Traité de Saint-Germain-en-Laye (1919)

Le traité de Saint-Germain-en-Laye, parfois appelé traité de Saint-Germain, signé le au château de Saint-Germain-en-Laye (aujourd'hui musée d'Archéologie nationale), établit la paix entre les alliés et l'Autriche, et consacre la dislocation, neuf mois auparavant, de la monarchie austro-hongroise, remplacée par sept États successeurs selon le principe, posé dans le 10e des 14 points du président américain Woodrow Wilson, du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Le traité entre en vigueur le . La Roumanie le signe en retard, le 9 décembre 1919.

Il fait partie des traités signés dans les alentours de Paris qui mettent formellement fin à la Première Guerre mondiale.

Les Autrichiens, considérés par les Alliés comme « peuple vaincu », ne bénéficient pas du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » et la délégation autrichienne est exclue des négociations de paix à Saint-Germain-en-Laye, commencées en mai 1919. Le traité est d'ailleurs rédigé en français, anglais, italien et russe, mais pas en allemand : il est précisé que le texte en français fera foi en cas de divergence. Des Autrichiens manifestèrent alors leur mécontentement en brûlant l'ambassade de France à Vienne, le 23 mai 1919.

Stipulations

Carte des nationalités en Autriche-Hongrie (recensement de 1890) avec les frontières de l'Empire en 1914. Les Quatorze points de Wilson visaient à aligner les frontières sur les majorités linguistiques locales.
Carte des frontières des pays danubiens en 1919, à la suite de l'application du traité.

Il est fait droit à l'aspiration des Polonais d'intégrer la Galicie dans l'État polonais restauré dans son existence et dans ses droits et à l'aspiration des Roumains d'intégrer la Bucovine dans l'État roumain agrandi des provinces à majorité roumanophone de l'ancienne Empire austro-hongrois et de l'ancien Empire russe. En revanche, en Galicie, en Bucovine comme en Ruthénie, aucun droit n'est fait aux aspirations des Ukrainiens à constituer leur propre État.

La revendication des Tchèques et des Slovaques en vue de se doter d'un pays commun est reconnue, et l'existence de la Tchécoslovaquie est reconnue. Les Allemands des Sudètes sont, comme ceux d'Autriche, déboutés de leur demande à intégrer la République de Weimar et se retrouvent avec le statut de minorité linguistique au sein de la Tchécoslovaquie.

La revendication des Slovènes, des Croates et des Serbes de l'Empire austro-hongrois de se doter d'un pays commun, qui englobe également la Serbie et le Monténégro, et l'existence du (nouveau) royaume des Serbes, Croates et Slovènes sont reconnus. En dépit des vœux de leurs habitants, quelques zones germanophones de la Basse-Styrie, la vallée de Mieß en Carinthie et plusieurs îles et villes italophones de Dalmatie font partie de ce nouvel État.

Dans le Haut-Adige, outre 90 000 Italiens, 200 000 Allemands sont aussi intégrés malgré eux à l'Italie, la délégation italienne ayant fait valoir que la ligne de partage des eaux sur le col du Brenner est une frontière naturelle de l'Italie[1]. L'Italie annexe également Trieste, l'Istrie, quatre îles (Cherso, Unia, Lussino et Lagosta) et une ville (Zara) de Dalmatie, territoires également revendiqués par les Slovènes, les Croates et les Serbes.

Comme l'exige Georges Clemenceau, la République d'Autriche allemande (en allemand Deutschösterreich) est renommée en Autriche (en allemand Österreich), et la revendication d'une partie de sa population de bénéficier du 10e point de Wilson, en intégrant la nouvelle république d'Allemagne, est formellement rejetée, le traité interdisant ce rattachement. En revanche, quatre districts germanophones de l'ancien royaume de Hongrie sont rattachés à l'Autriche, sous le nom de Burgenland.

L'Autriche est obligée de procéder à des réparations. Le service militaire obligatoire est interdit.

Une convention sur le régime des spiritueux en Afrique est adoptée en annexe[2].

Restitutions d'objets d'art

Une partie hautement symbolique est consacrée à la restitution des collections impériales des Habsbourg aux différents pays alliés même si la mainmise date de plusieurs siècles.

L'Italie récupère les chefs-d'œuvre dont les Habsbourg ont hérité en tant que grand-ducs de Toscane : les bijoux de la couronne (ce qu'il en est resté après leur dispersion), les bijoux privés de la princesse électrice de Médicis, les médailles faisant partie du patrimoine des Médicis et d'autres objets précieux (tous de propriété domaniale selon des arrangements contractuels et dispositions testamentaires) transportées à Vienne depuis le XVe siècle ; le mobilier et vaisselle d'argent des Médicis et la gemme d'Aspasios en paiement de dettes de la maison d'Autriche envers la couronne de Toscane. Il y a aussi les anciens instruments d'astronomie et de physique de l'Accademia del Cimento, enlevés par la maison de Lorraine et envoyés comme cadeau aux cousins de la maison impériale à Vienne.

Anciens souverains de Modène, les Habsbourg doivent restituer une Vierge d'Andrea del Sarto, quatre dessins du Corrège appartenant à la pinacothèque de Modène, emportés en 1859 par le Duc François V, trois manuscrits de la bibliothèque de Modène (Bibiia Vulgata (cod. lat. 422-23), Breviarium romanum (cod. lat. 424) et Officium Beatea Virginis (cod. lat. 262) ainsi des bronzes emportés dans les mêmes conditions la même année. Quelques objets sont encore réclamés, parmi lesquels deux tableaux par Salvator Rosa et un portrait par Dosso Dossi, revendiqués par le Duc de Modène en 1868 comme condition d'exécution de la Convention du 20 juin 1868 et d'autres objets livrés en 1872 dans les mêmes circonstances.

Gant palermitain du XIIIe siècle utilisé pour le couronnement des empereurs du Saint-Empire romain germanique.

Les objets réalisés au XIIe siècle à Palerme pour les rois normands et qui étaient utilisés lors des couronnements des empereurs doivent être rendus. L'Italie exige enfin la restitution de 98 manuscrits enlevés de la Bibliothèque de San Giovanni à Carbonara et d'autres bibliothèques de Naples, en 1718 sur ordre de l'Autriche et transportés à Vienne et divers documents emportés à différentes époques des archives d'État de Milan, Mantoue et Venise.

La Belgique, qui a longtemps été possession habsbourgeoise, réclame le Triptyque de Saint-Ildephonse de Rubens, provenant de l'abbaye de Saint-Jacques-sur-Coudenberg, à Bruxelles, acheté en 1777 et transporté à Vienne, des objets et documents transportés en Autriche pour y être mis en sûreté en 1794 dont les armes, armures et autres objets provenant de l'ancien Arsenal de Bruxelles, le trésor de l'ordre de la Toison d'or, conservé à la chapelle de la Cour de Bruxelles[3], les coins des monnaies, médailles et jetons exécutés par Théodore Van Berckel, qui faisaient partie intégrante des Archives de la Chambre des comptes établie à Bruxelles, les exemplaires manuscrits originaux de la Carte chorographique des Pays-Bas autrichiens, dressée de 1770 à 1777 par le lieutenant général le comte Jas de Ferraris et les documents relatifs à ladite carte.

Si l'Italie et la Belgique obtiennent satisfaction, il n'en est pas de même pour la Pologne, qui exige le retour de la coupe en or du roi Ladislas IV (exposée sous le no 1114 au musée de la Cour de Vienne), ni pour la Tchécoslovaquie, qui demande que lui soit remis les documents, mémoires historiques, manuscrits, cartes, livres, vélins, planisphères du royaume de Bohême et qui, par ordre de l'impératrice Marie-Thérèse, ont été emportés par Thaulow von Rosenthal. Elle réclame aussi les documents provenant de la Chancellerie royale aulique et de la Chambre des comptes aulique de Bohême et objets d'art qui, faisant partie du mobilier du château royal de Prague et autres châteaux royaux de Bohême, ont été enlevés par les empereurs Matthias Ier, Ferdinand II, Charles IV (vers 1718, 1723 et 1737) et François-Joseph Ier (ces objets se trouvent toujours dans les archives, châteaux impériaux, musées et autres établissements publics centraux à Vienne).

Les parties contractantes

La république d'Autriche est représentée par le chancelier Karl Renner. Les signataires du traité sont pour la partie principales puissances alliées :

Notes et références

  1. En 1991, cela aura notamment pour conséquence de faire attribuer à l'Italie, après quelques tensions diplomatiques, la momie de l'homme néolithique surnommé Ötzi, découverte par des Autrichiens... à 92,56 mètres au sud de la frontière issue du traité.
  2. (fr + en) « Convention sur le régime des spiritueux en Afrique » [PDF].
  3. Les collections médiévales de l'ordre, demeurées possession des Habsbourg, sont toujours exposées au Schatzkammer , à Vienne.

Bibliographie

  • Georges Morgain, La Couronne autrichienne et le Traité de Saint-Germain, Sirey, 1927

Articles connexes