Bernard Guyard

Bernard Guyard
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Bernard Guyard, né en 1601 à Craon, dans l'Anjou, mort le , est un dominicain français. Quétif et Échard nous ont transmis quelques détails sur l'histoire de sa vie.

Biographie

Il fait profession d'observer la règle de Saint Dominique an couvent de Rennes, et va ensuite à Paris, où il est reçu docteur de Sorbonne en 1645. Il parait vers le même temps dans les principales chaires de Paris, et ce avec assez de succès. Il est prédicateur, et se fait entendre à Paris et en d'autres villes.

La reine mère l'honore du titre de son prédicateur, et il devient confesseur, de Madame, épouse de Gaston de France. Pendant les troubles de la Fronde, attaquant en chaire les chefs de ce parti, il est arrêté au sortir de l'église, et conduit à la Bastille[1], où il reste quelques mois. Il meurt à Paris, professeur de théologie au couvent de Saint-Jacques, le . Il a alors les titres de conseiller et de prédicateur du roi, et occupant la charge de premier régent au collège de Saint-Jacques. Voici son portrait: Obesa fuit facie et corpore ; unde, justa licet ac procera corporis mole, statura tamen valde mediocri cernebatur[2]. C'est sans doute à cause de cette obésité qu'on l'appelait le docteur Pouf.

Jansénisme et saint Thomas

Bernard Guyard intervint dans la querelle du jansénisme. Voici le titre du manifeste qu'il publia pour défendre saint Thomas, accusé de complicité dans les prétendues erreurs de l'évêque d'Ypres : Discrimina inter doctrinam thomisticam et jansenianam. Les Jacobins étaient fort curieux de maintenir leur principal docteur dans les bonnes grâces des jésuites. Si les jésuites s'étaient déclarés ses ennemis, il perdait tout crédit dans les collèges et dans les séminaires ; la philosophie et la théologie n'étaient plus enseignées selon sa méthode.

Bernard Guyard eut bientôt occasion de parler encore pour saint Thomas. Jean de Launoy avait osé prétendre que le maître de l'école dominicaine avait été fort ignorant dans la langue grecque. Une telle assertion devait causer quelque scandale au couvent de Saint-Jacques. Bernard Guyard, comme professeur du lieu, s'empressa de la démentir dans l'écrit suivant: Dissertatio utrum S. Thomas calluerit linguam grecam[3]. Le volume où se trouve la dissertation contient trois opuscules de B. Guyard contre le même critique[4]. Jean de Launoy, gallican déclaré, n'avait pas trouvé fort exactes les citations faites par l'Ange de l'école, et les avait censurées avec une entière liberté d'esprit et de langage. Cela devait encore déplaire aux Dominicains. B. Guyard répondit en leur nom à l'intraitable « dénicheur de saints. » Voici les titres de ses réponses : In primam magistri Launoii Epistolam ad Antonium Favrum; In secundam Launoii qux est ad Ant. Favrum Epistolam; Fr. Bern. Guyard Joanni Launoio. Il s'agit principalement dans ces opuscules de l'unité de l'Église, de l'autorité du Saint-Siège et de la puissance des rois.

Jean Nicolaï avait trouvé des arguments pour montrer que saint Thomas ignorait la langue grecque, et les avait exposés, sous le pseudonyme d' Honoré de saint Grégoire dans un écrit intitulé : In dissertationem de fictitio S. Thomx grascismo summaria epistolaris discussio. Cette discussion épistolaire étant à l'adresse de Bernard Guyard, celui-ci ne pouvait manquer d'y répondre. La réponse a pour titre : Adversus metamorphoses Honorati a sancto Gregorio, auctore P. F. Bern. C'est un long plaidoyer pour saint Thomas, et une longue invective contre son détracteur.

Controverses

Bernard Guyard a eu une querelle fort animée avec Levayer de Boutigny. Considérant, d'une part, les désordres des monastères, les vœux si souvent rompus, les pactes simoniaques, l'oisiveté crapuleuse de quelques ordres, et, d'autre part, les nécessités de l'État qui réclamait des bras valides pour commencer ou continuer les plus utiles entreprises, Levayer de Boutigny avait demandé l'ajournement des vœux, la révision des règles, la suppression des dots et la réduction du nombre des maisons conventuelles. Bernard Guyard entreprit de répondre à ce réformateur. Le texte de sa réponse est Contre la nouvelle apparition de Luther et de Calvin, sous les Réflexions faites sur le dit touchant la réformation des monastères; Paris, 1869, in-12[5].

La fatalité de Saint-Cloud

Bernard Guyard passe pour l'auteur d'un petit livre, intitulé la Fatalité de Saint-Cloud, près de Paris, in-12[6],[7]. L'impression en avait, dit-on, été commencée au Mans[8] en 1672 : des circonstances obligèrent de la suspendre, et elle ne fut terminée à Paris que l'année suivante. Mais dans l'intervalle, le P. Gilbert de la Haye fit paraître l'ouvrage à Lille, 1673, in-12, petit caractère. Il a été réimprimé dans les différentes éditions de la Satire Ménippée, en 5 volumes in-8°, parmi les pièces justificatives.

Le but de Bertrand Guyard est de prouver que Jacques Clément n'a point été le meurtrier de Henri III, et que l'auteur de ce forfait exécrable n'était point un dominicain, mais un ligueur déguisé en religieux. Jean Godefroy a réfuté ce paradoxe par la Véritable Fatalité de Saint-Cloud (Lille), 1713, in-8°, et dans les pièces placées à la suite du journal de Henri III (voir : Pierre de l'Estoile) ; il y suit les raisonnements de Guyard, article par article, et démontre qu'il est impossible de justifier Jacques Clément du crime dont sa mémoire reste chargée.

Publications

  1. La vie de Sainct Vincent Ferrier, religieux de l'ordre des frères Prescheurs., Paris, D. Moreau, 1634, in-8°, pièces limin. et 396 p[9] ;
  2. Oraison funèbre prononcée à Paris, en l'église de la Magdelaine, au service de Louis le Juste, roi de France et de Navarre, Paris : A. Cotinet, 1643, in-4 ̊ , 40 p[10],[11].
  3. Discrimina inter doctrinam Thomisticam et Jansenianam, ibid., 1655, in-4° ;
  4. Dissertatio utrum S. Thomas calluerit linguam graecam, Paris : apud F. Le Cointe, 1667, in-8 ̊ , XVI-194 p. ;
  5. Contre la nouvelle apparition de Luther, et de Calvin, sous les Reflexions faites sur l'edit touchant la reformation des monasteres. Avec un échantillon des faussetez & des erreurs contenües dan (sic) le Traité de la puissance politique touchant l'âge nécessaire à la profession solemnelle des religieux. 1669, 303-[1] p. ; in-12[12] ;
  6. Joanni Launoio… (In secundam Launoii ad magistrum Thomam Fortinum, quae est contra P. Baronium, epistolam.) (S. l. n. d.), in-8 ̊ , IV-104 p[13] ;
  7. Adversus metamorphoses Honorati a S. Gregorio, Pris : apud F. Le Cointe, 1670, in-8 ̊ , IV-118 p[14];
  8. La fatalité de S. Cloud près Paris. 1674 ;
  9. Oraison funèbre de M. le chancelier Séguier ;
  10. Le Héros fidèle, en l'honneur du maréchal de la Ferté-Sennectère[15]

Bibliographie

Notes et références

  1. Biographie universelle de Michaud.
  2. Script, ord. Prœdic.
  3. Saint Thomas ne savait pas le grec, ou, du moins, il n'avait de cette langue qu'une connaissance tout à fait élémentaire; et quand il était curieux de consulter certains livres grecs dont il n'existait pas de version latine, il les faisait traduire pour son usage par son confrère et ami le docte Guillaume de Moerbeke. Il en a fait lui-même l'aveu. On sait, d'ailleurs, que la connaissance du grec était peu répandue au commencement du XIIe siècle. Hauréau se range sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, à l'opinion de Jean de Launoy.
  4. Ayant admis comme un article de foi que le pape est infaillible, saint Thomas avait recherché dans les anciens auteurs les passages qu'il pouvait invoquer à l'appui de cette doctrine.
  5. Prétendre réformer les monastères, c'est remettre en honneur le programme fameux de Luther et de Calvin, c'est renouveler d'exécrables calomnies et pousser les princes dans la voie du sacrilège. Pour Hauréau, B. Guyard ne fait pas toujours emploi d'arguments irrésistibles, mais il parle avec vivacité le langage des opinions reçues et des intérêts constitués.
  6. Plusieurs bibliographes citent une édition de 1674, in-fol., qu'ils assurent être la première de toutes.
  7. Hauréau indique la présence d'un exemplaire très rare de cette édition, qui passe pour la première, donné par l'auteur à l'historien de son ordre, le P. Quétif. Cet exemplaire sans titre, et par conséquent sans date, est passé de la bibliothèque de La Vallière dans la réserve de la Bibliothèque nationale de France. Jusqu'à la page 8, l'impression est belle, nette, le caractère est presque neuf, mais l'orthographe est archaïque : dès la page 9, le caractère et l'orthographe changent d'une manière notable. Cette édition in-folio fut, dit-on, commencée en l'année 1672 et achevée en l'année 1674. Hauréau possédait une édition in-8°, qui portait, sans autre indication, la date de 1672. Le P. Niceron assure que cette date est frauduleuse ; mais il l'affirme sans le prouver. Or, l'édition in-8° est du même caractère que l'édition in-folio, et présente les mêmes variations. Ainsi, dans l'édition in-folio, c'est à la page 9 que le texte vieillit ; dans l'édition in-8°, c'est à la page 33. Ces deux éditions paraissent reproduire le même texte en des formats différents. Elles auraient donc été l'une et l'autre commencées en 1672 et achevées en 1674. On nous désigne encore une édition de Lille, 1673, in-12;
  8. Guyard était alors au Mans, exerçant la charge de prieur dans le couvent de cette ville, et est rappelé rapidement à Paris.
  9. Achevé d'imprimer du 15 décembre 1633. Le titre de ce livre nous fait connaître que frère Bernard Guyard avait pris en religion le nom de Jésus-Maria. C'est un livre mystique. Vincent Ferrier, ou plutôt Ferreira, est un saint du diocèse de Valence, en Espagne ; cependant, comme il est mort à Vannes, en Bretagne, tous les hagiographes français ont célébré sa mémoire. Bernard Guyard a dédié sa Vie à Sébastien de Rosmadec, évêque de Vannes.
  10. « lire sur Gallica »
  11. Guyard n'était encore que bachelier en théologie lorsqu'il prononça, le 15 juin 1643, en l'église de la Madeleine, à Paris, l'éloge funèbre de Louis XIII. Pour Échard, cette oraison est assez pauvre, bien que l'auteur y ait prodigué les tropes et les métaphores. Pour Hauréau, il est un peu sévère, car les écarts oratoires de frère Guyard dépassent quelquefois la limite connue de l'emphase et du faux goût. Voici le premier paragraphe de l'exorde: Justus ut palmaflorebit! Quelle rencontre des palmes avec les larmes, du triomphe avec une perte si sensible et si générale! Qu'elle porte un coup mortel au cœur de la France et de tous les Français! Les fredons de la plus douce musique ne sont-ils pas importuns, quand ils trouvent en leur chemin des prunelles larmoyantes pour aborder des oreilles qui ne veulent entendre, en un aussi funeste accident, que des soupirs et des sanglots ? Eh quoi! la palme qui ne mène avec soi que des enseignes déployées, des légions foudroyantes, des canons comme des nuées pleines de foudres et de tonnerres, des trompettes en signe de réjouissance et des captifs pour relever la grandeur du triomphe, peut-elle s'ajuster avec les soupirs du peuple, les sanglots de la justice, les regrets de la noblesse, les angoisses des Muses et les larmes de l'Église, qui tous ensemble ont perdu leur père, leur législateur, leur roi, leur Mécénas, leur protecteur, en la mort de Louis le Juste? Hélas! la pourpre s'est retirée de dessus les épaules des princes et seigneurs de la cour, les plumes qui couvraient leurs castors ont revolé dans les déserts, les crêpes ont pris leur place ; les chevaux, les carrosses, les parois même en portent le grand deuil ; comment donc le traverser par un discours de palmes, qui veulent voir la nature déployée en ses plus grandes allégresses? Eh quoi! Messieurs, ne devrais-je pas plutôt dépeupler le monde de cyprès pour porter sur la tombe de ce grand prince, comme fit autrefois Boréas, roi des Celtes, après avoir perdu sa fille Cyparissa ; ce qui fut cause qu'on nomma son sépulcre cyprès ? Ne devrais-je pas plutôt demander au ciel qu'il fît de mes yeux non deux fontaines, mais deux mers, ou qu'il me convertît en rocher, comme Niobé, pour plorer jour et nuit ce désastre commun ? Oui, Messieurs, je veux m'y opiniâtrer, je renonce à toutes les consolations, et le plus grand supplice qui me puisse arriver ce serait de voir ma douleur diminuée par la longueur du temps, qui me serait cruel et non favorable en ce point. Il était impossible, on le reconnaît, de paraphraser un lieu commun d'une façon plus ridicule. Guyard appartient à l'école des panégyristes burlesques. C'est une école, il est vrai, très-nombreuse; mais il y a tenu le premier rang. On admirait, de son temps, de telles facéties. On les admirait de si bonne foi que notre Jacobin, après avoir été l'orateur désigné par la cour, par la ville, pour les occasions les plus solennelles, mourut avec le titre envié de prédicateur du roi. Ainsi le goût varie, et l'on a tort de dire que les règles du goût ne changent pas. Comme tant d'autres opinions, comme les sentiments, comme les mœurs, comme tout le reste, les règles du goût subissent la loi du perpétuel changement.
  12. Publié en réponse à 2 ouvrages dus à Roland Le Vayer de Boutigny : Reflexion sur l'edit touchant la reformation des monasteres, 1667, et De l'autorité du Roy, touchant l'âge nécessaire à la profession solemnelle des religieux, 1669
  13. C'est une dissertation en latin, pour établir, contre le sentiment de Jean de Launoy, que saint Thomas possédait à fond la langue grecque, opinion qui fut réfutée par le P. Jean Nicolaï, caché sous le nom d'Honoratus a St Gregorio.
  14. Guyard répondit par cet écrit à Jean Nicolaï.
  15. L'abbé Angot signale que cet ouvrage se trouvait avec ses œuvres plus considérables à la bibliothèque du couvent de Craon.

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