Élisabeth Prévost

Élisabeth Prévost
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Blaise Cendrars et Élisabeth Prévost dans les Ardennes, vers 1938.
Naissance
Charleville-Mézières, Drapeau de la France France
Décès
île d'Houat, Drapeau de la France France
Activité principale
éleveuse de chevaux, aventurière, voyageuse, nouvelliste

Élisabeth Prévost est une voyageuse et écrivaine ardennaise née en à Charleville-Mézières et morte en sur l'Île-d'Houat. La relation qu'elle entretint avec Blaise Cendrars juste avant la Seconde Guerre mondiale fut un événement majeur de sa vie et inspira l'écrivain suisse.

Selon Monique Chefdor, universitaire et fondatrice à New-York en 1978 de l'Association Internationale Blaise Cendrars, « c'était avant tout une baroudeuse, très anglaise de style et pleine d'humour mais somme toute assez solitaire »[1].

Éléments de biographie

Une propriétaire aisée

Élisabeth naît à Charleville-Mézières[2] dans les Ardennes en 1911[N 1]. Élevée « à la garçonne », elle chasse le sanglier avec son père dès l'âge de dix ans, et se voit offrir son premier fusil à treize ans, pour sa première communion[3]. Elle est issue d'une famille de maîtres de forges du côté maternel et de banquiers du côté paternel[3],[N 2], et hérite dans les Ardennes d'une vaste propriété forestière — peut-être près de Brognon, à la lisière de la forêt de Signy-le-Petit —, Les Aiguillettes. Là, elle élève des chevaux de concours, joue au polo et pratique la chasse à courre[3]. Elle est suffisamment aisée pour disposer d'une dizaine de gens de maison[N 3],[3], et voyager aux quatre coins du monde.

Elle chasse ainsi dans les Carpates, parcourt la Mongolie en train[2]. Tentée par l'aventure, elle achète une vieille Ford à bord de laquelle elle traverse l'Afrique en 1934 « à la recherche d'une mine d'or », et pour chasser au Congo et au Tchad[5]. En 1936, elle visite l’Europe en roulotte, de la Bretagne à la mer Noire[2].

Blaise Cendrars

En 1937, Élisabeth rencontre Blaise Cendrars à Paris, grâce à un ami commun[2]. Il a cinquante ans, elle vingt-sept[1]. Elle l'invite à séjourner dans sa propriété : il y restera en secret jusqu'en 1939[N 4], pendant « une année et demie de mystère, entouré de hauts sapins mélancoliques et de grands hêtres roux et rouges en automne, non loin d'une rivière où sautaient des truites »[6].

L'écrivain la surnomme « Madame mon copain »[6], et le couple qu'elle forme avec lui « Bee and Bee » (pour Beth et Blaise)[5]. Elle lui inspire[6] le personnage de Diane de la Panne, dans L'Homme foudroyé : « j'adore les femmes qui boivent, et mademoiselle de la Panne buvait sec. C'est pourquoi je la traitais en copain ».

La nature de leur relation reste inconnue ; la guerre les sépare, en 1939. Élisabeth devenue âgée écrira ː « Blaise Cendrars fut, dans ma vie, et pour toute ma vie, l’être qui marqua le plus mon cœur et mon esprit ». L'écrivain quant à lui, lui dédiera La Forêt vierge (« à Bee and Bee, qui m'a enlevé [...][N 5] »).

Autour du monde

Elle multiplie alors les voyages, quittant chaque année la France pendant plusieurs mois, jusqu'à soixante-dix ans passés. Au cours de ses multiples tours du monde, elle essuie trois naufrages. Ce qui fera reconnaître à Joseph Kessel : « Élisabeth Prévost a voyagé beaucoup plus que moi »[2].

Aimantée par le goût de l'aventure, elle participe à des reportages, par exemple au sein d'une unité américaine sur la ligne Maginot[2], ou plus tard au Québec[5]. Membre de la National Geographic Society, elle parcourt le Sahara avec une caravane touareg, escalade le Rwenzori — troisième sommet d'Afrique —, vit cinq jours dans un village de Pygmées, explore les mines d'or de Kilo-Moto au Congo, les chutes du Nil, navigue entre les îles chiliennes sur un bateau militaire, accompagne des gauchos pour la transhumance des moutons en Patagonie (photographiée par Gisèle Freund)[2]. Le journal Combat l'envoie en Indochine, Toute la pêche rencontrer les Indiens du lac Mistassini[2]. Elle photographie des baleines aux Açores, on la retrouve agricultrice au Chili[2], éleveuse de variétés rares de lapins aux îles Baléares[5], pêcheuse de saumon en Irlande[5].

Bien introduite dans le monde du théâtre, elle est chargée des relations publiques de la tournée de Louis Jouvet en Amérique du Sud, participe à la création du festival d'Avignon aux côtés de Jean Vilar, dirige les Ballets des Champs-Elysées avec Roland Petit[2], investit dans le cinéma[1].

Elle rencontre nombre d'écrivains ou personnalités des arts : Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares, Silvina et Vitoria Ocampo, Jean Cocteau, Jean Giraudoux, Jeanne Moreau, etc.[2]

En 1988-1989, elle embarque dans un cargo pour son dernier tour du monde. Au retour, elle s'installe sur l'île d'Houat où elle meurt en 1996[2].

Activités littéraires

Vers la fin de sa vie, Élisabeth publie trente-et-une lettres[N 6] reçues de Blaise Cendrars. Elle est pour sa part l'auteure de plusieurs récits et nouvelles, dont Les Carottes au Plaza, qu'elle rédige après la mort de Cendrars[1]. Elle a aussi écrit plusieurs reportages, restés inédits[1].

Bibliographie

  • Monique Chefdor, Madame mon copain : Blaise Cendrars, Élisabeth Prévost, une amitié rarissime (Éditions Joca Seria, Nantes, 160 pages, août 1997, ISBN 9782908929454)
  • Élisabeth Prévost, Les Carottes au Plaza, nouvelles (Éditions Joca Seria, Nantes, 64 pages, janvier 1997, ISBN 2-908929-43-0)

Notes et références

Notes

  1. Un de ses grands-oncles est allé en classe avec Arthur Rimbaud.
  2. Son père, lui aussi épris d'aventures, accompagne le général Lyautey en Afrique.
  3. Un maître d’hôtel, un cuisinier, une femme de chambre, cinq palefreniers, un chauffeur.
  4. Longtemps dans les études biographiques sur l'écrivain suisse, « cette période reste énigmatique » (revue Europe, juin 1976).
  5. Dédicace complète : "A Bee and Bee qui m’a enlevé ! (Charleville dixit) et ce livre de tropiques en souvenir de trois taxis, un train frigidaire, une robe bleue à l’essayage, une bonne petite maison, un certain Noël (1938), de la neige, des feux, un garçon en pleine béatitude et sous en bénique (sic), et des joujoux (bien faire et laisser dire), avec ma main, mon cœur, mon amitié, Blaise. Le copain de la dernière heure".
  6. Les seules, parmi plusieurs centaines, qui auraient été sauvées de l'incendie qui dévasta Les Aiguillettes.

Références

  1. a, b, c, d et e Anne-Marie Jatton, « Blaise Cendrars », republique-des-lettres.fr,‎ (lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Alain Garric, « Cendrars & Bee and Bee, in Le Journal littéraire (1986-1987) », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. a, b, c et d Alain Garric, « Cendrars & Bee and Bee (fin), in Le Journal littéraire (1986-1987) », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  4. a, b, c, d et e « Une année et demi de mystère, souvenirs de Bee and Bee, l'abeille-amazone de Cendrars », Les Amis de l'Ardenne, revue trimestrielle n°56 : Abeilles et Amazones,‎ , p. 49-50
  5. a, b et c Eric Dussert, « Les Cachotteries de Cendrars », Le Matricule des Anges, numéro 22,‎ janvier-mars 1998 (lire en ligne)

Liens externes