Tourisme de masse

Tourisme de masse au Mont-Saint-Michel.

Le tourisme de masse est un mode de tourisme qui est apparu en raison de la généralisation des congés payés dans de nombreux pays industrialisés, dans les années 1960 permettant aux « masses » populaires, à la part la plus conséquente de la population, de voyager et de soutenir le secteur économique du tourisme[1]. Ce qui suppose des coûts de vacances amoindris, favorisés par des moyens de transports et d'hébergement plus accessibles.

Description

Tourisme de masse sur un endroit limité : la dune 45 dans le désert du Namib.

La première expérience de tourisme de masse a lieu en 1841, lorsque Thomas Cook organise un voyage en train entre Leiceister à Loughborough, pour 500 militants d'une ligue de vertu antialcoolique. L'écrivain Martin de Viry note : « C'est la première fois qu'on rassemble des gens dans une gare, qu'on les compte, qu'on vérifie s'ils sont bien sur la liste, qu'on déroule un programme. Les racines religieuses puritaines ne sont pas anodines. Il y a comme un air de pèlerinage, de communion collective, dans le tourisme de masse. Le tourisme est très religieux. Et il y a en effet quelque chose de sacré au fait de pouvoir disposer de la géographie du monde pour sortir de soi »[2].

Contrairement aux formes classiques de tourisme, qui visent la pratique d'une activité (tourisme religieux, œnotourisme, etc.) ou la découverte d'un type de site, de paysage ou de culture (tourisme de mémoire, tourisme vert, tourisme fluvial, etc.), le tourisme de masse est davantage une appellation théorisée par les études scientifiques sur la pratique touristique, un jugement analytique, même si certains lieux (grand site, ville monde, Patrimoine mondial de l'Unesco, etc.) et certaines activités, les plus médiatisées et les plus démocratisées, supportent particulièrement cette forme de tourisme, en donnant à un site une notoriété qui peut inciter un plus grand nombre de gens à le visiter.

Le voyage est généralement considéré comme un droit pour tout être humain, notamment défendu par l'Industrie du voyage et l'Organisation mondiale du tourisme (OMT)[3]. Le « tourisme social » est le mouvement de démocratisation du tourisme, perceptible depuis les années 1960 également : création du Bureau International du Tourisme Social (BITS) à Bruxelles en 1963, et adoption à l'unanimité de la « Déclaration de Manille » par les membres de l'Organisation mondiale du tourisme en 1980.

Le voyage à forfait est typique du tourisme de masse, ainsi que la concentration de lieux de villégiature sur un endroit limité : c'est là où les touristes séjournent en masse.

Répercussion

Benidorm (Espagne), symbole du tourisme de masse.

Le tourisme de masse a souvent des répercussions négatives sur la population et l'environnement. Des déchets sont produits en masse, beaucoup d'énergie et d'eau sont nécessaires. L'eau, une denrée rare dans les pays chauds, est particulièrement gaspillée au sein des grands complexes hôteliers, au détriment des populations locales (eau courante, irrigation, etc.). En moyenne dans les régions tropicales, 27 litres d'eau sont consommés par jour et par habitant contre 100 litres par jour et par touriste (données ministérielles, 2005). En bord de mer, cette eau est le plus souvent pompée directement dans la nappe phréatique, ce qui a régulièrement pour conséquence un affaissement du sol et une infiltration du sable des plages, celui-ci comblant les vides souterrains formés. Dans ce cas de figure, les plages concernées ont ainsi tendance à disparaître, ce qui fait baisser d'autant la fréquentation touristique.

Critique au regard de l'histoire du tourisme

Le tourisme est apparu au XVIIIe siècle : il s'agissait alors généralement d'aristocrates confrontés à des mondes où les valeurs ne sont pas les mêmes que les leurs, où le danger est prégnant et où un sens « initiatique » existe. Au XIXe siècle, les bourgeois imitent les voyageurs du siècle précédent, afin d'acquérir, par mimétisme, leur statut social, mais en abandonnant le fond même de l'idée de voyage. Dans le siècle suivant, le tourisme poursuit cette entreprise qui déconnecte le « voyage » de son objectif intellectuel initial, notamment par le tourisme de masse, mais aussi par ceux qui le rejettent : en effet, les destinations sont généralement connues d'avance et le tourisme n'a plus un but de perfectionnement humain. L'objectif principal est désormais de s'amuser et de se détendre, dans des atmosphères qui tendent à s'uniformiser, voire s'aseptiser, avec une importance forte du marketing[2].

Dans le Manuel de l'Antitourisme, Rodolphe Christin observe que « [l]'un des paradoxes du tourisme d'aujourd'hui est de tuer ce dont il vit, en véritable parasite mondophage. Celui-ci préfère le divertissement à la diversité ; le premier est en effet plus confortable car il ne remet rien en cause. Ainsi le touriste déclare son amour à cette planète dans ses moindres recoins, et, ce faisant, il contribue à l'épuiser impitoyablement »[4].

Notes et références

  1. Bertrand Réau, Les Français et les vacances : Sociologie des pratiques et offres de loisir, CNRS, , 235 p. (ISBN 9782271072023)
  2. a et b Martin de Viry, interviewé par Eugénie Bastié, « Tourisme pour tous ! Comment la modernité a tué le voyage », lefigaro.fr, 25 juillet 2014.
  3. L'organisation Mondiale du Tourisme affirme « le droit au tourisme et à la liberté des déplacements touristiques ». Voir le Code mondial d'éthique du tourisme
  4. Manuel de l'anti-tourisme – Extraits, République & Révolution - Blog de Galaad Wilgos

Voir aussi

Articles connexes

Lien externe

Bibliographie

  • Deprest F. (1997), Enquête sur le tourisme de masse, l’écologie face au territoire, Paris, Belin, 207 p.
  • Herbin J. (coord.) (1992), Tourisme et environnement, Actes du colloque de La Rochelle, La Documentation française, 270 p.
  • Lazzarotti O. (2003), « Tourisme et patrimoine : ad augusta per angustia », Annales de Géographie, n° 629, janvier-février, p. 91-110.
  • Origet du Cluzeau C. (2000), Le tourisme culturel, PUF, coll. Que sais-je ?, n° 3389, 128 p.
  • Patin V. (2005), Tourisme et patrimoine, Paris, Études de la Documentation française, 2e éd., n° 5211, 176 p.
  • Planel-Marchand A. (1981), La protection des sites, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, n°1921, 128
  • Martin de Viry (2010), Tous touristes, Café Voltaire, Flammarion.