Victor Tausk

Viktor Tausk
Portrait de Viktor Tausk
Viktor Tausk en 1900
Biographie
Naissance
à Žilina (Empire austro-hongrois)
Décès (à 40 ans)
à Vienne
Pays de nationalité Slovaquie
Conjoint Martha Tausk ()
Enfants Marius Tausk ()
Thématique
Profession Psychiatre et neurologue (en)
Auteurs associés
Détracteurs
(Critiques)
Sigmund Freud

Viktor Tausk, né le à Žilina (Empire austro-hongrois) et mort le à Vienne (Autriche), est un médecin appartenant à la première génération des psychanalystes.

Biographie

Né dans une ville aujourd'hui située en Slovaquie, dans une famille juive non pratiquante de langue allemande, qui s'installe en Croatie peu après sa naissance[1]. Son père est journaliste dans un organe gouvernemental de Bosnie-Herzégovine. Viktor Tausk quant à lui soutient le mouvement nationaliste yougoslave et apprend le serbo-croate. Il fait de brillantes études, choisit le droit et devient collaborateur d'un cabinet d'avocats de Mostar[1]. Il se marie avec Martha Fritsch, une jeune femme viennoise avec qui il a trois enfants, le premier mort à la naissance, puis Marius Tausk (1902), auteur d'un article sur son père[2] et Victor-Hugo (1904), puis le couple se sépare.

Viktor Tausk séjourne à Berlin, où il cherche sa voie entre écriture, théâtre et poésie. Il tombe malade, fait une dépression, et est hospitalisé. Il découvre Sigmund Freud en lisant un article, et est invité à Vienne où il se forme à la psychanalyse. Il se lie alors d'amitié avec Lou Andreas-Salomé et s'intéresse particulièrement à la psychose. Sigmund Freud l'encourage à devenir médecin, le soutenant financièrement durant ses études, avec d'autres Viennois. Viktor exerce ensuite comme médecin à la clinique psychiatrique universitaire.

Au début de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme psychiatre à Lublin. Médecin militaire, il expose lors d'une conférence tenue à Belgrade, dans une contribution brillante et originale, sa compréhension du phénomène de désertion[3]. Il y livre son expérience de psychiatre dans un texte où il s’intéresse aux psychoses de guerre[4].

Après la guerre, il manque d'argent, mais ne veut pas quitter Vienne où il entreprend un début d'analyse avec Helene Deutsch que Freud demande à celle-ci d'interrompre dès 1918, au bout de trois mois[1]. Tausk se fiance à une jeune pianiste, Hilde Loewi, mais se suicide le 3 juillet 1919 ; les raisons de ce geste ne sont pas réellement connues et font l'objet de plusieurs hypothèses. Dans une lettre datée du 25 août 1919 adressée à Lou Andreas-Salomé, Freud écrit à son propos : « Pauvre Tausk ! Je l'aimais bien.(...) S'il a choisi une arme, je pourrais imaginer que cette mort a été la dernière satisfaction d'une volupté invraisemblable, c'est-à-dire à la fois d'un acte de violence et de souffrance. Car c'est là que gisait le problème de Tausk, son danger qui faisait aussi son charme.(...) »[5].

Son œuvre

Il a écrit quatorze articles, dont le plus connu est « De la genèse de l'appareil à influencer au cours de la schizophrénie », dernier article publié de son vivant dans la revue Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse[6].

« L'Appareil à influencer »

Un « appareil à influencer » fut décrit pour la première fois en 1810 par le médecin anglais John Haslam (1764-1844) dans le cadre d'une analyse documentée et illustrée sur un patient nommé James Tilly Matthews.

L'article « De la genèse de "l'appareil à influencer" dans la schizophrénie » contient le résumé d'observations cliniques sur différents patients schizophrènes en proie à un trouble aigu de la personnalité, une forme de délire de type paranoïaque se manifestant sous la forme de visions et de récits décrivant une « machine diabolique » qui les persécuterait et influencerait leurs comportements. Tausk relève que cette forme d'illusion ne toucherait apparemment que des sujets de sexe masculin, quoique ce soit une femme qui lui ait servi d'exemple pour exposer la constitution de la "machine"[7]; et que ces machines seraient toutes décrites comme activées par des médecins, hommes ou femmes ressemblant fortement à ceux-là même qui sont chargés desdits sujets, comme l'a montré une littérature relativement abondante [8],[9]

Tout aussi important que la machine elle-même est le processus de sa constitution : après une première période hypochondriaque, s'ensuit une période d'aliénation, au cours de laquelle les organes douloureux sont désinvestis et réapparaissent comme pièces d'une machine du monde du malade. L'aliénation cède ainsi la place à une troisième période, qui est celle de la transformation de la perception du monde, débouchant sur des sentiments de persécution[10].

Postérité

Heinz Kohut, comme beaucoup d'autres, reconnaît sa dette à l'égard de Tausk dans son étude sur l'analyse du Self[réf. souhaitée]. Nous avons déjà mentionné Nacht, Racamier ou Azoulay, mais il est aussi possible d'ajouter le nom Harold Searles à cette liste[11] et Freud lui-même, dont tous les exemples cliniques qui apparaissent dans son texte sur "L'Inconscient" proviennent de Tausk[12],[13].

Il serait néanmoins réducteur de restreindre la contribution de Tausk à la description de ce seul élément clinique, aussi répandu soit-il. En effet, Tausk est aussi le pionnier de la formulation du concept d'"identification projective". Il écrit dans ce même article sur la "machine à influencer" : « J’admets comme un fait l’existence de ces deux phases successives au cours de la trouvaille de l’objet et du choix objectal, au niveau du corps propre : les phases d’identification et de projection" [14],[15]. Dans ce sens, aussi bien Melanie Klein que Wilfred Bion sont redevables de l'inventivité de Tausk. Finalement, le mouvement psychanalytique lui doit beaucoup.

L'écrivaine Michèle Fabien écrit en 1987 une pièce de théâtre intitulée Tausk[16].

Notes et références

  1. a, b et c Marie-Thérèse Neyraut-Sutterman, « Tausk, Viktor »
  2. Marius Tausk, « Viktor Tausk vu par son fils », en ligne. Cf. Dossier « Tausk », Revue française de psychanalyse, p. 627-638.
  3. Gilles Tréhel, « Victor Tausk (1879-1919) et la médecine militaire » in L’Information Psychiatrique, 2006, no 3, p. 239-247
  4. Gilles Tréhel, « Victor Tausk (1879-1919) : une théorisation sur les psychoses de guerre » in Perspectives Psy, 2011, no 2, p. 162-175.
  5. Lettre à Lou Andreas-Salomé, 25 août 1919, citée par Alain de Mijolla, « Le temps qui passe...» in Le Carnet Psy, no 182, juil./août 2014.
  6. V. Tausk, « Über die Entstehung des “Beeinflussungsapparates” in der Schizophrenie », p. 1-33 1919.
  7. Michel Decker et Chloé Vassor, « La machine à influencer de Victor Tausk : un concept ancien pour un cas clinique contemporain », L'Information Psychiatrique, no 87,‎ , p. 791-797 (lire en ligne)
  8. C. Azoulay, Processus de la schizophrénie, Paris, Dunod,
  9. Sacha Nacht et Paul-Claude Racamier, « La théorie psychanalytique du délire », Revue française de psychanalyse, vol. XXII,‎
  10. Michel Decker et Chloé Vassor, « La machine à influencer de Victor Tausk : un concept ancien pour un cas clinique contemporain », L'Information Psychiatrique,‎
  11. Harold Searles, L'Effort pour rendre l'autre fou, Paris, Gallimard,
  12. Sigmund Freud (trad. J. Altounian), Métapsychologie : L'Inconscient, Presses universitaires de France, (1re éd. =1915)
  13. (en) Prado de Oliveira, “The Unconscious” : Freud for a Modern Reader, Londres et Philadelphie, Whurr Books,
  14. Victor Tausk (trad. Jean Laplanche et Victor Smirnoff), « De la genèse de “l’appareil à influencer” au cours de la schizophrénie : Œuvres psychanalytiques », Zeitschrift für Psychoanalyse, Paris, Payot,‎
  15. Prado de Oliveira, L'Invention de la psychanalyse. Freud, Rank, Ferenczi, Paris, Campagne Première,
  16. Michèle Fabien, Tausk, Arles, Actes Sud, 1987 (ISSN 0298-0592).

Œuvre

  • Œuvres psychanalytiques, Paris, Payot, 2000, (ISBN 222889284X).
  • L'« appareil à influencer » des schizophrènes (1919), Paris, Payot, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2010, (ISBN 2228905216).

Bibliographie critique

  • (Dossier) « Tausk », Revue française de psychanalyse, vol. 42, juillet-août 1978, no 4, p. 603-751, en ligne.
  • Paul Roazen, Animal mon frère toi, Payot, 2006, (ISBN 2228213500).
  • German Arce Ross, « Le suicide maniaque de Victor Tausk », p. 155-174 in Cliniques méditerranéennes, 2002/2 , no 66, en ligne.
  • K. R. Eissler, Le Suicide de Victor Tausk. Avec les commentaires du professeur Marius Tausk (1983), PUF, Paris, 1988
  • Sigmund Freud, « Victor Tausk, 1879-1919 », notice nécrologique parue en 1919, p. 205-208, OCF/P, vol. XV (1916-1920), Paris, PUF, 1996.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Marie-Thérèse Neyraut-Sutterman, « Tausk, Viktor », p. 1696-1697, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 2. M/Z. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1).
  • Tausk de , Actes Sud-Papiers, 1987.

Article lié

Liens externes