies pour les vétérans. Néanmoins, à part les tentatives de Trajan d'encourager des colons à s'implanter en Dacie, il semble que le gouvernement impérial n'a pas cherché à promouvoir l'installation de nouveaux habitants dans la province.

Du fait des conséquences de la guerre, la population de la Dacie a certainement chuté par rapport à son état d'avant l'invasion. Selon Criton, 500 000 Daces sont réduits en esclavage et déportés, certains d'entre eux pour devenir des gladiateurs dans le cadre des célébrations de la victoire de l'empereur. En compensation, les Romains mettent en place un programme de création de centres urbains peuplés de citoyens romaines et de non-citoyens issus d'autres régions de l'Empire. Néanmoins, un nombre important de Daces continue de vivre à la périphérie de la province dans un mode de vie rural. Quant aux élites locales, comme souvent dans l'Empire, elles sont encouragées à participer à la nouvelle administration.

Trajan établit la capitale de la province à une quarantaine de kilomètres de l'ancienne capitale des Daces, Sarmizegetuse. Elle est nommé Ulpia Traiana Sarmizegetusa. Elle sert d'abord de base à la Legio IV Flauia Felix avant d'être peuplée de vétérans qui ont servi dans les guerres daciques, notamment de la Legio V Macedonica, de la Legio IX Claudia et de la Legio XIV Gemina.

Avec la conquête, la Dacie est traversée de voies romaines qui recouvrent rapidement les voies de circulation naturelles. Néanmoins, seules deux routes ont avec certitude été créées sur ordre de Trajan. La première relie les camps militaires à Napoca et Potaissa. La source épigraphique que constitue le Miliarium d'Aiton indique que cette route est achevée vers 109 ou 110. La deuxième voie passe par Apulum et, depuis la mer du Nord, file vers l'est et la Pannonie inférieure.

Première réorganisation (117-138)

Carte de la Dacie romaine.

Hadrien est à Antioche quand il apprend la mort de Trajan. Il ne peut alors rejoindre Rome. Il apprend aussi que Caius Iulius Quadratus Bassus, qui a reçu l'ordre de Trajan de défendre la Dacie est mort lors d'une campagne. En effet, du fait de la guerre qu'il a mené contre les Parthes, Trajan a laissé un certain nombre de provinces en sous-effectif. Les Roxolans en ont profité pour ne plus payer leur tribut et s'allier aux Iazyges contre Rome. Hadrien décide donc de rapatrier un certain nombre de troupes en Dacie avant de pouvoir lui-même quitter la Syrie.

Hadrien hésite alors à se retirer de la Dacie étant donné les difficultés que pose sa défense. Il démantèle le pont d'Apollodore sur le Danube pour prévenir toute pénétration des Bulgares au-delà du fleuve. Finalement, en 118, il prend lui-même la tête des troupes qui battent les Iazyges et les Roxolans et rétablit le tribut à leur charge. Il abandonne même certaines des conquêtes de Trajan, notamment les territoires annexés à la Mésie Inférieure qui sont cédés aux Roxolans. Ce qui restent des régions de la Mésie Inférieure au nord du Danube composent une nouvelle province, la Dacie Inférieure, tandis que la province de Dacie en tant que tel devient la Dacie Supérieure. Enfin, Hadrien ordonne à la Legio IV de se replier sur la Mésie Supérieure.

En 124, une nouvelle province est créée, la Dacia Porolissensis, au nord de la Dacie Supérieure, dans la région de Transylvanie. Quant à la Dacie Supérieure, elle n'est plus gouvernée que par un sénateur de rang prétorien car les consuls ne gouvernent que les provinces comprenant au moins deux légions. Le légat impérial qui demeure dans cette province dirige une légion à Apulum. La Dacie Inférieure et la Dacie Porolissensis sont dirigées par des procurateur présidiaux.

Dès lors qu'il a décidé de conserver la Dacie, Hadrien s'efforce d'en exploiter les ressources minières abondantes. Il monopolise les revenus générés par cette activité en confiant l'exploitation à des membres de l'ordre équestre, qui la délèguent à d'autres individus. En 124, l'empereur visite Napoca et l'élève au rang de municipe.

Consolidation (138-161)

A l'arrivée au pouvoir d'Antonin le Pieux, l'Empire est à son apogée territorial et se consacre principalement à la défense de ses nombreuses provinces. Les nombreuses bornes qui datent de son règne prouvent son attention à ce que les voies qui parcourent l'Empire soient correctement entretenues. De même, l'amphithéâtre d'Ulpia Traiana Sarmizegetusa est remis en état sous son règne. Enfin, étant donné que les positions romains à Porolissum (près de Moigrad) sont particulièrement exposées, elles sont rebâties en pierre et pourvues de murs plus solides.

Après une révolte intervenue vers 158, Antonin décide de réorganiser à nouveau la Dacie. La Dacie Porolissensis dont la capitale est Porolissum est laissée en l'état mais la Dacie Supérieure est renommée Dacie Apulensis avec Apulum comme capitale tandis que la Dacie Inférieure devient la Dacie Malvensis, recouvrant l'Olténie et avec Romula comme capitale. Chacune de ces provinces est gouvernée par des procurateurs de rang équestre et tous sont responsables devant le gouverneur de rang sénatorial à Apulensis.

Renaissance sous les Sévères

Le règne de Septime Sévère signe le début d'une ère de paix dans la province qui ne subit aucune offensive. Les positions militaires sont restaurées et Sévère étend la frontière orientale de la Dacie de 14 kilomètres vers l'Olt, complétant le limes Transalutanus. Quatorze camps militaires sont bâtis sur une distance de 225 kilomètres, de Flămânda (près du Danube) au sud à Cumidava (aujourd'hui Brețcu). Son règne voit aussi un accroissement des municipia dans la région, tandis que Ulpia Traiana Sarmizegetusa et Apulum se voient octroyées le Ius italicum (le droit italique).

Dans le cadre de ses réformes militaires, Septime Sévère permet aux soldats romains de vivre à l'extérieur des fortifications qu'ils gardent, dans les canabae, où ils peuvent obtenir des lopins de terre. Il les autorise aussi à se marier à des autochtones et leurs enfants deviennent automatiquement des citoyens romains. Pour les soldats n'ayant pas ce statut, ils peuvent l'obtenir pour eux et leur descendance après la fin de leur service militaire.

Son successeur, Caracalla, étend la citoyenneté à tous les hommes habitant l'Empire (sauf les esclaves) pour accroître les revenus fiscaux et sa popularité. En 213, alors qu'il se dirige vers la Parthie, il passe par la Dacie. Il tente alors de perturber les efforts d'alliance entre les peuples frontaliers, notamment les Marcomans et les Quades. A Porolissum, il fait tuer Gaiobomarus, le chef des Quades, après lui avoir fait croire à des pourparlers de paix. Autrement, des historiens modernes comme Philip Parker ou Ion Grumeza soutiennent que Caracalla étend encore le limes Transalutanus de cinquante kilomètres à l'est de l'Olt. Néanmoins, aucune preuve concrète ne soutient leur assertion et les traces de l'époque indiquent surtout que des travaux de réparation sont entrepris à Porolissum et que la cinquième cohorte Lingonum y érige une statue équestre de l'empereur.

La fin de la Dacie romaine

Les années 230 marquent la fin de la paix en Dacie romaine. Avec l'arrivée au pouvoir de Maximin Ier le Thrace en 235, l'Empire romain rentre dans une période de troubles qui s'étalent sur cinquante ans, connue sous le nom d'Anarchie militaire. L'économie connaît aussi un phénomène de rétractation avec une chute de la valeur de la monnaie. Tout au long du IIIe siècle, les frontières de l'Empire sont mises à mal par le début d'un processus de migration de grande ampleur. Les Goths imposent une pression croissante sur les peuples vivant aux marges des terres romaines. Entre 236 et 238, Maximin est obligé de faire campagne contre les Carpes avant de revenir en Italie pour combattre une rébellion. Alors que Gordien III s'impose comme empereur, les Goths profitent de la fragilité de l'Empire pour prendre Histria en 238, avec l'aide des Carpes, avant de mettre à sac les principaux centres urbains du delta du Danube.

Les Romains sont contraints d'acheter la paix au prix d'un tribut annuel aux Goths, ce qui déplaît aux Carpes qui exigent aussi un tribut. Philippe l'Arabe met fin à ce paiement en 245 et les Carpes réagissent par une invasion l'année suivante, s'en prenant notamment à Romula. Ils brîlent probablement le fort de Răcarii à cette occasion et les vestiges archéologiques laissent à penser que le limes Transalutanus est abandonné sous l'empereur Philippe, du fait de la pression des Carpes. Philippe est bientôt contraint de se rendre lui-même sur le front, tandis que la mère du futur empereur Galère fuit la Dacie Malvensis pour s'installer en Mésie Inférieure, attestant du désordre croissant qui règnent dans les possessions romaines au nord du Danube.

A la fin de l'année 247, les Carpes sont vaincus et demandent la paix. Philippe l'Arabe en profite pour prendre le titre de Carpicus Maximus mais, en dépit de ce succès, les cités daces commencent à organiser leur défense. A Sucidava, les habitants érigent des remparts et un fossé défensif, probablement du fait d'un raid barbare vers 246 ou 247. En 248, Romula renforce ses défenses, là encore pour mieux se protéger des Carpes. Une inscription découverte à Apulum vante les mérites de l'empereur Dèce comme restitorur Daciarum, « restaurateur de la Dacie ». Le 1er juillet 251, Dèce et son armée sont vaincus parles Goths lors de la bataille d'Abrittus en Bulgarie et l'empereur lui-même est tué. Ce peuple germanique, solidement implanté le long de la côte occidentale de la mer Noir, menace sérieusement les Daces non romanisés, qui basculent dans leur aire d'influence, ainsi que la Dacie. Peu à peu, c'est tout le système d'États clients fondé par Rome qui s'effondre.

La pression barbare se poursuit sous Gallien (253-268). La division de la partie occidentale de l'Empire entre l'empereur en titre et Postume qui règne sur la Gaule après 260 implique que Gallien se focalise principalement sur la frontière danubienne. Il remporte plusieurs victoires contre les Carpes et les autres peuples daces et il acquiert lui aussi le titre de Dacicus Maximus. Néanmoins, des sources de l'époque, notamment Eutrope, Aurélius Victor et Festus écrivent que la Dacie est perdue sous son règne. Il transfère une grande partie des cohortes de Dacie vers la Pannonie et les dernières pièces découvertes à Ulpia Traiana Sarmizegetusa et Porolissum sont à l'effigie de Gallien. Plus aucun bâtiment n'est érigé dans la province après 260.

Des pièces frappées au cour de la restauration impériale vers 270 portent l'inscription de Dacia Felix (« Dacie heureuse »), sous le règne d'Aurélien. La pression continue de l'Empire palmyrien l'oblige à stabiliser la frontière danubienne. C'est sûrement avec réticence qu'il décide, au moins temporairement, d'abandonner la Dacie. La date retenue est généralement l'année 271 mais il est possible que ce retrait se fait progressivement jusqu'en 275.

Aurélien crée une nouvelle province, la Dacie aurélienne, dont la capitale est basée à Serdica, en Mésie Inférieure. Elle accueille une partie de la population de l'ancienne Dacie qui a migré au sud du Danube.

La Dacie après le retrait de Rome

La Dacie a souffert de sa position exposée. Selon l'empereur Galère, la frontière danubienne est l'une des plus complexes à défendre pour Rome en raison de sa longueur et du fait que les légions romaines peinent à y exprimer leur potentiel. Néanmoins, après l'abandon de la Dacie, l'Empire maintient des positions militaires au nord du fleuve, dans le cadre du dispositif défensif danubien. Aurélien conserve notamment Droeta tandis qu'une partie de la Legio XIII Gemina' est basée à Desa jusqu'en 305. Des pièces à l'effigie de l'empereur Gratien (375-383) ont été mises au jour à Dierna, indiquant peut-être que la ville est restée sous domination romaine.

Intégration dans l'Empire

Des Daces sont présents à Rome, avec d'autres populations de la région connue de nos jours comme les Balkans, tels les Thraces ou les Illyriens par exemple, dès la période entre 44 avant notre ère (mort de Jules César) et 31 avant notre ère, (principat d'Auguste). Ils ont de nombreuses occupations : charpentiers, foulons mais surtout gladiateurs, notamment dans les « ludi » (casernes-arènes) nommés Dacicus, Gallicus, Magnus, Matutinus. Certains étaient libres, d'autres esclaves capturés lors des guerres entre Daces et Romains. Le nom du « ludus » Dacicus suggère un nombre important de Daces gladiateurs. Dès cette époque, mais plus encore après que la Dacie soit devenue province romaine, des Daces sont intégrés dans les légions romaines, devenant membres de la garde impériale (prétoriens et garde à cheval : equites singulares, comme en témoignent les inscriptions des pierres funèbres des soldats appartenant à la garde impériale). Un bon exemple est celle de Lucius Avilius Dacus, sur marbre, de l'année 70 avant notre ère, deux siècles avant la conquête de la Dacie. Une autre inscription, découverte Via Flaminia, est dédiée à la mémoire de la reine Zia, veuve du roi des Costoboces, Dieporus, par ses petits-enfants Natoporus et Driglisa. Il semble que Via Flaminia étaient inhumés les personnages d'origine royale et noble. La présence dace à Rome, dans la garde impériale, se remarque dans de nombreuses inscriptions en marbre, dédiées aux empereurs : s'y trouvent également les noms des soldats, avec le lieu d'origine : Aurelius Valerius Drubeta, Antonius Bassinass Sarmizégétuse, Titus Lempronius Augustus Apulum. Sur un total de 120 noms daces, 15 sont originaires de Sarmizégétuse. Parmi ceux-ci, Claudiano, centurion de la VIe cohorte. Mais aussi Iulius Secondinus, natione Dacus, prétorien appelé de nouveau au service, ayant atteint l'âge de 85 ans dans des conditions ou à cette époque on dépasse rarement l'âge de 50 ans[note 1].

Les tribus (et royautés) daces ont toujours été très indépendantes, chacune menant sa propre politique, même s'il est arrivé que certains rois, tels Burebista ou Décébale, parviennent à en fédérer la plupart (le premier finissant assassiné, le second contraint au suicide).

Article détaillé : Guerres daciques.

Sous Domitien comme sous Trajan, dont les règnes sont concomitants à celui de Décébale, la plupart des tribus daces fédérées ont attaqué l'Empire romain (Décébale obtenant de Domitien le versement d'un tribut) mais celles vivant le long du Danube et commerçant intensément avec les Romains ont toujours préféré s'allier à ces derniers. C'est ce qui permit à l'architecte Apollodore de Damas de construire pour Trajan, en toute sécurité, un pont en pierre sur le Danube, élément-clé de la conquête romaine commencée en 101 et achevée en 106, conclue par la prise du trésor de Décébale, le suicide de ce dernier, et l'intégration du sud-ouest de la Dacie à l'Empire romain, qui exploita dès lors, durant 165 ans, les mines d'or, d'argent et de sel de cette nouvelle province[5].

Administration de la province

carte du pourtour méditerranéen montrant la province romaine et la Dacie
Province romaine en rose, avec la Dacie en bordeaux
Carte approximative pour illustrer la situation de la Dacie après la conquête romaine. Le territoire de la Dacie romaine est en bleu, le territoire des Daces libres en rouge. Selon les périodes, d'autres territoires ont pu être temporairement sous contrôle des Romains, notamment dans le sud.
Les routes construites par les Romains en Dacie.

La province était bordée par la Transylvanie et l’Olténie d'aujourd'hui. selon les époques, entre 15 % et 50 % du territoire de la Dacie auraient été sous contrôle romain. Certaines cartes l'attestent.

Elle était sous l'autorité d'un Légat d'Auguste propréteur. La legio XIII Gemina, avec de nombreuses troupes auxiliaires, avait ses quartiers dans la province.

En 119, sous Hadrien, la Dacie fut partagée en Dacie supérieure et Dacie inférieure, la première comprenant la région actuelle de Transylvanie, la seconde les régions actuelles du Banat et de l'Olténie. Peu de temps après, une troisième province fut intégrée : la Dacie Porolissense", d'après la ville de Porolissum (près du village de Moigrad, commune de Mirşid, Judeţ de Sălaj). Seule la Dacie supérieure possédait une légion, elle était donc dirigée par un sénateur avec le rang de Légat d'Auguste propréteur. La Dacie inférieure et la Dacie porolissense étaient gouvernées chacune par un chevalier portant le titre de procurateur, leur garnison ne comptait que des troupes auxiliaires.

Le règne de Marc Aurèle amena une importante réforme administrative. Les trois provinces furent réunies sous la direction d'un légat de rang consulaire, cette nouvelle province étant nommée province des Trois Dacies (tres Daciæ). Les trois anciennes provinces subsistèrent cependant comme des subdivisions du nouvel ensemble, mais certaines changèrent de nom. La Dacie supérieure devint Dacie Apulensis d'après Apulum et la Dacie inférieure devint Malvensis d'après Malva, site longtemps inconnu et controversé, mais désormais fixé avec certitude à Romula. C'est à cette époque aussi que la Dacie Porolissense reçut une légion en garnison, la V Macedonica. Le gouverneur des Trois Dacies avait donc sous ses ordres deux légats (Apulensis et Porolissensis) et un procurateur (Malvensis). Pertinax fut un des premiers gouverneurs des Trois Dacies en 179.

Des forts furent construits pour résister aux révoltes de la population, aux attaques des tribus Carpes et plus tard contre les populations barbares. Trois grandes routes militaires furent construites pour unir les principales villes, tandis qu'une quatrième, nommée en hommage à Trajan, traversait les Carpates et pénétrait en Transylvanie par le col Alutensis.

Les tres Daciæ avaient une capitale commune, Sarmizégétuse ou Ulpia Traiana Sarmizegetusa, et une assemblée commune, qui discutait des affaires provinciales, formulait des réclamations et répartissait le fardeau des taxes ; mais sous d'autres aspects elles étaient des provinces pratiquement indépendantes les unes des autres, chacune commandée par un Légat d'Auguste propréteur ou un procurateur ordinaire, subordonné au gouverneur de rang consulaire.

Les « Daces libres », qui se donnaient eux-mêmes le nom de Carpes (signifiant "rocailleux", d'où le nom de Carpates) vivaient en dehors de la province romaine, sur les territoires au nord et à l'est de l'actuelle Moldavie, mais aussi au nord des Carpates, où ils avaient le nom de Costoboces, et dans l'ouest de la Transylvanie, sous le nom de « grands Daces ».

Bien qu'ils ne se soient pas privés d'attaquer les fortifications romaines, les Carpes entretenaient de nombreux liens avec l'Empire romain. Les Romains déportèrent des Carpes partout en Europe : ceux-ci assimilèrent la culture romaine et la langue romaine. Pendant l'occupation, ils avaient des relations étroites à la fois avec les Daces de la province et les populations dites barbares ; cette configuration leur permettait de nouer des alliances complexes.

Carte des Balkans au VIe siècle, à la veille de l'arrivée des Slaves, montrant les provinces du "Diocèse de Dacie".

Après la retraite romaine sous Aurélien, ils reconquirent la Dacie, alliés aux Goths. On les appela alors les « Carpodaces ». L'historien grec Zosime mentionne pour la dernière fois en 381 ces Carpodaces, c'est-à-dire les Daces appelés Carpes.

Transfert de la province

Selon Eutrope (livre IX, 15), l'empereur Aurélien aurait retiré de Dacie non seulement les garnisons et l'administration, mais aussi la population romaine. Par "population romaine", faut-il entendre uniquement les citoyens et citadins romains, comme l'affirment les historiens roumains, ou bien cela inclut-il aussi les Daces romanisés, comme l'affirment les historiens hongrois et allemands tels Robert Rössler. Aurélien crée pour les Romains de Dacie, au sud du Danube, la province de Dacie aurélienne. Celle-ci est divisée par Dioclétien en deux provinces : la Dacie Riveraine (Dacia ripense), province présidiale le long du Danube, et la Dacie méditerranéenne (Dacia mediterranea) : province consulaire. Plus tard, le Diocèse de Dacie (Diocesis Daciae ), diocèse de la préfecture d'Illyrie, est administré par un vicaire et comprend les deux provinces précitées, plus les cinq provinces présidiales de Dardanie (Dardania), de Mésie première (Moesia prima) et de Prévalitaine ou Prévalitane (Praevalitana) ainsi qu'une partie de la province présidiale de Macédoine Salutaire.

Quoi qu'il en soit, la circulation des monnaies et des objets, ainsi que la toponymie et la structure des langues romanes orientales montrent que durant l'Antiquité tardive, les échanges et la transhumance d'une économie devenant de plus en plus pastorale sous la pression des invasions barbares, ont continué à relier les deux rives du Danube, celle de l'ancienne Dacie trajane et des nouvelles Dacies aurélienne, dioclétienne et finalement justinienne (Δακία Παραποτάμια - Dacie parafluviale).

Suites

Même si elle dure moins de deux siècles, l’intégration de la Dacie dans l’Empire, après celle de la Mésie (qui, elle a duré six siècles), marque durablement la région, puisque la romanisation des autochtones a perduré au cours des siècles, malgré l’isolement de la région, peuplée successivement de slaves et de magyars, par rapport au reste des langues romanes. Les romanophones ont continué à s’auto-désigner comme « romains »[6] et c’est sans surprise que l’État moderne qui occupe l’ancienne province de Dacie porte le nom de Roumanie.

Notes et références

Notes

Références

  1. Oltean 2007, p. 50.
  2. Pop 1999, p. 14.
  3. Georgescu 1991, p. 4.
  4. Oltean 2007, p. 48.
  5. Mircea Babeş, Cosmin Bărbulescu et Cătălin Gruia, « Qui étaient les Daces ? » dans National Geographic, édition roumaine de novembre 2004, p. 24-53.
  6. Si « Roumain » (Român) est attesté en tant endonyme au XVIe siècle, c'est qu'il existait évidemment bien avant :
    • Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les roumains ("Valachi") "s’appellent eux-mêmes romains" ("nunc se Romanos vocant" in: A. Verress, Acta et Epistolae, I, p. 243).
    • En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti note que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu' "ils s’appellent eux-mêmes roumains (Romei) dans leur langue". Il cite même une phrase : "Sti rominest ?" ("sais-tu roumain ?", roum. :"știi românește ?"): "...si dimandano in lingua loro Romei...se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire: Sai tu Romano..." (in: Cl. Isopescu, Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento, in Bulletin de la Section Historique, XVI, 1929, p. 1-90.
    • Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants des "provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Hongro-valaquie et Mésie" s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) (“Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli...” in Maria Holban, Călători străini despre Țările Române, vol. II, p. 158-161.
    • Pierre Lescalopier remarque en 1574 que "Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plupart de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur…Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain…" (Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol 48 in Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, p. 444).
    • Le saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que les Valaques se désignent eux-mêmes sous le nom de « Romuini“: "Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani, /Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur.../Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti" (Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, p. 11-12.
    • Le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) observe en 1554 qu’ «en leur langue ils s’appellent romin, selon les romains et valaques en polonais, d’après les italiens» ("qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur" in: St. Orichovius, Annales polonici ab excessu Sigismundi, in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555).
    • Le croate Anton Verancsics remarque vers 1570 que les Valaques se nomment eux-mêmes romains (roumains): „...Valacchi, qui se Romanos nominant...„ “Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno...“ (in: De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae, in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores; II, Pesta, 1857, p. 120).
    • Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany cite en 1699 les expressions : "Sie noi sentem Rumeni" ("nous aussi, nous sommes roumains", pour le roum. : "Și noi suntem români") et "Noi sentem di sange Rumena" ("nous sommes de sang roumain", pour le roum.: "Noi suntem de sânge român"): Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, p. 39.
    • À la même époque, Grigore Ureche (Letopisețul Țării Moldovei, p. 133-134) écrit : "În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul...".
    • Enfin, dans son testament littéraire, Ienăchiță Văcărescu écrit: "Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire." Enfin dans une "Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790" un Pitar Hristache versifie: "Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/Dela Țara Românească".

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