Bibliothèque de la Pléiade

Quelques tomes de la bibliothèque de la Pléiade.

La bibliothèque de la Pléiade est une des collections majeures de l'édition française, publiée par les éditions Gallimard. Elle constitue une référence en matière de prestige, de qualité rédactionnelle et de reconnaissance littéraire des écrivains[1]. Être publié dans « La Pléiade » représente une sorte de consécration pour les écrivains et peu d’entre eux l'ont été de leur vivant. Actuellement, elle publie les œuvres majeures non seulement de la littérature française, mais aussi de la littérature mondiale.

Sa reliure en cuir pleine peau et dorée à l'or en fait une édition de luxe. Imprimés sur papier bible, les exemplaires sont très compacts[2].

La bibliothèque de la Pléiade, que cet article traite, est distincte des autres publications estampillées Pléiade, telles que les albums de la Pléiade, l'agenda, l'encyclopédie de la Pléiade alors que l'usage fait que, par métonymie, un Pléiade (au masculin) désigne un ouvrage issu de cette collection.

Histoire

En janvier 1923, Jacques Schiffrin, un éditeur originaire de Bakou en Russie, crée Les Éditions de la Pléiade, J. Schiffrin & Cie – localisées au 7, rue Chaptal puis au 6, rue Tournefort et enfin au 2, rue Huyghens – qui préfigurera la future collection homonyme[1]. Le premier volume paraît en avril[3].

Création de la collection

Baudelaire, Œuvres complètes, volume no 1 de la collection, édition de 1975.

En 1931, Jacques Schiffrin crée une collection innovante : la Bibliothèque de la Pléiade dont le nom évoque tout à la fois la constellation, le groupe des poètes du XVIe siècle[4] et un groupe de classiques russes sous l'influence de Pouchkine[1],[5]. Schiffrin souhaite proposer au public des œuvres complètes d'auteurs modernes et classiques comme le faisaient déjà les Classiques Garnier, mais en offrant un format poche plus compact et durable grâce au papier bible – inspiré des missels paroissiens dont la durée de vie est garantie plusieurs centaines d'années[1] – et à une reliure en cuir souple. Pour Philippe Roussin, directeur de recherches au CNRS, les caractéristiques de la collection marquent « le signe de la sacralisation de la littérature ou de la sécularisation du livre[1] ».

Le premier volume, paru le , est le tome un de l'œuvre de Charles Baudelaire. Suivront rapidement une douzaine de volume consacrés principalement aux romanciers et poètes du XIXe siècle, français mais également étrangers dépassant, dès sa fondation, la simple littérature classique, latine et grecque[6] ou du Grand Siècle. Les auteurs consacrés par un volume de la Pléiade sont alors introduits par un écrivain notoire (tel qu'André Gide, André Malraux, Jean Giono...) qui donne un avis subjectif sur l'œuvre. La collection devient alors un « monument culturel » en construction lente décrivant une « littérature en mouvement » et rencontre dès sa fondation un franc succès auprès des lecteurs[1].

Intégration à la NRF

André Gide et Jean Schlumberger, créateurs de la Nouvelle Revue française (NRF), s'intéressent au travail de ce nouvel éditeur et réussissent à convaincre Gaston Gallimard d'acquérir la collection pour sa maison d'éditions[1]. La Bibliothèque de la Pléiade intègre les éditions Gallimard le [7].

Changement de direction sous l'Occupation

En 1940, Jacques Schiffrin est licencié par Gaston Gallimard, qui choisit d'obéir aux lois sur le statut des Juifs ; il s’exile à New York, aux États-Unis[8]. Cette décision provoque la « consternation » de Roger Martin du Gard et l'« indignation » d'André Gide. Elle engendre également un conflit juridique et financier entre Gallimard et Schiffrin, portant sur le montant du coût des droits de Schiffrin sur la Pléiade, mise en rapport avec le bénéfice éditorial de la collection pour la maison Gallimard[9]. En 2011, à l'occasion de la cérémonie de remise de la Légion d'honneur à titre posthume à Schiffrin, le journaliste John R. MacArthur estime dans le quotidien québécois Le Devoir que cette décision contribue à compenser les torts commis par « Gallimard [qui prit] la décision de balayer Jacques Schiffrin, de se plier à l’autorité des Allemands [et qui] ne reconnaîtra jamais ses vraies obligations financières, ni sa dette morale »[10].

Après l'éviction de Schiffrin, Jean Paulhan récupère la direction de la collection[8]. La Pléiade est par la suite mise au service de la propagande nazie, en traduisant notamment le théâtre complet de Goethe, sous l'égide d'Ernst Jünger[9]. Dans un droit de réponse, Antoine Gallimard conteste cette assertion en indiquant que :

  • Ernst Jünger était notoirement hostile à Adolf Hitler ;
  • le projet d'éditer Goethe datait d'avant la guerre, que la préface a été confiée par le responsable de l'édition, le philosophe marxiste Bernard Groethuysen, à André Gide, et que l'œuvre de Goethe est « aux antipodes des sources de l'idéologie nazie » ;
  • que la justice a reconnu que Gaston Gallimard « avait bel et bien oeuvré en faveur du maintien de la culture française sans se compromettre avec l’occupant »[11].

Développement

Rapidement, la bibliothèque de la Pléiade développe l'appareil critique important qui entoure le texte et offre une approche scientifique, faisant d'elle une collection de référence. La parution, en 1953, des Œuvres d'Antoine de Saint-Exupéry fait entrer la Pléiade dans les collections à succès. Avec Les Portiques, le Club français du livre envisage d'affronter Gallimard sur ce terrain, mais y renonce pour des raisons stratégiques.

À partir de la fin des années 1950, la Pléiade publie les textes sacrés (L'Ancien Testament paraît en 1956 et 1959, Le Coran en 1967) ; dans les années 1960 et 1970, la collection s'étend aux littératures étrangères contemporaines : Hemingway est le premier écrivain étranger du XXe siècle publié dans la collection (en 1966 et 1967) ; il est suivi par Kafka (en 1976), Faulkner (en 1977) et García Lorca (en 1981). La Pléiade explore des corpus nouveaux : la littérature italienne (Dante en 1965, Goldoni en 1972, Pirandello en 1977), les femmes écrivain (Madame de Sévigné de 1953 à 1957, George Sand en 1970 et 1971, Yourcenar en 1982), les correspondances (Stendhal et Voltaire en 1963, Baudelaire et Flaubert en 1973), les classiques chinois (Au bord de l'eau paraît en 1978) et les textes philosophiques : après Platon en 1940 et 1943, puis Spinoza en 1954, un volume intitulé Les Stoïciens paraît en 1962 ; le premier volume des œuvres de Marx est publié en 1963 ; ensuite paraissent en 1980 Kant, puis Les Philosophes taoïstes.

Au début des années 1980, la collection atteint son pic en termes de ventes, avec 450 000 exemplaires vendus chaque année, avant trois décennies d'érosion lente des ventes[1]. En 1999, Antoine Gallimard crée la Lettre de la Pléiade envoyée trimestriellement aux membres du Cercle de la Pléiade (l'adhésion y est libre et gratuite). Les années 2000 sont marquées par deux innovations avec l'entrée dans la Pléiade d'auteurs considérés jusqu'alors comme plus « populaires » tels que Georges Simenon (2003), Boris Vian (2010), Jules Verne (2012) et Jack London (2017) et l'ouverture de la collection aux sciences sociales avec des volumes consacrés à Claude Lévi-Strauss (2008) puis à Michel Foucault (2015) et Georges Duby (en 2019)[1]. Des anthologies thématiques sont publiées comme Dracula et autres écrits vampyriques (en 2019).

C'est aujourd'hui une collection à caractère encyclopédique, véritable référence dans le monde universitaire[1],[4]. Caractérisée par la richesse de son contenu et la rigueur de sa forme, elle est considérée comme le « fleuron des Éditions Gallimard »[4] et la « Rolls-Royce de l'édition »[8].

Albums de la Pléiade

La bibliothèque de la Pléiade publie un album de la Pléiade chaque année depuis 1962. Ces petits volumes sont consacrés à un auteur ou à une période (Les Auteurs de la Révolution française en 1989, le Théâtre classique en 1970) ou un thème (la NRF en 2000) ou une œuvre (le livre du Graal en 2008. le livre des Mille et Une Nuits en 2005). Ils sont offerts par les libraires aux clients qui achètent trois volumes de la Pléiade.

Encyclopédie de la Pléiade

Directeurs littéraires depuis la création de la collection

Les directeurs successifs de la Pléiade ont été[12] :

Édition italienne

La maison d'édition italienne Einaudi a développé en 1992, en collaboration avec Gallimard, une édition identique en tout point à la Pléiade mais en langue italienne et consacrée principalement aux auteurs romains et italiens (Tacite, Ovide, Machiavel, Ugo Foscolo, Cesare Pavese, Beppe Fenoglio…) et à quelques auteurs étrangers (Blaise Pascal, Voltaire, Percy Bysshe Shelley, Alexandre Herzen, Rainer Maria Rilke, Samuel Beckett…). Intitulée Biblioteca della Pléiade, cette collection possède actuellement une cinquantaine de volumes parus et des albums.

Auteurs publiés de leur vivant dans la collection de la Pléiade

En 1939, André Gide est le premier à entrer de son vivant dans la collection avec la publication partielle de son journal[13]. Un total de dix-neuf auteurs ont reçu l'honneur d'être publié de leur vivant.

Des volumes de Borges, Céline, Giono, Sartre, Simon et Tournier étaient en cours de réalisation avec leur collaboration au moment de leur mort. Henri Michaux a décliné la proposition que lui avait faite Claude Gallimard et l'édition de ses œuvres a été réalisée plus de dix ans après sa mort[20].

La publication future des œuvres d'António Lobo Antunes a été annoncée en 2019, mais aucune date de parution n'a été donnée[21].

Catalogue

Au début 2019, la collection regroupe plus de 820 ouvrages et plus de 250 auteurs (hors ouvrages collectifs)[réf. nécessaire] :

Dans le catalogue, la mention « épuisé » signifie que le titre ne sera pas réimprimé (sauf exceptions). « Indisponible provisoirement » signifie que le titre sera réimprimé, mais à une date non fixée. Une « réimpression » est un retirage avec correction des coquilles et des fautes qui ont pu se glisser dans le premier tirage et éventuellement une nouvelle version d'une œuvre, voire l'ajout d'une nouvelle œuvre (comme dans l'addition d'Ouvrez dans les Œuvres complètes de Nathalie Sarraute). Une « nouvelle édition » est une édition entièrement refaite, avec de nouveaux éditeurs, où le plan, l’établissement du texte et l’appareil critique diffèrent de l'édition précédente.

Les dix titres les plus vendus jusqu'en 2004

Les volumes les plus vendus dans la Pléiade. Il manque Apollinaire.

Selon le palmarès sur le site officiel des éditions Gallimard en juin 2004[22] :

  • Antoine de Saint-Exupéry : Œuvres (1953) : 340 000 exemplaires
  • Marcel Proust : À la recherche du temps perdu, tome I (1954) : 250 000 exemplaires
  • Albert Camus : Théâtre – Récits et Nouvelles (1962) : 218 000 exemplaires
  • Marcel Proust : À la recherche du temps perdu, tome II (1954) : 208 000 exemplaires
  • Paul Verlaine : Œuvres poétiques complètes (1938) : 207 000 exemplaires
  • Marcel Proust : À la recherche du temps perdu, tome III (1957) : 198 000 exemplaires
  • André Malraux : Romans (1947) : 160 000 exemplaires
  • Guillaume Apollinaire : Œuvre poétique (1956) : 143 000 exemplaires
  • Blaise Pascal : Œuvres complètes (1936) : 135 000 exemplaires
  • Léon Tolstoï : La Guerre et la Paix (1945) : 134 000 exemplaires

En 2020, les ventes annuelles s'élèvent à 270 000 exemplaires. Les éditions Gallimard revendiquent un total de 23 millions d'exemplaires vendus de la collection depuis sa création, regroupant 228 auteurs à cette date[23]

Domaines d'exploration

D'après le catalogue du site officiel en juin 2004[22] :

  • Vingt domaines linguistiques explorés en 2003 (dont vingt-deux auteurs anglais, quatorze auteurs russes et dix auteurs allemands) ;
  • Une prédominance d'auteurs du XXe siècle (61 auteurs (en 2003) et du XIXe siècle (58 auteurs (hors collectifs) en 2003)[22] ;
  • Plus de trente anthologies, dont certaines bilingues (en allemand, anglais, italien, espagnol) ;
  • Onze nouveaux titres sont publiés par an en moyenne et 40 à 50 sont réimprimés[4].

Auteurs les plus présents dans le catalogue

Dix-sept volumes de la collection concernent les œuvres et la correspondance de Balzac, mais cet auteur en aura dix-huit à terme, quand le troisième volume des Œuvres diverses sera publié. Balzac possède donc le plus grand nombre de volumes dans la collection. Il est suivi par Voltaire avec seize volumes : treize pour la Correspondance et trois pour une partie de l'œuvre. Gustave Flaubert compte dix volumes : les cinq volumes des Œuvres complètes (il s'agit d'une nouvelle édition, qui remplace une ancienne édition d'Œuvres en deux volumes) et cinq volumes de Correspondance (plus un volume broché d'index). Saint-Simon et Dickens comptent neuf volumes chacun ; Giono, Green et Shakespeare (édition bilingue), huit volumes. Victor Hugo, huit volumes en 2021, comptera dix volumes, quand les tomes IV et V des Œuvres poétiques seront publiés ; toutefois ces dix volumes ne couvriront pas l'ensemble des écrits hugoliens, il est donc possible que ce nombre soit un jour dépassé. Le catalogue de la Pléiade compte dix numéros attribués à Stendhal mais seulement sept correspondent à des volumes disponibles : les trois volumes de la Correspondance, parus dans les années 1960, sont non seulement épuisés, mais aussi rayés du catalogue (« [ces numéros] ne sont pas attribués ») depuis 1998, cas unique.

Esthétique de la collection

Logotype de La Pléiade
Reliure d'un exemplaire avec son cordon marque-page couleur or.

Depuis sa création en 1931, la collection obéit à une charte de fabrication rigoureuse et extrêmement précise. Les dimensions de l'ouvrage sont de 11 × 17,5 cm. Les livres sont aujourd'hui imprimés sur papier bible opacifié couleur chamois (36 g) garanti plusieurs centaines d'années, cousus-collés, reliés sous couverture pleine peau souple et dorés à l'or fin (23 carats)[4],[24]. Pendant la Seconde guerre mondiale, en raison des pénuries de cuir, la reliure est en toile à l'imitation du cuir. C'est le cas, par exemple, de Jeux et sapience du Moyen Âge (61e volume), paru en 1941.

Si plusieurs imprimeurs se partagent les parutions, surtout Normandie Roto et Aubin, traditionnellement, la reliure est effectuée depuis 1931 par un unique prestataire, les ateliers Babouot[25] à Lagny-sur-Marne[4], qui réalisent environ 350 000 volumes par an[26]. La part de la reliure dans le coût total de fabrication du livre est de 50 %[4].

Charte intérieure

Les volumes de la Pléiade sont imprimés en caractères Garamond de chez Monotype[27] de corps 9, une référence classique en matière de typographie adoptée en 1931[4]. La recherche de l'élégance esthétique est illustrée par les nombreuses ligatures qu'on retrouve au fil des pages. La finesse du papier impose un parfait calibrage de la mise en page et de l'impression : le moindre décalage de lignes entre un recto et un verso, mais aussi entre deux pages proches apparaît par transparence et pourrait gêner la lecture. Dans cette même optique de confort de lecture, le papier bible est d'ailleurs opacifié chimiquement.

Par ailleurs, l'utilisation du nombre d'or dans le calcul des blancs (dans les pages de titre, avant et après les titres et intertitres) a pour but de définir un parfait équilibre dans les pages de chaque ouvrage.

Aspect extérieur

Quelques volumes de la Pléiade montrant le code couleur des siècles.
Dos de la reliure, dorée à l'or fin.

Depuis l'origine, l'extérieur des livres est vierge de toute inscription, sauf sur le dos qui ne présente que le nom de l'auteur et le contenu du volume (roman, œuvres complètes, théâtre, lettres...).

Depuis les tout débuts de la collection, la couleur de la reliure d'un volume dépend du siècle où a vécu son auteur. Le code des couleurs n'a jamais varié :

Trois exceptions à ce code concernent des ouvrages d'un type particulier :

  • gris pour les textes de référence des principales religions monothéistes ;
  • rouge Churchill pour les anthologies ainsi que pour la première édition de la Comédie humaine de Balzac (l'édition actuelle respecte la couleur normale du XIXe siècle) ;
  • ponctuelles : noir pour la première édition des Mémoires de Saint-Simon (l'édition actuelle respecte la couleur normale du XVIIIe siècle), corinthe pour la deuxième édition de la Comédie humaine de Balzac (l'édition actuelle respecte la couleur normale du XIXe siècle) et crème pour la première édition des Œuvres poétiques complètes de Charles Péguy (l'édition actuelle respecte la couleur du XXe siècle).

Cette couleur se retrouve sur la tranche supérieure des livres.

Le dos des livres de la bibliothèque de la Pléiade est décoré par des filets dorés horizontaux (l'encyclopédie se différenciant par un dos décoré d'étoiles). Il s'agit d'un décor de dorures dit "à la grotesque". La pièce de titre est écrasée pour améliorer sa visibilité. Particularité pour les œuvres du XXe siècle : la couleur havane étant trop proche de l'or, la pièce de titre est de couleur verte. Autre particularité pour les volumes de Jean-Jacques Rousseau, qui sont légèrement différents des autres du XVIIIe siècle : la pièce de titre, sur le dos, est marron.

Depuis 2014, des tirages spéciaux réunissent en un seul volume des sélections de textes d'auteurs dont les œuvres sont réparties, en édition courante, sur plusieurs volumes. Les emboîtages sont illustrés, à l'image de ce qui se fait déjà pour les coffrets réunissant au minimum deux volumes. La reliure est bordeaux avec une pièce de titre grise, à l'aspect proche des reliures havane propres à la littérature du XXe siècle, mais plus sombre. Ces tirages concernent notamment les œuvres de Sade, Malraux, Conrad ou Giono.

Influences

Outre l'édition italienne Biblioteca della Pléiade, publiée par Einaudi depuis 1992, en collaboration avec Gallimard, la Pléiade a inspiré la création en Italie d'un projet parfaitement similaire, I Meridiani, créé en 1969 par Vittorio Sereni pour l'éditeur Arnoldo Mondadori et consacré à la littérature italienne et mondiale, qui compte actuellement plus de 300 volumes.

Dans les années 1970, le critique Edmund Wilson soutient le projet d'une collection similaire, intitulée Library of America, mais consacrée uniquement à la littérature américaine, et celle-ci publie son premier volume en 1982[28]. Elle compte aujourd'hui près de 300 volumes.

Emmanuel Macron, dans son portrait officiel présidentiel réalisé en 2017 par la photographe Soazig de La Moissonnière, affiche sur son bureau trois volumes issus de la bibliothèque de la Pléiade ouverts à des œuvres précises : Mémoires de guerre de Charles de Gaulle, ouvert à sa droite, Le Rouge et le Noir de Stendhal et Les Nourritures terrestres d'André Gide, disposés l'un sur l'autre à sa gauche[29].

Critiques

Les choix éditoriaux limités de la collection sont parfois critiqués. Le fait de publier des auteurs plus populaires (Georges Simenon, Boris Vian ou Jean d'Ormesson[30]) par volonté commerciale plutôt qu'artistique est parfois dénoncé[23]. De même que le choix de privilégier l'édition d'œuvres choisies plutôt que d'œuvres complètes[31]. Le fait que certains auteurs aient une édition inachevée est également reproché à Gallimard[32].

Thierry Discepolo, fondateur des éditions Agone, critique dans Le Monde diplomatique le choix d'abandonner l'objectif premier de produire des livres de poche, pour privilégier une densification de l'appareil éditorial « avec : annexes, appendices, bibliographies, commentaires, gloses, notices, notes, variantes et autres métastases de la production universitaire dont l’éditeur a su tirer profit en faisant enfler le prix de ces volumes “savants” »[9]. Dans un droit de réponse, Antoine Gallimard rétorque que l'augmentation de la pagination s'explique notamment par l'ajout d'œuvres ne figurant pas dans les éditions antérieures (notamment pour les classiques) ou encore que « la lecture de Rabelais exige aujourd’hui des précautions qui auraient été sans objet en 1934 »[11].

Notes et références

  1. a b c d e f g h i et j [vidéo] Philippe Roussin, Séminaire « La Bibliothèque de la Pléiade », Collège de France, 11 mars 2020.
  2. Cependant, selon les époques, le papier étant parfois d'une qualité inférieure, l'épaisseur d'un même volume peut varier de quelques millimètres.
  3. Chronologie de l'édition française, moteur de recherche en ligne
  4. a b c d e f g et h « La Pléiade, une collection en or » dans l'Express du 29 juillet 1999.
  5. Florence Noiville, « Avec la mort d'André Schiffrin, l'édition perd un « éditeur différent », Le Monde, 2 décembre 2013.
  6. À ce titre, le premier volume d'un classique sera consacré à Plutarque en 1937 tandis qu'Homère intègre la Bibliothèque de la Pléiade seulement en 1955.
  7. [PDF]L'histoire de la Pléiade « Mon ami Schiffrin » par André Gide sur le site de Gallimard.
  8. a b et c Mathieu Lindon, « La Pléiade, une histoire en 566 volumes », Libération,‎ (lire en ligne)
  9. a b et c Thierry Discepolo, « La Pléiade, une légende dorée », Le Monde diplomatique,‎ , p. 27 (lire en ligne)
  10. Amos Reichman, Jacques Schiffrin, aller sans retour. Itinéraire d’un éditeur en exil, 1940-1950, Lyon, ENS Lyon-Columbia,
  11. a et b Antoine Gallimard, « Droit de réponse : Pléiade », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  12. Collection Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, consulté le 1er juillet 2020.
  13. Site officiel, catalogue par époque.
  14. (en) « Kundera Joins La Pléiade » [Kundera intègre la Pléiade], ceskapozice.cz, 10 mars 2011.
  15. « Le poète vaudois Philippe Jaccottet entre de son vivant dans La Pléiade », sur la Radio télévision suisse.
  16. « Philippe Jaccottet » sur la-pleiade.fr.
  17. Voir sur la-pleiade.fr
  18. « L'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa entre de son vivant dans la Pléiade », Le Parisien, 19 mars 2016.
  19. Philip Roth, Romans et nouvelles (1959-1977), sur la-pleiade.fr.
  20. Entretien de Jérôme Dupuis avec Hugues Pradier, directeur éditorial de la collection, L'Express, 7 février 2014.
  21. Didier Jacob, « Antonio Lobo Antunes : “Louis-Ferdinand Céline me conseillait de m’amuser avec les filles” », Le Nouvel Obs, 8 juin 2019.
  22. a b et c D'après le site des éditions Gallimard, juin 2004, archive.
  23. a et b Élisa Thévenet, « Plongée au cœur de la Pléiade, 89 ans, collection culte de la littérature française », Le Parisien, 16 janvier 2021.
  24. Les questions des lecteurs sur le site officiel.
  25. Cette entreprise est labellisée « Entreprise du patrimoine vivant » en 2013 pour son travail sur la Pléiade.
  26. Valentine Ponsy, « La Pléiade bientôt labélisée », France 3 Paris Île-de-France, 8 janvier 2013.
  27. « Fabrication d'une Pléiade : de la composition à l'impression », La Lettre de la Pléiade no 4, mars-avril 2000.
  28. (en) « Books: A Library in the Hands », Time, 3 mai 1982.
  29. Alexandre Boudet, « Dans le portrait officiel d'Emmanuel Macron, ces détails qu'il a voulu que vous voyiez », HuffPost,‎ (lire en ligne)
  30. Le premier volume de Jean d'Ormesson sera un best-seller vendu à 20 000 exemplaires la première année. Cf. Le Parisien, janvier 2021.
  31. « D'Ormesson, le choix mondain de la Pléiade », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  32. « La Pléiade – un certain mépris du lecteur », Médiapart,

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • La Bibliothèque de la Pléiade - Travail éditorial et valeur littéraire, dir. Joëlle Gleize et Philippe Roussin, éditions des Archives contemporaines, 2009 (ISBN 978-2913000063).

Liens externes