Titan (mythologie)

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Les Titans enchaînés dans le Tartare.
Illustration du livre la Divine Comédie de Dante – Les Enfers –, par Gustave Doré (1857).

Dans la mythologie grecque, les Titans (en grec ancien Τιτάν / Titán et Τιτᾶνες / Titãnes au pluriel - au féminin Τιτανίς / Titanís et Τιτανίδες / Titanídes respectivement) sont les divinités primordiales géantes qui ont précédé les dieux de l'Olympe. Ils étaient fils d'Ouranos et de Gaïa.

Basés sur le Mont Othrys[1], les Titans les plus célèbres incluent les douze premiers enfants de la Gaïa primordiale (Terre-Mère) et Ouranos (Ciel-Père). Ils étaient des divinités géantes d'une force incroyable, qui ont régné au cours du légendaire Âge d'or, et ont également composé le premier panthéon des divinités grecques.

Étymologie

Pour Daniel E. Gershenson, l'étymologie du nom Titan est probablement « celui qui habite dans les cieux ». Le même nom serait à l'originie du mot « Satan » en hébreu[2].

Précision du terme

Les Titans — Titanides au féminin — sont les enfants d'Ouranos et de Gaïa, et plus généralement la première génération divine (bien qu'il n'existe pas de trace d'un culte qui leur ait été rendu).

Selon La Théogonie d’Hésiode, ils sont six frères et six sœurs : « des embrassements de Ciel (Ouranos), elle enfanta Océan aux tourbillons profonds, - Koios, Crios, Hypérion, Japet - Théia, Rhéa, Thémis et Mnémosyne - Phébé, couronnée d'or, et l'aimable Téthys. Le plus jeune après eux, vint au monde Cronos »[3]. Pour résumer, chez Hésiode il existe donc six Titans et six Titanides : Océan, Koios, Crios, Hypérion, Japet et Cronos, puis Théia, Rhéa, Thémis, Mnémosyne, Phébé et Téthys.

Cependant le nombre de Titans varie selon les traditions. Par exemple, Apollodore dans sa Bibliothèque ajoute une septième Titanide Dioné :

« Il eut ensuite d'autres fils, appelés Titans, savoir, l'Océan, Cœüs, Hypérion, Crius, Japet, et Saturne, le dernier de tous ; et des filles, nommées les Titanides, qui furent Téthys, Rhéa, Thémis, Mnémosyne, Phœbé, Dioné et Thia[4]. »

Les cyclopes dits, au « cœur violent » : Brontès, Stéropès et Arghès, ainsi que les Hécatonchires : Cottos, Gyès et Briarée, tous fils d'Ouranos et de Gaïa, ne sont pas considérés comme des Titans.

Le règne des Titans

Le renversement d'Ouranos

Premier maître du monde, considérant sa progéniture comme monstrueuse et craignant pour sa couronne, Ouranos expédia les Hécatonchires et les Cyclopes dans le Tartare, la région la plus basse des Enfers.

Selon une première version, il voulu s’unir à Gaïa encore une fois mais finalement, restant en elle, empêcha ses nouveaux enfants, les Titans, de sortir du ventre de leur mère.

Furieuse, Gaïa incita les Titans à renverser Ouranos, mais seul Cronos (le plus jeune) réagit. Il coupa le pénis de son père avec une faucille que Gaïa avait fabriquée dans son ventre. Ouranos se détacha alors de Gaïa, et son sexe tomba dans la mer. De là naquit Aphrodite et les gouttes de sang donnèrent naissance aux Érinyes, aux Géants et aux Méliades (type de Nymphes)

Selon une seconde version, Gaïa se serait plainte auprès de son fils Cronos des maltraitances d'Ouranos; Cronos, pour venger sa mère, aurait attendu que son père vienne se coucher près de sa femme pour l'émasculer.

Dans tous les cas, afin de combattre Ouranos, Cronos libéra ses frères et sœurs : les Hécatonchires et les Cyclopes prisonniers dans le Tartare par leur père. Cronos renversa Ouranos et devint ainsi maître du monde et des cieux ; mais rapidement, il devint aussi brutal que son père et renvoya les géants aux 100 bras et les Cyclopes dans le Tartare pour éviter qu'ils ne lui ravissent sa place à leur tour.

Règne de Cronos : l'Âge d'or

Cronos, armé de sa faucille ; d'après une gemme gravée (Aubin-Louis Millin de Grandmaison, Galerie mythologique, 1811).

Chez Hésiode, deux vers du poème Les Travaux et les Jours présentent le règne de Cronos comme un Âge d'or une époque heureuse où les hommes vivaient dans la paix et l'abondance, en harmonie avec les dieux : « d'or fut la première race d'hommes périssables que créèrent les Immortels habitant, habitant de l'Olympe. C'était au temps de Cronos quand il régnait encore au ciel[5]. »

Pour Platon, dans Le Politique, la perfection initiale du monde sous le règne de Cronos s'explique par la présence du dieu sur la terre. Celui-ci réglait la vie des hommes selon la plus parfaite justice, dans un monde de paix et d'abondance. Voici comment dans Le Politique, l’Étranger décrit à Socrate la naissance et la vie des hommes sous Cronos :

« C’est Dieu lui-même qui veillait sur eux et les faisait paître, de même qu’aujourd’hui les hommes, race différente et plus divine, paissent d’autres races inférieures à eux. Sous sa gouverne, il n’y avait ni États ni possession de femmes et d’enfants ; car c’est du sein de la terre que tous remontaient à la vie, sans garder aucun souvenir de leur passé. Ils ne connaissaient donc aucune de ces institutions ; en revanche, ils avaient à profusion des fruits que leur donnaient les arbres et beaucoup d’autres plantes, fruits qui poussaient sans culture et que la terre produisait d’elle-même. Ils vivaient la plupart du temps en plein air sans habit et sans lit ; car les saisons étaient si bien tempérées qu’ils n’en souffraient aucune incommodité et ils trouvaient des lits moelleux dans l’épais gazon qui sortait de la terre. »

— Platon, Le Politique.

Lutte pour le pouvoir et la Titanomachie

Rhéa, l'épouse du Titan Cronos.

Cependant, Ouranos et Gaïa avaient prédit à Cronos qu'un jour il serait lui aussi détrôné par son propre fils. Pour éviter que la prophétie se réalise, Cronos avalait ses enfants dès que Rhéa (sa sœur et épouse) leur donnait naissance. Ainsi, il engloutit successivement Hestia, Démeter, Héra, Hadès et Poséidon.

À nouveau enceinte, Rhéa se réfugie en Crète et met au monde son dernier né, Zeus, dans une caverne du mont Ida et, afin de le protéger de son père, elle donne à celui-ci une pierre enveloppée d'un lange en prétendant qu'il s'agit là du dernier-né. Zeus, bébé, est nourri par la chèvre Amalthée et élevé par les nymphes Ida et Adrastée. Les Curètes devaient faire un bruit permanent afin que Cronos n'entende pas son fils pleurer.

Devenu adulte, Zeus se révolta contre la tyrannie de son père. Il demanda tout d'abord à l'Océanide Métis de l'aider ; celle-ci fit avaler à Cronos un puissant vomitif et ce dernier se mit à rendre d'abord la pierre puis les enfants qu'il avait avalés. Ensuite, avec l'aide de ses frères, Zeus engagea et gagna la Titanomachie, la guerre contre Cronos et les Titans qui lui étaient restés fidèles. Durant cette guerre, Zeus sauva également les Hécatonchires et les Cyclopes, toujours détenus dans le Tartare. Reconnaissants de cette délivrance, les Cyclopes Argès, Brontès et Stéropès lui fournirent le foudre qui lui permit entre autres de gagner cette guerre.

Après sa victoire, Zeus partagea le monde avec ses frères Poséidon et Hadès. Zeus obtint le Ciel, Poséidon la Mer et Hadès le Monde des ombres. Cronos et ses frères (à l'exception notable d'Océan, allié de Zeus) sont envoyés dans le Tartare.

Leurs descendances

Océan et Téthys

Selon Hésiode dans la Théogonie, Les Titans Océan et Téthys donnèrent naissance à trois mille océanides et trois mille fleuves.

Cronos et Rhéa

Selon la tradition d'Hésiode, Cronos et Rhéa engendrent la première génération des Olympiens : Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon et Zeus.

Japet

Toujours selon Hésiode, Japet eut quatre fils avec la fille d’Océan, Clymène : Atlas, Prométhée, Ménétios et Épiméthée.

Hypérion et Théia

D'après La Théogonie, Hypérion et Théia donnèrent naissance à trois enfants : Hélios, Séléné et Éôs, c’est à dire le soleil, la lune et l’aurore.

Crios

Crios et Eurybie, fille de Gaïa et de Pontos, le flot-marin, mirent au monde 3 fils : Astraeos, Pallas et Persès.

Céos et Phoebé

Selon Hésiode, Céos et Phoebé eurent deux filles : Astéria et Léto.

Thémis

Seconde épouse de Zeus, Thémis mis au monde Astrée, les Moires et les Heures.

Mnémosyne

Mnémosyne, une des « grandes » compagnes de Zeus, engendra les neuf Muses.

Notes et références

  1. Bonnafé 1993, p. 162, note 53
  2. (en) The Name Satan, Daniel E. Gershenson, Zeitschrift für die alttestamentliche Wissenschaft, Volume 114, Issue 3, Aug 2002
  3. Hésiode, La Théogonie
  4. Apollodore, Bibliothèque
  5. Hésiode, Les travaux et les jours

Annexes

Bibliographie

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Articles connexes