Villes libres de Menton et Roquebrune

Villes libres de Menton et Roquebrune
La principauté de Monaco (en orange) avec les Villes libres de Menton et Roquebrune (en bleu) en 1848.

Villes libres de Menton et Roquebrune (en italien : Città libere di Mentone e Roccabruna) était le nom donné à l'union des deux villes libres de Menton (en italien : Mentone) et Roquebrune (en italien : Roccabruna) sous la protection du Royaume de Sardaigne (en italien : Regno di Sardegna).

Histoire

En 1847, des émeutes éclatent dans les villes de Menton et Roquebrune.

Le 25 novembre 1847, sur demande du prince de Monaco, Florestan Ier (en italien : Florestano I), l'ordre public est rétabli, dans les deux villes, par le Royaume de la Sardaigne.

Le 2 mars 1848, jour où les troupes sardes retournent dans leurs cantonnements, Menton se déclare ville libre : le drapeau sarde est arboré ; une commission provisoire, de trente-neuf membres élus par acclamation, est constituée ; le maire de Menton, Charles Trenca (en italien : Carlo Trenca), en est le président.
Cinq jours après, le 7 mars, la Commission s'adjoint soixante-un citoyens, élus par acclamation.

Le 21 mars, l'union des Villes libres de Menton et Roquebrune naquit officiellement. Elle se plaça sous la protection du Royaume de Sardaigne et avec à la tête le maire de Menton, Carlo Trenca.

Déclaration du 21 mars 1848 :

La Commission de Menton, de concert avec celle de Roquebrune, réunie en séance extraordinaire :
Attendu que depuis l'organisation du gouvernement provisoire, constitué le 2 de ce mois, tous les actes officiels du prince, loin de tendre à faire disparaître les causes qui ont nécessité cette détermination du peuple, n'ont eu d'autre but que d'accroître l'exaspération publique ;
Que la révocation de tous les officiers publics faisant partie de la commission a rendu impossibles tous les actes de l'état civil, les actes à cause de mort, et toute transaction sociale ;
Que des tentatives ont été faites à l'extérieur pour entraver tout commerce d'exportation, seule ressource du pays ;
Qu'en jetant ainsi la perturbation dans les intérêts, le Pouvoir n'a visé qu'à amener le désordre et l'anarchie ;
Attendu qu'une pareille situation ne saurait se prolonger plus longtemps, et qu'il est urgent de la régulariser ;
La Commission, adhérant à la volonté unanime et énergique du peuple de briser irrévocablement avec un pouvoir dont les monopoles, l'arbitraire et l'oppression ont été depuis trente-trois ans la seule et unique pensée, les seuls moyens de gouvernement ;
Arrête à l'unanimité :
La ville de Menton, dont Roquebrune demeure une annexe, est proclamée ville libre et indépendante, sous la protection de la Sardaigne (comme devant), pour ne plus faire partie de la principauté de Monaco
La limite qui séparait la commune de Roquebrune de celle de Monaco fixera la ligne de démarcation du territoire appartenant à la ville libre de Menton.
Le pavillon adopté se compose des couleurs suivantes placées verticalement, savoir :
Le vert, attaché à la hampe ;
Le blanc, ayant au centre deux mains entrelacées ;
Et le rouge, flottant à l'extrémité.
Les lois existantes continueront à être en vigueur jusqu'à ce qu'il soit ultérieurement statué.
Le président de la Commission et les consuls sont chargés de notifier à qui de droit le présent arrêté.
Menton, ville libre.
(Suivent les signatures des cent représentants composant la Commission)

Le 28 mai, le président Charles Trenca déclara les Grimaldi, déchus dans les deux villes.

Le 18 septembre 1848, le Statut albertin entra temporairement en vigueur, à la place du monégasque.

Le 30 avril 1849, Charles Trenca démissionna de la présidence — mais resta maire de Menton —

De 1848 à 1860, les deux villes appartenaient de jure à la Principauté de Monaco mais de facto au Royaume de Sardaigne.

Le problème fut résolu qu'après les Accords de Plombières : après un plébiscite organisé par les gouvernements sarde et français, les deux villes devinrent françaises le 2 février 1861.

Napoléon III paya 4 millions de francs-or au prince Charles III de Monaco et lui promit la construction, à Monaco, d'une rue littorale et d'une gare sur la ligne de chemin de fer Marseille-Ventimiglia. En échange, les Grimaldi renoncèrent à l'intégralité de leurs droits sur les deux villes.