Tourisme en Corée du Nord

La tour du Juche à Pyongyang et la place Kim Il-sung au premier plan

Le tourisme en Corée du Nord est très encadré par l'État et ne peut se réaliser qu'en passant par la Direction nationale du tourisme.

Le pays est membre de l'Organisation mondiale du tourisme depuis 1987. Avant 1999, on comptait 60 hôtels pour un total de 7 500 lits exclusivement réservés aux touristes. En 2000, dernière année où des chiffres sont disponibles, 130 000 personnes avaient visité le pays[1].

Le site touristique le plus mis en avant par le gouvernement sont les Monts Kumgang dans la région autour de Kumgangsan, proche de la frontière sud-coréenne.

Histoire

Dans les années 1980, la Corée du Nord devient une destination de vacances pour les communistes du bloc de l'Est. La romancière bulgare Velina Minkoff a par exemple écrit un livre (The Red and Blue Report of the Green Ameba) sur ses vacances dans le pays, à la fin des années 1980. En juillet 1989, Pyongyang accueille le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, avec 22 000 personnes venues de 177 pays, où les manèges jouent un rôle attractif dans ce rassemblement. On compte ainsi au moins quatre parcs d'attraction autour de la capitale. Chaque année, le pays accueille 100 000 visiteurs, dont 95 % chinois, souvent animés par la nostalgie d'un monde communiste qui a disparu après 1989 dans plusieurs pays[2].

Accès au pays et conditions de séjour

Touriste étranger photographiant les autochtones
Spécialités nord-coréennes
Chambre d'hôtel standard avec deux lits
Restaurant nord-coréen pour les touristes
Guide militaire
Magasin de livres pour touristes à l'Hôtel Koryo

Il n'y a officiellement aucune restriction d'accès à la Corée du Nord, sous condition d'obtenir un visa. Les journalistes de leur côté doivent disposer d'un visa spécifique.

Cependant, les citoyens sud-coréens doivent obtenir une autorisation des deux gouvernements coréens pour entrer en Corée du Nord : plusieurs Sud-Coréens qui s'étaient rendus en Corée du Nord ont été emprisonnés à leur retour chez eux, pour violation de la loi sud-coréenne sur la "sécurité nationale", qui interdit les contacts avec le Nord[3].

Plusieurs agences de voyage se sont spécialisées dans l'organisation de circuits touristiques (y compris individuels) en Corée du Nord, les voyages effectués sans passer par ce type d'agence de voyage étant interdits aux étrangers (à l'exception notable des Chinois).

Les groupes étrangers doivent tous être accompagnés par au moins deux guides, un interprète et chauffeur dans l'ensemble de leurs déplacements, ce qui limite fortement les contacts avec la population :

« Il serait en effet imprudent de laisser un guide seul avec des étrangers. Tout est calculé au millimètre. Tout est fait pour diminuer autant que possible les contacts avec la population. (...) Lors des repas, les touristes demeurent isolés. Ils mangent soit dans leurs immenses hôtels de luxe déserts, soit dans une petite pièce, à l'écart de la population. Il est vrai qu'ils jouissent de copieux banquets, difficiles à imaginer sur les autres tables nord-coréennes[4]. »

Des témoignages plus récents font état d'un assouplissement des conditions de séjour en Corée du Nord et de la possibilité de contacts accrus entre les Coréens et les étrangers : ayant recueilli des témoignages de Nord-Coréens à Pyongyang et à la frontière chinoise, la journaliste Juliette Morillot précise, que « tous les entretiens ont été menés en coréen, directement, sans intermédiaire »[5]. Pour leur part, les membres de l'association coréano-belge "Korea is one" partisane du régime, lors de leur voyage en Corée en août 2005, ont pu discuter avec les fermiers de la ferme d'Ontchon[6].

Lieux touristiques

Tourisme concerné par l'image du pays

Selon Philippe Pons, journaliste du quotidien Le Monde : « bien que l'idéologie et la vénération des dirigeants accaparent l'attention du visiteur, la Corée du Nord possède des biens culturels dignes d'intérêt et de splendides paysages naturels. C'est le cas du massif Myohyang, une des cinq montagnes sacrées de la péninsule, hérissée de pics entre lesquels s'ouvrent des vallées encaissées[7]. »

Les principales richesses touristiques de la Corée du Nord sont ses paysages naturels (notamment ceux du Kumgangsan et du Mont Paektu) ainsi qu'un important passé historique : plusieurs États de la Corée ancienne, notamment les royaumes de Koguryŏ et de Koryŏ, avaient leurs principaux centres dans le nord de la péninsule. Près de Kaesong se trouve le tombeau du roi Kongmin, trente-et-unième roi de la dynastie Koryŏ (1352-1374). Les tombes royales du Koguryŏ sont inscrites au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.

Les voyageurs peuvent également découvrir les réalisations du régime communiste, en particulier, dans la capitale Pyongyang, des fresques et des monuments révolutionnaires. Les circuits touristiques comprennent aussi des visites dans la zone démilitarisée, dernier endroit au monde où est palpable l'atmosphère de la Guerre froide.

Si on visite le pays entre la mi-août et la mi-octobre, on peut assister à une représentation de spectacle de masse du festival Arirang.

Monts Kumgang

En 2002, la région autour de Kumgangsan, proche de la frontière sud-coréenne, a été désignée comme une région destinée au tourisme où les Sud-Coréens n'ont pas besoin de permissions spéciales. Des tours opérateurs privés y amènent des milliers de Sud-Coréens chaque année. En 2005, plus d'un million de Sud-Coréens avaient ainsi visité les monts Kumgang au Nord depuis l'ouverture de ce circuit sept ans plus tôt.

En juillet 2005, la compagnie sud-coréenne Hyundai a obtenu l'accord du gouvernement nord-coréen pour ouvrir plus de régions (telle que le Mont Paektu et Kaesong) au tourisme.

En décembre 2008, la Corée du Nord annonce la suspension des voyages sur le site.

Depuis 2011, le pays semble s'ouvrir davantage au tourisme. En effet, de nouvelles villes ont été autorisées aux touristes comme les villes de Haeju, Sariwon ou encore Sinchon[8].

Station de ski du Mont Masik

Article détaillé : Station de ski du mont Masik.

Construite par l'armée nord-coréenne en neuf mois seulement, la station du mont Masik a ouvert en 2013, la station accueille les touristes étrangers. Elle a notamment été construite pour entrainer les équipes de Corée du Nord aux sports d'hiver en vue des Jeux-Olympiques d'hiver de 2018 qui se dérouleront en Corée du Sud[9].

Circuits depuis la Chine

En avril 2010, les premiers trains de touristes de Dandong, en Chine amènent les visiteurs en Corée du Nord pour un voyage de quatre jours[10]. Auparavant, le train international de Pékin à Pyongyang était utilisé comme train touristique.

En juin 2011, les citoyens chinois sont autorisés à voyager de façon autonome en Corée du Nord pour la première fois dans l'histoire[11].

Depuis janvier 2013, les touristes peuvent apporter leurs propres téléphones portables en Corée du Nord[12] même si sans carte SIM nord-coréenne (devenue disponible pour les étrangers) le téléphone sera incapable de recevoir ou d'émettre des appels. Jusque là les étrangers devaient laisser leurs téléphones à la frontière (ou l'aéroport) avant d'entrer dans le pays.

Le nombre de touristes chinois visitant la Corée du Nord chute de 70 % entre 2010 et 2011. Une agence de voyage chinoise cite le nombre limité de bagages et les restrictions sur les lieux où les touristes étrangers peuvent voyager comme étant les principales raisons de ce manque d'intérêt. Seuls la capitale Pyongyang et les Monts Kumgang sont disponibles sur les itinéraires chinois[13].

Divers lieux sont accessibles depuis le côté chinois, tels que la communauté de travailleurs de Namyang et les monastères des monts Chilbo depuis Tumen, en Chine. En 2011, un service ferroviaire Tumen-Korean est programmé[14].

Bien que les jeux de casino soient prohibés pour les nord-coréens[15], deux casinos existent en Corée du Nord pour le marché touristique chinois - l'Emperor Hotel & Casino à Rasŏn[15] et le Pyongyang Casino dans l'Hôtel international Yanggakdo à Pyongyang[16].

Notes et références

  1. (en) Library of Congress - Federal Research Division - Country Profil : North Korea (may 2005)
  2. Adrien Gombeaud, « Kim Jong Land », Vanity Fair n°51, octobre 2017, pages 90-97 et 135.
  3. L'interdiction des contacts avec des Nord-Coréens sans autorisation préalable résulte de l'interprétation constante des dispositions de la loi relatives à la lutte contre les activités supposées subversives qui mettraient en cause la sécurité de l'État Voir le texte complet de la Loi de sécurité nationale en anglais (traduction non officielle).
  4. Ilaria Maria Sala, « Regard filtré sur la Corée du Nord » dans Le Monde diplomatique, novembre 1999, p. 14
  5. "Evadés de Corée du Nord" (op. cit., p. 15)
  6. (fr) La ferme du 3 mars à Ontchon : ferme d’amitié avec Korea is One
  7. (fr) Corée du Nord : idéologie et nature, article de Philippe Pons paru le 12 octobre 2005
  8. Laszczynski Lukasz Voyage en corée du Nord - Guide de voyage , site internet consulté le 9 aout 2011
  9. « La Corée du Nord, son dictateur et... sa station de ski », sur lemonde.fr
  10. Xuequan Mu, « China's first tourist train to DPRK starts 4-day tour », Xinhua,‎ (lire en ligne)
  11. Nick Rowlands, Reuters.com "Chinese motorists tour North Korea" Published 15 June 2011. https://www.reuters.com/video/2011/06/15/chinese-motorists-tour-north-korea?videoId=215962520&videoChannel=1
  12. « EXCLUSIVE: Foreigners Now Permitted To Carry Mobile Phones In North Korea » (consulté le 11 juin 2015)
  13. « Chinese Tourists to N.Korea Dwindling », The Chosunilbo, (consulté le 9 octobre 2011)
  14. « 图们至朝鲜
    开通旅游线 - 京华时报·京华网
     »
    (consulté le 11 juin 2015)
  15. a et b « North Korea Opening (Gasp!) a Casino », New York Times,‎ (lire en ligne)
  16. « An inside look at North Korea’s luxury hotel industry », NKNews.org, (consulté le 28 octobre 2015)

Articles connexes

Bibliographie

  • "Corée du Nord : Escale Photographique" de Jordy Meow aux éditions Issekinicho, 2014.

Liens externes