Barque du Léman

La barque La Neptune sous voile.

Une barque du Léman (dite aussi barque de Meillerie) est un type d'embarcation aux principales caractéristiques d'un grand voilier. Ces embarcations sont muées par des voiles latines (ou encore par moteur pour les modèles rénovés à la fin du XXe siècle) et sont destinées à la navigation lacustre. Ce type d'embarcation est utilisé sur le Léman et sert originellement et jusqu'au début du XXe siècle au transport de matières premières lourdes. En 2020 moins de dix de ces barques sont en circulation et sont employées en bateau de plaisance.

Historique

Carte postale d'une barque du Léman vers 1900.

Dès le XVe siècle, les archives de Savoie mentionnent la présence de barques sur le Léman, largement inspirées par l’architecture des galères qui les ont précédées sur le lac. François-Alphonse Forel, dans sa monographie sur le Léman, soutient cette hypothèse[1],[2].

Différentes études[3] avancent une conception d'origine soit italienne (en se basant notamment sur le fait que beaucoup de termes techniques de la barque soient en italien, ainsi que sa physionomie proche de celle d'une galère), soit d'origine hollandaise (en se basant sur le fait que ces barques sont très similaires aux tjalks et que leur conception évoque un design fluvial).

Les barques du Léman étaient destinées aux activités batelières et au transport de matériaux lourds, notamment à celui des pierres de taille issues de la carrière de Meillerie en Haute-Savoie. Le transport sur barque permettait d'acheminer ces matériaux de construction aux différents ports du lac, notamment à Genève en Suisse.

Elles empruntaient alors les voies de navigation intérieure du lac Léman, ayant comme autres activités d'assurer le transport maritime et le transit de marchandises entre les rives du lac, ou encore au cabotage commercial entre les différents ports du Léman.

En 1900, le lac Léman comptait soixante barques en activité. Depuis le milieu du XIXe siècle l'activité de transport de marchandise a décru, concurrencée par le transport routier ou ferroviaire en plein développement. Au milieu du XXe siècle, l'usage des barques se destine à la plaisance (bateau de plaisance) et à la perpétuation d'une tradition populaire.

Dès 2009, avec la rénovation de la Demoiselle, cinq barques sont en circulation, quatre d'entre elles ayant été reconstruites selon les techniques d'époque.

Le musée des Traditions et des Barques du Léman de Saint-Gingolph présente depuis 1982 des maquettes et documents d'archive (photos et diaporamas, 2002).

Conception

L'Aurore, voiles en oreilles, au large de Saint-Gingolph.

Construites en bois (généralement des bois de provenance locale), les barques du Léman étaient conçues pour charrier des matériaux lourds, à même leurs ponts. Dans leur conception le risque de chavirer est cherché à être écarté grâce à un maître-bau d'une grande largeur (entre 6 et 9 mètres). Elles pouvaient ainsi transporter jusqu'à 180 tonnes par voyage.

La longueur hors-tout varie entre 10 et 35 mètres, leur tirant d'eau est relativement peu élevé (entre 0,5 et 1 mètre) et le fond plat. Les barques sont équipées d'apoustis sur leurs flancs, jouant le rôle de coursives et sur lesquels pouvaient être disposé un achalandage supplémentaire.

La coque est la plupart du temps construite à l'aide de barrots en chêne, la quille est, quant à elle, constituée d'une pièce en sapin blanc supportant les membrures. Le pont, fabriqué en mélèze, est bombé de façon à permettre de répartir les charges par effet de voûte et abrite une cambuse. La longueur du gouvernail peut varier de 4 à 6 mètres de longueur totale — safran et barre franche.

Le type de voilure est latin et atteint approximativement une surface totale de 360 m2. Les voiles sont fabriquées en lin ; les deux principales, d'une surface de 100 à 150 m2 chacune, sont hissées grâce à deux travers (nommées antennes) fabriqués en épicéa afin d'assurer une souplesse. Les antennes sont supportées par deux mâts d'une hauteur variant entre 20 et 30 mètres. Les barques sont munies d'un foc d'une surface de 40 m2 environ.

Les barques pouvaient être manœuvrées par trois matelots appelés bacounis (cf. Port des pêcheurs#Les bacounis). Par vent arrière, les deux voiles principales sont disposées en « papillon » et le foc abattu. Par allures portantes, les voiles sont parallèles. Par calme plat, les barques étaient aussi halées. Au XXIe siècle, les barques sont également motorisées.

Barques

La Savoie toutes voiles dehors.
  • La Neptune, construite en 1904, coulée en 1972 puis réhabilitée en 1975, restaurée en 2004, basée à Genève : 46° 12′ 17,32″ N, 6° 09′ 08,94″ E ;
  • La Vaudoise (nommée la Violette jusqu'en 1948), construite en 1932, basée à Lausanne :46° 30′ 22,38″ N, 6° 37′ 31,72″ E ;
  • La Savoie[4], construite en 2000, réplique d'une barque construite en 1896, basée à Évian-les-Bains : 46° 24′ 06,67″ N, 6° 35′ 39,6″ E ;
  • L'Aurore, cochère basée depuis 2000 à Saint-Gingolph.
  • La Demoiselle, réplique construite de 1997 à 2009, basée à Villeneuve : 46° 23′ 41,35″ N, 6° 55′ 13,14″ E

Notes et références

Notes

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Références

  1. Duchoud 1998, p. 52.
  2. Cornaz 1998, p. 11.
  3. Olivier Gonet, « Les barques du Léman et les marchands à voile », sur oliviergonet.com (consulté le 3 août 2014).
  4. Reymond 2015, p. 33.

Voir aussi

Bibliographie

  • Gérard Cornaz, Les barques du Léman, Genève, Slatkine, , 207 p. (ISBN 2-05-101622-4)
  • Pierre Duchoud, Le temps des barques : voiles latines du Léman, Yens/Saint-Gingolph, Cabédita, coll. « Archives vivantes », , 158 p. (ISBN 2-88295-235-X)
  • Pierre Duchoud, Le pays des barques : voiles latines du Léman, Yens/Saint-Gingolph, Cabédita, coll. « Archives vivantes », , 165 p. (ISBN 2-88295-392-5)
  • André Guex, Mémoires du Léman, 1830-1930, Lausanne, Payot, , 172 p. (ISBN 2-601-00174-7)
  • Daniel Margot, La Vaudoise à Brest : du rêve à la réalité, Yens/Saint-Gingolph, Cabédita, coll. « Archives vivantes », , 100 p. (ISBN 2-88295-433-6)
  • Marie-Hélène Miauton et Marie Rochel, Auguste Veillon : des barques du Léman aux felouques du Nil, Lausanne, Favre, , 208 p. (ISBN 978-2-8289-1529-2)
  • Pierre-André Reymond, Autour de deux barques lémaniques du XXIe siècle, Slatkine, , 111 p. (ISBN 978-2-8321-0654-9 et 2-83210-654-4, OCLC 1041200441, lire en ligne)

Articles connexes