Condition des femmes en Mauritanie

Femmes vues de dos portant la mehlefa (2004).

Cet article présente la condition des femmes en Mauritanie, régie jusqu'en 2001 par la seule tradition, et s'inscrivant dans une société où est fortement présente l'empreinte de la loi islamique.

Représentation du rôle des femmes

Malgré une Constitution ne prévoyant pas de limitation des droits des femmes, celles-ci sont de facto considérées comme des mineures selon une députée[1]. Parmi les points faisant l'objet d'une forte opposition entre tenantes de l'adoption d'une nouvelle loi sur le statut des femmes et députés conservateurs, figure l'âge minimum légal pour le mariage, que les premières voudraient voir fixé à 18 ans, tandis que les seconds militent pour l'âge de 9 ans, âge supposé d'Aïcha lors de son union avec le prophète Mahomet[2].

Les femmes sont aussi touchées par la tradition nationale d'esclavage, qui semble persister malgré l'adoption de lois visant à combattre ses multiples formes, dont celle des mariages forcés[3].

Indicateurs socio-démographiques

Espérance de vie, santé

L'espérance de vie à la naissance est en croissance relativement régulière, passant de 45,5 ans en 1960 à 66,5 ans en 2019, et est supérieure à l'espérance de vie moyenne en Afrique subsaharienne (respectivement 41,8 et 63,4 ans), inférieure à la moyenne mondiale de 75 ans en 2019[4]. La prévalence contraceptive est faible, passant de 0,8 % à 17,8 % en 2015. Le taux de fertilité baisse sur la période, passant de 6,8 à 4,5 enfants par femme[5].

Éducation

La Mauritanie a comblé dans les années 1985-1995 une partie de son retard en matière d'inscription des filles dans l'enseignement primaire, bien que persistent des disparités régionales avec des écarts allant jusqu'à 15 %, et que le nombre de filles effectuant une scolarité d'au moins 5 ans diminue entre 1990 et 1997 (de 74 % à 66 %). Le taux d'analphabétisme des femmes est alors de 60 %. Dans le secondaire en revanche leur taux d'inscription reste très faible (5 %)[6]. En 2019, le taux des élèves terminant le premier cycle du secondaire est quasiment égalitaire, à 45 % pour les filles et près de 47 % pour les garçons[7]. Parmi les freins à un meilleur accès à l'éducation (touchant les deux sexes), figurent le nombre important d'écoles ne proposant pas un cycle complet, la faible présence d'enseignants qualifiés et les difficultés liées à l'enrôlement préalable obligatoire à l'état-civil[8].

Emploi et vie économique

Participation à la vie politique

Maalouma Mint Mokhtar Ould Meidah dite Malouma, chanteuse devenue sénatrice en 2007.

La première femme nommée ministre est Aïssata Kane, en 1975, qui milite depuis 1957 pour l'éducation des filles[9]. En 2006, une loi met en place des quotas de 20 % pour les élections municipales et législatives[10] mais cette loi est mise en échec en 2009, avec la conservation de 20 places réservées aux femmes pour les législatives tandis que le nombre de députés passe de 95 à 146[11].

Autres aspects

Mutilations sexuelles féminines

En 2017, 67 % des femmes auraient été victimes de MGF[12].

Violences faites aux femmes

Esclavage

Mariages précoces

Le mariage précoce, dans la plus tendre enfance, est une pratique traditionnelle, qui n'impliquait alors que des échanges de présents symboliques. En 2008, un observateur note que cette pratique est devenue un vrai trafic commercial, les enfants étant remises aux futurs maris, y compris via des réseaux de passeurs vers l'Arabie Saoudite[13].

En 2017, 35,2 % des filles sont mariées avant l'âge de 18 ans, avec une proportion plus forte (jusqu'à 55 %) en milieu rural qu'en milieu urbain (24 % dans les milieux aisés de Nouakchott pour le taux le plus bas)[12]. L'âge minimum légal de 18 ans n'est pas respecté, car jugé contraire aux règles de l'Islam[13], certains députés défendant au contraire de fixer cet âge à 9 ans[14].

La polygamie est autorisée en Mauritanie, elle touche en 2013 5,62 % des hommes et 13,55 % des femmes[15].

Gavage

En 2000, le gavage, qui vise à répondre à un idéal d'obésité des hommes afin de marier les jeunes filles, concernait 22 % de la population féminine, malgré les campagnes antiobésité[9]. En 2019, la pratique reste très répandue dans le désert, avec une estimation de 40 %, et reste répandue dans les zones rurales[16].

Chronologie des droits des femmes

En 2001, alors que le statut des femmes était jusque là uniquement régi par les traditions, une loi portant code du statut personnel est adoptée.

Des tentatives pour moderniser le texte, notamment pour fixer un âge minimum pour le mariage ou pour lutter contre les violences envers les femmes, en forte augmentation[14] sont restées lettres mortes, malgré la présentation en 2017 et 2018 de deux projets de loi soutenus par le gouvernement[17]. Selon la députée Saadani Mint Khaytour qui tente de faire avancer le projet tout comme le réseau des femmes parlementaires, le combat en faveur des droits des femmes ne serait pas une priorité des nouvelles autorités malgré leurs promesses, car elles ne sont pas prêtes, selon elle, à « affronter la société traditionnelle »[1].

Mouvements féminins, féminisme

Notes et références

  1. a et b Justine Spiegel, « Droits des femmes en Mauritanie : Saadani Mint Khaytour fait face à son propre camp », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  2. Justine Spiegel, « Mauritanie : la place et le statut de la femme », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  3. Mehdi Ba, « Esclavage en Mauritanie : les chaînes de la honte », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  4. « Espérance de vie à la naissance, femmes (années) - Mauritania | Data », sur donnees.banquemondiale.org (consulté le )
  5. « Taux de fertilité, total (naissances par femme) - Mauritania | Data », sur donnees.banquemondiale.org (consulté le )
  6. Roser Cussó, Institut international de l'UNESCO pour la planification de l'éducation, « L'Impact des politiques de scolarisation des filles: Mauritanie, Tunisie, Inde, Bangladesh et Sénégal », sur unesdoc.unesco.org, (consulté le )
  7. « Taux d’achèvement du premier cycle des études secondaires, garçons (% du groupe d’âge pertinent) - Mauritania | Data », sur donnees.banquemondiale.org (consulté le )
  8. Partenariat mondial pour l’éducation, « La situation de l’éducation en Mauritanie », sur www.wathi.org (consulté le )
  9. a et b Fadwa Miadi, « Émancipation au quotidien », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  10. Justine Spiegel, « Mauritanie : les femmes politiques se mobilisent pour plus de représentativité », sur JeuneAfrique.com (consulté le )
  11. « Mauritanie : les femmes politiques se mobilisent pour plus de représentativité – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com (consulté le )
  12. a et b Cheikh Sydia, « Mauritanie : 35,2 % des filles sont mariées avant l'âge de 18 ans », sur le360.ma, .
  13. a et b IRIN, « Mariage précoce en Mauritanie : quand la tradition devient trafic », sur afrik.com,
  14. a et b Justine Spiegel, « Mauritanie : la place et le statut de la femme », sur Jeune Afrique, .
  15. Office National de la Statistique - République Islamique de Mauritanie, « Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH), 2013 - Chapitre 3 : Etat matrimonial et nuptialité », sur ons.mr, p. 9.
  16. « L'obésité, un critère de beauté : "La pratique du gavage des filles peine à disparaître en Mauritanie" », sur Franceinfo, (consulté le )
  17. « Droits des femmes : en Mauritanie, cette loi dont l’Assemblée ne veut pas », sur Le Monde, .

Bibliographie