Cannibal movie

Emanuelle et les Derniers Cannibales.

Le cannibal movie est un genre cinématographique de « niche » du cinéma d'horreur gore, qui confine avec celui de l'aventure et de l'érotisme.

Ce genre de films d'exploitation a été réalisé principalement par des cinéastes italiens dans les années 1970 et 1980

Origines

La source de ce genre de film est italienne car c'est en Italie qu'est née l'idée de situer les scènes d'horreur non seulement dans des atmosphères nocturnes, mais également en pleine lumière et dans des décors exotiques[1].

Caractéristiques

Les principales caractéristiques de ces films sont :

  • déroulement dans les forêts et jungles tropicales,
  • acteurs peu ou pas connus,
  • fort contenu « gore »,
  • présence de scènes érotiques,
  • tout fait tendant à prouver que les « gens civilisés » se montrent sous un aspect pire que celui des cannibales[1].

Histoire

Le réalisateur Umberto Lenzi est le précurseur de ce genre avec Il paese del sesso selvaggio (1972). L'âge d'or du genre se situe à partir de la seconde moitié des années 1970 jusqu'aux premières années des années 1980.

Ruggero Deodato est néanmoins considéré comme le « père » du cannibal movie[1] grâce à sa trilogie des cannibales : Ultimo mondo cannibale, Cannibal Holocaust et Inferno in diretta (même si ce dernier ne concerne pas les cannibales).

D'autres réalisateurs ont contribué au succès de ces films, comme :

En Italie dans les années 1970 et le début des années 1980, les films de cannibales se font très nombreux. Leurs auteurs, Umberto Lenzi, Lucio Fulci, Ruggero Deodato, Joe D'Amato et Bruno Mattei, notamment, dirigent de nombreux films d'exploitation inspirés de George A. Romero, dans une « logique typique des producteurs italiens que l'on pourrait nommer « suivre le succès d'outre-Atlantique du moment »[2]. Comme ces cinéastes, qui sont passés du péplum au western spaghetti, pour aller dans l'érotisme ou le film d'action, s'adressent à un public vite blasé, la surenchère dans le gore est inévitable.

Parmi les aspects de cette « dynamique de copiage des succès »[2], on remarque « la tendance, sans doute pour brouiller les pistes quant à l'origine italienne de ces films », à un casting international, à de multiples doublages (français, anglais, italiens) qui « sonnent très faux et contribuent à donner à ces films un air de mauvaises productions » ou encore des moyens de production réduits.

Ces productions sont inspirées par les films mondo, des films d'aventures mettant en scène journalistes et chercheurs étudiant des peuples dits sauvages. Mais ces films restent aussi sous l'influence de Romero ; cannibales et zombies de ces films sont « principalement des êtres sans langage, qui n'émettent que des cris et des grognements (...) Leur menace réside dans leur nombre (...) Quand ils mangent de la chair humaine, [ils] sont toujours accroupis, dévorant leurs victimes avec la même frénésie, frénésie qui se perçoit à travers des images souvent filmées en gros plan et s'entend sur la bande-son avec des grognements et le bruit liquide de l'ingurgitation »[2]. Les européens qui survivent le font en imitant les mœurs des cannibales.

Bien que le genre soit typiquement italien, les films de cannibales ne se passent pas en Italie, mais souvent sur des îles tropicales. Ces films ont souvent été condamnés pour leur racisme, leur misogynie, mais aussi parce qu'ils prétendent dénoncer ce qu'ils exploitent eux-mêmes : la représentation de la violence. La souffrance parfois infligée aux animaux a aussi été dénoncée, par exemple en ce qui concerne Cannibal Holocaust que Philippe Rouyer qualifie de « putassier »[3]. Certains analystes, comme Mikita Brottman[4], regrettent que les critiques se livrent à cette « excommunication morale », refusant ainsi de voir la complexité narrative de certains de ces films ou le fait que le rejet que ses films suscitent est lié à la « charge de violence et l'interdit présente dans l'imagerie qu'ils déploient[2] ».

Le premier film de cette vague italienne de cannibales est Au pays de l'exorcisme d'Umberto Lenzi[5] en 1972. Le critique Philippe Rouyer juge la production dans son ensemble médiocre : « tous les tâcherons du bis transalpin sont mobilisés. Certains ne se donnent pas la peine de cacher le plagiat »[6].

Le succès

Le succès de ce genre est probablement dû au courage des réalisateurs italiens qui dirigent des scènes d'une violence inouïe qui, malgré les avis négatifs de la critique, les procès, mise sous scellés de pellicules, censure, a réussi à attirer un public toujours plus nombreux[1].

L'aspect négatif de ce genre est le mauvais traitement réel des animaux sous toutes ses formes. Il semble que ce soit le choix cruel de montrer des scènes de violence réelles qui soit la clef du succès international de cette « niche » du cinéma italien[1].

Filmographie

Notes et références

  1. a b c d e et f (it) Bon apetit! Guida al cinema cannibalico, Milan, Dossier Nocturno n.12,
  2. a b c et d Dwyer 2011
  3. Rouyer 1997, p. 82 et suivantes
  4. (en) Mokita Brottman, Meat is murder ! an Illustrated Guide to Cannibal Culture, Londres et New York, Creation Books, , cité par Dwyer 2011
  5. Rouyer 1997, p. 81 et suivantes
  6. Rouyer 1997, p. 79-80

Voir aussi

Bibliographie

  • Philippe Rouyer, Le cinéma gore : une esthétique du sang, Paris, Éditions du cerf, , 264 p. (ISBN 2-204-05787-8, présentation en ligne)
  • (it) Roberto Curti et Tommaso La Selva, Sex and violence percorsi nel cinema estremo, Lindau,
  • (it) Brando Taccini, Stracult Horror. Guida al meglio (e al peggio) del cinema horror italiano anni '80, Rome, Quintilia, , p. 458
  • Kévin Dwyer, « Du cinéma anthropophage italien », dans Franck Lafond, Cauchemars italiens : Volume 2 : le cinéma horrifique, L'Harmattan, coll. « Champs visuels » (1re éd. 2011) (ISBN 978-2-296-54155-9)
  • Daniel Bastié, Les mondes cannibales du cinéma italien ... d'Umberto Lenzi à Ruggero Deodato, Belgique, Ménadès, (ISBN 978-2-9602262-1-8)] (ISBN 2960226216)
  • Gilles Esposito, « La fièvre de la jungle : la "cannibalesploitation" », Mad Movies : gore, le cinéma de tous les extrêmes, hors série n° 63, octobre 2021, p. 40-45

Articles connexes

Liens externes