Chute des régimes communistes en Europe

La chute des régimes communistes en Europe désigne l’effondrement des états communistes européens du bloc de l'Est, alliés à l’URSS, ainsi que des gouvernements albanais et yougoslave, également communistes mais qui avaient rompu avec l’URSS plusieurs décennies auparavant. Ces événements se déroulent au terme d’un long processus analysé dès 1968 par Andreï Amalrik, un écrivain dissident de l’agence de presse Novosti dans Le Procès des quatre (« Процесс четырёх »)[1] et dans son recueil d’articles L’Union soviétique survivra-t-elle en 1984 ?[2].

Selon ces analyses, le communisme vécu avec sa bureaucratie[3] figée profitant indûment d’avantages dont le peuple est privé, sa police politique hypertrophiée, improductive et coûteuse mais étouffant toute initiative, sa classe moyenne trop peu développée et ses faiblesses dans la compétition avec l’Ouest, avait depuis longtemps tourné le dos aux idéaux communistes, de sorte que pour les peuples qui le subissaient, les identités nationales, les traditions ancestrales et les religions apparaissaient comme les seuls repères porteurs d’espoir[4]. Plus tard, dans plusieurs interviews, Amalrik estima que, face à « l’impasse du présent et au danger du retour au passé », l’étouffement du « printemps de Prague » et donc du « socialisme à visage humain » qui visait à établir les libertés fondamentales, la souveraineté populaire et un état de droit, priva le bloc communiste de sa dernière « alternative d’avenir » et que dès lors, tout signe de libéralisation ne serait plus un signe d’espoir et de réforme possible[a], mais un signe d’affaiblissement et de délitement[4].

C’est pourquoi la perestroïka entamée sous l’impulsion de Mikhaïl Gorbatchev vingt ans plus/trop tard (selon les points de vue), ne déboucha pas sur une refonte de ces régimes mais sur leur effondrement général à partir de la fin de 1989. La chute du mur de Berlin, le , qui suit l’ouverture du « rideau de fer » pour les Hongrois le [5] furent les événements les plus marquants de la période : la guerre froide s'acheva ainsi sur une victoire du capitalisme par forfait du pacte de Varsovie et du CAEM, structures institutionnelles du bloc de l’Est qui cessent d’exister à l'été 1991, tandis que l’URSS elle-même disparaît en tant qu’État en décembre de la même année. Dès lors, l’économie de marché s’installe dans tous les anciens États communistes, dont une partie adopte aussi, à des degrés divers, la démocratie représentative, tandis que le nationalisme se substitue au communisme comme horizon idéologique officiel (sans pour autant en abolir l’héritage intellectuel, monumental et institutionnel ni, en Russie, la politique étrangère)[6].

Contexte

Politiquement, la chute du bloc de l'Est est due à[7] :

  • la position constitutionnelle de jure du Parti communiste comme « parti unique et organe dirigeant de l’État », interdisant de facto la constitution d’associations, syndicats ou autres structures sociales indépendantes du pouvoir, et imposant un courant de l’autorité et de légitimité (souveraineté), allant du sommet (le Comité Central) vers la base (les autres structures du Parti, les citoyens)… ;
  • sur le plan logistique, la présence massive de la police politique dans la société, active par la censure, l’écoute aléatoire et sans aucun contrôle juridique des conversations téléphoniques, l’ouverture du courrier, le quadrillage territorial, institutionnel et professionnel systématique du pays, la pratique courante d’arrestations arbitraires, de tortures en cours d’interrogatoire et d’internement psychiatrique et de déportation des citoyens arrêtés, avec ou sans « jugement », dans les réseaux de camps de travail forcé comme le Goulag… ;
  • sur le plan économique, une stricte planification d’État, ne touchant pas seulement les orientations macro-économiques et au commerce international, mais aussi tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation, au mépris des ressources disponibles, des possibilités techniques, de l'environnement et des besoins de la population, interdisant toute forme d’autogestion et induisant des inégalités entre la haute bureaucratie du parti, de l'État, de l'armée et de la police politique qui disposait d’un niveau de vie élevé, et le reste de la population confronté à une pénurie permanente d’énergie, de denrées, de produits finis et de services (ce qui encourageait le développement d’une économie informelle, mais spéculative)… ;
  • sur le plan social, un strict contrôle des activités culturelles, des média et des droits des citoyens à l’opinion, à l’expression et au déplacement (nécessitant des autorisations et divers visas préalables pour changer d’emploi, de domicile, de résidence à l'intérieur du pays, et encore plus pour voyager hors du pays, et surtout dans les pays non communistes).

La contestation de cette « praxis » politique se manifeste d'abord par le soulèvement ouvrier est-allemand du , peu après la disparition de Joseph Staline. La guerre froide, et notamment la course aux armements avec l'Ouest ont focalisé l'attention politique et détourné les énergies ainsi que des ressources économiques considérables au détriment du développement économique, outre la négation des aspirations légitimes de la société civile aux libertés fondamentales et à une vie sans disettes. En réalité, la politique des blocs, en particulier dans sa mise en œuvre par Moscou en Europe de l'Est, a contribué à accélérer le déclin de l'Union soviétique.

Divers facteurs, autres que politiques, ont contribué à ce déclin, dont le moindre n'est pas la faiblesse structurelle des conditions économiques et financières internes au bloc de l'Est. L'Union soviétique avait refusé en 1948 les crédits américains du plan Marshall, destiné à financer la reconstruction des économies sinistrées par la guerre. Elle avait contraint les pays d'Europe de l'Est placés sous sa coupe à faire de même. À la mort de Staline, en mars 1953, les orientations économiques issues de la période stalinienne n'ont jamais été remises en cause de manière radicale. Il n'y a eu aucune tentative de revenir à une nouvelle NEP (« nouvelle politique économique », politique économique assouplie, tournée vers les besoins de consommation de la population, avec autogestion des kolkhozes et entreprises, voire une forme de capitalisation et d'investissement privé limités et provisoires voulus par Lénine, mais rejetés plus tard par Staline au profit d'une économie planifiée axée sur l'industrie lourde).

Les manifestations les plus notables de cette faiblesse sont les chiffres réels de la croissance économique (révélés après 1991, toutes les statistiques publiques antérieures étant fictives), la pénurie constante des biens de consommation et d'alimentation courante ainsi que des capacités d'investissement et des capacités à dégager des gains de productivité (y compris en Union soviétique même, malgré le pillage en règle de toute l'Europe de l'Est à partir de 1948, notamment par le démontage systématique des usines et par leur transfert en URSS, et malgré le drainage ultérieur des ressources des pays d'Europe de l'Est par le biais du COMECON). Le KGB limitant l'initiative (qui implique un droit à l'erreur qui ne soit pas assimilé à du « sabotage » et n'aboutisse pas à la déportation du « coupable »), l'innovation technologique, sauf dans le domaine spatial, était toujours en retard face à l'Occident, faiblesse que l'Union soviétique devait constamment compenser par l'espionnage industriel à l'Ouest, sans toutefois y parvenir, à l'image de l'échec technique qu'a représenté le Tu-144, copie soviétique du Concorde. L'Union soviétique s'avère aussi incapable par la suite de « monter dans le train » de la révolution technologique en marche vers le monde numérique, introduite par la généralisation de l'informatique personnelle. Certains pays d'Europe de l'Est sont en état de faillite virtuelle dès le début des années 1980, telle la RDA, refinancée par l'Allemagne de l'Ouest, ce qui donnera à cette dernière la possibilité de racheter au régime est-allemand les dissidents emprisonnés au fil du temps ainsi que les auteurs de tentatives ratées de passage à l'Ouest. Le coup de grâce, qui achève de rendre intenable la situation économique désastreuse du bloc de l'Est, vient des conséquences de l'explosion d'un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, en 1986. L'état de délabrement économique des pays du bloc de l'Est explique pour partie le lâchage autant politique que financier des pays de l'Europe de l'Est par Moscou.

L'absence de renouvellement de la classe dirigeante soviétique, puis l'absence d'orientation politique au sommet de l'État soviétique du fait de la rapide succession des secrétaires généraux à la tête du PCUS après la mort de Léonid Brejnev ont également contribué à cette agonie. La confiscation progressive du pouvoir par une nomenklatura conservatrice et corrompue, sous le long règne de Brejnev, empêche toute réforme. La lutte pour le pouvoir entre réformistes et conservateurs donne ensuite lieu à un immobilisme total jusqu'à l'arrivée de Gorbatchev. C'est cette phase de lent délitement qui a créé les conditions de l'accès au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev. Gorbatchev fut désigné pour lui succéder par le réformateur Iouri Andropov, qui devint secrétaire général du PCUS immédiatement après Léonid Brejnev et qui fut, avant cela, patron tout puissant du KGB. Toutefois, à la mort d'Andropov, la vieille garde conservatrice lui préfère Konstantin Tchernenko, qui décède rapidement, ouvrant ainsi la voie à Mikhaïl Gorbatchev, nommé en mars 1985 au poste de Secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS).

Gorbatchev initie d'importantes réformes politiques baptisées glasnost (transparence) et économiques, baptisées perestroïka (restructuration). Il laisse également entendre aux dirigeants des pays du bloc communiste que, désormais, ils seront responsables de leurs actions et qu'ils ne devront plus compter sur l'armée soviétique pour les maintenir au pouvoir. Il déclare en effet que « Tant que je serai assis dans le fauteuil de secrétaire-général, l'Union soviétique n'interviendra plus dans les affaires intérieures des pays d'Europe de l'Est » : c'est la fin de la « doctrine Brejnev » en [8].

La chute du mur de Berlin en novembre 1989 marque de manière symbolique la chute du bloc de l'Est, tout comme le blocus de Berlin en 1948 matérialise symboliquement sa naissance. Toutefois, les moments-clé sont l'ouverture légale du rideau de fer hongrois le [9], puis son démantèlement physique par les gardes-frontières eux-mêmes à la frontière austro-hongroise le 2 mai 1989. Cette ouverture de la frontière par les autorités hongroises soumet à l'épreuve des faits les déclarations de Mikhaïl Gorbatchev. Moscou ne dictera plus par la force de ses chars la politique à suivre en Europe de l'Est et dans sa zone d'influence. C'en est fini de la politique des blocs.

La lutte entre « réformateurs gorbatchéviens » et « conservateurs » était toujours en cours lors de la dislocation de l'URSS, en 1991. Sur le terrain et au quotidien, cette lutte se traduisait par de nombreuses résistances bureaucratiques aux réformes tentées par Gorbatchev. Factuellement, les « conservateurs » (qui eux-mêmes s'auto-définissaient comme des « préservateurs ») organisèrent l'été 1991 un putsch militaire qui échoua, mais affaiblit Gorbatchev et favorisa Boris Eltsine et ses homologues des autres républiques. Après 1991, la lutte s'est poursuivie dans les États successeurs de l'URSS sous de nouvelles formes, la nomenklatura adoptant une forme d'économie de marché très peu sociale, destinée à assurer sa propre privatisation comme oligarques et « nouveaux-riches » (новоричи), assortie d'une idéologie populiste où se mêlent éléments nationalistes, panslavistes, religieux et néo-staliniens, tout mais surtout pas le socialisme à visage humain espéré par les réformateurs. Ces derniers n'eurent d'autre choix que de se tourner vers les valeurs d'État de droit promues de l'Union européenne, apparaissant comme plus démocratiques et humanistes que celles des régimes post-soviétiques[10].

Chronologie générale

La chute des régimes communistes en Europe de l'Est n'est pas la conséquence de quelques évènements mais plutôt le résultat d'un long affaiblissement conduisant une fraction toujours plus importante de la classe ouvrière — supposée être la base des Partis communistes — de la jeunesse, des intellectuels, voire de réformateurs au sein même du pouvoir à rejeter l'État communiste malgré les tentatives de réforme plus ou moins ambitieuses menées dans plusieurs pays. Cependant, dans chacun des pays, la bascule d'une crise plus ou moins latente à une perte de contrôle de la situation par les autorités communistes est le résultat direct de quelques évènements. La frise chronologique ci-dessous retrace visuellement pour chaque pays la période de temps qui s'écoule entre ces évènements et l'organisation des premières élections libres qui marquent de façon irréversible la fin du système communiste en Europe de l'Est.

Václav HavelVáclav HavelÉlections législatives bulgares de 1990Todor JivkovÉlections législatives est-allemandes de 1990Élections législatives hongroises de 1990Révolution de VeloursTroisième République de HongrieRideau de ferÉlection présidentielle polonaise de 1990Gouvernement MazowieckiÉlections législatives polonaises de 1989SolidarnośćÉlections législatives roumaines de 1990Nicolae CeaușescuChute du mur de BerlinManifestations du lundiRépublique populaire socialiste d'AlbanieRépublique socialiste de RoumanieRépublique populaire de BulgarieRépublique démocratique allemandeRépublique socialiste tchécoslovaqueRépublique populaire de HongrieRépublique populaire de Pologne

À juste titre la Pologne et la Hongrie revendiquent d'avoir ouvert la voie de ces révolutions pacifiques aux autres pays à partir de 1988. En République populaire de Hongrie, le Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH) au pouvoir, sous l'impulsion de Miklós Németh, accepte le principe du multipartisme dès février 1989. En juin, Imre Nagy et les protagonistes de l'insurrection de Budapest en octobre 1956 sont réhabilités. En République populaire de Pologne, le syndicat libre Solidarność est à nouveau autorisé en avril 1989. En juin, le mouvement remporte la victoire aux élections législatives semi-libres, et refuse tout accord de gouvernement avec le Parti ouvrier unifié polonais (POUP). Wojciech Jaruzelski, seul candidat autorisé, est élu Président de la République par le parlement, mais doit accepter Tadeusz Mazowiecki comme premier ministre.

Les mouvements d'opposition qui mènent dans ces deux pays la contestation du régime communiste agissent avec prudence en 1988 et début 1989, tant est encore grande la crainte d'une intervention soviétique, ce qui explique que la transition démocratique prenne plus d'un an, alors qu'elle se fait au second semestre 1989 en quelques mois en Tchécoslovaquie, Allemagne de l'Est et Bulgarie, l'effet domino jouant à plein. Seuls les régimes roumain de Nicolae Ceaușescu et albanais de Ramiz Alia résistent un peu plus longtemps au vent de changement qui parcourt tout le bloc soviétique.

Les premières élections libres depuis des décennies ont lieu en 1990 dans toutes les anciennes démocraties populaires d'Europe de l'Est, à l'exception de l'Albanie dont le changement de régime n'intervient que début 1991.

En parallèle, le « grand frère » soviétique lui-même s'effondre. En août 1991, en URSS, le putsch mené par des conservateurs contre Mikhaïl Gorbatchev échoue et Boris Eltsine, président de la Russie, décrète la dissolution et l'interdiction du Parti communiste de l'Union soviétique. Les quinze républiques de l'URSS déclarent l'une après l'autre leur indépendance à l'automne. Le , la Communauté des États indépendants (CEI) est créée à Viskouli en Biélorussie et l'Union soviétique est officiellement dissoute le  : cette métamorphose sauvegarde de manière plus souple la prépondérance russe dans douze des quinze Républiques[11].

République populaire de Pologne

Ainsi pour les Polonais, la chute du mur de Berlin commence en Pologne avec l'émergence de Solidarność en 1980, interrompue entre 1981 et 1988 par la tentative du pouvoir communiste exercé par Jaruzelski de museler l'opposition et de redresser l'économie, dont l'échec se traduit par la reprise du dialogue avec Solidarność le 31 août 1988.

Pourtant en 1986 et 1987, le pouvoir polonais peut se réjouir de l'affaiblissement des mouvements sociaux et de la reprise de ses relations avec l'Ouest. Signe aussi d'une certaine normalisation, du 8 au 14 juin 1987, Jean-Paul II effectue sa troisième visite en Pologne durant laquelle il prie sur la tombe du père Jerzy Popieluzko[12]. Le général Jaruzelsi et sont équipe, « aussi brillante que dépourvue de scrupules » selon la formule de François Fejtö, savent alterner méthodes policières et discours réformiste[13]. Ainsi, en septembre 1986, tous les prisonniers politiques sont libérés, cette mesure est symbolique pour le POUP du retour à la normale célébré durant le Xème Congrès du Parti, elle répond aussi à une exigence des Occidentaux, en particulier des États-Unis, pour un retour à des relations normales[12]. En février 1987, le président Reagan lève les sanctions décidées par les États-Unis au moment de l'instauration de la loi martiale en Pologne, annule l'interdiction de lui accorder des crédits et rétablit le statut de nation la plus favorisée[12]. Mais Solidarność n'a pas disparu et le gouvernement échoue à réformer l'économie. L'émigration est forte, plus de 600 000 polonais ont quitté le pays depuis 1980, traduisant la lassitude d'une population démoralisée qui consacre son énergie à sa survie économique, bien loin des enthousiasmes suscités par les évènements du début de la décennie[13].

L'illusion du retour à la normale ne dure pas. En 1988, la population se révolte à nouveau. Fin janvier, l'annonce de très fortes augmentations de prix, 40 % pour les produits alimentaires, 60 % pour les produits pétroliers, démontre l'incapacité des autorités à assurer un avenir meilleur. Prenant le relai des manifestations étudiantes de mars, de nouvelles grèves ouvrières se déclenchent. Le 2 mai 1988, environ 7 000 des 12 000 ouvriers des chantiers navals Lénine de Gdańsk se mettent en grève en soutien aux grévistes des aciéries de Nowa Huta et pour réclamer que Solidarność soit de nouveau légalisé[12]. Après trois mois d'accalmie, des grèves éclatent au mois d'août dans de nombreuses mines de charbon, qui s'étendent les jours suivants à des sites industriels dont à nouveau les chantiers navals de Gdańsk, les autorités instaurent le couvre-feu dans plusieurs villes, déploient des troupes et évacuent plusieurs sites. Le 31 août, Lech Wałęsa rencontre des représentants du pouvoir dont le ministre des Affaires intérieures, Czesław Kiszczak, une première depuis l'interdiction du syndicat Solidarność[12]. Le POUP choisit Mieczysław Rakowski pour former un nouveau gouvernement afin de faire face à la crise sociale et économique du pays. Le pouvoir temporise. L'ouverture de la « table ronde » prévue le 17 octobre 1988 entre le parti au pouvoir, Solidarność et d'autres mouvements est reportée sine die, en raison de dissensions au sein des instances dirigeantes sur la posture à adopter vis-à-vis du syndicat. Le 30 novembre, des millions de polonais regardent à la télévision le débat sans précédent entre le dirigeant des syndicats officiels et Lech Wałęsa dont la position d'interlocuteur incontournable en sort considérablement renforcée.

Logo de Solidarność peint sur un char T-55 renversé, photo prise à Prague en 1990.

Les évènements vont dès lors se précipiter. Opérant le 18 janvier 1989 un tournant majeur par rapport à ses positions traditionnelles, le POUP autorise Solidarność à reprendre ses activités pour une période probatoire de deux ans, à l'issue de laquelle sa légalisation définitive pourra être décidée, et se déclare prêt à reconnaître de nouveaux syndicats à la condition qu'ils soutiennent sa politique économique[12]. Le 27 janvier, le gouvernement polonais, Solidarność et l'Église catholique de Pologne s'accordent sur l'ouverture d'un « table ronde » pour négocier des réformes politiques et économiques. Ouverte le 6 février, cette table ronde s'achève le 5 avril 1989 par un accord de compromis portant sur la liberté syndicale, des réformes politiques incluant notamment l'organisation d'élections partiellement libres, et la politique sociale et économique[12]. Solidarność remporte le premier tour des élections législatives semi-libres : ses candidats gagnent 92 des 100 sièges au Sénat, et 160 des 161 sièges libres sur les 460 que le Sejm compte au total, au second tour, le 18 juin, il remporte le dernier siège libre au Sejm et 7 des 8 sièges non pourvus au Sénat. L'ampleur de la victoire de Solidarność rend caduc l'espoir des communistes de conserver le pouvoir. Les deux parties font preuve d'un profond sens des réalités et des intérêts du pays. Lech Wałęsa tient compte des réactions que l'élection d'un Président non-communiste auraient provoquées à Moscou, et soutient l'élection de Jaruzelski à cette nouvelle fonction le 19 juillet[14]. Le 15 août 1989, Lech Wałęsa réitère sa proposition de former un gouvernement de coalition, assortie toutefois de concessions destinées à rassurer l'Union soviétique en proposant que le POUP garde les ministères de l'Intérieur et de la Défense et en affirmant que la Pologne restera au sein du Pacte de Varsovie. Le général Wojciech Jaruzelski accepte finalement la proposition de Lech Wałęsa de former un gouvernement de coalition dirigé par Tadeusz Mazowiecki, le Sejm approuve sa nomination le 24 août par 378 votes pour, 4 contre et 41 abstentions. Tadeusz Mazowiecki, un des leaders de Solidarność, intellectuel catholique, journaliste, devient le premier Premier ministre non-communiste en Pologne depuis 43 ans et en Europe de l'Est depuis 40 ans. Wojciech Jaruzelski démissionne. Lech Wałęsa, élu président, lui succède le 21 décembre 1990[12].

République populaire de Hongrie

La chute du régime communiste en Hongrie résulte d'une dynamique très différente de celle de la Pologne. Bien qu'il doive son pouvoir aux Soviétiques faisant suite à l'écrasement de la révolution de 1956, János Kádár a réussi à imposer une sorte de compromis historique : privée de liberté, la population bénéficie d'un modèle économique relativement libéral et la politique agricole est un succès. Une classe moyenne émerge, la société se modernise et s'embourgeoise. Grâce à l'image d'un communisme à visage presque humain, Kádár prend aussi avantage du dégel Est-Ouest. Néanmoins l'économie marque le pas à partir de 1985[15].

Conquête du PSOH par les réformateurs et émergence d'une opposition politique

Manifestation devant le siège de la TV d'État à Budapest, le 15 mars 1989.

La contestation politique en Hongrie est essentiellement le fait de l'intelligentsia, sans jamais atteindre les dimensions de masse du mouvement d'opposition polonais, et pour l'essentiel sans inclure la classe ouvrière. Cette contestation se développe au départ au sein de groupes d'intellectuels d'opposition, puis elle gagne le Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH). Viellissant et devenu impopulaire, Kádár cède sa place le 22 mai 1988 à Károly Grósz, réformateur prudent, qui fait entrer au Politburo deux hommes partisans de réformes beaucoup plus radicales, Rezső Nyers et Imre Pozsgay[15]. Mais le 16 juin 1988, Grósz fait sévèrement réprimer les manifestations en commémoration du trentième anniversaire de l'exécution d'Imre Nagy[15]. À l'automne 1988, le pays compte plusieurs dizaines de mouvements et partis, tandis que les médias ne respectent plus les consignes du Parti. Tenant d'une ligne de réformes radicales, Miklós Németh devient le 24 novembre président du Conseil des ministres de Hongrie en remplacement de Károly Grósz qui demeure secrétaire général du Parti socialiste ouvrier hongrois et s'affirme encore le 28 novembre partisan du maintien du système politique à parti unique[12]. Les désaccords sont profonds entre conservateurs et réformateurs au sein du PSOH. Dans un entretien publié le 13 décembre dans Newsweek, Miklós Németh estime que les réformes politiques hongroises déboucheront à terme sur une démocratie parlementaire de type occidental, il mentionne que la stabilisation de l'économie pourrait prendre jusqu'à quatre ans[12]. L'inflation atteint 16 % en 1988 et le gouvernement annonce début janvier de fortes hausses du prix des produits alimentaires, dont le syndicat officiel demande qu'elles soient compensées par des hausses de salaires.

Le processus de réforme politique s'accélère début 1989. Le 11 février, le Comité central du Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH) accepte le principe d'une transition vers le multipartisme, assortie de conditions et sur un calendrier de plusieurs années. Réuni à nouveau les 20 et 21 février, le CC adopte le projet d'une nouvelle constitution qui prévoit l'abandon du rôle dirigeant du parti et fait dépendre l'avenir politique du pays du résultat d'élections libres. Le 23 mars, l'Assemblée nationale adopte un projet de loi qui autorise la grève.

Si les conservateurs sont progressivement exclus des organes dirigeants du PSOH, ils contrôlent encore le ministère de l'Intérieur, la milice et une partie du corps des officiers de l'armée. Aussi, comme en Pologne, les acteurs du changement se retrouvent-ils face au dilemme « compromis ou confrontation ».

Fin de l'interprétation officielle de la révolte de 1956

Comme en 1956, les opposants sont encouragés par les évènements en Pologne. Fin 1988 et début 1989, l'opposition met en question la légitimité du pouvoir autour du sujet extrêmement symbolique de la réhabilitation d'Imre Nagy[16]. Début décembre, des organisations étudiantes organisent les premières conférences sur la révolution de 1956. Le 28 janvier, Imre Pozsgay déclare que « l'insurrection de 1956 était une insurrection populaire et non une contre-révolution », anticipant les conclusions du rapport commandité par le PSOH qui rejette fermement l'interprétation du soulèvement de 1956 comme étant une contre-révolution, et qui indique que le « soulèvement populaire contre le pouvoir d'Etat existant » était la conséquence directe de l'ordre donné par le gouvernement aux forces armées d'ouvrir le feu sur des manifestants à Budapest le soir du 23 octobre[16],[12]. Le grandiose hommage posthume à Imre Nagy, le 16 juin, marque symboliquement la fin du pouvoir communiste : le PSOH espère en faire un moment de réconciliation nationale, mais le président de la FIDESZ, Viktor Orbán, prononce un discours qui est un véritable réquisitoire contre le communisme, réclame des excuses du gouvernement soviétique et le châtiment de ses complices hongrois, dont János Kádár[16].

« Table ronde » et fin de la République populaire

Place Lajos Kossuth, près du Parlement, le 23 octobre 1989, jour de proclamation de la République.

S'inspirant du modèle polonais, le PSOH et les partis naissants d'opposition s'accordent pour la tenue d'une « table ronde », associant aussi des représentants de la société civile, qui se déroule du 13 juin au 18 septembre. Les principaux partis d'opposition sont le Forum démocrate hongrois (MDF) et l'Alliance des démocrates libres (SZDSZ). Les discussions débouchent sur un accord qui prévoit la tenue d'élections libres, l'instauration d'un parlement monocaméral et d'une présidence forte dotée du pouvoir de choisir son Premier ministre, ainsi que la légalisation et l'octroi de droits aux partis politiques[12],[16].

Le 7 octobre, le PSOH s'auto-dissout et son aile modérée fonde le Parti socialiste hongrois (MSZP) avec un programme de socialisme démocratique. Le 23 octobre, jour anniversaire du soulèvement de 1956, après l'adoption de l'Acte N° XXXI révisant la constitution de 1949, par le parlement encore composé exclusivement de députés élus sous l'ère communiste, le président hongrois Matyas Szürös déclare la fin de la République populaire de Hongrie et proclame la Troisième République de Hongrie. Miklós Németh demeure à titre provisoire Premier ministre, poste qu'il occupera jusqu'au 23 mai 1990[12],[16].

Ouverture du « Rideau de fer » à la frontière avec l'Autriche

Tout au long de cette période de bouleversement politique, le gouvernement hongrois recherche l'appui des pays de l'Ouest. Il multiplie les contacts diplomatiques, utilise les réformes qu'il mène pour obtenir des aides de la RFA en particulier. Il espère que le rehaussement de son prestige international sera un atout sur le plan intérieur. Dans ce cadre de cette stratégie de relations extérieures, la Hongrie se rapproche de l'Autriche. La première brèche dans le rideau de fer n'est pas le fait de la chute du mur de Berlin mais de l'ouverture de la frontière entre la Hongrie et l'Autriche résultant d'un accord passé entre les deux gouvernements le 13 février 1989. Le 2 mai, la Hongrie commence à démanteler les clôtures installées le long de sa frontière avec l'Autriche. Selon des informations provenant d'Allemagne de l'Ouest le 18 juillet, au moins 60 ressortissants est-allemands ont réussi à gagner l'Autriche depuis le début des travaux de démolition des installations empêchant le franchissement de la frontière entre la Hongrie et l'Autriche. Un mois plus tard, selon Reuters, ce sont plus de 1 100 ressortissants de RDA qui ont fui en Autriche via la Hongrie depuis le début du mois d'août[12].

Le 25 août, lors d'une rencontre secrète, les dirigeants de la RFA et de la Hongrie s'accordent pour que les citoyens est-allemands puissent librement franchir la frontière austro-hongroise en échange de l'octroi de crédits importants par la RFA. Les Hongrois décident ainsi de ne plus respecter un accord de 1968 entre les pays du pacte de Varsovie qui exclut qu’un citoyen du bloc de l’Est d’où qu’il vienne puisse passer à l’Ouest. Le 10 septembre 1989, la Hongrie ouvre officiellement sa frontière avec l'Autriche, permettant ainsi aux Allemands de l'Est de fuir à l'Ouest, affaiblissant ainsi le régime communiste de la RDA[12].

La décision hongroise a été prise en toute indépendance, sans consulter les Soviétiques et malgré les protestations vigoureuses de Berlin-Est. Cette décision est un facteur déterminant de la bascule du pouvoir en Tchécoslovaquie et en RDA, où les dirigeants communistesaffichent encore au milieu de l'été 1989 une grande confiance dans leur avenir[16].

République socialiste tchécoslovaque

Article détaillé : Révolution de Velours.
Václav Havel et des manifestants devant le monument à la lutte pour la liberté et la démocratie, place Venceslas.

En République socialiste tchécoslovaque, la Révolution de Velours provoque l'effondrement du régime sans une goutte de sang versé. Des manifestations ont alors lieu dans tout le pays, pour réclamer des changements, le gouvernement cède. Le 10 décembre, le premier gouvernement non-communiste est formé. Alexander Dubček est élu à la tête du parlement le 28 décembre ; le lendemain, Václav Havel est élu Président de la République.

République démocratique allemande (Allemagne de l'Est)

Article détaillé : Chute du mur de Berlin.
Manifestations le 4 novembre 1989 à Berlin-Est.
Manifestation à Rostock, en RDA, pendant la période du « tournant ».
Chute du mur de Berlin.

Les images spectaculaires de la chute du mur de Berlin incarnent la fin de l'Europe communiste, mais pour qu'elle soit possible en une nuit sans violence, il a fallu que le pouvoir est-allemand soit fragilisé et perde progressivement le contrôle de la situation en RDA dans les mois qui la précédent. Les manifestations du lundi à Leipzig sont l'un des épisodes les plus déterminants de l'effondrement de la République démocratique allemande.

Le , lors du piquenique paneuropéen à la frontière austro-hongroise, des milliers d'Allemands de l'est passent à l'ouest en franchissant une simple barrière de bois. L'ouverture du rideau de fer déstabilise le régime est-allemand.

Le , jour où le Parti socialiste ouvrier hongrois s'auto-dissout, les manifestations populaires prennent de l'ampleur en République démocratique allemande, alors que le régime fête son 40e anniversaire. Le gouvernement est dépassé : le 19 octobre, Erich Honecker est contraint à la démission par le bureau politique du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED). Egon Krenz lui succède.

Le au soir, l'ouverture des frontières de la RDA est annoncée. Plusieurs milliers de personnes se dirigent vers le mur de Berlin. Les policiers est-allemands chargés de garder la frontière n'ont pas été avertis et contactent Moscou qui leur demande de ne pas réagir. La foule en liesse monte sur le Mur et commence à le détruire. Le symbole de la séparation de l'Europe et de la guerre froide est détruit. La chute du Mur est un symbole d'autant plus fort qu'il permet la réunification d'un peuple séparé.

Le 1er décembre, la Chambre du peuple abolit la constitution de la RDA qui garantissait le contrôle sur le pays du SED. Le 3 décembre, Egon Krenz démissionne avec la totalité de la direction du parti. Le 16 décembre, le parti, réuni en congrès, s'auto-dissout et devient le Parti du socialisme démocratique.

En mars 1990, la CDU est-allemande remporte les premières élections législatives libres de la RDA avec 40,8 % des suffrages, contre 21,9 % pour le SPD et 16,4 % pour le PDS. Le processus de réunification allemande est lancé.

République populaire de Bulgarie

En République populaire de Bulgarie, Todor Jivkov démissionne le 10 novembre, sous la pression des communistes réformateurs comme Andrei Lukanov. Il est arrêté en janvier 1990. Le Parti communiste bulgare s'auto-dissout, devenant le Parti socialiste bulgare et abandonnant toute référence au marxisme-léninisme. Des élections pluralistes ont lieu en juin 1990, et sont remportées par les socialistes. Andrei Lukanov, ancien communiste réformateur, devient premier ministre, mais doit démissionner dès décembre 1990 sous la pression des manifestations et des accusations de corruption. De nouvelles élections ont lieu en avril 1991, et sont remportées par l'opposition.

République socialiste de Roumanie

Article détaillé : Révolution roumaine de 1989.
Manifestation à Bucarest en décembre 1989.
Statue de Lénine démontée, déposée au palais de Mogoșoaia (Roumanie) : à sa place se dresse aujourd'hui le monument à la Résistance anticommuniste roumaine.

La chute des régimes du bloc de l'Est est pacifique, sauf en République socialiste de Roumanie où le gouvernement, au lieu d'assouplir sa politique, renforce la rigueur économique, accentuant les disettes et les pénuries d'énergie, de fournitures et de services, et aussi la répression exercée par la Securitate, police politique qui fait régner la terreur. En visite à Bucarest en 1986, Gorbatchev ne parvient pas à convaincre Nicolae Ceaușescu d'adopter la voie des réformes : le désespoir monte dans la population, l'année suivante des mineurs font grève et la ville de Brașov se soulève pour piller les entrepôts alimentaires de la nomenklatura, qui s'inquiète. Regroupés autour d'Ion Iliescu, de Petre Roman et de plusieurs généraux de l'armée et de la Securitate, des cadres du Parti communiste roumain décident, voyant l'effondrement des autres régimes du bloc de l'Est, de renverser Ceaușescu[17].

Le 21 décembre 1989 a lieu un rassemblement populaire organisé pour soutenir le régime, l'événement étant filmé. Mais soudain, en plein discours, le dictateur est hué par des protestataires sans que les troupes de la Securitate qui encadraient la manifestation réagissent. Le désarroi du dictateur apparait en direct. Le lendemain, le bâtiment du Comité central est attaqué : Ceaușescu, lâché par la nomenklatura, prend la fuite.

Des manifestants réussissent à prendre le bâtiment de la télévision à 13 h puis fraternisent avec les militaires. Formé par des cadres communistes favorables à un changement de régime, le Front de salut national est constitué autour d'Ion Iliescu. Le 25 décembre, Ceaușescu et sa femme Elena sont capturés avant d'être jugés, condamnés et exécutés au terme d'une procédure expéditive que le régime réservait à ses opposants[17]. Le soir même, des images de leur corps sont diffusées à la télévision. Dans les jours qui suivent, des combats violents ont lieu à Bucarest, opposant des groupes de civils et des militaires tous persuadés de « lutter pour la révolution », car Iliescu avait déclaré à la télévision que des « terroristes partisans de Ceaușescu voulaient mettre le pays à feu et à sang », et avait appelé la population et la troupe « aux armes pour défendre la démocratie »... c'est-à-dire en pratique, le Front de salut national qui prend le contrôle de toute la logistique de l'État. On n'a retrouvé ultérieurement aucune trace des prétendus « terroristes de Ceaușescu »[17]. Les premières élections libres sont remportées par Iliescu à une large majorité. La révolution en Roumanie est la plus violente, avec 1 104 morts et 1 761 blessés[18], les médias roumains contrôlés par le FSN et l'agence de presse yougoslave Tanjug ayant diffusé de fausses informations sur les évènements, avec notamment l'affaire des charniers de Timișoara.

République populaire socialiste d'Albanie

En décembre 1990, la République populaire socialiste d'Albanie s'ouvre à son tour à la démocratie : le Parti du travail d'Albanie remporte les premières élections pluralistes en mars 1991, mais une grève générale provoque la chute du nouveau gouvernement. Le parti s'auto-dissout en juin pour devenir le Parti socialiste d'Albanie. De nouvelles élections législatives, en mars 1992, sont remportées par le Parti démocrate d'Albanie. Le président de la République Ramiz Alia démissionne le 3 avril. Le 9 avril, Sali Berisha est élu par le parlement, devenant le premier président albanais démocratiquement élu.

Premières années du post-communisme (1990-1994)

Premiers pas du multipartisme

L'appel de l'Europe de l'Ouest

Pauvreté et difficultés économiques

Dans les années 1990, les statistiques des pays d'Europe de l'Est ne sont plus truquées à des fins de propagande et dévoilent la considérable pauvreté des populations qui affecte particulièrement les enfants. Pour l'Unicef, si la fin du communisme avait soulevé « l’espoir que leurs besoins seraient satisfaits à court terme, cet espoir a été largement trahi ». En Europe centrale, la proportion d'enfants vivant dans la pauvreté double au cours des années 1990. Dans la Russie de Boris Eltsine, cette proportion finit par dépasser les 75 %. En outre, les guerres en ex-Yougoslavie et en Asie centrale provoquent l'exil de plus de deux millions d'enfants[19].

Les guerres yougoslaves

En janvier 1990, en République fédérative socialiste de Yougoslavie, le congrès de la Ligue des communistes de Yougoslavie est interrompu au bout de trois jours et ajourné sine die : le parti cesse ensuite d'exister alors que toutes ses composantes locales se transforment en partis socialistes ou sociaux-démocrates. Dans le courant de l'année, les différentes républiques de la fédération tiennent leurs premières élections libres et pluralistes, où les ex-communistes perdent partout la majorité, sauf en Serbie et au Monténégro. En 1991 commencent les guerres de Yougoslavie qui aboutissent à la dislocation progressive du pays. La Yougoslavie, rebaptisée en 1992 République fédérale de Yougoslavie, disparaît définitivement en 2003.

Notes

  1. Le « socialisme à visage humain » du « printemps de Prague » n'est pas la seule tentative de réforme économique et démocratique du communisme réel : dès les années 1920 en URSS, la « nouvelle politique économique » de Vladimir Ilitch Lénine aurait pu déboucher sur de telles réformes, de même que la déstalinisation dans les années 1950, la « nouvelle voie » d'Imre Nagy en Hongrie ou encore les réformes préconisées par l'économiste soviétique Evseï Liberman et qui furent partiellement introduites à la fin des années 1960 dans la Roumanie de Ceaușescu : à chaque fois, la « ligne dure » des apparatchiks craignant de perdre leurs pouvoirs, et plus largement de la nomenklatura craignant de perdre ses avantages, l'a emporté contre les « réformistes » et a fait échouer, parfois très violemment (Budapest en 1956, Prague en 1968), les innovations qui auraient pu mener le communisme réel à la réussite et l'installer durablement comme régime économique et politique (Emmanuelle Cosse, Marion Rousset, Sophie Courval : forum Qu’est-ce qui a échoué ? La chute du Mur reste pour beaucoup un symbole de l’échec du communisme. Cette expérience constitue-t-elle la fin du communisme ou celle du soviétisme ? dans Regards no 66, novembre 2009, sur [1]).

Sources

Références

  1. Ouvrage co-écrit avec Pavel Litvinov , consacré au procès des quatre littéraires des samizdat : Alexandre Ginsburg, Iouri Galanskov, Alekseï Dobrovolski  et Vera Lachkova .
  2. Ces ouvrages clandestins parviennent par des voies clandestines en Occident : Le procès des quatre est publié à Amsterdam par la Fondation Herzen en 1971 tandis que L’Union soviétique survivra-t-elle en 1984 ? paraît en France en 1970 : voir Pascal Cauchy, « Les scénarios imaginés pour la fin de l'URSS », La Nouvelle Revue d'histoire, no 80 de septembre - octobre 2015, p. 46-47.
  3. Mikhaïl Voslenski, lui, préférait le terme nomenklatura.
  4. a et b Pascal Cauchy, « Les scénarios imaginés pour la fin de l'URSS ».
  5. Jean-Sébastien, « Budapest », sur jeansebastiendaboville.org (consulté le 15 octobre 2019)
  6. Michel Foucher (dir.), « Fragments d'Europe », Fayard 1993, (ISBN 2213031282), p. 122-232.
  7. Archie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, page 105 ; Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, pages 11-42 et Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, 1981, page 58.
  8. Tony Judt, Après-guerre : une histoire de l'Europe depuis 1945, Éd. Grand Pluriel, 2005, p. 707 (ISBN 978-2-01-279460-3).
  9. Second paragraphe : http://www.jeansebastiendaboville.org/article-budapest-123960005.html>
  10. Viatcheslav Avioutskii, « Les Révolutions de velours », Armand Colin, 2006, (ISBN 978-2200345402); Gilles Lepesant, Juliane Besters-Dilger, Natalya Boyko et James Sheer, « L'Ukraine dans la nouvelle Europe », CNRS, 6 janvier 2005, 199 pages, (ISBN 2271062845); Joel M. Ostrow (dir.), « Politics in Russia : a reader », Sage, CQ Press, Los Angeles, Calif., 2013, 488 p. (ISBN 978-1-608-71650-0); Stephen White, Richard Sakwa et Henry E. Hale, « Developments in Russian politics » 8, Palgrave Macmillan, Basingstoke, Hampshire, 2014, 300 p. (ISBN 978-1-13-739213-8).
  11. Laurent Chamontin, L’empire sans limites : pouvoir et société dans le monde russe (préface d’Isabelle Facon), Éditions de l’Aube, 2014
  12. a b c d e f g h i j k l m n et o Désagrégation du bloc de l'Est
  13. a et b La fin des démocraties populaires 1997, Solidarnosc, ou le miracle interrompu, p. 151-174
  14. La fin des démocraties populaires 1997, Pologne, ou la révolution lasse, p. 253-264
  15. a b et c La fin des démocraties populaires 1997, Grandeur et décadence du kadarisme, p. 175-187
  16. a b c d e et f La fin des démocraties populaires 1997, Hongrie : la course vers l'état de droit, p. 265-274
  17. a b et c Radu Portocală, Autopsie du coup d'État roumain, Calmann-Lévy, 1990, 194 pages, (ISBN 978-2702119358).
  18. Données de l’Office national pour le culte des héros sur [2]
  19. « Scandale en Europe de l'Est », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 7 février 2018).

Bibliographie

Compléments

Articles connexes

Liens externes

Articles connexes