Temps des troubles (Russie)

Le Temps des troubles, vu par Sergueï Vassilievitch Ivanov (1864-1910)

Le Temps des troubles (en russe : Смутное время) désigne la période de l'histoire russe qui s'étend de la fin du règne de Fédor Ier (dernier représentant de la dynastie des Riourikides) en 1598 à l'avènement, en février 1613[1], de Michel Ier Romanov, dont les descendants ont régné jusqu'en 1917.

Pendant une période d'une quinzaine d'années, au début du XVIIe siècle, les intrigues et les rivalités des prétendants au trône se déchaînent, suscitant les convoitises étrangères et mettant en péril l'existence même de l'État russe.

Cette période inclut les règnes de :

On peut aussi y inclure le règne de Fédor Ier (1584-1598), fils et successeur d'Ivan IV, pendant lequel le pouvoir est d'ores et déjà exercé par Boris Godounov.

Origines

Après la mort de Fédor Ier, le troisième fils d'Ivan le Terrible, son beau-frère, le boyard Boris Godounov, est élu tsar en 1598 par le Zemski sobor. Il assurait déjà la régence face à un souverain peu apte à régner.

L'oligarchie russe de l'époque, notamment la famille Romanov, dont une des filles, Anastasia Romanovna, avait été la première épouse d'Ivan le Terrible, considérait comme un affront le fait de devoir obéir à un boyard : les conspirations étaient fréquentes contre le tsar.

La famine russe de 1601-1603 et la peste ravageaient les campagnes. La distribution de vivres à Moscou ne fait qu'aggraver la situation en entraînant un afflux de population vers la ville. Des hordes de brigands pillent le pays, sans que le gouvernement puisse y mettre un terme.

Après la mort de Boris Godounov en 1605, son fils Fédor II, ne règne que quelques mois d'avril à . Sous l'influence des nobles qui s'étaient opposés à l'élection de Boris Godounov au titre de tsar, le mécontentent de la population s'aggrave. Des rumeurs commencent à circuler sur une possible réapparition du dernier fils d'Ivan le Terrible : Dimitri Ivanovitch, mort à 8 ans quelques années plus tôt, lors de son exil à Ouglitch ordonné par Boris Godounov. Les conditions mystérieuses de sa mort : accident ou assassinat à l'arme blanche, ont pu permettre l'apparition des faux Dimitri[2].

Le premier faux Dimitri

Articles détaillés : Faux Dimitri et Guerre polono-russe (1605-1618).
Portrait de Gregori Otrepiev, premier faux Dimitri.

En 1603 apparaît un homme prétendant être l'héritier du trône de Russie. Il se fait passer pour le tsarévitch Dimitri, dernier fils d'Ivan IV le Terrible et héritier en titre, mort poignardé à Ouglitch en 1591, soit accidentellement, soit sur ordre de Boris Godounov. L'individu (que l'histoire démasquera comme un imposteur du nom de Grigori Otrepiev) est alors considéré comme légitime par une grande partie de la population russe. Outre la République des Deux Nations, il est soutenu par les États pontificaux. Rien n'indique que ces factions l'aient vraiment cru ; il est plus probable que ces soutiens avaient pour but d'étendre l'influence polonaise en Russie et l'emprise catholique dans un pays majoritairement orthodoxe.

Quelques mois plus tard, une armée de Modèle:Unités , polonais, lituaniens, exilés russes, mercenaires allemands et cosaques du Don et du Dniepr traverse la frontière avec la Russie, marquant ainsi le début de la Guerre polono-russe. Bien qu'elle ne soit pas officiellement déclarée (le roi Sigismond III était opposé à cette intervention), de puissants magnats décident de soutenir le faux Dimitri dans l'espoir de riches récompenses. Ce dernier se fiance en même temps à Marina Mniszek, qu'il épousera s'il devient Tsar.

Après la mort de Godounov en 1605, le faux Dimitri fait une entrée triomphale à Moscou.

Vassili Chouiski et le second faux Dimitri

Le règne du premier faux Dimitri est court. Au bout d'un an, une conspiration est formée contre lui par le prince Vassili Chouiski, un Knèze de la dynastie des Riourikides. Le Tsar est assassiné peu après son mariage en plein Kremlin et 2 000 de ses alliés, principalement des Polonais, sont massacrés.

Chouiski s'empare du pouvoir et est élu par une assemblée composée de ses alliés, mais le changement de Tsar ne satisfait pas les boyards. Bientôt, les magnats de la République des Deux Nations, les cosaques, les mercenaires allemands et un nouveau faux Dimitri, revendiquent le trône. Comme son prédécesseur, il est soutenu par les Polonais. La signature d'une alliance entre Chouiski et les Suédois est considérée comme une menace par le roi Sigismond III qui décide d'intervenir. C'est le début officiel de la Guerre polono-russe.

Notes et références

  1. Nicholas Riasanovsky, Histoire de la Russie, chapitre XVI « Le temps des troubles », p. 174, Bouquins, Robert Laffont, 1996
  2. Simon Sebag Montefiore, Les Romanov 1613-1918, Le Livre de Poche (Calmann-Lévy première édition), (1re éd. octobre 2016), 1376 p. (ISBN 9782253180142)

Bibliographie

  • Michel Heller (trad. du russe par Anne Coldefy-Faucard), Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Flammarion, coll. « Champs Histoire », (1re éd. 1997), 985 p. (ISBN 2081235331)

Voir aussi

Articles connexes