Tyr

Tyr
(ar) صور — Ṣūr
Tyr : la ville moderne (partie sud).
Tyr : la ville moderne (partie sud).
Administration
Pays Drapeau du Liban Liban
Gouvernorat Sud-Liban
District Tyr
Démographie
Population 41 421 hab. (est. 2008)
Géographie
Coordonnées 33° 16′ 08″ nord, 35° 12′ 59″ est
Localisation

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Tyr

Tyr (en arabe : صور, Ṣūr) est une ville du Sud du Liban. C'est le chef-lieu du caza de Tyr dans la mouhafazah du Sud-Liban.

Géographie

Carte du Liban. Tyr est situé au sud-ouest.

Tyr (Ṣūr en arabe) se situe dans la Phénicie méridionale, à un peu plus de 70 km au sud de Beyrouth (appelée Béryte ou Bérytos dans l'Antiquité) et à 35 km au sud de Sidon (Saida en arabe), presque à mi-chemin entre Sidon au nord et Acre au sud, et à quelques kilomètres au sud du Litani (le Leontes des sources classiques).

Dans l'Antiquité, la ville était composée de deux parties, l'une insulaire et l’autre continentale. La ville insulaire était située sur un rocher, d’où son nom, « SR », qui signifie en phénicien « le rocher ». Séparée du continent par un détroit de cinq cents à sept cents mètres de large, elle était dotée de deux ports, le « port Sidonien » au nord, et le « port égyptien » au sud.

En partant de Tyr vers le nord en direction de Sidon, on passe près de la source ‘Ain Babouq, puis près de la source thermale ‘Ain Habrian, et enfin on arrive au Nahr (fleuve, rivière) el Qasmiyé qui est la partie inférieure du Nahr el Litani. Ce fleuve constituait la frontière nord entre le royaume de Tyr et celui de Sidon quand ils se sont séparés, mais la frontière nord a dépassé ce fleuve plusieurs fois et elle s’est élargie jusqu’à Sarepta et même un peu plus parfois.

En dehors de la route menant à Sidon, une route côtière très importante partait de Tyr vers le sud, l’échelle de Tyr, d’où l’on atteint tout de suite Tell el Rachidieh et juste après Ras el ‘Ain. Certains historiens spécialistes, ont identifié cette dernière à Palætyrus ou Ushu  mais cette identification n’a pas exclu les autres possibilités. La route franchit Ras el Abyad qui, à gauche, mène à Oum El Amed située sur une colline à une dizaine de mètres au-dessus de la route côtière, qui, vers le sud, nous fait aboutir à Akzib  et puis à Acre et sa plaine pour arriver finalement à Haïfa et au mont Carmel, qui constituent la frontière sud du royaume de Tyr.

Histoire

L’histoire de Tyr se confond avec celle de Saïda principalement parce que, sur plusieurs périodes, les deux villes étaient unifiées. Hérodote, qui visite la ville en 450 av. J.-C., est informé par les prêtres du temple de Melkart que la ville avait été fondée en même temps que le temple et que Tyr était habitée depuis 2 300 ans, soit dès 2700 av. J.-C. Cette date fut attestée par l’archéologie, et surtout par le sondage effectué par Patricia Bikai dans le centre de Tyr l’insulaire, ce sondage ayant livré vingt-sept niveaux ; le premier niveau remonte au premier quart du troisième millénaire.

Du troisième à la fin du deuxième millénaire av. J.-C., Tyr n’a joué qu’un rôle secondaire dans l’histoire du Levant, ce qui explique son omission dans les sources mariotes et eblabites. Elle figure dans les textes égyptiens du deuxième millénaire pour sa situation stratégique méridionale ; mais elle n’était qu’un petit port d’escale entre l’Égypte et Byblos (Jbeil en arabe) en premier lieu et un port de transit entre les ports levantins et l’intérieur. Le statut de Tyr entre le règne de Thoutmôsis II et Ramsès III lui a permis de profiter de sa position pour développer son rôle comme port stratégique, son commerce et son industrie, surtout par ses relations avec les autres villes levantines.

L’histoire de Tyr vers le Xe siècle reste conjecturale, mais on pense que l'union de Tyr et de Sidon eut lieu entre le Xe siècle av. J.-C. et le IXe siècle av. J.-C. Aux IXe et VIIIe siècles av. J.-C., Tyr participe de façon majeure à la colonisation phénicienne et fonde Carthage (la « Nouvelle Ville ») en 814 av. J.-C. (datation traditionnelle). Après la défaite de Louli (fin VIIIe siècle av. J.-C.), lors de l’invasion assyrienne, Baalu régna sur Tyr (début du VIIe siècle) et Sidon s’en sépara après le refus de coopération avec les Assyriens. Ainsi, l’arrière-pays de Tyr devint une province assyrienne. Ceci a marqué un affaiblissement politique dans les deux villes, mais l’activité commerciale et maritime a continué à évoluer jusqu’à l’arrivée d’Alexandre le Grand. Avant le VIIe siècle, le Litani était la frontière nord du royaume de Tyr, tandis qu'Acre en était la frontière sud. Cependant, la superficie du royaume diminua avec l’invasion et les Assyriens offrirent à Baalu Ma‘rub et Sarepta au nord du Litani, qui restèrent sous la domination tyrienne jusqu’au IVe siècle av. J.-C.

L'hégémonie phénicienne sur la côte s’est étendue, au sud de la Phénicie, jusqu’à Ashkelon qui est devenue une « cité des Tyriens » à l’époque perse, la présence des Phéniciens étant affirmée par l’archéologie — fouilles d’Akhziv , de Tell el-Fukhar , de Tell Keisan, de Kabri, du Mont Carmel, d'Atlit, de Tel Shiqmonah, de Dor, d'Ashkelon, de Tell el-Kheleifeh, d'Arad, d'Ashdod, Azor.

Quand Nabuchodonosor II accède au trône babylonien, après la chute de Ninive en 612, il assiège Tyr pendant treize ans (585-572), mais quelques hypothèses présument qu'une sorte de compromis s'établit finalement entre les Tyriens et les Babyloniens au terme duquel Tyr conserve une certaine autonomie. Certains sites archéologiques de Mésopotamie semblent cependant attester de la migration à la même époque d'un peuple d'origine asiatique vers une région qui s'étend tout au long du massif Libanais incluant Tyr qui aurait été pendant une période de plus de 680 ans la capitale de ce peuple. La majorité des historiens pensent qu'il s'agit de Turcs, d'autres prétendent qu'ils s'agit de Mongols alors qu'une minorité d'historiens du XXe siècle affirment qu'il s'agit d'Arméniens.

Monnaie frappée en la cité de Tyr.

En 539, Cyrus II prend Babylone et une nouvelle période commence. Intégrés dans l'Empire perse achéménide, les Phéniciens commencent à battre monnaie (Tyr est la seconde cité après Byblos vers le milieu du Ve siècle av. J.-C., suivie peu après par les cités de Sidon et d'Arouad) et Tyr fournit des flottes aux souverains achéménides (surtout pour leurs guerres contre les Grecs).

Vers 333 av. J.-C., après sa victoire sur les Perses à Issos, Alexandre le Grand se dirige vers la côte phénicienne, en direction de l'Égypte. Les cités commencent à se rallier volontairement et pacifiquement au nouveau conquérant. Seule Tyr résiste à Alexandre, qui l’assiège pendant 7 mois, en 332, se heurtant à ses solides murailles et à sa position insulaire. À cette époque, Tyr est essentiellement bâtie sur une île que l'on appelle parfois Ancharadus, située à 4 stades (720 mètres) du continent[1]. Alexandre parvient cependant à construire une digue jusqu'à l'île, avec les pierres et le bois de la partie continentale de la ville de Tyr — Palaetyr (la Vieille-Tyr) —, déjà sous domination macédonienne[1].

Article détaillé : Siège de Tyr (332).

Après la mort d’Alexandre le Grand (juin 323), l’Orient subit les conséquences des conflits entre ses successeurs (les Diadoques) qui se font la guerre pour partager l’empire créé par leur maître. Ptolémée Ier fonde la dynastie des Lagides en Égypte vers 305-304. Ayant adopté la politique égyptienne classique, il se tourne vers la Phénicie. Il occupe Tyr et les autres cités phéniciennes.

Séleucos Ier ayant participé aux guerres des Diadoques conquiert Babylone, fonde l’État séleucide et se nomme roi de Syrie en 305 avant de la délocaliser à Antioche. Alors une guerre éclate entre les Lagides et les Séleucides, qui ne se termine qu'avec la bataille d'Ipsos en 301. La Phénicie, devenue séleucide sous Démétrios Ier Poliorcète, devient lagide avec Ptolémée Ier en 290 av. J.-C. C'est sous le règne des Lagides que débute la première ère tyrienne (275/4 av. J.-C.).

L’affaiblissement de l’État lagide après la mort de Ptolémée IV (203/2 av. J.-C.) marque la fin de la domination lagide sur le Sud de la Phénicie, qui passe sous la tutelle des Séleucides vers l’an 200 av. J.-C. La deuxième ère tyrienne débute avec les Lagides vers l'an 126 av. J.-C. et se termine vers l'an 69-70 apr. J.-C.

Vers le milieu du Ier siècle av. J.-C., les guerres civiles à répétition dans l'Empire séleucide détachent Tyr de son influence. En 64 av. J.-C., les Romains réorganisent la région en créant la province de Syrie sur les ruines de l'ancienne Syrie séleucide et Tyr connaît la Pax Romana.

La cité phénicienne devient une ville de province paisible. Elle commence à regagner un peu de son influence sous les Romains (l'hippodrome de Tyr  est l'un des plus grands hippodromes romains déjà construits, mais inachevé !). Mais l'époque de sa gloire est bien passée.

Le Nouveau Testament y place un voyage de Jésus (Mc 7:24). Une église chrétienne y est ensuite fondée, et selon les Actes des Apôtres, saint Paul y passe sept jours en revenant de Chypre (Ac 21:3). Un évêché est attesté dès la fin du IIe siècle. Un concile s'y tient en 355. Selon saint Jérôme, le père de l'Église Origène y meurt, et est enterré dans la basilique.

En 636, Tyr tombe aux mains des Arabes. Elle passe ensuite aux Seldjoukides (1089), puis est prise par les croisés en 1124.

En 1187, Saladin entame des négociations avec Renaud Granier afin d'obtenir la reddition de Tyr mais celles-ci sont interrompues par l'arrivée de Conrad de Montferrat qui prend le commandement des défenseurs. Devant le refus de Conrad de céder la ville, Saladin lance plusieurs assauts mais sans succès. Le 2 Janvier 1188, ayant subi de lourdes pertes, il décide de lever le siège[2]. La ville servira ensuite de point de ralliement pour les croisés au moment de la Troisième croisade.

Article détaillé : Siège de Tyr (1187).

En 1291, elle est reprise par les Mamelouks.

En 1920, après la domination ottomane, Tyr est restituée à la République libanaise.

Depuis lors, Tyr connaît une croissance urbaine de 1 %, mais une économie évoluant selon les crises politiques du Liban.

Aujourd'hui, elle est une petite ville dont l'économie est axée sur la pêche et le commerce de poteries.

Liste des rois de Tyr

Patrimoine mondial de l'UNESCO

Tyr *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Les ruines de Tyr.
Les ruines de Tyr.
Pays Drapeau du Liban Liban
Type Culturel
Critères (iii) (vi)
Superficie 154 ha
Numéro
d’identification
299
Zone géographique États arabes **
Année d’inscription 1994 (18e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

En décembre 1983, Tyr fait l’objet d’une demande officielle du gouvernement libanais auprès de l’UNESCO pour être inscrite sur la liste du patrimoine mondial. Lors de sa huitième session en 1984, le Comité du patrimoine mondial culturel et naturel, sur la recommandation de l’Icomos, décide d'inscrire Tyr sur la liste du patrimoine mondial, essentiellement au titre des critères (iii)[3] et (vi)[4].

Le patrimoine culturel de Tyr est constitué de[5] :

La ville antique

  • murailles phéniciennes,
  • allée principale bordée d’une colonnade et de trottoirs,
  • arène,
  • quartier résidentiel,
  • château croisé,
  • palestre,
  • thermes,
  • rues quadrillées,
  • cathédrale croisée[6].

La nécropole (El-Bass)

  • nécropole,
  • arc monumental,
  • route romaine et chaussée byzantine,
  • aqueduc,
  • hippodrome.

Relations internationales

Jumelage

La ville de Tyr est jumelée avec les villes suivantes :

Galerie

Notes et références

  1. a et b Pierre-Louis Gatier, « Le siège de Tyr : L'impossibilité d'une île », Dossier Pour la science, no 96,‎ août-septembre 2017, p. 40 (lire en ligne)
  2. Nicholson, p. 81-82.
  3. Soit apporter un témoignage unique du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou civilisation vivante ou disparue.
  4. Soit être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle (Ce critère est utilisé uniquement dans des circonstances exceptionnelles et appliqué concurremment avec d'autres critères).
  5. UNESCO, 1983, par Maurice Chehab, alors directeur général des antiquités du Liban.
  6. Dans la cathédrale croisée de Tyr fut enterré Frédéric Barberousse.

Voir aussi

Bibliographie

  • Bariaa Mourad, Du Patrimoine à la Muséologie. Conception d'un musée sur le site archéologique de Tyr, Thèse de DEA (études doctorales) ; muséum national d'histoire naturelle, Paris, 1998, (étude réalisée en coopération avec l'UNESCO, secteur de la Culture, division du Patrimoine culturel).
  • A. Poidebard, Un grand port disparu - TYR - Recherches aériennes et sous-marines 1934-1936, Libr. Orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1939.
  • UNESCO, Proposition d’inscription sur la Liste du Patrimoine Mondial soumis par le Liban : Tyr, Unesco, Paris, 1983.
  • Sabatino Moscati, Les Phéniciens, Arthème Fayard, Paris, 1971, (ISBN 2501003543).
  • Josette Elayi, Recherches sur les cités phéniciennes à l'époque perse, Institut Universitaire Oriental, Naples, 1987.
  • Josette Elayi, Économie des cités phéniciennes sous l'Empire perse, Institut Universitaire Oriental, Naples, 1990.
  • Josette Elayi et A.G. Elayi, The Coinage of the Phoenician City of Tyre in the Persian Period (5th-4th cent. BCE), Éditions Peeters, Leuven, 2009 (ISBN 978-90-429-2202-0).
  • Josette Elayi, Histoire de la Phénicie, Éditions Perrin, Paris, 2013.
  • Helen Nicholson, David Nicolle, 2005,God's Warriors: Knights Templar, Saracens and the Battle for Jerusalem

Articles connexes

Liens externes