Ubuntu (notion)

Nelson Mandela décrit le concept d'ubuntu en citant un proverbe traditionnel (1 min 36 s, anglais)

Le mot ubuntu, issu de langues bantoues du sud de l’Afrique, désigne une notion proche des concepts d’humanité et de fraternité[1]. En Afrique du Sud, ce terme a été employé, notamment par les prix Nobel de la paix Nelson Mandela[n 1] et Desmond Tutu, pour dépeindre un idéal de société opposé à la ségrégation durant l’Apartheid, puis pour promouvoir la réconciliation nationale.

Dans son discours hommage à Nelson Mandela, Barack Obama l’explique ainsi : « Mon humanité est inextricablement liée à ce qu’est la vôtre[1] ». Selon l’archevêque Desmond Tutu, auteur de Reconciliation: The Ubuntu Theology : « Quelqu’un d'ubuntu est ouvert et disponible pour les autres » car il a conscience « d’appartenir à quelque chose de plus grand ».

Étymologie

Issu de langues nguni (zoulou, xhosa, ndébélé, swati), le mot ubuntu est formé à partir du préfixe « ubu- » servant à former un substantif abstrait, et du radical « -ntu » désignant un être humain. Sa construction est donc analogue à celle du mot français « humanité ».

Concept

Une définition commune en donne pour sens « la qualité inhérente au fait d'être une personne parmi d'autres personnes ». Le terme ubuntu est souvent lié au proverbe « Umuntu ngumuntu ngabantu » signifiant approximativement : « Je suis ce que je suis parce que vous êtes ce que vous êtes », ou d'une manière plus littérale : « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ».

Le 14e dalaï-lama y voit une similarité avec la croyance fondamentale selon laquelle nous sommes tous interdépendants et devons donc nous conduire avec le sens de la responsabilité universelle[2].

Contexte historique

Le terme ubuntu est un concept présent dans toutes les langues bantu (en lingala Bomoto, en kikongo kimuntu, en punu Butu, en Kinyarwanda et Kirundi Ubuntu...). Il a été remis au goût du jour avec la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. En 1995, la Commission vérité et réconciliation menée par Mgr Desmond Tutu se donnait pour objectif de procéder à des amnisties individuelles aux auteurs de violations des droits de l'homme. En échange, ceux-là s'engageaient à révéler l'intégralité de leurs actions. Cette procédure fait écho à la Constitution de 1993, qui énonce le « besoin d'ubuntu et non de victimisation. »

« Quelqu'un d'ubuntu est ouvert et disponible pour les autres, dévoué aux autres, ne se sent pas menacé parce que les autres sont capables et bons car il ou elle possède sa propre estime de soi — qui vient de la connaissance qu'il ou elle a d'appartenir à quelque chose de plus grand — et qu'il ou elle est diminué quand les autres sont diminués ou humiliés, quand les autres sont torturés ou opprimés. »

— Desmond Tutu

Influences

Le  : Discours-hommage[3] du président des États-Unis Barack Obama pour les funérailles de Nelson Mandela :

« Finally, Mandela understood the ties that bind the human spirit. There is a word in South Africa—Ubuntu—that describes his greatest gift: his recognition that we are all bound together in ways that can be invisible to the eye; that there is a oneness to humanity; that we achieve ourselves by sharing ourselves with others, and caring for those around us. We can never know how much of this was innate in him, or how much of was shap—and burnished in a dark, solitary cell. But we remember the gestures, large and small—introducing his jailors as honored guests at his inauguration; taking the pitch in a Springbok uniform; turning his family’s heartbreak into a call to confront HIV/AIDS—that revealed the depth of his empathy and understanding. He not only embodied Ubuntu; he taught millions to find that truth within themselves. It took a man like Madiba to free not just the prisoner, but the jailor as well; to show that you must trust others so that they may trust you; to teach that reconciliation is not a matter of ignoring a cruel past, but a means of confronting it with inclusion, generosity and truth. He changed laws, but also hearts. »

Référence culturelle

En 2004, le nom d'Ubuntu est donné à une distribution Linux développée par la société Canonical sous l'impulsion de l'entrepreneur sud-africain et britannique Mark Shuttleworth.

Notes et références

Notes

  1. Voir l'article Nelson Mandela

Références

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Battle M. (Spirituality and Black Church Studies Duke University, États-Unis), « A theology of community : The Ubuntu theology of Desmond TuTu (Une théologie de la communauté : La théologie Ubuntu de Desmond Tutu », Revue Interpretation, 2000
  • (en) Desmond Tutu (préface), Michael Jesse Battle (auteur), Reconciliation: The Ubuntu Theology of Desmond Tutu, Pilgrim Press, 2009
  • (fr) Desmond Tutu, Mike Nicol, Croire ubuntu inspirations et paroles de Desmond Tutu Acropole, 2007
  • (fr) Philippe-Joseph Salazar (dir.), Amnistier l’Apartheid, Paris, Le Seuil, Series : L’Ordre Philosophique, 2004, 352 p, (ISBN 2-02-068604-X)
  • (fr) Barbara Cassin, Olivier Cayla, Philippe-Joseph Salazar, Vérité, réconciliation, réparation, Le Genre Humain, vol 43, 2004, 365 p. (ISBN 2-02-062886-4)

Articles connexes

Liens externes

  • (en) Article de la BBC relatant un discours du président Bill Clinton prônant l'Ubuntu aux travaillistes britanniques en septembre 2006.
  • "Donner une voix à l’Afrique au sein de la gouvernance globale : histoire orale, droits de l’homme et Conseil des droits de l’homme aux Nations unies", in Forum pour une nouvelle Gouvernance Mondiale, 2007. Dans cet article, l'auteur, Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni, applique le concept d'Ubuntu à une vision de la gouvernance mondiale.