Union des femmes peintres et sculpteurs

Union des femmes peintres et sculpteurs
Logo de l’association
Hélène Bertaux, dite Mme Léon Bertaux (en 1889), fondatrice de L'union des femmes peintres et sculpteurs en 1881
Cadre
Forme juridique ONG
Zone d’influence Drapeau de la France France
Fondation
Fondation 1881
Fondateur Hélène Bertaux
Identité
Siège no 147 avenue de Villiers, Paris 17e (Drapeau de la France France)

L’Union des femmes peintres et sculpteurs (UFPS) est la première, en date, des sociétés de femmes artistes en France. Fondée par la sculptrice Hélène Bertaux (1825-1909) à Paris en , elle a existé jusqu'en (date de la 110e et dernière exposition), ce qui en fait l'une des associations artistiques qui a le plus longtemps perduré.

Histoire

Vers 1880, les femmes artistes ont toujours bien du mal à se faire reconnaître en tant que telles. Exceptées les artistes aisées, les femmes artistes ne peuvent recevoir un enseignement artistique financièrement accessible et de qualité[1]. De même, le Salon officiel reste très sélectif à l'égard des femmes. Pour tenter d'y remédier, Hélène Bertaux (Mme Léon Bertaux, de son nom d'artiste), forte de sa consécration en tant que sculptrice, décide de fonder en 1881 une société artistique ne regroupant que des femmes (françaises ou étrangères), associant talents naissants et talents déjà reconnus, et visant à défendre leurs droits[2]. Elle en sera la première présidente de 1881 à 1894.

Le siège social est fixé au no 147 avenue de Villiers dans 17e arrondissement de Paris où, dès 1880, Hélène Bertaux, avait commandité un immeuble avec de vastes ateliers pour faire face à la forte demande de cours de sculpture qu'elle donnait jusqu'alors au no 233 rue du Faubourg-Saint-Honoré[3].

La création de l'Union des femmes peintres et sculpteurs (UFPS) s'inscrit dans un contexte favorable : développement d'une presse féministe et engagée (La Citoyenne d'Hubertine Auclert en 1881, La Fronde de Marguerite Durand en 1897, Femina en 1901…), fin du contrôle de l'État sur le Salon officiel en 1880, et création de nouveaux salons (Salon de la Société des artistes français en 1881, Salon des indépendants en 1884, Salon de la Société nationale des beaux-arts en 1890).

Hélène Bertaux décide de mettre très vite en place un nouveau salon annuel (sans jury de sélection, du moins sous son mandat, et sans comité de placement) qui permet de promouvoir régulièrement les travaux des sociétaires de l'UFPS auprès du grand public, de la presse, des officiels ou des acheteurs. En parallèle, plusieurs prix — dont un prix de l'Union et un prix Léon Bertaux — récompensent régulièrement les artistes les plus méritantes. Enfin, les sociétaires de l'UFPS peuvent également exposer dans d'autres salons.

Le premier Salon de l'UFPS ouvre ses portes le à la salle du Cercle des arts libéraux (appelée aussi salle Vivienne), située au no 49 rue Vivienne à Paris[4]. Par la suite, les expositions ont lieu dans une aile du palais de l'Industrie prêtée par la ville de Paris et, bien plus tard, au Grand Palais ou au palais de Tokyo.

Parmi les premières artistes associées à l'UFPS, on compte Virginie Demont-Breton (qui deviendra la deuxième présidente de l'UFPS), Louise Catherine Breslau (en 1882 et 1884), Laure de Châtillon, Élodie La Villette et sa sœur Caroline Espinet, Magdeleine Real del Sarte, Charlotte Besnard, Frédérique Vallet-Bisson

Le Salon de l'Union des femmes peintres et sculpteurs gagne rapidement en notoriété et devient ainsi, au fil des ans, un rendez-vous attendu et inauguré, à plusieurs reprises, par des représentants de l’État.

Des personnalités comme la baronne Nathaniel (Charlotte) de Rothschild (1825-1899) ou Rosa Bonheur (1822-1899), toutes deux artistes peintres, en acceptant de devenir membre d'honneur de l'UFPS aident à assoir sa notoriété auprès de la bourgeoisie et de l'aristocratie. Ainsi, la duchesse d'Uzès, sculptrice, y expose sous le nom de Manuela à partir de 1897[5], avant de devenir la troisième présidente de l'UFPS, de 1901 à 1903.

Dès 1889, et soutenue par l'UFPS, Hélène Bertaux mène, avec succès, un combat qui durera de longues années, et dont le but est de voir les femmes artistes intégrer l’École nationale des beaux-arts de Paris et prendre part au concours du Prix de Rome. Elle tente même, mais vainement cette fois, de se faire élire au sein de l'Académie des Beaux-Arts à l'Institut de France.

En décembre 1890, Hélène Bertaux lance le Journal des femmes artistes, un bimensuel distribué gratuitement aux sociétaires, qui paraît jusqu'en février 1901[6]. Par la suite, ce journal prend le titre de Bulletin officiel de l'Union des femmes peintres et sculpteurs et devient mensuel, avant de cesser de paraître en novembre 1919[7].

En 1892, L'UFPS est reconnue association d'utilité publique[8], ce qui lui permet de recevoir des dons, des legs ou des subventions.

La même année, Hélène Bertaux est appelée à participer au comité d'organisation de la section féminine des beaux-arts de l'Exposition universelle de Chicago de 1893. Pour cette exposition, un pavillon spécifiquement dédié aux femmes artistes et artisanes a été prévu — The Woman's Building — volontairement séparé du palais des Beaux-Arts. Il est réalisé par une jeune architecte américaine de 25 ans, Sophia Hayden[9].

S'agissant de la section française beaux-arts, plus d'une centaine d'artistes acceptent d'y montrer leur travail (peintres, sculptrices, dessinatrices, graveuses…)[10]. Hélène Bertaux y fait installer un grand panneau mural rappelant l'historique de l'UFPS, son développement et sa situation financière très florissante. Des rencontres et débats entre le courant féministe américain et les créatrices françaises, auront un impact déterminant dans les médias.

Le palais des Beaux-Arts, lui, accueillera tous les autres artistes, quel que soit leur sexe[11].

L'année suivante, en 1894, Hélène Bertaux, en conflit ouvert avec Virginie Demont-Breton qui revendique une sélection plus stricte, se retire de la présidence de l'UFPS, tout en restant sociétaire à vie et présidente honoraire. Elle poursuit sa carrière de sculptrice, exposant au Salon de l'UFPS jusqu'en 1897, ainsi qu'au Salon de la Société des artistes français jusqu'en 1900, où elle remporte une dernière victoire en devenant la première femme à pouvoir faire partie du jury de sélection de ce Salon à partir de 1897.

Sous la présidence de Virginie Demont-Breton (1894-1900) l'association change de siège social et les sociétaires doivent passer par un jury pour pouvoir exposer au Salon annuel de l'UFPS, perdant ainsi le but initial de « sororité » qui était le sien, et devenant assez mondain.

Si le Salon de l'UFPS ne fut probablement pas un lieu d'avant-garde artistique, un certain nombre d'artistes encore connues de nos jours y exposèrent régulièrement — comme Suzanne Chapelle, Louise Janin, Adrienne Jouclard, Éliane Petit de La Villéon (qui en fut présidente) ou Anna Quinquaud — et il continuera à faire partie des salons parisiens reconnus.

Dans les années 1970-1980 (années du MLF), il retrouvera un nouvel essor, avec l'arrivée d'une nouvelle génération de femmes artistes engagées. L'une de ses dernières présidentes sera l'artiste peintre Marianne Fayol (1908-2003)[12].

Bilan

Le Salon de l'UFPS connut un réel succès : si au premier Salon de 1882 on compte une trentaine d'exposantes, elles seront 130 en 1885, et plus de 400 en 1889[13].

Entre 1897 et 1900, les femmes artistes sont enfin admises à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris avec l'accès définitif à tous les ateliers de l’École en 1900.

En 1903, le concours au prix de Rome leur est ouvert, et la première femme lauréate d'un Premier Grand prix de Rome - fut Lucienne Heuvelmans, en sculpture, en 1911.

Les achats par l’État d’œuvres exposées aux Salons de l'UFPS augmentent de manière notable. De même que les achats privés.

Un changement se fait dans les mentalités permettant, enfin, aux femmes artistes d'avoir désormais un statut social reconnu.

Enfin, dans le contexte de la Troisième République, soucieuse de développer la statuaire monumentale ou commémorative, les sculptrices en général — et celles de l'UFPS en particulier —e trouvent progressivement des débouchés dans l'espace public, jusqu'alors dévolu aux hommes (monuments divers, sépultures…).

En 2007, Élisabeth Lebovici rappela qu'il n'existait toujours pas d'étude sur cette période (1880-1900) qui voit l'émergence d'un nouveau statut social, la « femme artiste ». Si depuis lors quelques ouvrages généraux sont parus, il n'existe pas d'étude approfondie sur l'Union des femmes peintres et sculpteurs et ses 110 ans d'existence, en dépit d'un ouvrage publié en 2010, répertoriant l'ensemble des catalogues produits par les différents salons des femmes peintres et sculpteurs. La Bibliothèque nationale de France conserve le Journal des femmes artistes qui reste à exploiter et qui est en cours de numérisation. Les archives de l'Union ont, selon Chantal Beauvalot[14], à ce jour disparu et de conclure que, selon elle, « l’émergence d’une société réservée aux femmes confirma à la troupe des incrédules que, si les femmes ne détenaient pas entre leurs seules mains « le salut du monde », le talent artistique n’était pas concentré dans la virilité et que le professionnalisme n’était pas l’apanage de la gent masculine ».

Ce point de vue doit cependant être nuancé : en effet, selon Denise Noël[15], « au XXe siècle, [les] femmes artistes s[er]ont évacuées de l’histoire de l’art, leur élimination collective ayant été facilitée par la mise en place, au tournant du siècle, d’une sphère d’étude distincte. Une homogénéité fictive des œuvres féminines est encouragée, qui se traduit par des manifestations séparées (les expositions de l’Union des femmes peintres et sculpteurs, celle des Arts de la femme à Paris en 1892 ou celle du Palais de la Femme à l’Exposition universelle de Chicago en 1893) et des ouvrages entièrement consacrés aux femmes : par exemple, en France, La Femme dans l’art (1893) de Marius Vachon[16], en Angleterre, Women Painters of the World (1905) de Walter Shaw Sparrow, et, en Allemagne, Die Bildenden Künstlerinnen der Neuzeit (1905) d’Anton Hirsch[17]. »

Notes et références

  1. Catherine Gonnard et Élisabeth Lebovici, Femmes artistes/artistes femmes, Paris, de 1880 à nos jours, Paris, Hazan, , 479 p. (ISBN 978 2 7541 0206 3).
  2. Pierre Sanchez, Dictionnaire de l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, Statuts de l'Association., Dijon, L'échelle de Jacob, (ISBN 978-2-35968-012-6), Tome I, page 31 à 34
  3. Édouard Lepage, Une conquête féministe. Mme Léon Bertaux, 1911., Paris, Imprimerie française, 1911 ; réédition en 2009, 214 p. (ISBN 978-2-7466-0610-4).
  4. Le Rappel, 26 janvier 1882, p. 2 disponible sur Gallica.
  5. Henry Carnoy, Dictionnaire biographique international des écrivains, Georg Olms Verlag, 1987, p. 242 [lire en ligne]
  6. Notice du calaogue de la BnF en ligne.
  7. Notice du catalogue de la BnF (en ligne).
  8. Pierre Sanchez, Dictionnaire de l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs, Décret de reconnaissance d'Utilité publique, Dijon, L'échelle de Jacob, (ISBN 978-2-35968-012-6), Tome I, page 30
  9. Keith Eggener, American Architectural History: A Contemporary Reader, Routledge, 2004, p. 255 [lire en ligne]
  10. Peintres de la section française ayant exposé au Woman's Building : Louise Abbéma, Marie Bashkirtseff, (à titre posthume), Marthe Boyer-Breton, Laure Brouardel, Julie Buchet, Laure de Châtillon, Uranie Alphonsine Colin-Libour, Delphine de Cool, Virginie Demont-Breton, Fanny Fleury, Maximilienne Guyon, Élodie La Villette, Madeleine Lemaire, Euphémie Muraton, Jeanne Rongier, Marguerite Turner, Frédérique Vallet-Bisson, Jenny Villebesseyx et Jenny Zillhardt. Sculptrices de la section française ayant exposé au Woman's Building : Sarah Bernhardt, Hélène Bertaux, Chatrousse (?), Mme Clovis Hugues, Laure Coutan, Marcelle Lancelot-Croce et Manuela (pseudonyme de la duchesse d'Uzès) [lire en ligne].
  11. « Catalogue des exposants au Palais des Beaux-arts (Exposition internationale de Chicago de 1893) », .
  12. Catherine Gonnard, Anne-Marie Gourier, UFPS, Union des femmes peintres et sculpteurs, documentaire, 53 min, diffusé par le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, 2007.
  13. Piere Sanchez (dir.), Dictionnaire de l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs (1882-1965), Dijon, L'Échelle de Jacob, , p. 3 tomes.
  14. Avant-propos à P. Sanchez (dir.), Dictionnaire de l’Union des femmes peintres et sculpteurs, 2010 ([PDF] notice en ligne).
  15. Denise Noël, "Les femmes peintres dans la seconde moitié du XIXe siècle », Paris, Clio. Femmes, Genre, Histoire, 19, mis en ligne le 31 janvier 2005 (lire en ligne)
  16. Marius Vachon, La femme dans l'art : les protectrices des arts ; Les femmes artistes, Paris, J. Rouam, 1893.
  17. Anton Hirsch, Die Bildenden Künstlerinnen der Neuzeit, Stuttgart, F. Enke, 1905 - réf. BNF

Annexes

Bibliographie

  • Maria Lamers de Vits, Les femmes sculpteurs, graveurs & leurs œuvres, Paris, Référendum littéraire, 1905.
  • (en) Léonce Bénédite, « Of Women Painters in France », in Walter Shaw Sparrow (dir.), Women painters of the world, from the time of Caterina Vigri, 1413-1463, to Rosa Bonheur and the present day, Londres, The Art and Life Library, Hodder & Stoughton, 1905 (en ligne sur The Project Gutenberg).
  • Michelle Perrot, « Les femmes et l'art en 1900 », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, n° 21, janvier 2003, p. 49-54 (en ligne).
  • « Avant-propos », in C. Gonnard et Élisabeth Lebovici, Femmes artistes/artistes femmes de 1880 à nos jours, Paris, Hazan, 2007 (ISBN 978-2754102063).
  • Pierre Sanchez, Dictionnaire de l’Union des femmes peintres et sculpteurs, Dijon, Éditions l’Échelle de Jacob, 2010 (ISBN 978-2-35968-012-6).

Articles connexes

Liens externes

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale d’Israël • Bibliothèque apostolique vaticane • WorldCat