Théodore Bac

Théodore Bac
Fonctions
Député de 1848 à 1851
Biographie
Nom de naissance Jean-Baptiste Théodore Bac
Date de naissance
Lieu de naissance Limoges, Haute-Vienne (France)
Date de décès
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité française
Parti politique Républicains, Montagne
Profession Avocat

Jean-Baptiste Théodore Bac, né à Limoges, en Haute-Vienne, le 17 mars 1809, mort à Paris en 30 mai 1865 est un avocat et homme politique français, et il a représenté la Haute-Vienne sous la Seconde République, élu à l’Assemblée constituante de 1848, et à l’Assemblée législative de 1849.

Formation en droit et carrière d’avocat

Image d'un avocat au XIXe siècle, dans un costume tel que l'a porté Théodore Bac devant les cours de justice.

Théodore Bac est né à Limoges (Haute-Vienne), le 17 mars 1809 (la base de données de l’Assemblée Nationale[1] indique le 17 mars 1809 comme date de naissance de Théodore Bac ; le dictionnaire de Jean Maitron[2] indique le 14 avril 1809 comme date de naissance de Théodore Bac) ; il est issu d’une famille de petits notables ; cette famille a accédé à l'aisance grâce au travail et aux économies ; cela se passait ainsi dans le milieu des élites locales de l'époque ; le père de Bac était avoué ; le fils Bac est devenu avocat, signe de promotion sociale ; Bac n'a pas voulu accéder à la magistrature et il a occupé une grande place parmi les avocats de cette époque.

Théodore Bac a fait ses études classiques au collège royal de Limoges ; Bac a eu envie de devenir avocat au collège ; il s'est passionné pour les orateurs de l'Antiquité, comme Cicéron ; il a mené une scolarité brillante au collège de Limoges ; pendant ces études, il a remporté la plupart des prix décernés au collège ; il a ensuite suivi les cours de la Faculté de Droit, et il a été licencié en 1830[3].

Il a débuté au barreau de Limoges, et il s'est fait une place honorable dans cette activité, surtout dans les procès criminels ; les deux procès célèbres de Marie Lafarge et de l’affaire Marcellange[4], dans lesquels il fut présent, appelèrent sur lui l'attention et lui donnèrent une grande notoriété ; en même temps, dans les divers procès intentés par le gouvernement de Louis-Philippe à la presse départementale de l'opposition, il affichait nettement ses opinions démocratiques.

Ainsi, en 1836, Bac a défendu le journal « La Gazette du Limousin », dont le gérant était Arthur de La Guéronnière, un ami d’enfance ; Bac, foncièrement républicain, a su défendre ce journal, qui était pourtant légitimiste, et qui avait été déféré devant une cour pour délit politique ; par la suite, il a plaidé souvent dans les procès de presse, pour des journaux comme « L’Emancipation » de Toulouse, ou « Le Radical » de Cahors[5].

En 1845, Bac prononça un éloquent plaidoyer au cours de l'affaire Carier, détenu de la Maison Centrale de Limoges, récidiviste qui avait tué de plusieurs coups de couteau, devant de nombreux témoins, un gardien ; Bac a obtenu un verdict clément après avoir fait le procès de la détention en France ; dans cette plaidoirie, Bac a plaidé la cause de tous les détenus des maisons centrales ; il a dénoncé la pratique des châtiments corporels, les privations, la promiscuité, tous les vices du système pénitentiaire.

Il est à noter que la carrière d’avocat et celle d’homme politique ne sont pas séparées chez Théodore Bac, et les idées politiques et sociales que défend l’homme public sont celles pour lesquelles plaident l’avocat devant les tribunaux ; ainsi, à la suite des évènements d’avril 1848, malgré son rôle dirigeant, à Limoges, au moment de ces troubles, il ne fut pas de ceux que visèrent les poursuites consécutives à ces évènements ; cela lui permit de défendre trois inculpés devant les assises de Poitiers : Denis Dussoubs et Marcelin Dussoubs, et François Villegoureix[6].

Les actions de l’homme politique

Caricature du roi Louis-Philippe, datant de l'année 1848, où ont lieu des évènements auxquels a participé Théodore Bac.

Théodore Bac a joué un rôle politique dans les évènements qui se sont déroulés de 1848 à 1852.

Dès le début des années 1830, il a été membre de l’église saint-simonienne de Limoges qui a été fondée en avril 1831 ; là se sont retrouvés de jeunes bourgeois libéraux et républicains, comme Denis Dussoubs, né en 1818 à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne), ou Michel Chevalier, né en 1806 à Limoges.

Le 25 juillet 1833, lors d’une manifestation organisée par les saint-simoniens contre la venue, à Limoges, d’un nouveau préfet, Scipion Mourgue, légitimiste et autoritaire, Théodore Bac a été arrêté avant d’être jugé à Poitiers.

Les tenants du saint-simonisme sont attirés par la communauté socialiste qui s’est constituée, à partir de 1845, autour de Pierre Leroux, à Boussac, en Creuse ; on voit les jeunes bourgeois libéraux de Limoges venir « en pèlerinage » à Boussac : Théodore Bac, Denis Dussoubs et Marcelin Dussoubs, François Villegoureix, Albert Talandier.

La République de 1848, dont il a salué l'avènement, l’a nommé commissaire du gouvernement provisoire (préfet) de la Haute-Vienne ; il a également été membre de la Société populaire de Limoges, créée le 26 février 1848 ; les électeurs de la Haute-Vienne l'ont envoyé, le 23 avril 1848, à l'Assemblée constituante, le 3e sur 8, par 38 778 voix sur 61 130 votants et 82 272 inscrits ; il a pris place à la Montagne, et tous ses votes ont été en accord avec ceux de ses collègues de l'extrême-gauche ; ainsi il s’est prononcé, le 18 septembre, pour l'abolition de la peine de mort, le 2 novembre, pour le droit au travail.

Dès le lendemain des élections du mois d’avril 1848, des désordres ont eu lieu à Limoges, et, pendant près d’un mois, la ville a été dans la situation d’une sorte de république autonome d’où les organes habituels d’administration et de maintien de l’ordre s’étaient retirés ; dans cette période, Théodore Bac a rempli, de fait, les fonctions de maire de la ville ; il a ainsi exercé ces fonctions municipales de maire de Limoges d’avril 1848 à novembre 1848.

Le 13 mai 1849, il a été réélu par ses concitoyens de la Haute-Vienne à l'Assemblée législative, le 2e de la liste, avec 36 609 suffrages sur 57 464 votants et 81 891 inscrits ; en même temps, les électeurs de la Seine l'ont élu leur représentant par 112 259 voix ; il a opté pour la Haute-Vienne et il a siégé, comme à la Constituante, sur les bancs de la Montagne ; toutefois, son nom n’a pas figuré au bas de l'appel aux armes lancé le 13 juin 1849 par ses collègues de l'extrême-gauche ; il s'est absenté de Paris vers cette époque, et il a plaidé, à Bordeaux, pour le représentant Lagrange, diffamé par un journal conservateur local.

Il est revenu occuper son siège ; il a voté contre les poursuites réclamées par le gouvernement contre plusieurs députés en raison de leur participation à l'affaire du 13 juin 1849 ; il est monté souvent à la tribune pour se prononcer énergiquement contre les projets et les actes de la majorité conservatrice ; d’autre part il a combattu la politique de l'Élysée.

Les mandats nationaux qu’a détenus Théodore Bac à l'Assemblée Nationale sont donc les suivants :

  • 23/04/1848 - 26/05/1849 : Haute-Vienne – Montagne ;
  • 13/05/1849 - 02/12/1851 : Haute-Vienne – Montagne.

Il a été, le 2 décembre 1851, au nombre des représentants qui se sont groupés autour de Victor Hugo pour arrêter un plan de résistance ; le triomphe du Coup d'État a rendu ce plan inutile; en vertu du décret du 11 janvier 1852, Bac s’est vu intimer l’ordre de quitter la France, ainsi que 65 autres députés ; grâce à l’intervention du prince de la Moskowa, Edgar Ney, pour lequel il avait plaidé, et qui était une personne proche du futur Napoléon III, il n’est pas parti en exil, et il a repris sa place au barreau ; en 1863 et 1864, il a échoué aux élections en Haute-Vienne ; à la fin de sa vie, il a été malade, affligé par la mort de son fils unique[5].

Plus tard, donc, il s’est fait inscrire sur le tableau des avocats du barreau de Paris[7].

En mars 1864, une élection complémentaire s'est tenue à Paris ; Théodore Bac s'est porté candidat à la députation ; il s'est ensuite retiré pour laisser place à Louis-Antoine Garnier-Pagès ; il s'est comporté ainsi pour ne pas diviser les voix des partisans de la république et de la démocratie[8].

Théodore Bac, en août 1864, a usé de son talent d'avocat pour défendre, devant un tribunal parisien, des hommes politiques (les prévenus étaient au nombre de treize, et cette affaire est connue comme le "Procès des Treize") qui, comme Louis-Antoine Garnier-Pagès et Lazare Hippolyte Carnot (il était le père de Sadi Carnot, né à Limoges en 1837, président de la république de 1887 à 1894), ont été accusés par le pouvoir de faire partie d'une société interdite (Napoléon III était inquiet à la suite de consultations électorales qui avaient vu, en 1863, un nombre important de sièges remportés par les candidats partisans de la république et de la démocratie, et le pouvoir, à travers ce procès, tentait d'intimider les opposants politiques)[8].

Théodore Bac est mort à Paris le 30 mai 1865.

Extrait d’une intervention de Bac à l’Assemblée

Page extraite de : Félix Wouters, Histoire parlementaire de l'Assemblée nationale, précédée du récit de la révolution de Paris, Bruxelles, Bureaux de l'Association des ouvriers typographes pour l'organisation libre du travail, 1848[9] :

Assemblée Nationale - Séance du 25 octobre 1848 - Interpellation du citoyen Victor Grandin au ministre de l'intérieur sur le banquet de Neuilly.

Victor Grandin cite les propos attribués à Théodore Bac, qui a prononcé, lors d’un banquet « républicain », le toast suivant, des paroles qui ont choqué Victor Grandin : "A nos frères les ouvriers de Rouen, d'Elbeuf et de Limoges, surtout à ceux qui, du fond de leurs prisons, unissent leurs cœurs aux nôtres."

Théodore Bac, qui est visé par l'interpellation de Victor Grandin, fait la déclaration suivante :

« Mais ici il s'agit de quoi ? De l'exercice du droit de réunion, de l'usage qu'ont fait des citoyens d'une liberté que leur laisse la loi. Or, dans l'exercice de notre liberté, nous ne relevons ici que d'une chose, de notre conscience ; au dehors, que de deux : notre conscience et la loi. (…)

Le banquet qui a eu lieu, non pas à Passy, ni à Neuilly, mais à la barrière du Roule, et sur lequel on interpelle, réunissait un très grand nombre d'ouvriers. Nous avons assisté à ce banquet. Les ouvriers ont usé de leur droit, et nous du nôtre. (…)

Cependant, citoyens, la liberté, la pensée ne peuvent être opprimées. L'homme a besoin de se rapprocher de l'homme, la pensée d'échanger avec la pensée. Vous avez reconnu et proclamé vous-mêmes que les hommes ont besoin de se réunir aux hommes, d'échanger librement leur pensée avec les hommes ; c'est là une tendance contre laquelle ont vainement lutté tous les gouvernements. (…)

Pourvu que nous nous occupions uniquement de faire triompher par les moyens légaux les idées qui sont les nôtres et que nous croyons conformes à l'éternelle justice, personne n'a le droit de nous interpeller. C'est là le caractère de la république ; c'est pour cela que nous avons voulu l'institution de la république. La république n'est pas notre seul but ; nous allons plus loin que la république ; l'humanité ne s'arrête pas dans une forme. La république, c'est le moyen, c'est un ensemble d'institutions politiques à l'ombre desquelles peuvent se développer, grandir et mûrir toutes les idées de liberté, d'égalité et de fraternité.

Nous voulons la république, nous l'avons voulue parce que les autres formes de gouvernement étaient oppressives pour la pensée, pour la volonté humaines, parce que, sous les autres formes de gouvernement, le progrès social ou politique ne peut se faire jour, ne peut recevoir sa réalisation qu'en renversant le gouvernement, que par les révolutions ; tandis qu'aujourd'hui, grâce à la mobilité de vos institutions, grâce au droit qu'a chacun de faire pénétrer sa pensée dans les affaires, de la faire, pour ainsi dire, monter jusqu'au pouvoir, nous pouvons espérer que tous les progrès s'accompliront sans secousse, par le seul effet de la volonté nationale. »

Publications de Théodore Bac

Textes liés aux activités de l’avocat

(ne sont indiqués ici que deux textes liés à l’une des très nombreuses affaires que Théodore Bac a eu à plaider devant les tribunaux : l’affaire « Jean-Baptiste Colombier, frères, négociants à Bordeaux » - Cour impériale de Paris, 4e chambre - Les frères Colombier ont obtenu du gouvernement argentin une concession de remorquage sur les fleuves Uruguay et Panama par le moyen de deux navires à vapeur commandés à I.-T. Barbey et Cie à qui ils ont cédé le contrat de concession. I.-T. Barbey ayant renoncé et rappelé les navires, Colombier frères réclament le remboursement de leurs dépenses et des dommages intérêts que leur accorde un jugement du Tribunal de commerce de la Seine du 9 juillet 1860. Dont appel)

  • Théodore Bac et Renard (avoué), Jean-Baptiste Colombier, frères, négociants à Bordeaux. 1861. Résumé pour J.-B. Colombier frères et Ferreira, intimés, contre I.-T. Barbey et Cie, appelants, Paris, Impr. P. Dupont, 1861
  • Théodore Bac et Renard (avoué), Jean-Baptiste Colombier, frères, négociants à Bordeaux. 1862. Pièces produites par J.-B. Colombier frères et Ferreira, intimés, contre I.-T. Barbey et Cie, appelants, Paris, Impr. A. Augros, 1862

Textes liés aux activités de l’homme politique

  • Théodore Bac, Astaix, Baune, Déclaration des représentants de la réunion de la Montagne aux électeurs [7 avril.], Paris, Raginel, sans date
  • Théodore Bac, Arnaud, Detours, Assemblée législative. Proposition tendant à abroger la loi électorale du 31 mai 1850 et à remettre en vigueur celle du 27 mars 1849, présentée le 24 juillet 1850, Paris, Impr. de l'Assemblée nationale, 1851
  • Théodore Bac, Élections générales de 1863. Circonscription électorale de Limoges (Haute-Vienne) Instruction aux électeurs, Paris, Imp. de Renou et Maulde, 1863
  • Théodore Bac, Élections des 20 et 21 mars 1864. Aux électeurs de la 5e Circonscription de la Seine (12 mars 1864), Paris, Imp. de Renou et Maulde, 1864

Sources

  • Pierre Delage, Lycée Gay-Lussac : 5 siècles d'enseignement, Saint-Paul, Le Puy Fraud éd., 2010
  • Étienne Meynieux, Audience solennelle de rentrée de la Cour d'appel de Limoges. Discours de rentrée, prononcé le 17 octobre 1887, par M. Meynieux : Théodore Bac, Limoges, Vve H. Ducourtieux, 1887
  • Pascal Plas, Avocats et barreaux dans le ressort de la cour d'appel de Limoges, 1811-1939, Limoges, PULIM, 2007
  • « Théodore Bac », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]

Références

  1. http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=9888
  2. Jean Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Paris, Éd. ouvrières, 1964-1966
  3. Pierre Delage, Lycée Gay-Lussac : 5 siècles d'enseignement, Saint-Paul, Le Puy Fraud éd., 2010
  4. Michel Pomarat, L'affaire de Chamblas : in Cahiers de la Haute-Loire 1968, Le Puy-en-Velay, Cahiers de la Haute-Loire, (lire en ligne)
  5. a et b Jean-Charles Roman d'Amat, Michel Prevost, Henri Tribout de Morembert, Dictionnaire de biographie française, Paris, Letouzey et Ané, 1932-1994
  6. Pascal Plas, Avocats et barreaux dans le ressort de la cour d'appel de Limoges, 1811-1939, Limoges, PULIM, 2007
  7. Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français : depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1889, Paris, Bourloton, 1889
  8. a et b Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Paris, Slatkine, 1982
  9. [ce texte est disponible sur le site Internet Google Books https://books.google.fr/books?id=s-NDAAAAYAAJ&pg=PA337&dq=%22th%C3%A9odore+bac%22&hl=fr&sa=X&ei=uSJCUbSHAeHm7AbOtYGADA&ved=0CDMQ6AEwAA#v=onepage&q=%22th%C3%A9odore%20bac%22&f=false]

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes