Valéry Giscard d'Estaing

Valéry Giscard d'Estaing
Illustration.
Valéry Giscard d'Estaing en 1978.
Fonctions
Titulaire du fauteuil 16 de l'Académie française
En fonction depuis le
(13 ans, 11 mois et 15 jours)
Élection
Prédécesseur Léopold Sédar Senghor
Membre du Conseil constitutionnel français[a]
En fonction depuis le
(37 ans, 6 mois et 10 jours)
Président Roger Frey
Daniel Mayer
Robert Badinter
Roland Dumas
Yves Guéna
Pierre Mazeaud
Jean-Louis Debré
Laurent Fabius
Député européen

(3 ans, 10 mois et 15 jours)
Élection 18 juin 1989
Législature 3e
Groupe politique LDR (1989-1991, président)
PPE (1991-1993)
Président de l'Union pour la démocratie française

(7 ans, 9 mois et 1 jour)
Prédécesseur Jean Lecanuet
Successeur François Léotard
Président du conseil régional d'Auvergne

(18 ans et 12 jours)
Prédécesseur Maurice Pourchon
Successeur Pierre-Joël Bonté
Président de la République française

(6 ans, 11 mois et 24 jours)
Élection 19 mai 1974
Premier ministre Jacques Chirac
Raymond Barre
Prédécesseur Alain Poher (intérim)
Georges Pompidou
Successeur François Mitterrand
Ministre d’État
Ministre de l'Économie et des Finances[b]

(4 ans, 11 mois et 7 jours)
Président Georges Pompidou
Alain Poher (intérim)
Gouvernement Jacques Chaban-Delmas
Pierre Messmer I, II et III
Prédécesseur François-Xavier Ortoli
Successeur Jean-Pierre Fourcade
Maire de Chamalières

(6 ans, 8 mois et 4 jours)
Prédécesseur Pierre Chatrousse
Successeur Claude Wolff
Président de la Fédération nationale des républicains indépendants

(7 ans, 11 mois et 26 jours)
Prédécesseur Parti créé
Successeur Michel Poniatowski
Ministre des Finances et des Affaires économiques

(3 ans, 11 mois et 21 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Michel Debré
Georges Pompidou I et II
Prédécesseur Wilfrid Baumgartner
Successeur Michel Debré
Secrétaire d'État aux Finances

(3 ans et 10 jours)
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Michel Debré
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Max Fléchet
Député français

(9 ans, 2 mois et 16 jours)
Élection
Réélection
Circonscription 3e du Puy-de-Dôme
Législature Xe et XIe
(Cinquième République)
Groupe politique UDFC/UDF

(5 ans, 1 mois et 11 jours)
Élection
Réélection
Circonscription 2e du Puy-de-Dôme
Puy-de-Dôme
3e du Puy-de-Dôme
Législature VIIe, VIIIe et IXe
(Cinquième République)
Groupe politique UDF

(1 mois et 3 jours)
Élection
Circonscription 2e du Puy-de-Dôme
Législature Ve (Cinquième République)
Groupe politique RI

(2 ans, 3 mois et 19 jours)
Élection
Réélection
Circonscription 2e du Puy-de-Dôme
Législature IIIe et IVe
(Cinquième République)
Groupe politique RI

(1 mois et 2 jours)
Élection
Circonscription 2e du Puy-de-Dôme
Législature IIe (Cinquième République)
Groupe politique RI

(2 mois)
Élection
Circonscription 2e du Puy-de-Dôme
Législature Ire (Cinquième République)
Groupe politique IPAS

(2 ans, 4 mois et 15 jours)
Élection
Circonscription Puy-de-Dôme
Législature IIIe (Quatrième République)
Groupe politique IPAS
Biographie
Nom de naissance Valéry René Marie Georges Giscard d'Estaing
Surnom Giscard
VGE
Date de naissance (92 ans)
Lieu de naissance Coblence (Rhénanie-Palatinat, Allemagne)
Nationalité Française
Parti politique CNIP (1956-1962)
FNRI (1966-1977)
PR (1977-1995)
UDF (1978-2002)
UMP (2002-2004)
Père Edmond Giscard d'Estaing
Fratrie Olivier Giscard d'Estaing
Conjoint Anne-Aymone Sauvage de Brantes
Enfants Valérie-Anne Giscard d'Estaing
Henri Giscard d'Estaing
Louis Giscard d'Estaing
Jacinte Giscard d'Estaing
Diplômé de École polytechnique
ENA
Profession Inspecteur des finances
Religion Catholicisme

Signature de Valéry Giscard d'Estaing

Armoiries république française.svg
Présidents de la République française

Valéry Giscard d’Estaing (/valeʁi ʒiskaʁ dɛstɛ̃/ ; Écouter), souvent appelé « Giscard » ou désigné par ses initiales « VGE », est un homme d'État français, né le à Coblence (Allemagne). Il est président de la République française du au .

Inspecteur des finances de profession, il est élu député dans le Puy-de-Dôme à partir de 1956. Sous la présidence du général de Gaulle, il est secrétaire d'État aux Finances (1959-1962), puis ministre des Finances et des Affaires économiques (1962-1966) ; il exprime ensuite ses réserves envers le pouvoir gaulliste, notamment lors du référendum de 1969. Sous la présidence de Georges Pompidou, de 1969 à 1974, il occupe à nouveau la fonction de ministre de l'Économie et des Finances. Il préside alors la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI), qui constitue la deuxième composante de la majorité de droite.

Candidat à l'élection présidentielle de 1974, il élimine au premier tour le gaulliste Jacques Chaban-Delmas, et l'emporte au second tour face au candidat de l'Union de la gauche, François Mitterrand. À 48 ans, il est le plus jeune président de la République depuis 1848. Prônant une « société libérale avancée », il fait voter l'abaissement de la majorité civile et électorale, la dépénalisation de l'avortement, l'élargissement du droit de saisine du Conseil constitutionnel et la fin de la tutelle de la télévision publique. Sa politique internationale est marquée par le renforcement de la construction européenne et par l'implication militaire de la France dans la bataille de Kolwezi (Zaïre) et l'opération Caban (Centrafrique).

Tout en développant le projet de train à grande vitesse (TGV) et en relançant l'industrie nucléaire, il est confronté à des difficultés économiques, les Trente Glorieuses touchant à leur fin. En 1976, après la démission de Jacques Chirac, il nomme au poste de Premier ministre l’économiste Raymond Barre, qui mène une politique de rigueur jusqu'à la fin de son septennat. En particulier en matière d'immigration, il se montre conservateur, ce qui contraste avec son image de libéral dans d'autres domaines. Bien que sa majorité de droite ait remporté les élections législatives de 1978 et qu’il ait longtemps été donné réélu pour un second mandat, il est battu par François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981, principalement en raison des réticences du RPR de Jacques Chirac à le soutenir.

Par la suite, il est notamment député et président du conseil régional d'Auvergne. Élu à la présidence de l'Union pour la démocratie française (UDF), il est un des principaux dirigeants de l'opposition au pouvoir socialiste. Fervent partisan de la construction européenne, il est député européen et président de la Convention sur l'avenir de l'Europe. En 2004, il se retire de la vie politique pour siéger au Conseil constitutionnel, dont il est membre de droit et à vie en tant qu'ancien président de la République. Il devient en 2017 le président de la République française à la plus grande longévité.

Auteur de plusieurs essais et romans, il est élu à l'Académie française en 2003.

Valéry Giscard d'Estaing

Sommaire

Éléments personnels

Famille

Article connexe : Famille Giscard d'Estaing.
Plaque à son nom à Coblence, sa ville natale.

Valéry René Marie Georges Giscard d’Estaing[1] naît le à Coblence, où son père est directeur des finances du Haut-Commissariat français en Rhénanie, région alors occupée par les forces françaises[2].

Issu d'une ancienne famille bourgeoise[c], il est le fils d'Edmond Giscard (1894-1982), devenu Giscard d'Estaing en [d], inspecteur des Finances et économiste, membre de l'Institut de France, grand officier de la Légion d'honneur, et de May Bardoux (1901-2003), fille de l'homme politique Jacques Bardoux et petite-fille d'Agénor Bardoux, lequel a notamment été ministre de l'Instruction publique au début de la IIIe République. Du même côté, Valéry Giscard d'Estaing est issu des ministres Jean-Pierre et Camille de Montalivet, par leur petite-fille et fille Marthe, épouse du juriste et historien Georges Picot ; il est également un descendant d'Adélaïde de Saint-Germain, qui passe pour une fille bâtarde du roi Louis XV et de Catherine Éléonore Bénard, maîtresse royale[9].

Il a trois sœurs — Sylvie (1924-2008), Isabelle (née en 1935) et Marie-Laure (née en 1939) —, devenues toutes trois comtesses par mariage[10], et un frère — Olivier (né en 1927).

C'est par l'intermédiaire du journaliste et écrivain Alfred Fabre-Luce (époux de Charlotte de Faucigny-Lucinge, sa tante et marraine) qu'il rencontre Anne-Aymone Sauvage de Brantes. Le , il se marie avec celle-ci à la mairie du 8e arrondissement de Paris, avec pour témoin de mariage la maréchale de Lattre de Tassigny[11]. Le a lieu la cérémonie religieuse, dans la chapelle du château d'Authon, propriété des de Brantes[12]. Anne-Aymone Sauvage de Brantes est la fille du comte romain François Sauvage de Brantes, lieutenant-colonel de cavalerie, officier de la Légion d'honneur, résistant mort au camp de concentration de Melk-Mauthausen (Autriche) en 1944, et de la comtesse, née princesse Aymone de Faucigny-Lucinge (elle-même descendante du roi Charles X[e]).

Valéry et Anne-Aymone Giscard d'Estaing ont quatre enfants : Valérie-Anne (née en 1953), éditrice, Henri (né en 1956), homme d'affaires, Louis (né en 1958), homme politique, et Jacinte (1960-2018), vétérinaire[14].

Enfance

Quelques mois après sa naissance, en , son père est rappelé à Paris par l'Inspection des finances. La famille s'installe alors au 71, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement de Paris.

Valéry Giscard d'Estaing fait ses humanités à l'école Gerson, au lycée Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand, puis au lycée Janson-de-Sailly et au lycée Louis-le-Grand, à Paris, pendant l'Occupation. Il obtient son double baccalauréat en philosophie et mathématiques élémentaires en 1942, à 16 ans[b 1].

Résistance

Après une classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand, il participe à la libération de Paris à l'âge de 18 ans, en , faisant partie du service d'ordre chargé de la protection du représentant civil du général de Gaulle en zone encore occupée, Alexandre Parodi[15]. Il refuse de retourner au lycée Louis-le-Grand pour y préparer l'École polytechnique et s'engage dans la 1re armée française, sous les ordres du général de Lattre de Tassigny[b 2].

Le , il est élevé au grade de brigadier et obtient cette citation à l'ordre de l'Armée quelques jours plus tard : « Brigadier Giscard d'Estaing du 2e escadron. Engagé volontaire à 19 ans. Devenu rapidement un pointeur de grande classe, a fait preuve de calme et de sang-froid le à Behla, en dirigeant à pied le conducteur d'un char remorqué sous le feu, montrant un complet mépris des armes automatiques et des mortiers qui l'environnaient. Le , à Zollhaus, son char, ayant reçu un Panzerfaust, a continué à tirer au canon malgré la violence de l'explosion […]. Grâce à cette action immédiate, l'ennemi a cessé son feu de Panzerfaust et le char a pu reprendre sa mission[b 3]. »

Il est par ailleurs dans le premier char qui entre dans Constance, le . Il apprend la capitulation allemande, le 8 mai 1945, alors qu'il est sur un char en Autriche[16].

Après huit mois de campagne et 28 jours au combat, il est décoré de la croix de guerre 1939-1945. Il défile devant le général de Gaulle le [17].

Études supérieures

À la rentrée 1945, il réintègre le lycée Louis-le-Grand. Il est reçu sixième (sur 385) au concours de l'École polytechnique en [18],[19],[1],[20]. Il en sort en et choisit d'intégrer la toute nouvelle École nationale d'administration (ENA) ; son entrée est facilitée par le décret du [21], qui permet à un polytechnicien par promotion d'y entrer sans passer de concours.

Avant sa rentrée à l’ENA, il voyage aux États-Unis et au Canada : il trouve à Montréal un emploi temporaire de professeur au collège Stanislas[22]. Le , il intègre l’ENA. Il effectue un stage de huit mois en Sarre, à l’issue duquel il rédige un mémoire intitulé « Le Rattachement économique de la Sarre à la France », pour lequel il obtient la note de 19 sur 20[23],[b 4].

Sorti sixième de l'ENA (promotion Europe), il entre à l'Inspection générale des finances[24].

Parcours politique

Débuts (1954-1959)

De à , Valéry Giscard d'Estaing, alors âgé de 29 ans, est directeur adjoint au cabinet du président du Conseil, Edgar Faure[b 5]. En 1956, il se met en disponibilité de son administration après son accès à la députation pour le Puy-de-Dôme, département pour lequel son arrière-grand-père, Agénor Bardoux, au XIXe siècle, et son grand-père, Jacques Bardoux, au XXe siècle, furent longtemps députés. Il est nommé, la même année, membre de la délégation française à la XIe session de l'Assemblée générale des Nations unies. En 1958, il est élu conseiller général du Puy-de-Dôme dans le canton de Rochefort-Montagne ; il est réélu sans discontinuer jusqu'en 1974[25].

Sous la présidence du général de Gaulle (1959-1969)

Accès aux portefeuilles ministériels

Le , six mois après son vote en faveur de l'investiture au gouvernement de Gaulle et quelques jours après l'élection à la présidence de la République de celui-ci, Valéry Giscard d'Estaing, âgé de 32 ans, est nommé secrétaire d'État aux Finances aux côtés du ministre des Finances et des Affaires économiques, Antoine Pinay. Il est principalement chargé d'assister et de représenter le ministre des Finances et, pendant trois ans, travaille en étroite collaboration avec le Premier ministre, Michel Debré, avec qui il est lié depuis plusieurs années et qui est comme lui partisan de l'Algérie française. Contrairement aux autres secrétaires d'État, il intervient régulièrement en Conseil des ministres, ses fonctions gouvernementales touchant de nombreux domaines[b 6]. Le président de Gaulle confie à son fils, Philippe, qu'« en réalité ce n'était pas le bon M. Pinay qui travaillait le plus, mais son secrétaire d'État, Valéry Giscard d'Estaing », qu'il estime avoir été son « meilleur argentier »[26].

Michel Debré propose son nom pour remplacer Wilfrid Baumgartner, qui a succédé à Antoine Pinay en 1960. Le , Valéry Giscard d'Estaing est ainsi nommé ministre des Finances et des Affaires économiques dans le gouvernement Debré. Il conserve ses fonctions sous le gouvernement Pompidou, formé trois mois plus tard. En vue des élections législatives de 1962, il mène une scission du CNIP pour former le Comité d'études et de liaison des Républicains indépendants (RI) et un groupe à l’Assemblée nationale[27]. Lors du scrutin, son mouvement obtient 18 députés, contre 12 pour le CNIP[28].

Peu après son entrée au gouvernement, il refuse de faire partie de la délégation pour les affaires économiques dans le cadre des négociations avec le Front de libération nationale (FLN) en vue de l'indépendance de l'Algérie[b 7]. Il est en effet longtemps partisan de l'Algérie française et des liens entre lui et l'Organisation armée secrète (OAS) sont régulièrement évoqués[29]. Ses diverses correspondances de l'époque montrent qu'il est troublé par l'idée de l'indépendance, à laquelle le général de Gaulle ne semble plus s'opposer, ainsi que par le refus de celui-ci d'aborder la question algérienne en Conseil des ministres. Mais il n'émet pas de critique publique à l'égard de la politique du gouvernement et se montre favorable à « un cadre fédéral assez souple » ou à une partition de l'Algérie[b 8]. Il dira ensuite avoir été convaincu par la position du Général[b 9]. L’hypothèse de son implication dans l'attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle est plusieurs fois évoquée, notamment en 2015 par l’un des participants à la tentative d’assassinat, Lajos Marton, qui affirme que Valéry Giscard d’Estaing informait l’OAS des déplacements du chef de l’État[30],[31]. Après l'indépendance de l'Algérie, Valéry Giscard d'Estaing est chargé de concevoir les procédures financières et d'instaurer des structures administratives permettant d'indemniser les rapatriés.

Pour restaurer l'équilibre du budget de l'État français et freiner la croissance de la consommation au profit de l'investissement, il poursuit la politique définie par le plan « Pinay-Rueff », qui a notamment conduit à une dévaluation massive, avant la mise en circulation d'un nouveau franc en 1960, au retour à la convertibilité extérieure du franc, à la libération des échanges. Lancé au début de la présidence du général de Gaulle, ce plan résorbe les principaux déséquilibres macroéconomiques dans une période de forte croissance. Valéry Giscard d'Estaing s'attache à continuer l'œuvre de réorganisation administrative entamée par ses prédécesseurs : dès 1962, il fait intégrer administrativement au sein du ministère les services des affaires économiques, puis, en 1965, la direction du Trésor absorbe celle des finances extérieures et reconstitue la direction du mouvement général des Fonds d'avant guerre, tandis que le Service des études économiques et financières devient la Direction de la prévision.

Valéry Giscard d'Estaing à la Maison-Blanche avec le président américain, John F. Kennedy, le .

En 1965, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le budget de l'État présente un excédent, de 120 millions de francs, en partie néanmoins grâce au transfert de dépenses de l'État vers la Caisse des dépôts et consignations[b 10]. Valéry Giscard d'Estaing souhaite alors l'élaboration d'une loi organique instaurant l'obligation d'équilibre budgétaire. Cette proposition suscite l'opposition du Premier ministre, Georges Pompidou, qui n'est pas sur la même ligne que le général de Gaulle et Valéry Giscard d'Estaing sur le principe d'équilibre budgétaire[32]. Cette politique budgétaire permet à la France de rembourser aux États-Unis le reliquat de la dette contractée pendant la Seconde Guerre mondiale, à savoir 293 millions de dollars ; à cet effet, une rencontre dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche est organisée entre Valéry Giscard d'Estaing et le président américain, John Fitzgerald Kennedy, le [33].

Sur le plan fiscal, la politique économique de Valéry Giscard d'Estaing se traduit par un alourdissement des taxes et impôts[34][réf. insuffisante]. Il parvient ainsi à contourner les réticences du général de Gaulle, qui ne souhaitait pas que les prélèvements obligatoires dépassent 35 % du PIB[34][réf. insuffisante]. Il étend la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), instaurée en 1954 et qui concernait jusqu'alors uniquement les grandes entreprises, au commerce de détail ; cette mesure sera reprise par une directive communautaire en 1967[b 11]. En 1964, il institue également les sociétés d'investissement à capital variable (SICAV) afin de faciliter l'accès des particuliers aux marchés boursiers, et organise l'épargne-logement par la loi du .

Lors de son premier passage au ministère des Finances, il a de nombreux entretiens privés avec le général de Gaulle, dont il approuve le référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République, contrairement à beaucoup d'indépendants. Concernant ses relations avec le chef de l'État, son collaborateur Jacques Calvet raconte : « Pour plaire à de Gaulle, pour l'intéresser à l'économie, il fallait lui expliquer pourquoi les finances étaient aussi importantes pour la défense nationale que les armées. Giscard savait le faire ». Il parvient à dissuader le président de rapatrier le stock d'or appartenant à la France des États-Unis par le navire de guerre le Colbert et cherche à le faire renoncer à l'étalon-or. Il souhaite en effet que le Système monétaire international repose sur un ensemble de monnaies et non plus uniquement sur le dollar, et qu'une monnaie internationale soit émise sur la base des avoirs en or[b 12].

Les relations entre Valéry Giscard d'Estaing et le syndicat du patronat, le CNPF, sont assez tendues : alors que ce dernier lui reproche un style autoritaire, le ministre des Finances s'oppose à ses positions protectionnistes et à ses demandes d'aides massives de l'État. Pour lutter contre l'inflation menaçante, il lance, en , un « plan de stabilisation », comprenant, outre des dispositions budgétaires, des mesures d'encadrement des prix. Ce plan amoindrit sa popularité, notamment auprès des commerçants et industriels, affectés par le blocage des prix. Sous le feu des critiques pour avoir maintenu sa politique de rigueur, qui commence néanmoins à produire ses effets, il est remplacé, le , peu après la réélection du général de Gaulle, par Michel Debré.

Prise de distance avec le pouvoir gaulliste

Valéry Giscard d'Estaing exerce de nouveau à l'Inspection générale des Finances de 1966 à 1967.

Le , à partir du Comité d'études et de liaison des Républicains indépendants, il crée son propre parti politique, la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI). Affirmant que ce nouveau parti constitue « l'élément centriste et européen de la majorité », il prône la création d'un « Sénat européen », élu au suffrage universel et se prononçant sur les textes législatifs ayant une portée communautaire, ainsi que d'une « Banque d'Europe », recevant des dépôts des banques centrales nationales et préparant la mise en place d'une monnaie commune. Sont également créés à cette époque les Jeunes républicains indépendants (JRI), futurs Jeunes giscardiens. Valéry Giscard d'Estaing cherche alors à acquérir une image de présidentiable et affirme sa ligne politique au sein de la majorité. Il déclare ainsi : « Notre premier objectif est de retrouver l'électorat modéré traditionnel, libéré de ses attaches avec l'extrême droite et qui, pour diverses raisons, s'est dispersé. Notre seconde ambition est d'attirer tous ceux qui, au centre, estiment que pour avoir un régime de stabilité et d'efficacité, il convient d'apporter son concours à la majorité »[35].

Le , il lance la campagne de la FNRI en vue des élections législatives de mars. À cette occasion, il émet des réserves quant à la politique économique, sociale et européenne menée par le pouvoir gaulliste, et expose une vision plus libérale des institutions. Cette prise de distance est symbolisée par l'emploi de la formule du « oui, mais ». Cette position irrite le président de Gaulle, qui déclare en conseil des ministres qu'« on ne gouverne pas avec des « mais » », ce à quoi Valéry Giscard d'Estaing réplique que « s'il est exact qu'on ne peut gouverner avec des « mais », il est également vrai que l'on ne peut ni dialoguer ni contrôler avec des « oui »[b 13] ». Pour les élections législatives, que l'opposition aborde en situation de force après la mise en ballottage du général de Gaulle à la présidentielle de 1965, la majorité présente des candidatures uniques dans chaque circonscription, sous le label « Ve République ». Valéry Giscard d'Estaing parvient à obtenir l'investiture de candidats FNRI dans 83 circonscriptions. À l'issue du second tour, le nombre de députés FNRI passe de 35 dans l'Assemblée nationale sortante à 42, tandis que le parti gaulliste perd plusieurs sièges, si bien que la majorité ne tient plus qu'à un siège, le soutien des députés proches de Giscard, qui forment un groupe autonome, devenant indispensable.

Valéry Giscard d'Estaing avec André Turcat en .

Après les élections législatives, le , Valéry Giscard d'Estaing devient président de la commission des finances, de l'économie générale et du plan de l'Assemblée nationale[36]. Dès le mois suivant, il manifeste sa réprobation à l'égard de la procédure des ordonnances adoptée par le gouvernement, mais refuse de voter les motions de censure. Il demeure néanmoins critique envers la politique économique menée (il s'abstient lors du vote du collectif budgétaire, en novembre) et en particulier envers son successeur au ministère des Finances, Michel Debré. Le , il publie un communiqué dans lequel il critique le recours aux ordonnances, l'attitude de la France à l'égard d'Israël dans la guerre des Six Jours et les propos tenus par le général de Gaulle à Montréal le mois précédent. Il se demande si « la manière dont sont élaborées et prises actuellement les décisions essentielles de notre vie publique prépare dans les meilleures conditions l'avenir politique de la France » et fait part de son « angoisse » quant à l'« exercice solitaire du pouvoir », formule perçue comme visant directement le général de Gaulle[b 14].

Sur le plan local, Valéry Giscard d'Estaing, déjà conseiller général du Puy-de-Dôme et conseiller municipal de Chamalières, confirme son ancrage en devenant maire de cette ville le , après la démission de Pierre Chatrousse[37].

Lors des événements de mai 68, il reste relativement silencieux[b 15]. Le , après avoir refusé de voter la motion de censure présentée par l'opposition, il affirme son soutien au général de Gaulle, parti la veille pour Baden-Baden, tout en appelant à la tenue d'élections législatives anticipées et à la formation d'un gouvernement plus représentatif. Contrairement à quelques élus de la majorité, il ne considère pas Georges Pompidou ou Pierre Mendès France comme des recours crédibles[b 16]. De Gaulle dissout l'Assemblée nationale et les élections législatives des 23 et voient l'élection de 64 députés « Républicains indépendants-Ve République », parmi lesquels Michel Poniatowski, contre lequel se présentait un candidat gaulliste, et Olivier Giscard d'Estaing, frère de Valéry.

L'UDR détenant la majorité absolue à elle seule, l'appui de la FNRI n'est plus nécessaire, et Valéry Giscard d'Estaing ne parvient pas à retrouver la présidence de la commission des Finances, face à Jean Taittinger. L'écrivain François Mauriac écrit alors à son propos : « Nous le voyons avec plaisir sous notre nez, retoucher, jour après jour, le personnage du plus jeune ministre des Finances qu'il a été et du plus jeune président de la République qu'il sera, s'il plaît à Dieu et s'il n'y a pas d'accident de parcours. Ce n'est qu'un barreau de son échelle que l'UDR vient de scier sous son pied »[b 17]. Valéry Giscard d'Estaing se fait moins présent dans le débat économique, même s'il dénonce « l'abandon de l'équilibre du budget et de la balance des comptes qui avaient été rétablis et organisés de 1963 à 1965 sous l'autorité du chef de l'État ».

Pour retrouver sa légitimité, Charles de Gaulle annonce la tenue d'un référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Alors que la FNRI se prononce pour la liberté de vote, Valéry Giscard d'Estaing annonce, le , qu'il « n'approuvera pas » le référendum. Partisan du bicamérisme, il est en particulier opposé à la perte du pouvoir législatif du Sénat. Cette position lui attire des critiques au sein même de son parti politique. Même s'il ne s'est pas prononcé pour le « non » et bien qu'il affirmera plus tard avoir voté blanc[38], sa déclaration contribue à l'échec du référendum, le « non » obtenant 52,4 % des suffrages exprimés le , ce qui entraîne, comme annoncé, la démission du général de Gaulle de la présidence de la République. Lors de l'élection présidentielle qui suit, il semble d'abord pencher pour la candidature du modéré Antoine Pinay. Alors que sa candidature est ensuite évoquée et souhaitée par des centristes comme le président par intérim, Alain Poher, Valéry Giscard d'Estaing apporte son soutien à Georges Pompidou le [f],[g],[b 18].

Ministre sous la présidence de Pompidou (1969-1974)

Georges Pompidou, élu au second tour face à Alain Poher, prend ses fonctions de chef de l'État le et nomme Jacques Chaban-Delmas au poste de Premier ministre. Deux jours plus tard, Valéry Giscard d'Estaing se voit confier le portefeuille de ministre de l'Économie et des Finances.

Dévaluation du franc

L'un de ses premiers actes est, dans le plus grand secret, de contribuer au succès de la première dévaluation du franc depuis 1958, nécessaire au rétablissement de la compétitivité des produits français, notamment après les accords de Grenelle. Le , le franc est dévalué de 11,1 %. Valéry Giscard d'Estaing parle alors de « franc amaigri mais guéri »[b 19]. Cette dévaluation est la dernière se mesurant à partir du poids en or de l'unité monétaire, puisqu'en , le président américain, Richard Nixon, met fin à la convertibilité du dollar en or, ce qui ouvre la voie à la mise en place d'un système de changes flottants, auquel sont opposés le président Pompidou et le ministre Giscard d'Estaing, qui milite pour un système fondé sur des « parités stables mais ajustables ». En , un accord est conclu avec Nixon sur de nouvelles parités entre les principales monnaies. Giscard reconnaîtra par la suite que « le flottement des monnaies a constitué le moindre mal » pour traverser « la crise de 1974-1981 »[a 1].

Au niveau économique, la priorité est donnée à la production industrielle, qui augmente de près de 40 % pendant le mandat de Georges Pompidou, tandis que la croissance dépasse les 5,5 %[b 20]. Concernant les finances publiques, Valéry Giscard d'Estaing cherche à renouer avec l'équilibre budgétaire, ce qu'il fait avec le budget de 1969, celui de 1970 étant même excédentaire. En revanche, il ne parvient pas à lutter efficacement contre la hausse des prix, renforcée par le premier choc pétrolier[b 21]. Les plans anti-inflation successifs, qui comprennent essentiellement des mesures de contrôle des prix, se révèlent inefficaces. Les effets de la dévaluation de 1969, renforcés par la réévaluation du mark allemand quelques mois plus tard, conduisent à la perte de la valeur du franc face au mark. Le , Valéry Giscard d'Estaing annonce la sortie de la France du Serpent monétaire européen, laissant ainsi le franc fluctuer en fonction de l'offre et de la demande, ce qui va renforcer l'inflation. Pour financer les quelques mesures de relance, parmi lesquelles la baisse de la TVA, il lance un emprunt, qui sera particulièrement coûteux car indexé indirectement sur l'or[40].

Tensions avec Chaban-Delmas

Valéry Giscard d'Estaing à l'aéroport de Toulouse-Blagnac (novembre 1969).

Louant le « réformisme » du ministre d'État suédois social-démocrate Olof Palme, Valéry Giscard d'Estaing peut, dans un premier temps, paraître proche de la ligne politique défendue par le Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, promoteur de la « Nouvelle société ». Mais ses relations avec le chef du gouvernement vont se dégrader au fil du temps. Le ministre de l'Économie et des Finances s'inquiète notamment d'une certaine forme de dirigisme dans la politique économique, du risque d'accroissement de l'inflation que font courir les mesures préconisées par Jacques Delors ou encore de la conception du dialogue social du Premier ministre. Des tensions apparaissent entre des proches de Valéry Giscard d'Estaing et des partisans de Jacques Chaban-Delmas, perçu comme un successeur possible de Georges Pompidou, ceux-ci accusant le ministre de l'Économie et des Finances d'être à l'origine de révélations embarrassantes pour les gaullistes, en particulier sur la situation fiscale du Premier ministre.

En froid avec l'Élysée, Jacques Chaban-Delmas démissionne le , et Pierre Messmer lui succède. Valéry Giscard d'Estaing conserve ses fonctions de ministre de l'Économie et des Finances dans les trois gouvernements Messmer, gagnant même le titre de ministre d'État le . Pendant cette période, il fait voter la loi du sur la Banque de France[41] qui limite le financement de l'État par la banque centrale ; cette loi sera critiquée par la suite[42],[43]. Il s'oppose au projet de train à grande vitesse (TGV) de la SNCF, lui préférant le projet d'aérotrain ; en , lors d'un conseil interministériel restreint sur les économies d'énergie, après trois heures de discussions, le président Pompidou coupe court au débat en avalisant le projet[44]. Est également décidé le lancement d'un important parc de centrales nucléaires, ce qui conduit le ministre Giscard d'Estaing à lancer un emprunt international de 1,5 milliard de dollars.

Rôle pivot après les législatives de 1973

Les élections législatives de 1973 sont marquées par une progression de la gauche et permettent à la FNRI, qui compte 54 députés, de retrouver, comme en 1967-1968, un rôle d'arbitre au sein de la majorité, l'UDR disposant de 184 sièges, soit moins que la majorité absolue. Peu avant la mort du président Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing est pressenti pour devenir Premier ministre[45].

Victoire à l'élection présidentielle de 1974

Une majorité divisée

Georges Pompidou, atteint de la maladie de Waldenström, meurt le , deux ans avant la fin de son mandat. Le président défunt n'avait pas exprimé de préférence sur un éventuel successeur. Il n'avait en tout cas pas dissuadé les ambitions de Valéry Giscard d'Estaing, qui n'était pas issu du même parti politique que lui, mais à qui il voyait une « vocation nationale »[46].

Quatre candidats issus de la majorité sont alors pressentis pour concourir à l'élection présidentielle anticipée : le Premier ministre, Pierre Messmer (UDR), le maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas (UDR), le président de l'Assemblée nationale, Edgar Faure (UDR), et le ministre des Finances, Valéry Giscard d'Estaing (FNRI). Jacques Chaban-Delmas, qui craint que le Premier ministre Messmer ne rassemble l'ensemble de la droite sur son nom, est le premier à se déclarer, le , alors que l'hommage de l'Assemblée nationale au président défunt n'est pas terminé, ce qui lui vaut des critiques.

Valéry Giscard d'Estaing attend le pour annoncer sa candidature : depuis la mairie de Chamalières, il explique vouloir « regarder la France au fond des yeux ». Il promet aux gaullistes de ne pas se présenter si Pierre Messmer se porte lui aussi candidat[b 22]. Peu après, le Premier ministre s'inquiète de la division de la majorité et manifeste sa volonté de se présenter. Mais il renonce finalement face au refus de Jacques Chaban-Delmas de se désister en sa faveur, ce qui ouvre la voie à un affrontement inévitable entre ce dernier et Valéry Giscard d'Estaing. À la suite de cet épisode, l'image du maire de Bordeaux, vu comme un diviseur, continue de se dégrader, tandis que le ministre des Finances peut pleinement compter, avec le retrait d'Edgar Faure, sur le soutien des centristes, ainsi que de plusieurs personnalités de l'UDR, puisque le , 39 parlementaires et quatre ministres (Jacques Chirac, Jean-Philippe Lecat, Olivier Stirn et Jean Taittinger) font publier un texte, dit « appel des 43 », qui est considéré comme un soutien implicite à sa candidature.

Une campagne innovante

Résultats du second tour de la présidentielle de 1974 par département.

Au départ, Valéry Giscard d'Estaing, qui n'est pas soutenu par un grand courant de la vie politique française, semble avoir peu de chances d'être élu à la présidence de la République. Sa campagne est beaucoup moins organisée que celle de Jacques Chaban-Delmas, qui se prépare depuis des années et bénéficie de l'appui du puissant parti gaulliste[b 23]. Il manque également de moyens financiers et de militants, ce qui contraint son équipe à recruter des proches de l'extrême droite pour former son service d'ordre[b 24]. Son directeur de campagne est le préfet Lucien Lanier[47].

D'abord donné en troisième position dans les sondages, Valéry Giscard d'Estaing parvient à prendre l'ascendant sur son rival gaulliste, qui multiplie les maladresses et passe dans les études de l'Ifop de 29 à 18 % d'intentions de vote entre le et le [48]. Le candidat de la FNRI maîtrise la communication audiovisuelle. Pendant ses fonctions ministérielles, il avait gagné en popularité et innové en matière de communication en présentant l'image d'un homme politique jeune et dynamique, jouant au football ou pratiquant le ski[b 25]. Fait unique, il pose également aux côtés de sa fille Jacinte, âgée de 13 ans, sur une affiche électorale, qui sera considérée comme une réussite[49]. De leur côté, ses partisans, qui comptent des personnalités du monde artistique comme Brigitte Bardot, Charles Aznavour, Alain Delon, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Sheila, Mireille Mathieu et Danièle Gilbert, arborent des t-shirts, affiches et autocollants reprenant son slogan de campagne, « Giscard à la barre »[50],[51]. Cette campagne d'un type nouveau, proche de celles qui ont lieu aux États-Unis, lui permet de dégager une image de renouveau et de se démarquer de ses adversaires[49].

Le , après moins d'un mois de campagne, il arrive en deuxième position avec 32,60 % des voix, derrière François Mitterrand (43,25 %), candidat de l'Union de la gauche, mais largement devant Jacques Chaban-Delmas (15,11 %). Entre les deux tours, lors du débat télévisé qui l'oppose au candidat de la gauche, sa phrase « Vous n'avez pas le monopole du cœur » marque les esprits[52],[53]. Il reçoit également l'appui du directeur de L'Express et président du Parti radical, Jean-Jacques Servan-Schreiber. Le , Valéry Giscard d'Estaing emporte le second tour avec 50,81 % des suffrages et 424 599 voix d'avance sur son adversaire. Il recueille 50,67 % en France métropolitaine et 57,31 % en France d'outre-mer[54]. Cette élection reste à ce jour la plus serrée de l'histoire de la Ve République et celle pour laquelle la participation a été la plus élevée (87,33 % des inscrits).

Présidence de la République (1974-1981)

Débuts novateurs

Investiture et gouvernement
Valéry Giscard d'Estaing avec, à sa gauche, le président fédéral d'Allemagne, Walter Scheel, le .

Le , Valéry Giscard d'Estaing devient le troisième président de la Ve République. À 48 ans, il est le plus jeune président de la Ve République et le deuxième plus jeune de l'histoire (après Louis-Napoléon Bonaparte, en 1848)[55],[56]. Dans son discours d'investiture, lors duquel il ne porte pas le costume traditionnel en queue-de-pie, il déclare : « De ce jour, date une ère nouvelle de la politique française. […] Ainsi, c'est moi qui conduirai le changement, mais je ne le conduirai pas seul. […] J'entends encore l'immense rumeur du peuple français qui nous a demandé le changement. Nous ferons ce changement avec lui, pour lui, tel qu'il est dans son nombre et dans sa diversité, et nous le conduirons en particulier avec sa jeunesse »[57]. Fait inédit, c'est à pied qu'il remonte les Champs-Élysées, afin d'aller fleurir la tombe du Soldat inconnu et de ranimer la flamme sous l'Arc de triomphe[49].

Valéry Giscard d'Estaing refuse de dissoudre l'Assemblée nationale, à majorité gaulliste, et nomme au poste de Premier ministre Jacques Chirac, qui forme un gouvernement composé de 15 ministres, dont les titres sont simplifiés, à l'instar de ceux de leurs grands homologues internationaux[a 2], et dont la moyenne d'âge est de 52 ans seulement[b 26]. La plupart sont giscardiens, avec Michel Poniatowski à l'Intérieur, Jean Lecanuet à la Justice, ou Michel d'Ornano à l'Industrie, le reste des ministres étant des gaullistes, comme Robert Galley à l'Équipement, et des personnes issues de la société civile, comme Simone Veil à la Santé ou René Haby à l'Éducation nationale. Le nouveau président s'entoure d'un cabinet plus resserré que ceux de ses prédécesseurs, avec Claude Pierre-Brossolette comme secrétaire général de l'Élysée, fonction qui sera ensuite assurée par Jean François-Poncet, de 1976 à 1978, et par Jacques Wahl, de 1978 à 1981[b 27]. Le gouvernement Chirac est remanié dès le , avec la nomination des secrétaires d'État et la démission du ministre des Réformes, Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui protestait contre le début de la huitième campagne française d'essais nucléaires. Le , un secrétaire d'État à la Condition féminine est créé et confié à la journaliste Françoise Giroud.

Communication

Les premiers temps de sa présidence sont marqués par une grande volonté de jeunesse et de modernisation. Il innove avec un portrait officiel pour la première fois réalisé en extérieur, tiré en largeur et non plus en hauteur et sur lequel il ne pose pas avec le collier de grand maître de la Légion d'honneur. Il simplifie le protocole de l'Élysée et rajeunit quelques symboles nationaux — le bleu drapeau de l'étendard français est remplacé par un bleu cobalt plus clair, jugé moins agressif, La Marseillaise est jouée sur un ton moins fort et un rythme plus lent. Il est également le premier président à donner des entretiens en anglais à la presse internationale. Cherchant à se rapprocher des Français, il conduit sa propre voiture et multiplie les occasions de se montrer à leurs côtés, notamment lors de dîners dans des familles[b 28].

Il se différencie par ailleurs de l'ancien pouvoir gaulliste en annonçant, lors du premier Conseil des ministres de sa présidence, la fin des saisies de presse et des écoutes téléphoniques ordonnés par l'exécutif[b 29]. Afin de dépolitiser le secteur audiovisuel, l'Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), qui était en situation de monopole, est démantelé. Sur le plan institutionnel, la révision constitutionnelle du élargit la possibilité de saisine du Conseil constitutionnel aux parlementaires (60 députés ou 60 sénateurs), permettant ainsi à l'opposition de veiller au respect de la Constitution ; qualifiée de « réformette » lors de son vote par le Congrès, cette mesure a eu un impact important sur le paysage politique et juridique français[b 30].

Urbanisme

Au début de son septennat, un certain nombre de décisions destinées à marquer fortement l'évolution de politique de la ville sont prises. Le , Valéry Giscard d'Estaing met un terme au projet de voie express rive gauche à Paris, invitant le gouvernement à financer les voiries urbaines « qui ne risquent pas de porter atteinte à l'environnement et qui présentent un caractère d'urgence plus marqué ». Le suivant, il décide de ne plus autoriser à l'emplacement des anciennes halles de Paris la construction d'un centre de commerce international et de le remplacer par un espace vert[58]. Il adresse, le , une lettre au Premier ministre dans laquelle il lui détaille les principaux principes devant inspirer l'aménagement de Paris[59].

Sujets de société

Simone Veil, chargée par Valéry Giscard d'Estaing de défendre devant le Parlement la loi dépénalisant l'IVG.

Rapidement après son ascension à la présidence de la République, Valéry Giscard d'Estaing met en œuvre d'importantes réformes législatives, avec pour objectif d'adapter la législation à l'évolution des mœurs et des réalités sociales, bien qu'une partie de son électorat y soit défavorable[b 31].

Divorce par consentement mutuel

Il fait voter la loi instaurant le divorce par consentement mutuel et pour rupture de la vie commune. Largement adoptée par le Parlement et publiée au Journal officiel le , elle met fin à une situation dans laquelle seule une faute de la part d'un des deux conjoints rendait le divorce possible.

Dépénalisation de l’avortement

Valéry Giscard d'Estaing confie le soin de faire voter la loi dépénalisant l'avortement, encadrant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et autorisant l'interruption médicale de grossesse (IMG) sous conditions à la ministre de la Santé, Simone Veil, et non au ministre de la Justice, Jean Lecanuet, plus conservateur[b 32]. La loi Veil du rencontre une forte opposition, notamment de la part de la droite, et est finalement adoptée grâce au vote des députés de gauche et du centre. Une visite de Valéry Giscard d'Estaing au Vatican, où l'accueil du pape Paul VI est particulièrement froid, met en crise la relation avec le Saint-Siège, et l'ambassadeur de France près le Saint-Siège, Gérard Amanrich, est limogé. Cet épisode fait prendre conscience à Valéry Giscard d'Estaing qu'il s'est aliéné une partie de l'électorat catholique[60]. Le spécialiste des sondages Michel Pinton estime que cette mesure lui a « fait perdre 300 000 à 400 000 voix qu'il ne retrouvera jamais »[b 32].

Abaissement de la majorité

L'abaissement de la majorité civile et électorale de 21 à 18 ans, profitant à plus de deux millions de jeunes, est également perçue comme une prise de risque sur le plan électoral pour Giscard, cette frange de la population lui étant majoritairement hostile[b 29],[49].

Virage conservateur
Alain Peyrefitte, initiateur de la loi « sécurité-liberté », qui tend à alourdir la répression des crimes et délits.

Son intention de modifier l'organisation du travail dans les entreprises n'aboutit pas. Néanmoins, les mesures « Giroud », sur l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, et « Stoléru », sur la revalorisation du travail manuel, sont adoptées[b 33].

La période des réformes sociales et sociétales s'achève à l', à l'exception notable des deux « lois Scrivener » et de la loi du relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public. La priorité est alors donnée aux questions économiques. Plusieurs mesures jugées plus conservatrices sont adoptées à la fin du septennat. Valéry Giscard d'Estaing, qui nie avoir effectué un tournant conservateur, déclare « qu'après un certain seuil de transformation de la société, il est nécessaire de faire une pause et de souffler » et met en avant l'opposition des gaullistes à ce type de réformes[b 34]. L'Université est reformée avec pour objectif de mettre fin à l'« utopie totalitaire » d'après-Mai 68, selon les termes de la ministre Alice Saunier-Seïté.

La loi « sécurité et liberté », adoptée trois mois avant l'élection présidentielle de 1981 et qualifiée de liberticide par la gauche, accroît la répression à l'égard des délinquants. Le garde des Sceaux, Alain Peyrefitte, avait initialement envisagé d'introduire l'abolition de la peine de mort dans cette loi, mais y avait renoncé face à l'opposition des députés gaullistes[b 35]. Déclarant ressentir une « aversion profonde » pour la peine capitale, Valéry Giscard d'Estaing annonce, en début de campagne, qu'il consultera en détail les dossiers des condamnés à mort et se prononcera sur chaque cas avec « prudence [et] certainement pas à la légère »[61]. Plus tard, il estime souhaitable que « la communauté nationale française et son législateur se saisissent le moment venu de ce problème ». Durant son septennat, il accorde sa grâce à quatre condamnés à mort dont un mineur, et la refuse à trois reprises[h], estimant que la peine de mort a un effet dissuasif lorsque « les victimes sont des enfants ou des femmes faibles, maltraitées, torturées », ce que lui aurait notamment confirmé l'avocat Edgar Faure[49],[a 3],[62],[63]. Ce seront les dernières exécutions en France[64]. Dans le même temps, en , le président de la République met en place un comité d'études sur la violence, la délinquance et la criminalité, présidé par Alain Peyrefitte ; l'année suivante, par six voix contre trois et deux abstentions, le comité se prononce pour l'abolition de la peine capitale en contrepartie de la création d'une « peine de sûreté »[65]. Mais Alain Peyrefitte déclare ensuite, dans Le Monde du , que l'opinion publique n'est pas encore prête à accepter une telle réforme[65].

Volonté de réduire l’immigration

Fin de l’immigration économique

La politique de Valéry Giscard d'Estaing en matière d'immigration se caractérise par la fin de la politique d'incitation à l'immigration et par le renforcement du contrôle des entrées et des séjours sur le territoire national.

Après son élection à la présidence, un secrétariat d'État aux Travailleurs immigrés, confié à André Postel-Vinay, est créé. C'est sous l’impulsion du président de la République que le gouvernement suspend, en , l'immigration des travailleurs et des familles désireuses de rejoindre un de leurs membres en France, à l'exception des ressortissants de la Communauté européenne[66]. André Postel-Vinay démissionne dès juillet 1974, dénonçant l’absence de politique sociale en faveur des immigrés[67].

Question du regroupement familial

Alors qu’il est mis un terme à l’immigration économique, le Premier ministre, Jacques Chirac, signe le un décret qui reconnaît en partie le droit au regroupement familial. Cette possibilité est réservée aux seuls travailleurs étrangers séjournant régulièrement sur le territoire français et se voit assortie d’une série de conditions (durée de résidence, ressources, logement, ordre public, santé)[68]. Les familles algériennes sont par ailleurs automatiquement exclues du dispositif[69].

Le , l’exécutif — qui continue à estimer trop élevé le niveau d’immigration en France — suspend pour trois ans l'application du décret du . Dans un contexte de hausse du chômage, le gouvernement décide d’autoriser le regroupement familial seulement à des personnes qui ne demanderont pas l'accès au marché du travail en France[70].

Mais le , saisi par le Groupe d'information et de soutien des immigrés (GISTI), le Conseil d'État annule le décret de 1977 et consacre le « droit de mener une vie familiale normale » en principe général du droit. Cette décision du Conseil d'État a des conséquences déterminantes sur le long terme et ouvre la voie à une « immigration de peuplement »[71]. Bien qu’ayant rapidement restreint le droit au regroupement familial, Valéry Giscard d'Estaing confiera en 2018 que cette mesure constitue le « plus grand regret » de sa présidence, déplorant avoir vu « arriver des noyaux familiaux totalement différents » de ceux que la France connaissait jusqu’alors[72],[73].

Autres tentatives de réduire l'immigration
Valéry Giscard d'Estaing en 1979.

La politique d'immigration de Valéry Giscard d'Estaing est également marquée par l'encouragement aux retours volontaires des immigrés dans leur pays d'origine avec la mise en place, en 1977, d'une aide financière au retour de 10 000 francs et, en 1978, d'un système de retours forcés d'une partie de la main d'œuvre étrangère installée parfois depuis longtemps en France.

L'historien et politologue Patrick Weil, spécialiste des questions d'immigration et de citoyenneté, révèle en 2015 que Valéry Giscard d'Estaing, devant l'échec de la politique d'aides financières au retour, prône une politique de retour forcé[74]. À partir de 1978, il avait l'intention, selon les travaux de Patrick Weil, de « dénoncer les accords d'Évian, qui permettaient la libre circulation entre la France et l'Algérie » et de « changer la loi pour permettre l'arrêt des titres de séjour, ou la non-reconduite des titres de séjour de ceux qui étaient là depuis dix, quinze ou vingt ans ». Son objectif aurait été d'organiser le retour de 100 000 Algériens par an pendant cinq ans[74]. Mais face aux réticences de parlementaires de la majorité et de la plupart des membres du gouvernement, notamment Raymond Barre et Simone Veil, ainsi que du Conseil d'État, il renonce à cette idée[75].

Il promulgue, en , la loi relative à la prévention de l'immigration clandestine, dite loi « Bonnet ». Ce texte renforce les conditions d'entrée sur le territoire français, permet l'éloignement des immigrés en situation irrégulière et leur détention dans un établissement pénitentiaire pendant un délai pouvant aller jusqu'à sept jours s'ils ne peuvent quitter immédiatement le territoire. Le , Lionel Stoléru, secrétaire d'État auprès du ministre du Travail et de la Participation (Travailleurs manuels et Immigrés), affirme qu'« il n'est plus question d'accueillir un seul étranger en France »[76].

En , un pasteur protestant, un prêtre catholique et un immigré algérien entament une grève de la faim pour protester contre les expulsions d’immigrés ; ils cessent leur action après l'annonce, par le ministre de l'Intérieur, de la suspension pour trois mois des expulsions de jeunes immigrés, sauf en cas de délits graves. Le suivant, à un an de l'élection présidentielle, le Parti socialiste, le PSU, la LCR, la CFDT et la Ligue des droits de l'homme participent à une marche de protestation contre le projet de loi Stoléru sur le renouvellement des cartes de séjour et de travail et contre le projet d'Ornano codifiant l'accès aux foyers collectifs. Ils critiquent également une circulaire rendant plus difficile l'inscription des étudiants étrangers dans les universités françaises. Cette circulaire est défendue par le Premier ministre, Raymond Barre, qui dénonce « l'afflux d'étudiants étrangers fantômes qui ne sont là que pour mener une action publique orientée contre leurs pays d'origine »[77].

Difficultés économiques et sociales

Politique sociale et de relance

Au début sa présidence, plusieurs mesures sociales sont prises : le minimum vieillesse est majoré de 21 % à partir du , l'âge légal de départ à la retraite est abaissé à 60 ans pour deux millions de personnes au métier pénible et une allocation supplémentaire d'attente (ASA), permettant aux individus licenciés pour motif économique de percevoir 90 % de leur salaire pendant un an, est créée[b 36].

En 1977, le gouvernement Raymond Barre limite les conditions d'accès au regroupement familial, mais, l'année suivante, le Conseil d'État l'érige au rang de principe général du droit.

Mais le septennat de Valéry Giscard d'Estaing est surtout marqué par les conséquences des deux chocs pétroliers, qui brisent la dynamique des Trente Glorieuses.

En réponse à la nouvelle situation économique, il opte d'abord pour un plan de lutte contre l'inflation, qui s'élève à 16,8 % en 1974. Les mesures prises par le ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Jean-Pierre Fourcade, parmi lesquelles des réductions de dépenses publiques, la mise en place de nouvelles taxes (majoration d'impôt selon les revenus, contribution exceptionnelle d'impôt sur les sociétés) et une politique monétaire restrictive, accroissent la dépression et favorisent l'apparition du phénomène de stagflation, situation dans laquelle la croissance est faible, tandis que le niveau général des prix et le chômage augmentent[b 37]. Le Premier ministre, Jacques Chirac, est alors favorable à un plan de relance, ce à quoi s'oppose le ministre des Finances. Le président tranche finalement, en 1975, en faveur d'un plan de soutien à l'économie de 30 milliards de francs (15 milliards pour les investissements publics, 10 milliards de mesures fiscales et 5 milliards de crédits accordés aux familles nombreuses et aux personnes âgées)[78].

Mesures d’austérité

Lorsque Raymond Barre est nommé Premier ministre, l'inflation et le déficit extérieur s'accroissent, tandis que le franc, mis en difficulté, a dû quitter le Serpent monétaire européen en , huit mois après l'avoir réintégré[b 38]. Valéry Giscard d'Estaing charge alors le nouveau chef du gouvernement de rétablir les grands équilibres économiques. Celui-ci, qui a pour objectif affiché de combattre l'inflation et de maintenir la stabilité de la monnaie, décide de mettre un terme à toute politique de stop and go (politique restrictive avec baisse de l'inflation, puis politique de relance afin de réduire l'augmentation du chômage provoquée par la politique précédente, puis à nouveau politique restrictive afin de diminuer l'inflation, et ainsi de suite)[79]. Il restera fidèle à ces principes jusqu'à la fin du septennat.

Le « plan Barre » du prévoit la limitation des hausses des salaires, le gel des prix à la consommation pour trois mois et des tarifs publics pour six mois, l'abaissement du taux de TVA sur certains produits de 20 % à 17,6 %, l'augmentation de l'impôt sur le revenu de 4 % à 8 % pour les ménages les plus aisés, ainsi que des prix de l'alcool et de l'essence. Ces mesures visent à lutter contre le chômage et à assurer une meilleure compétitivité des entreprises françaises ; le gouvernement mise sur l'appui du patronat pour maintenir le pouvoir d'achat moyen des ménages. Un deuxième plan austérité est lancé en . Il met en place plusieurs mesures sociales pour accompagner la restructuration de l'industrie et l'assouplissement du marché du travail. Cette politique de rigueur est attachée à l'image du Premier ministre, qui n'hésite pas à déclarer que la faible productivité de la sidérurgie dans le bassin lorrain doit se traduire par la baisse du nombre d'emplois ou encore que « la politique du gouvernement ne se détermine pas en fonction de la longueur d'un cortège » de manifestants[80].

Les politiques économiques menées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale étaient jusque-là marquées par un certain dirigisme, auquel Valéry Giscard d'Estaing avait participé en tant que ministre des Finances, l'État contrôlant le crédit, la masse monétaire, les prix, les salaires. La situation change en 1978, à la suite de la formation du troisième gouvernement Barre, dans lequel le Premier ministre laisse ses fonctions de ministre de l'Économie et des Finances à René Monory. Le , Raymond Barre, inspiré par les résultats de l'économie ouest-allemande, se prononce en faveur d'« un libéralisme social » et des « règles de l'économie de marché ». La concurrence et la liberté des prix sont alors privilégiées : les prix industriels sont libérés dès cette année 1978, suivis de ceux des services l'année suivante. Cette politique libérale, critiquée par les syndicats, se différencie du Programme commun de la gauche et de l'interventionnisme gaulliste[b 39]. Concernant le financement de l'économie, la majorité met en place une politique favorable à l'épargne avec une réduction d'impôt en cas d'investissement dans des Société d'investissement à capital variable (SICAV)[81].

Sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, le taux de prélèvements obligatoires en proportion du PIB passe de 33,5 % à 39 %[81]. Le levier fiscal est d'abord utilisé, entre 1974 et 1978, pour réguler la conjoncture, puis, en fin de septennat, pour atteindre l'équilibre budgétaire[81]. L'impôt sur les plus-values est instauré, mais Valéry Giscard d'Estaing avancera par la suite que le Parlement, en l'incorporant dans l'assiette de l'impôt sur le revenu au lieu d'en faire un impôt forfaitaire, dénaturera son initiative[82]. Le barème de l'impôt sur le revenu pour 1980 ne prévoit pas la revalorisation de toutes les tranches à hauteur de l'inflation, ce qui alourdit l'imposition de nombreuses « classes moyennes »[81].

Valéry Giscard d'Estaing caricaturé en 1980 par Maurice Tournade.

La politique d'austérité du gouvernement Barre est menacée par le deuxième choc pétrolier, qui se traduit par la multiplication du prix du pétrole par 2,7 entre 1978 et 1981. Valéry Giscard d'Estaing privilégie, en , l'adoption de nouvelles mesures de rigueur à l'hypothèse d'un plan de « refroidissement » de l'économie repoussé après l'élection présidentielle de 1981. Cette décision affecte directement la popularité du président et, plus encore, celle du Premier ministre. La croissance annuelle de la France, qui dépasse les 3 %, est alors l'une des plus élevées au monde, tandis que le pouvoir d'achat des Français continue à croître[b 40]. L'historien Jean-Charles Asselain souligne que « l'ensemble des indicateurs témoigne d'une diminution effective des inégalités », principalement en raison de l'« alourdissement de la fiscalité sur les tranches supérieures de revenu et sur les successions importantes »[83]. Les déficits budgétaires sont maîtrisés et la dette publique de la France, qui oscille autour de 20 % du produit intérieur brut, est sensiblement la même à la fin qu'au début du septennat[84].

Mais la politique de lutte contre l'inflation ne produit pas les effets escomptés, en particulier avec les effets du deuxième choc pétrolier, et le chômage de masse apparaît. C'est pendant le mandat présidentiel de Valéry Giscard d'Estaing que le cap du million de chômeurs est franchi. Pour faire face à cette hausse du chômage, qui s'explique en partie par les gains de productivité et l'accroissement de la population active, le gouvernement prend des mesures, comme l'instauration en 1979 du contrat de travail à durée déterminée en France (CDD), qui sont jugées insuffisantes par une partie grandissante de la population.

Politique industrielle

À l'instar des autres pays européens, la désindustrialisation touche la France pendant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, ce qui conduit des dizaines de sidérurgistes à manifester dans les rues de Paris.

Après avoir mis fin à la patente, qui frappe essentiellement les commerçants, l'exécutif instaure la taxe professionnelle, qui va imposer beaucoup plus lourdement l'industrie[81].

Valéry Giscard d'Estaing décide de poursuivre et d'intensifier le programme de développement de l'énergie nucléaire civile engagé par son prédécesseur. En 1976, la construction du supergénérateur nucléaire nommé Superphénix est décidée, et la Compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) et l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) sont créés. En matière industrielle, il engage la modernisation du transport ferroviaire en lançant l'étude sur le train à grande vitesse. En 1974, débute la modernisation du réseau téléphonique avec le triplement des lignes sur sept ans. Devant la nécessité d'économiser l'énergie, le gouvernement restaure, en 1976, l'ancien changement d'heure pendant les mois d'été, mesure permettant une économie d'électricité pour l'éclairage du soir.

Politique internationale et européenne

Guerre froide
Valéry Giscard d'Estaing, Gerald Ford, Anne-Aymone Giscard d'Estaing et Betty Ford en 1976.

À son arrivée à la tête du pays, Valéry Giscard d'Estaing affiche sa volonté de prendre acte du processus de mondialisation et de conduire une diplomatie multipolaire[85]. Dans un contexte de guerre froide, il multiplie les rencontres avec les chefs d'État étrangers et cherche à « dédramatiser » la situation internationale[b 41].

C'est sur son initiative que se tient la première réunion des cinq pays les plus industrialisés de la planète (États-Unis, Japon, France, Allemagne de l'Ouest, Royaume-Uni), au château de Rambouillet, du au [86]. Ce « G5 », qui devient « G6 » puis « G7 » avec la participation de l'Italie et du Canada, se réunira tous les ans afin que les chefs d'État puissent aborder les questions économiques et financières d'actualité.

Tout en maintenant l'alliance de la France avec les États-Unis, notamment lors de la bataille de Kolwezi, Valéry Giscard d'Estaing maintient le dialogue avec l'URSS : il tarde à condamner l’invasion de l'Afghanistan, ne s’associe pasau boycott des Jeux olympiques d'été de 1980 à Moscou, et rencontre à Varsovie Léonid Brejnev, que la plupart des dirigeants occidentaux cherchent à isoler[85].

Communauté européenne

Pendant sa présidence, Valéry Giscard d’Estaing consacre une grande importance à la construction européenne. Après avoir défendu dans sa jeunesse l'idée d'États-Unis d'Europe, il s'affirme partisan d'une « troisième voie », entre une Europe supranationale et une Europe des États[87],[88].

Il souhaite dans un premier temps approfondir les institutions communautaires. Avec le chancelier fédéral allemand Helmut Schmidt, il est à l'origine de la création du Conseil européen en , ce qui est vu comme le prolongement de l'action gaulliste, qui privilégiait la coopération entre les États à l'intégration communautaire[89]. En contrepartie, la France est pressée d'accepter l'élection du Parlement européen au suffrage universel direct, mesure prévue dans le traité de Rome, mais à laquelle s'étaient successivement opposés Charles de Gaulle et Georges Pompidou. Alors que les gaullistes se montrent réticents à la mesure et réclament pour certains une renégociation du traité de Rome, Valéry Giscard d'Estaing saisit le Conseil constitutionnel, qui estime qu'un tel mode d'élection du Parlement européen n'est pas contraire à la Constitution[90]. La loi entérinant cette mesure est adoptée en et les premières élections européennes se tiennent au suffrage universel en 1979[91].

Avec le chancelier Helmut Schmidt, Valéry Giscard d'Estaing resserre les liens entre la France et l'Allemagne : Georges Valance indique que leur coopération « donna notamment naissance au Système monétaire européen dont sortiront l’Union monétaire et l’euro »[85]. En effet, en 1978, deux ans après la nouvelle sortie du franc du Serpent monétaire européen, est lancé le Système monétaire européen (SME), qui établit un système de taux de change ajustable entre les pays membres de la Communauté économique européenne. Valéry Giscard d'Estaing cherche ainsi à stabiliser et à renforcer le franc. L'unité de compte européenne ECU est créée l'année suivante, en 1979[i],[a 4]. Le président français s'implique également dans le lancement de projets industriels tels que l'Agence spatiale européenne[85].

Afrique et Moyen-Orient
Les dirigeants italien Giulio Andreotti, japonais Takeo Fukuda, américain Jimmy Carter, ouest-allemand Helmut Schmidt et français Valéry Giscard d'Estaing (G7 du ).

Comme le général de Gaulle et Georges Pompidou, il mène une politique jugée proarabe et peu favorable à Israël, notamment pour assurer les approvisionnements de la France en pétrole[92]. Il soutient l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), et refuse en 1975 de s'allier aux États-Unis contre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)[b 42].

En , en visite officielle en Iran, pays alors en pleine expansion et qui apparaît comme le meilleur rempart aux ambitions soviétiques en Asie occidentale, Valéry Giscard d'Estaing souligne la « stabilité » apportée par cet État dans la région[93]. À cette occasion, il conclut avec le chah, Mohammad Reza Pahlavi, des contrats pour 30 milliards de francs[93]. Lors de l'exil accordé par la France à l'ayatollah Khomeini, Valéry Giscard d’Estaing fait savoir à celui-ci qu'il doit s'abstenir d'inciter à la violence en Iran. Khomeini ne s'exécutant pas, Valéry Giscard d'Estaing envisage de l'expulser vers l'Algérie, mais le chah s'y oppose[94]. Lors de la révolution iranienne, à la fin des années 1970, les pays occidentaux renoncent à apporter leur soutien au chah, qui sera renversé au profit d'une république islamique[94].

Ancien partisan de l’Algérie française, Valéry Giscard d'Estaing effectue en la première visite officielle d'un chef de l’État français sur le sol algérien depuis l’indépendance de 1962[95]. Si cette visite apparaît comme un rapprochement entre l’Algérie et la France, le président français estime prématuré l’établissement immédiat de rapports privilégiés entre les deux pays en raison des ressentiments laissés par la guerre d'Algérie. La France semble miser davantage sur le Maroc que sur l’Algérie[j],[96]. Dans le même temps, dans le cadre de la guerre du Sahara occidental, la France apporte une aide opérationnelle au régime mauritanien de Moktar Ould Daddah[97]. Cette politique conduit à une dégradation des relations entre la France et l’Algérie, une situation qui atteint son paroxysme avec le raid de Zouerate, lors duquel la responsabilité algérienne est invoquée[98]. Cependant, les échanges économiques entre les deux États se maintiennent à un niveau important[99].

Attaché à l'Afrique, Valéry Giscard d'Estaing lance plusieurs actions sur ce continent. L'action au Zaïre, qui ne fait traditionnellement pas partie de la zone d'influence française, marque la politique africaine du septennat : en , Valéry Giscard d'Estaing déclenche l'opération « Léopard » en envoyant des troupes parachutistes du 2e REP à Kolwezi pour libérer les quelque 3 000 Européens pris en otage par des rebelles au gouvernement zaïrois. Le président français prend cette décision après d'intenses négociations avec la Belgique et les États-Unis et alors que l'envoi de parachutistes sur un sol contrôlé par des rebelles est jugé périlleux[b 43]. Les otages sont finalement libérés, les rebelles défaits, et les parachutistes français quittent le Zaïre le [a 5].

Action en matière culturelle

L'exécutif ne considère pas la culture comme une de ses priorités[100].

Il met devantage l’accent sur des actions susceptibles d'attirer l'attention du grand public plutôt que sur des créations confidentielles[101]. Les musées nationaux profitent de cette politique, notamment le musée Picasso[102]. Les plus grands projets culturels du septennat sont le musée d'Orsay et la Cité des sciences[100];[103].

Valéry Giscard d'Estaing oriente la politique culturelle de la France davantage vers le patrimoine : il inaugure en 1977 la première journée « portes ouvertes » au palais de l'Élysée, tandis que les premières Journées du patrimoine sont organisées en 1980, désignée « année du patrimoine » par le gouvernement français[104],[105],[106].

Divisions de la majorité

Tensions avec Jacques Chirac
Jacques Chirac entre progressivement dans l’opposition à Valéry Giscard d'Estaing.

Les relations entre le président et le Premier ministre Jacques Chirac se tendent au fil des mois. Celui-ci, conseillé par Pierre Juillet et Marie-France Garaud, est élu, à la fin de l'année 1974, secrétaire général de l'UDR, sur laquelle il affirme progressivement son emprise, notamment grâce aux fonds spéciaux de Matignon[b 44]. Alors que le président comptait sur lui pour « giscardiser » le parti gaulliste, Chirac en prône l'indépendance. Il démissionne le , estimant ne pas disposer « des moyens qu'[il] estime nécessaires pour assumer efficacement les fonctions de Premier ministre ». Dans le même temps, la volonté de « décrispation » de la société française voulue par Giscard se heurte au refus de François Mitterrand d'entamer tout dialogue avec la majorité, contrairement aux usages établis dans les pays étrangers[b 45].

Jacques Chirac est remplacé par le « technicien » Raymond Barre, jusque-là ministre du Commerce extérieur et présenté comme le « meilleur économiste français, en tout cas un des premiers » par Valéry Giscard d'Estaing[107]. À l'instar de Raymond Poincaré ou Antoine Pinay par le passé, le Premier ministre cumule ses fonctions de chef de gouvernement avec celle de ministre de l'Économie. Son gouvernement compte trois figures principales, élevées au rang de ministres d'État : le gaulliste Olivier Guichard, le giscardien Michel Poniatowski et le centriste Jean Lecanuet. À partir de ce moment, le président revient à une lecture plus classique de la Constitution et laisse le Premier ministre exercer ses prérogatives sur les questions intérieures ; les analystes politiques estiment qu'il sera perçu comme s'éloignant de plus en plus des Français[49]. La situation de la majorité sur le plan électoral devient difficile. Les élections cantonales de 1976 avaient déjà été remportées par la gauche, qui était ainsi pour la première fois majoritaire dans le pays, bien que la droite conserve la plupart des départements. Les élections municipales de 1977 constituent également un succès pour l'opposition de gauche, qui prend le contrôle de 155 villes de plus de 30 000 habitants, soit 57 de plus qu'auparavant. Jacques Chirac, qui a créé trois mois auparavant le Rassemblement pour la République (RPR), est élu maire de Paris contre Michel d'Ornano, soutenu par les giscardiens, ce qui accentue les tensions à droite[108]. À la suite de ces élections, le Premier ministre remet sa démission et forme, le , son deuxième gouvernement, qui voit le départ des trois ministres d'État et l'arrivée des gaullistes Robert Boulin et Alain Peyrefitte, ainsi que du sénateur et maire de Loudun, ancien garagiste, René Monory[109].

Création du PR et de l’UDF

Soucieux de rajeunir son parti, dont la notoriété et la popularité sont faibles, Valéry Giscard d'Estaing soutient la transformation, en mai 1977, de la FNRI en Parti républicain (PR), dont Jean-Pierre Soisson devient le secrétaire général. Le , alors que les sondages prédisent une victoire de la gauche aux élections législatives à venir, Valéry Giscard d'Estaing prononce un discours, à Verdun-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire), dans lequel il appelle les Français à faire « le bon choix pour la France » et les met en garde contre les blocages politiques et les conséquences économiques (hausse du chômage, aggravation du déficit budgétaire, baisse de la valeur de la monnaie) que provoquerait une victoire de la gauche aux élections législatives du mois de mars[110],[111],[112]. Il déclare qu'il ne démissionnera pas dans cette hypothèse, mais qu'il n'aura pas les moyens d'empêcher une majorité de gauche d'appliquer le Programme commun. Valéry Giscard d'Estaing, qui a consulté de nombreux constitutionnalistes, évoque ainsi la possibilité d'une cohabitation. Cette hypothèse est inenvisageable pour les gaullistes, pour qui une victoire de la gauche ne peut déboucher que sur une crise institutionnelle[b 46].

Quelques jours plus tard, le , il fonde l'Union pour la démocratie française (UDF), qui regroupe les différentes composantes centristes et giscardiennes de la majorité (Parti républicain, Centre des démocrates sociaux, Parti radical, Centre national des indépendants et paysans, Mouvement démocrate socialiste de France) et permet ainsi de limiter les candidatures à droite lors du scrutin législatif. Le nouveau parti présente 405 candidats pour 491 circonscriptions.

Élections législatives de 1978
Composition de l'Assemblée nationale à l'issue des élections législatives de 1978, qui voient la droite conserver sa majorité, contrairement aux prédictions.

Au premier tour des élections législatives, la gauche arrive en tête, mais avec une avance moindre que prévu. Dans l'entre-deux tours des élections législatives, conformément à un accord conclu l'année précédente, en cas d'absence de candidat unique de la majorité, le candidat de droite le moins bien placé dans une circonscription se retire en faveur de celui arrivé en tête[b 47]. Le , à la surprise générale, le RPR et l'UDF remportent une majorité nette à l'Assemblée nationale (290 sièges). Dans un contexte de déliquescence de l'Union de la gauche et de mauvais report de voix des socialistes sur les candidats communistes, le discours du « bon choix » et l'alliance de la droite semblent avoir porté leurs fruits[b 48]. Le nouveau parti du président réalise un score honorable en obtenant sensiblement moins de sièges que le parti gaulliste, qui perd de son côté 39 députés. Le , lors de l'élection du président de l'Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas est préféré au sortant Edgar Faure, soutenu par Jacques Chirac et une grande partie des députés gaullistes ; ce résultat est considéré comme étant une victoire politique pour le président de la République[b 49].

Accroissement des divisions

Les premières élections européennes se tiennent en 1979, au scrutin proportionnel à un tour. Simone Veil est choisie pour être tête de liste de l'UDF, tandis que Jacques Chirac est celle du RPR. Le , celui-ci, hospitalisé à la suite d'un grave accident de voiture, signe l'appel de Cochin, sur les conseils de Marie-France Garaud et Pierre Juillet, dont il se séparera après cet épisode. Dans ce communiqué, il critique le projet européen, parlant de « politique d'asservissement », et critique l'UDF pour ses prises de position pro-européennes : « Comme toujours quand il s'agit de l'abaissement de la France, le parti de l'étranger est à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l'écoutez pas. C'est l'engourdissement qui précède la paix de la mort. » Ces propos sont vus comme une charge violente à l'égard du président de la République et sont considérés comme excessifs, y compris au sein du RPR. Le , l'UDF arrive en tête du scrutin avec 27,6 % (25 élus), contre 23,5 % pour le PS (22 élus), 20,5 % pour le PCF (19 élus) et seulement 16,3 % pour le RPR (15 élus). Simone Veil est ensuite élue présidente du Parlement européen, malgré l'opposition des députés européens français issus du RPR, qui présentent un candidat contre elle[b 50].

Les dissensions au sein de la majorité conduisent le Premier ministre à utiliser, à plusieurs reprises, l'article 49.3 de la Constitution, qui permet de faire passer des textes sans vote si aucune motion de censure n'est adoptée. Après l'utilisation de l'article 49.3 lors du vote du budget 1980, auquel s'opposait le RPR, le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas, saisit le Conseil constitutionnel, qui annule le vote de la loi pour une question de procédure, ce qui conduit à la convocation d'une session extraordinaire à la fin de l'année 1979[b 51].

Sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, trois figures politiques de droite meurent de façon violente ou suspecte. Le député Jean de Broglie (Républicain indépendant) est assassiné le , vraisemblablement victime d'un règlement de comptes. Le , l'ancien ministre gaulliste Joseph Fontanet est également tué ; ce meurtre reste non élucidé. Le , le ministre du Travail, Robert Boulin (RPR), accusé, par des lettres anonymes publiées par Le Canard enchaîné, d'avoir acquis de manière illégale une garrigue, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet. L'enquête judiciaire ne permet pas d'aboutir à des conclusions définitives. Des personnalités du RPR proches de Valéry Giscard d'Estaing accusent alors les gaullistes d'avoir mené une campagne de déstabilisation à l'encontre de Robert Boulin, qui était pressenti pour succéder à Raymond Barre à la tête du gouvernement à l'approche de l'élection présidentielle de 1981[b 52]. L'hypothèse de l'assassinat politique est envisagée, Robert Boulin ayant notamment fait l'objet de menaces de mort de la part du SAC gaulliste[113].

Défaite à l'élection présidentielle de 1981

Favori des sondages

Un an avant l'élection présidentielle, dans un entretien accordé à l'hebdomadaire L'Express le , le président de la République estime avoir réalisé les trois quarts de ce qu'il souhaitait faire[114]. Un sondage publié le mois précédent dans Le Point le donne vainqueur avec 57 % des voix face à Michel Rocard et 61 % face à François Mitterrand[115]. C'est finalement ce dernier qui est désigné candidat du Parti socialiste en .

Rassuré par la victoire surprise de son camp aux élections législatives de 1978 et par les sondages, Valéry Giscard d'Estaing s'est peu à peu désintéressé des stratégies politiques au profit des questions économiques[b 53]. Il annonce sa candidature à un second mandat, depuis le palais de l'Élysée, le . À quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, la stratégie et l'organisation de sa campagne ne sont pas définies.

Une campagne difficile

La campagne est notamment marquée par l'affaire des diamants, lors de laquelle Valéry Giscard d'Estaing est accusé d'avoir reçu, alors qu'il était ministre des Finances, des diamants en guise de cadeaux de Jean-Bedel Bokassa, alors président de la République centrafricaine. Notamment informé par Bokassa, dont Valéry Giscard d'Estaing a ordonné le renversement à la tête de la Centrafrique, Le Canard enchaîné estime la valeur de ces diamants à un million de francs ; alors que le chef de l'État traite avec mépris ces accusations, il sera révélé après l'élection que ces diamants ont été remis à des organisations caritatives et que leur valeur a été largement surestimée[49],[116]. D'autres facteurs, comme son absence pendant les jours suivants l'attentat de la rue Copernic ou son entretien en avec le dirigeant soviétique Léonid Brejnev, durant la guerre d'Afghanistan, ont un impact négatif sur sa campagne[117].

Le candidat socialiste, François Mitterrand, devient, au fil des mois, le favori de l'élection.

Le , Valéry Giscard d’Estaing arrive en tête du premier tour de l'élection présidentielle avec 28,3 % des voix, devant François Mitterrand (25,8 %) et Jacques Chirac (18,0 %). Le président du RPR, qui a rencontré secrètement le premier secrétaire du Parti socialiste au domicile d'Édith Cresson en octobre 1980 afin d'élaborer une stratégie visant à faire battre le président sortant, refuse d'appeler ses partisans à soutenir Valéry Giscard d'Estaing pour le second tour et ne se prononce en sa faveur qu'à titre personnel ; des permanences du RPR donnent alors pour consigne de voter pour François Mitterrand, dans l'espoir que le parti gaulliste affirme son ascendant sur l'UDF[49],[118],[119],[120],[121].

Lors du débat télévisé de l'entre-deux tours, le , François Mitterrand qualifie Valéry Giscard d'Estaing d'« homme du passif », en réaction à « l'homme du passé » ou « vous n'avez pas le monopole du cœur », dont Giscard l'avait crédité sept ans plus tôt lors du débat télévisé de la présidentielle de 1974. À l'issue de cette confrontation, la comparaison entre les points forts et les points faibles des deux candidats est néanmoins favorable au président sortant[122].

Peu avant le second tour, Le Canard enchaîné publie des documents indiquant que le ministre du Budget, Maurice Papon, a été responsable de la déportation de Juifs sous le régime de Vichy. De son côté, Valéry Giscard d'Estaing refuse de publier une photographie — trouvée par ses services — montrant François Mitterrand pendant la Seconde Guerre mondiale en compagnie du maréchal Pétain ; alors qu'il affirme à ses collaborateurs ne pas vouloir rabaisser le niveau de la campagne, ses soutiens estiment que la fuite de ce cliché lui aurait permis de l'emporter[123].

Le , Valéry Giscard d'Estaing perd le second tour de l'élection en recueillant 48,24 % des suffrages exprimés, contre 51,76 % à François Mitterrand[124]. Neuf jours plus tard, il prononce un discours de fin de mandat diffusé au journal télévisé d'Antenne 2, qu'il conclut par la locution « Au revoir », dans une mise en scène demeurée célèbre. Le , après un entretien d'une heure avec François Mitterrand, il quitte à pied le palais de l'Élysée, applaudi par ses partisans et hué par des militants socialistes[49],[125].

Dans Le Pouvoir et la Vie, Valéry Giscard d'Estaing écrit : « Pourquoi ai-je échoué ? En raison du chômage ? d'une lassitude des Français ? J'étais crédité de 60 % de bonnes opinions et puis tout à coup une tornade s'est levée. C'est un phénomène étrange »[126]. À l'occasion du trentième anniversaire de sa défaite, en 2011, il déclare que sa campagne était « mauvaise », « bâclée »[127]. Sa campagne, la fin des Trente Glorieuses, l'attitude de Jacques Chirac et la large préférence pour François Mitterrand des électeurs de 18 à 21 ans — à qui Valéry Giscard d'Estaing a donné le droit de vote — semblent avoir été déterminants dans sa défaite[b 54].

Après la présidence de la République (depuis 1981)

Retrait et retour en politique

Confiant vivre sa défaite comme une « injustice », il voyage pendant plusieurs mois à l'étranger, se retirant notamment dans un monastère au mont Athos, en Grèce, et dans le ranch de son ami Jean Frydman, au cœur des montagnes Rocheuses, au Canada[128],[129].

En tant qu'ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing est membre de droit du Conseil constitutionnel, mais cette fonction imposant un devoir de réserve, il refuse d'y siéger jusqu'en 2004. Il devient, en 1985, le premier bénéficiaire d'une lettre du Premier ministre Laurent Fabius « fixant de manière permanente le statut dans la nation des anciens présidents de la République »[130]. À ce titre, l'État français débourse, en 2016, 2,5 millions d'euros pour sa sécurité, la rémunération de ses collaborateurs permanents et un logement de fonction[131],[132].

En , il publie un communiqué pour réagir à la dévaluation du franc[133]. Lors des élections cantonales de 1982, il est élu conseiller général du Puy-de-Dôme dans le tout nouveau canton de Chamalières, avec 72 % des suffrages au premier tour, un score jugé exceptionnel sur ce territoire[134],[135]. Le , il intervient, pour la première fois depuis sa défaite à l'élection présidentielle, à la télévision, dans L'Heure de vérité, émission lors de laquelle les trois quarts des téléspectateurs le jugent convaincant d'après une étude BVA, qui indique aussi que les Français sont plus partagés sur ses chances de revenir au pouvoir[136]. Pendant la présidence de François Mitterrand, il apparaît comme étant, aux côtés de Jacques Chirac, le principal dirigeant de l'opposition. Il affiche un avis partagé sur le président Mitterrand, le considérant en 1986 comme « la fausse valeur de la seconde moitié ce XXe siècle »[137] mais déclarant a posteriori qu'il était le « dernier à avoir eu la dimension présidentielle »[138].

Député et président de l'UDF

Réélection à l’Assemblée nationale
Valéry Giscard d'Estaing à Deauville, en 1986.

Le , à l'issue du premier tour d'une élection législative partielle, il est élu député dans la deuxième circonscription du Puy-de-Dôme, avec 63,2 % des voix[139],[140]. Il est réélu député au scrutin proportionnel en 1986, dans le département du Puy-de-Dôme, puis au scrutin majoritaire en 1988, 1993 et 1997, dans la troisième circonscription du Puy-de-Dôme[141].

Rôle sous la première cohabitation

Lors de la formation de son gouvernement dans le cadre de la première cohabitation, Jacques Chirac propose le ministère des Affaires étrangères à Valéry Giscard d'Estaing, qui le refuse[136]. Valéry Giscard d'Estaing préside la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale de 1987 à 1989 ; il est le seul président de droite d'une commission à être reconduit à la suite des élections législatives de 1988[142],[143]. Après avoir quitté l'Assemblée nationale pour siéger au Parlement européen en application de la réglementation sur le non-cumul des mandats, il occupe de nouveau la présidence de cette commission de 1993 à 1997.

Partisan de l'union de l'opposition face à la majorité socialiste, il émet le vœu de réunir « deux Français sur trois », selon le titre de l'ouvrage qu'il publie en 1984, soit bien au-delà de l'électorat traditionnel de la droite. Pressenti pour être candidat à l'élection présidentielle de 1988, il y renonce le , déclarant : « J'ai déjà servi. C'est à d'autres de servir à leur tour et je souhaite qu'ils réussissent. »[144] Il annonce par la suite son soutien à la candidature de son ancien Premier ministre Raymond Barre, puis se rallie, au second tour, à celle de Jacques Chirac, qu'il soutiendra également en 1995 et 2002. À la suite de la réélection de François Mitterrand, c'est Valéry Giscard d'Estaing qui mène la campagne nationale de la droite aux élections législatives anticipées, qui voient le Parti socialiste l'emporter sans majorité absolue, alors que, pour la première fois, les centristes (UDF et UDC) obtiennent plus d'élus que le RPR. Les médias soulignent les divergences de vue qui opposent Valéry Giscard d'Estaing à Raymond Barre, ce dernier étant considéré comme plus conciliant avec les socialistes et le gouvernement d'« ouverture » de Michel Rocard, qui comprend des personnalités de centre droit[145].

Dirigeant de l’opposition centriste

Le , Valéry Giscard d'Estaing succède à Jean Lecanuet à la tête de l'UDF, qu'il a fondée dix ans plus tôt[146]. Il tente alors de restructurer le parti et d'en concilier les différentes composantes. Comme Jacques Chirac, il doit faire face à la montée en puissance de jeunes personnalités politiques (François Léotard, Charles Millon, Dominique Baudis, François Bayrou, Philippe de Villiers) qui contestent son autorité et prônent le renouvellement de la droite[147]. Mais ceux-ci se divisent et ne parviennent pas à présenter une liste aux élections européennes de 1989, lors desquelles la liste conduite par Valéry Giscard d'Estaing arrive largement en tête, ce qui renforce sa position de chef de l'opposition parlementaire.

L'ancien président de la République, qui propose l'idée d'une fusion du RPR et de l'UDF, est alors considéré comme un candidat possible de la droite à l'élection présidentielle de 1995. Charles Pasqua se prononce même pour la tenue d'une élection primaire afin de trancher entre sa candidature et celle de Jacques Chirac[148],[149]. Crédité de 10 % d'intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle en présence d'Édouard Balladur et Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing renonce à se présenter le , constatant que les mesures auxquelles il croit — notamment une baisse massive des cotisations sociales et un référendum sur la moralisation de la vie publique — « ne rencontrent pas d'échos dans l'opinion publique française »[150],[151]. Alors qu'Édouard Balladur a les faveurs de nombreux centristes, Valéry Giscard d'Estaing rallie son rival historique, Jacques Chirac. Par la suite, il indique qu'Édouard Balladur, d'origine turque, avait une « culture complexe », qui donnait à ses propositions « un côté incertain », alors que Chirac incarnait « le Limousin, la France du Centre », ce qui le rendait selon lui compatible avec « la culture et le mode de vie français »[152],[153].

Valéry Giscard d'Estaing quitte la présidence de l'UDF le . Il met à son crédit le score du parti aux élections législatives de 1993 — avec 215 députés dans son groupe parlementaire, l'UDF a réalisé une performance historique, faisant quasiment jeu égal avec le RPR — ainsi que l'absence de tout scandale touchant à la probité de l'UDF dans un contexte de révélations sur le financement occulte des partis politiques[154],[155]. François Léotard, hostile à son égard, le remplace à la tête du parti[156]. Les principaux partisans de Valéry Giscard d'Estaing se trouvent alors parmi les adhérents directs de l'UDF, mais surtout au Parti populaire pour la démocratie française (PPDF), qui remplace le Club perspectives et réalités en 1995[156].

Prise de distance avec l’UDF

En 1999, l'ancien président presse publiquement le chef de l'État, Jacques Chirac, de ramener la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans, mesure qu'il soutient de longue date[144]. Le , Valéry Giscard d'Estaing dépose une proposition de loi en ce sens. Jacques Chirac, qui y était initialement opposé, s'y rallie et annonce la tenue d'un référendum sur cette question (l'idée d'un mandat renouvelable une fois n'est toutefois pas retenue). Le quinquennat est adopté le , par 73,2 % des suffrages exprimés, dans un contexte de forte abstention[157].

Alors que le nouveau président de l'UDF, François Bayrou, marginalise ses partisans, Valéry Giscard d'Estaing appelle à l'union de la droite derrière la liste RPR aux élections européennes de 1999 et ne soutient pas la candidature de François Bayrou à l'élection présidentielle de 2002[158]. S'estimant trop âgé pour briguer un nouveau mandat à l'Assemblée nationale, il ne se présente pas aux élections législatives de 2002, laissant sa circonscription à son fils Louis[159],[160]. Comme de nombreux cadres de l'UDF, il rejoint l'Union pour un mouvement populaire (UMP), qui entend rassembler les différentes tendances de la droite française[161],[162].

En vue de l'élection présidentielle de 2007, il soutient Nicolas Sarkozy, désavouant le candidat de l'UDF, François Bayrou, qu'il accuse « d'entretenir l'incertitude, de flotter dans le vide entre des politiques évidemment différentes »[163].

Responsabilités au niveau européen

Élection et influence au Parlement européen
Valéry Giscard d'Estaing en 2004, lors d’un congrès du Parti populaire européen (PPE) à Bruxelles.

Lors des élections européennes de 1989, il conduit la liste d'union UDF-RPR, qui arrive en tête du scrutin avec 28,9 % des suffrages et 26 élus, tandis que la liste centriste de Simone Veil obtient 8,4 % et 7 élus[164]. Il entre alors au Parlement européen et démissionne de l'Assemblée nationale.

Valéry Giscard d'Estaing préside le groupe libéral, démocratique et réformateur (LDR) au Parlement européen de 1989 à 1991. Il échoue à former un pôle libéral-conservateur capable de concurrencer les groupes PPE et socialiste, et rallie le PPE en décembre 1991, en compagnie de trois autres députés européens français du groupe libéral[165]. Il préside par ailleurs le Mouvement européen de 1989 à 1997.

En vue des élections européennes de 1999, il refuse de se présenter et s'inquiète de la multiplication des listes au centre et à droite : il s'oppose ainsi à la constitution d’une liste UDF menée par François Bayrou et apporte son soutien à une liste d'union menée par le président du RPR, Philippe Séguin[166],[167].

Président de la Convention sur l’avenir de l’Europe
Valéry Giscard d'Estaing avec des fonctionnaires de l'ENA, au Conseil de l'Europe, en 2011.

Lors du Conseil européen de Laeken de 2001, il est nommé à la tête de la Convention sur l'avenir de l'Europe, qui a pour but de simplifier les différents traités européens en rédigeant un projet de traité constitutionnel[168]. Toutes les sessions de travail de la Commission sont ouvertes et retransmises par les moyens audiovisuels[b 55]. Le , Valéry Giscard d'Estaing présente le projet de Constitution, qui est signé par les 25 membres de l'Union européenne le . Il prend une part active, en et , à la campagne pour le « oui » au référendum français sur le traité constitutionnel européen. Alors qu'il prévoit son adoption, le référendum est repoussé avec 54,7 % de « non »[169]. Après cet échec, suivi du même résultat aux Pays-Bas quelques jours plus tard, le traité constitutionnel est en partie abandonné pour laisser place au traité de Lisbonne en 2007.

Président du conseil régional d'Auvergne

En 1986, il devient président du conseil régional d'Auvergne, ses listes ayant obtenu 46,5 % des voix lors de l'unique tour de scrutin[170]. Il est réélu à l’issue des élections régionales de 1992, après que les listes d'union UDR-RPR eurent recueilli 42,6 % des suffrages[171],[172]. Aux élections régionales de 1998, les listes UDF et RPR totalisent 41 % des voix, ce qui lui permet d'être réélu pour un troisième mandat le [173],[174].

Ses mandats sont marqués par le désenclavement de l'Auvergne. Il favorise ainsi le réseau routier auvergnat en obtenant la construction de quatre autoroutes (dont l'A89), du Zénith d'Auvergne, de la Grande Halle d'Auvergne, ainsi que la création de l'Institut français de mécanique avancée. Souhaitant développer un pôle de notoriété internationale dans la région, il lance la construction de Vulcania, plus grand centre volcanique d'Europe, qui ouvre ses portes le , à Saint-Ours-les-Roches[159]. Il contribue également à l'implantation d'un second musée des volcans[175] et préside le parc naturel régional des volcans d'Auvergne de 1986 à 2004. Pendant ses mandats, de nombreux lycées sont construits ou restaurés par des architectes qu'il choisit lui-même et dont les travaux sont salués[176]. Pour faire face aux coûts de telles réalisations, il réduit les frais de fonctionnement de la région et s'oppose au projet de reconstruire le bâtiment du conseil régional[b 56].

De 1992 à 1998, il préside l'Association nationale des élus régionaux (ANER), devenue ensuite l’Association des présidents de conseils régionaux (APCR)[177],[178]. De 1997 à 2004, il est également président du Conseil des communes et régions d'Europe (CCRE) qu'il occupait depuis 1997[179],[180].

Lors des élections municipales de 1995, il échoue de peu dans la conquête de la mairie de Clermont-Ferrand, détenue par la gauche depuis 1935, sa liste recueillant 49,1 % des voix au second tour[181]. Entre les deux tours, sa liste bénéficie du soutien du Front national[182].

Alors qu'il brigue un quatrième mandat aux élections régionales de 2004 à la tête d'une liste d'union UMP-UDF et au titre de la section départementale du Puy-de-Dôme, le mode de scrutin mis en place en 2003 le contraint à un second tour, qu'il perd avec 47,3 % des voix face à Pierre-Joël Bonté (PS), étant emporté par la vague qui fait basculer la quasi-totalité des régions françaises à gauche[183].

Membre de droit du Conseil constitutionnel

Valéry Giscard d'Estaing en 2015.

Après avoir quitté sa fonction de président de région, il décide d'abandonner la vie politique active pour siéger au Conseil constitutionnel, dont il est membre de droit depuis son départ de l'Élysée[k].

En 2012, sortant comme en 2007 du devoir de réserve que lui impose le Conseil constitutionnel, il renouvelle son soutien à Nicolas Sarkozy en vue de l’élection présidentielle, indiquant que celui-ci est « le plus crédible pour redresser le pays »[184]. À l'occasion du congrès fondateur de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), en , il « souhaite bonne chance » au nouveau parti de centre droit[185].

Il continue à prendre part au débat public, notamment en publiant, dans l'hebdomadaire Le Point, des chroniques, dans lesquelles il traite des questions économiques et de la politique de l'Union européenne, dont il critique le mode de gouvernance. Il exprime également son soutien au mariage entre couples de personnes de même sexe[186] et ses réticences quant à une participation de la France à une intervention militaire en Syrie visant à renverser le régime de Bachar el-Assad[187].

Il soutient François Fillon dans le cadre de la primaire de la droite et du centre de 2016, puis à l'élection présidentielle de 2017[188],[189],[190]. S’il exprime dans un premier temps une certaine sympathie envers le président Emmanuel Macron, il prend ensuite ses distances envers celui-ci[191],[192].

Le , il devient le président de la République française ayant vécu le plus longtemps, dépassant Émile Loubet[193]. Il est également le président ayant vécu le plus longtemps après son mandat (à ce jour, 37 ans, 6 mois et 10 jours), là encore devant Émile Loubet. À partir de , après l’élection d’Emmanuel Macron, il n'est plus le plus jeune président à entrer en fonction sous la Cinquième République[194].

Prises de position

Économie

Au gouvernement, sous les présidences du général de Gaulle et de Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing se montre soucieux de réduire les déficits publics, privilégie l'investissement à la consommation et conduit une politique de lutte contre l'inflation.

Au début de sa présidence, sur les conseils notamment de Jacques Chirac, il accepte la mise en place de plusieurs mesures de relance[81]. Mais l'arrivée de Raymond Barre à la tête du gouvernement marque le début d'une politique de rigueur assumée[81]. Son septennat voit ainsi le taux de prélèvements obligatoires augmenter sensiblement alors même qu'il met en garde contre une hausse trop importante de ceux-ci, un phénomène selon lui inhérent au socialisme[81]. Tout en augmentant l'imposition des entreprises, l'exécutif se pose en défenseur de la compétitivité économique, avec notamment l'instauration dans le secteur privé du contrat de travail à durée déterminée (CDD)[195]. À partir de 1978, dans le cadre de son projet de « libéralisation » de l'économie française, la concurrence et la liberté des prix sont privilégiées. Contrairement à ce qui était pratiqué depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la politique économique menée n'est plus marquée par le dirigisme (contrôle par l'État du crédit, des salaires, des investissements)[196].

En 2018, il critique les liens entre pouvoir et argent, et s’étonne que « personne ne proteste » contre « l’enrichissement des plus riches, plus rapide qu’il ne l’a jamais été »[197]. Le magazine Marianne indique alors : « Au pouvoir, il s'est attaché à favoriser la libre concurrence et a créé le contrat à durée déterminée (CDD). Pour autant, l'ex-président ne s'est jamais montré favorable à un accroissement effréné de la richesse des plus aisés. En 1976, son Premier ministre Raymond Barre n'avait pas hésite à augmenter l'impôt sur le revenu pour les plus riches de 4 % à 8 %. »[198]

Social

Valéry Giscard d'Estaing fait adopter au début de son septennat plusieurs mesures sociales (revalorisation substantielle du minimum vieillesse, aménagement de l'âge de départ à la retraite pour les personnes ayant un emploi pénible, etc.). Pour lutter contre le chômage, qui augmente de façon importante après les deux chocs pétroliers, des mesures coûteuses sur le plan financier sont mises en place (développement de la formation professionnelle, incitation au travail à temps partiel, développement de la pré-retraite)[195]. Mais celles-ci se révèlent relativement inefficaces, ce que soulignera la gauche lors de la campagne présidentielle de 1981[195].

Immigration

Valéry Giscard d'Estaing se montre parmi les dirigeants du centre et de la droite les plus fermes sur la question de l'immigration[199].

En 1977, il fait restreindre le droit au regroupement familial, qui avait été autorisé sous conditions l’année précédente ; mais le Conseil d'État casse le décret du gouvernement, érigeant en principe général du droit le « droit de mener une vie familiale normale »[200]. Dans le même temps, sous la pression de l'aile la plus modérée de sa majorité, Valéry Giscard d'Estaing renonce à son projet de revenir sur les accords d'Évian afin d'expulser 100 000 Algériens de France chaque année sous son septennat[74].

Dénonçant un sentiment grandissant de « francophobie » et estimant que « la France n'est pas un pays d'immigration », il se prononce en 1990 pour des « moyens réglementaires et administratifs permettant de gérer un quota zéro d'immigration »[201],[202]. La même année, il participe aux états généraux du RPR et de l'UDF, qui aboutissent à des propositions hostiles à l'immigration et à l'expansion de l’islam[203]. Le , il déclare : « le type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l'immigration (« arrivée d’étrangers désireux de s'installer dans le pays ») vers celui de l'invasion (« action d’entrer, de se répandre soudainement », selon la définition donnée par Littré) ». Il propose ainsi d'abandonner le droit du sol au profit du droit du sang en matière d'acquisition de la nationalité française[204].

Construction européenne

Valéry Giscard d'Estaing et Giorgio Napolitano en 2006.

Le parcours politique de Valéry Giscard d'Estaing se caractérise, dès ses débuts, par son engagement européen : son premier grand discours à l'Assemblée nationale était ainsi consacré à la défense du traité de Rome[b 57]. Il s'affirme partisan d'une « troisième voie », située entre une Europe fédérale et une Europe des États[87].

Au moment de l'adhésion de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède à l'Union européenne, en 1995, il est une des rares personnalités politiques à émettre des réserves sur les élargissements successifs de l'UE, considérant qu'un approfondissement préalable de ses institutions est nécessaire. Lors d'un débat parlementaire, en , il déclare ainsi que ce nouvel « élargissement, sans réforme des institutions communautaires ni approfondissement du contenu, change la nature du projet d'union de l'Europe »[205].

Après les élargissements de 2004 et 2007, il se prononce pour une intégration économique et financière accrue d’un nombre limité d’États membres de l'Union européenne. Avec l'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, il appelle ainsi à la construction d'un ensemble fédéré comprenant dans un premier temps douze nations de l'Union européenne (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Espagne, Portugal, Autriche, Pologne, Irlande, Finlande). Ce projet, qui prévoit la création d'institutions spécifiques, l'instauration d'un seul et même budget, une fiscalité et un droit du travail communs, ne demanderait selon lui aucune modification des traités européens[206]. Il détaille ce projet dans son ouvrage Europa, la dernière chance de l'Europe (2014)[207].

Jugement et postérité

Bien que son action et sa personnalité aient fait régulièrement l’objet de critiques durant sa carrière politique, Valéry Giscard d'Estaing est jugé comme ayant été un bon président de la République par 64 % des Français selon une enquête réalisée par l'institut BVA en 2014. Il est considéré comme ayant « des convictions profondes » et étant « compétent », « honnête », mais aussi « distant ». Pour 69 % des sondés, la mesure la plus marquante de son mandat présidentiel est la dépénalisation de l'avortement[208].

Alors qu’il a été le premier candidat se revendiquant centriste à remporter une élection présidentielle sous la Ve République — bien qu'incarnant un courant penchant clairement à droite —, son influence sur le centrisme politique en France est notable pendant plusieurs décennies[209].

Détail des mandats et fonctions

Au gouvernement

À l'Assemblée nationale

Au niveau européen

Au niveau local

Au sein de partis politiques

Littérature

Inspirations

Tout au long de sa carrière, Valéry Giscard d'Estaing fait part de son admiration pour Guy de Maupassant, allant même jusqu'à participer à un numéro de l'émission de télévision Apostrophes consacré à l'écrivain, le [210],[211]. Dans son roman Le Passage, il cite Maupassant comme référence, emprunte son style sec et cite à un moment Les Contes de la bécasse.

Il fait également régulièrement allusion au poème de Charles Baudelaire Moesta et errabunda, en particulier aux deux derniers couplets, qui évoquent « le vert paradis des amours enfantines »[212],[138],[213].

Essais

Lors de son septennat, Valéry Giscard d'Estaing publie Démocratie française, un essai qui se vend à plus d'un million d'exemplaires. Après avoir rédigé plusieurs autres essais, il fait publier en 2014 Europa, la dernière chance de l'Europe.

Mémoires

Entre 1988 et 2006, il publie en trois tomes ses mémoires, intitulés Le Pouvoir et la Vie et édités par sa fille Valérie-Anne.

Romans

Son premier roman, Le Passage, paru en 1994 chez Robert Laffont, est un texte sentimental apolitique racontant l'aventure entre un notaire et une jeune auto-stoppeuse. L'œuvre est tiré à 50 000 exemplaires. La plupart des critiques raillent l'ouvrage[214],[215],[216],[217].

En , Valéry Giscard d'Estaing publie le roman La Princesse et le Président, qui traite d'une relation sentimentale entre deux personnages rappelant Lady Diana et lui-même[218]. Les médias britanniques hésitent entre « hilarité et curiosité », selon les termes du journal The Guardian[219]. Face aux interrogations, l'ancien président de la République affirme avoir « inventé les faits »[220].

Il fait publier en 2010 le roman uchronique La Victoire de la Grande Armée, dans lequel il imagine Napoléon Ier triompher de l'armée russe, puis se retirer pacifiquement du pouvoir[l]. Pour Laurent Joffrin, il s'agit d'« une fiction réaliste, une invention vraisemblable qui donne un cours nouveau à l'histoire de France » ; selon lui, Valéry Giscard d'Estaing « connaît bien, de toute évidence, la geste napoléonienne, les mœurs d'une époque, les souffrances de la campagne de Russie, les pensées de l'Empereur et ses habitudes de vie quotidienne jusque dans les détails »[221].

En , sort le roman Mathilda, qui retrace le destin tragique de Mathilda Schloss, une Allemande vivant en Namibie[222].

Académie française

Le , Valéry Giscard d'Estaing est élu à l'Académie française dès le premier tour de scrutin, obtenant 19 voix sur 34[m],[223]. Il est élu au fauteuil numéro 16, laissé vacant par la mort de Léopold Sédar Senghor et précédemment occupé par Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu, Alexandre Ribot ou encore Charles Maurras. Sa candidature avait notamment reçu le soutien de Jean d'Ormesson et d'Hélène Carrère d'Encausse. Selon des médias, cette élection apparaît comme davantage politique que littéraire, Valéry Giscard d'Estaing ayant jusqu'alors écrit uniquement un roman décrié, des essais politiques et ses mémoires[224],[225],[226],[227]. Il est reçu sous la Coupole le [228],[229].

Depuis la mort de Jean d'Ormesson, le , il est le vice-doyen d'âge de l'Académie française.

Récapitulatif

Œuvres

  • Démocratie française (essai), Fayard, 1976 (ISBN 978-2-213-00395-5).
  • L'État de la France, Fayard, 1981 (ISBN 978-2-213-01022-9).
  • Deux Français sur trois (essai), éditions Compagnie 12, 1984 (ISBN 978-2-08-064661-3).
  • Le Pouvoir et la Vie (mémoires).
    • tome I : La Rencontre, éditions Compagnie 12, 1988.
    • tome II : L'Affrontement, éditions Compagnie 12, 1991.
    • tome III : Choisir, éditions Compagnie 12, 2006 (ISBN 978-2-903866-84-6).
  • Le Passage (roman), Robert Laffont, 1994 (ISBN 978-2-221-07852-5).
  • Dans cinq ans, l'an 2000 : les enjeux de l'élection présidentielle, éditions Compagnie 12, 1995.
  • Les Français, réflexions sur le destin d'un peuple, éditions Compagnie 12, 2000 (ISBN 978-2-259-19184-5).
  • Valéry Giscard d'Estaing présente la Constitution pour l'Europe, Albin Michel, 2003 (ISBN 978-2-226-14201-6).
  • La Princesse et le Président (roman), éditions de Fallois, 2009 (ISBN 978-2-877067-06-5).
  • La Victoire de la Grande Armée (roman), Plon, 2010 (ISBN 978-2-259-21390-5).
  • Mathilda (roman), XO éditions, 2011 (ISBN 978-2845635579).
  • Europa, la dernière chance de l'Europe (essai), préface de Helmut Schmidt. XO, 2014 (ISBN 978-2845637528) – prix spécial du jury du livre d'économie 2014.

Préfaces

  • Armand Sauvagnat, La Fabuleuse Histoire du Mont-Dore, Sauvagnat éditeur, 1966.
  • Jean Salvan, Liban 1978 : les casques bleus de la France, éditions Éric Baschet, 1979 (ISBN 2-86309-004-6).

Châteaux

Le château d'Estaing en 2007.

Déjà propriétaire du château de Murol en Saint Amant à Saint-Amant-Tallende (Puy-de-Dôme) — demeure de la famille de La Tour Fondue rachetée à leurs cousines, en 1921, par René et Edmond Giscard d'Estaing (arrière-petits-fils d'Élise de La Tour Fondue) —, la société civile immobilière formée par Valéry Giscard d'Estaing, son frère Olivier Giscard d'Estaing et leur cousin Philippe achète en 2005 le château d'Estaing à la commune d'Estaing. Ce monument historique classé en 1945, berceau de la famille d'Estaing, dont il fut la propriété jusqu'à la Révolution, et qui a longtemps hébergé la communauté des sœurs de Saint-Joseph, est composé de plusieurs bâtiments des XVe, XVIe et XVIIe siècles construits autour d'un ancien donjon.

Valéry Giscard d'Estaing affirme que l'achat du château d'Estaing répond à une logique de mécénat pour sa restauration et son ouverture au public. Il précise qu'il envisage « la programmation de concerts, de rencontres et de conférences » et qu'il souhaite « faire une place pour [s]es archives personnelles de président de la Convention européenne »[230]. L'achat est critiqué car la congrégation des religieuses de Saint-Joseph avait vendu le château à la commune en dessous du prix du marché, afin que celui-ci redevienne patrimoine public et aussi pour empêcher qu'il ne tombe entre les mains d'un acheteur étranger ; or, la commune d'Estaing l'a cédé cinq années plus tard aux Giscard d'Estaing[231]. D'après le maire d'Estaing, Jean Pradalier, la municipalité est satisfaite de se décharger de la lourde gestion financière de ce monument, espérant en outre accroître son rayonnement par la célébrité de son propriétaire[232].

À la suite de cet achat, Valéry Giscard d'Estaing met en vente son château de la Varvasse, situé dans la commune de Chanonat (Puy-de-Dôme), que son père avait acquis en 1936[233],[234].

Anne-Aymone Giscard d'Estaing conserve, quant à elle, la propriété de la famille de Brantes, le château du Fresne à Authon (Loir-et-Cher)[235]. C'est d'ailleurs dans un terrain privé voisin du cimetière communal (où se situe la chapelle funéraire des de Brantes) que sont inhumés les proches de Valéry Giscard d'Estaing, en particulier sa fille Jacinte[236].

Chasse et safaris

Grand amateur de chasse, Valéry Giscard d'Estaing participait notamment aux chasses présidentielles quand le général de Gaulle était chef de l'État[237]. Il a pris part à de nombreux safaris en Afrique[238] et sera même cité dans le Rowland Ward, livre des records des grands chasseurs,[240]. On estime qu'il a tué une cinquantaine d'éléphants[241]. En 1977, sur ce thème, Gilbert Laffaille a composé une chanson satirique : Le Président et l'Éléphant.

Parodies

Marionnette de Valéry Giscard d'Estaing dans Le Bébête show.

Durant sa présidence, l'humoriste Thierry Le Luron imite et raille Valéry Giscard d'Estaing sur sa façon de parler et sur sa communication (dîners chez des Français, entretiens au coin du feu). Après son départ de l'Élysée, Valéry Giscard d'Estaing continue à être parodié par Le Bébête show et Les Guignols de l'Info.

Armoiries et emblème personnel

La famille Giscard d'Estaing a relevé, en même temps que le nom (en 1922 et 1923[n]), les armes d'Estaing, d’azur à trois fleurs de lis d'or, au chef du même[243],[244].

En tant que chef de l'État, Valéry Giscard d'Estaing choisit comme emblème personnel un faisceau de licteur entouré d'une couronne de lauriers,[246]. Le même symbole est reporté sur ses armoiries en tant que chevalier de l'ordre de l'Éléphant (Danemark)[247] et chevalier de l'ordre des Séraphins (Suède)[248].

Armoiries de Valéry Giscard d'Estaing comme chevalier de l'ordre du Séraphin.

Distinctions

Décorations

Prix

Autre

Voir aussi

Articles connexes

Archives

Les archives de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing (archives du secrétariat particulier, des collaborateurs du président et des services de l’Élysée comme le service photographique et le service du protocole) sont conservées aux Archives nationales, dans la série 5/AG(3)[250]. Les archives de Valéry Giscard d'Estaing antérieures et postérieures à son septennat (archives privées, archives du ministre de l'Economie et des Finances, archives des campagnes électorales de 1974 et 1981, albums et tirages photographiques) sont également conservées aux Archives nationales, dans le fonds 500/AJ[251].

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Jean-Claude Colliard, Les Républicains indépendants - Valéry Giscard d'Estaing, Presses universitaires de France, 1972.
  • François Lancel, Valéry Giscard d'Estaing : de Chamalières à l'Élysée, Belfond, 1974.
  • Jean-Marie Cotteret, Claude Emeri, Jacques Gerstlé, René Moreau, Giscard d'Estaing / Mitterand, 54 774 mots pour convaincre, Presses universitaires de France, Paris, 1976.
  • Joseph Jonas, Anne Nourry, Giscard de tous les jours, Fayolle, 1978.
  • Bernard Lecompte, Christian Sauvage, Les Giscardiens, Albin Michel, 1978.
  • Jean Bothorel, La République mondaine, essai sur le giscardisme, Grasset, 1979.
  • Arthur Conte, L'Homme Giscard, Plon, 1981.
  • Jean Bothorel, Le Pharaon : histoire du septennat giscardien, 19 mai 1974-22 mars 1978, Grasset, 1983.
  • Samy Cohen et Marie-Claude Smouts, La Politique extérieure de Valéry Giscard d'Estaing, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, , 436 p. (ISBN 2-7246-0515-2, lire en ligne).
  • Philippe Reinhard, Le Revenant, Albin Michel, 1990 (prix du meilleur livre politique en 1991).
  • Arnaud Jacquet, Valéry Giscard d'Estaing, 1974-1981, La Ferté-Saint-Aubin, l'Archer, 1999.
  • Agathe Fourgnaud, Valéry Giscard d'Estaing : entretiens, Flammarion, 2001 (ISBN 978-2-08-068125-6).
  • Serge Berstein, René Rémond et Jean-François Sirinelli, Les Années Giscard : institutions et pratiques politiques, 1974-1978, Paris, Fayard, coll. « Nouvelles études contemporaines », , 279 p. (ISBN 978-2-2136-1737-4).
  • Michèle Weinachter, Valéry Giscard d'Estaing et l'Allemagne : le double rêve inachevé, L'Harmattan, 2004.
  • Serge Berstein et Jean-François Sirinelli, Les Années Giscard : Valéry Giscard d'Estaing et l'Europe, 1974-1981, Paris, Armand Colin, , 272 p. (ISBN 978-2-2003-4583-9, lire en ligne).
  • Serge Berstein et Jean-François Sirinelli, Les Années Giscard : les réformes de société, 1974-1981, Paris, Armand Colin, , 296 p. (ISBN 978-2-2003-5036-9, lire en ligne), [présentation en ligne].
  • Pascal Geneste, Archives de la présidence de la République. Valéry Giscard d'Estaing, Paris, Archives nationales - Somogy, éditions d'art, 2007.
  • Roger Chinaud, De Giscard à Sarkozy : dans les coulisses de la Ve, L'Archipel, 2009.
  • Frédéric Abadie, Jean-Pierre Corcelette, Valéry Giscard d'Estaing, Nouveau Monde, 2009.
  • Serge Berstein, Jean-Claude Casanova et Jean-François Sirinelli, Les Années Giscard : la politique économique, 1974-1981, Paris, Armand Colin, , 192 p. (ISBN 978-2-2003-5468-8, lire en ligne).
  • Serge Berstein et Jean-François Sirinelli, Les Années Giscard : 1978-1981 : les institutions à l'épreuve ?, Paris, Armand Colin, , 136 p. (ISBN 978-2-2002-4644-0, lire en ligne).
  • Georges Valance, VGE, une vie, Paris, Flammarion, , 618 p. 
  • Damon Mayaffre, Le Discours présidentiel sous la Ve République. Chirac, Mitterrand, Giscard, Pompidou, de Gaulle, Paris, Presses de Sciences Po, 2012, 384 pages (ISBN 2724612442).
  • Raymond-François Le Bris, Une modernisation interrompue. Regard sur le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, Paris : France-Empire, 2013 (ISBN 978-2-7048-1207-3).
  • Mathias Bernard, Valéry Giscard d'Estaing : les ambitions déçues, Paris, Armand Colin, 2014, 487 pages (ISBN 978-2200248383).
  • Éric Roussel, Valéry Giscard d'Estaing, éditions de l'Observatoire, 2018.

Filmographie

Théâtre

Liens externes

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Notes et références

Notes

  1. Siège depuis 2004.
  2. Ministre d’État à partir du .
  3. L'« une des plus influentes familles de la bourgeoisie française », écrivait, en 1982, le généalogiste Michel Sementéry[3].
  4. Par un décret en Conseil d'État en date du , Edmond Giscard, de même que ses oncles et cousins, fut autorisé à ajouter à son nom celui d'Estaing, éteint avec sa trisaïeule Lucie Madeleine d'Estaing de Réquistat Dubuisson, comtesse de La Tour Fondue — elle-même descendante d'« une branche apparemment bâtarde de l'illustre famille d'Estaing[4] », filleule[5] de l'amiral d'Estaing, héros de la guerre d'indépendance des États-Unis, et de la maîtresse royale Lucie Madeleine d'Estaing, et mère d'Élise de Cousin de La Tour Fondue (épouse de Martial Giscard). Auparavant, Valéry Giscard (le grand-père du président) avait, quant à lui, demandé à relever le nom — en voie d'extinction — de sa grand-mère La Tour Fondue ; mais le dernier représentant mâle de cette famille de la noblesse auvergnate, Anatole de Cousin de La Tour Fondue, expatrié au Canada, en était revenu pour s'y opposer[6],[7],[8].
  5. La descendance de Valéry Giscard d'Estaing partage avec celle du deuxième duc de Magenta (Marie Armand Patrice de Mac Mahon, marié à une princesse d'Orléans) la particularité de descendre à la fois d'un président de la République française et du roi Louis XIV[13].
  6. Il déclare : « J'ai décidé de soutenir la candidature de M. Pompidou […] Dans des circonstances normales, c'est-à-dire en 1972, j'aurais posé ma candidature à la présidence de la République. Dans la situation présente, nous avons cherché la personne qui pouvait le mieux assurer la continuité de la nation. »
  7. Une affiche montrant ce soutien, réalisée par l'agence Pink, est placardée au nom de la FNRI[39].
  8. Christian Ranucci en 1976, puis Jérôme Carrein et Hamida Djandoubi en 1977
  9. Le président français a milité pour ce nom, acronyme de European Currency Unit, qui rappelle l'écu, monnaie française utilisée au Moyen Âge
  10. Cf. accords de Madrid et la relation amicale entretenue entre Valéry Giscard d’Estaing et le roi Hassan II.
  11. En vertu de l'article 56 de la Constitution du 4 octobre 1958.
  12. L'empereur donne en l'ordre à la Grande Armée de se retirer de Moscou pour contraindre à l'offensive le général russe Mikhaïl Koutouzov. À la suite de cette manœuvre, les Russes sont défaits par l'armée française, après quoi Napoléon abdique en faveur de son fils adoptif Eugène de Beauharnais et milite ardemment pour la paix en Europe.
  13. Michel Tack recueille deux voix, Robert Pioche une voix, huit bulletins portent une croix, en signe d'opposition, et quatre bulletins sont blancs.
  14. Après un premier décret en 1922, René Giscard (frère aîné d'Edmond et oncle du président Giscard d'Estaing) a demandé et obtenu une seconde décision, l'année suivante, étendant en sa faveur l'autorisation d'adjoindre à son patronyme le nom d'Estaing[242].

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