Le Tartuffe ou l'Imposteur

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Le Tartuffe
ou
l'Imposteur
Molière en 1664. Dessin de Charles Courtry, d'après un tableau de Michel Corneille le Jeune.
Molière en 1664. Dessin de Charles Courtry, d'après un tableau de Michel Corneille le Jeune.

Auteur Molière
Genre Comédie
Nb. d'actes 5 actes en vers
Lieu de parution Paris
Éditeur Jean Ribou
Préface Molière
Date de parution 23 mars 1669
Date de création en français
Lieu de création en français Théâtre du Palais-Royal
Compagnie théâtrale Troupe du Roy au Palais-Royal
Rôle principal Molière, Du Croisy

Le Tartuffe ou l'Imposteur est une comédie de Molière en cinq actes et en vers représentée pour la première fois par la Troupe du Roy le sur la scène du Palais-Royal.

Une première version en trois actes, dont on ne possède pas le texte, avait été donnée, sous le titre de Tartuffe ou l'Hypocrite, au château de Versailles, le , devant Louis XIV et une partie de sa cour. Le roi en ayant interdit les représentations publiques sur les instances de l'archevêque de Paris Hardouin de Péréfixe, Molière entreprit de remanier sa pièce pour la rendre moins provocante, et le au Palais-Royal, la troupe en donna une version en cinq actes intitulée L'Imposteur, dont on possède un synopsis précis, et qui elle aussi fut immédiatement interdite. Dix-huit mois plus tard, la version définitive fut autorisée et connut un immense succès public.

L'idée a prévalu longtemps que Molière avait écrit sa comédie pour dénoncer les agissements de la Compagnie du Saint-Sacrement, et qu'en l'interdisant Louis XIV avait cédé aux pressions de cette société secrète et de sa mère Anne d'Autriche ; mais on sait aujourd'hui que leur influence a été considérablement exagérée par les historiens du XXe siècle, souvent très anticléricaux, et que la conduite du roi dans cette affaire était probablement dictée par des considérations de politique religieuse, par la nécessité en particulier de ne pas affaiblir l'Église catholique dans un temps où la dissidence janséniste faisait peser sur elle la menace d'un schisme, ce que confirme la concomitance presque parfaite entre la signature de la Paix clémentine et la première représentation publique du Tartuffe dans sa version définitive.

L'histoire mouvementée du Tartuffe, considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de son auteur, a donné lieu à l'écriture des trois principaux textes non-théâtraux de Molière — les requêtes ou « placets » présentés au roi en 1664 et 1667 et la préface de l'impression de 1669 —, dans lesquels se manifestent son habileté politique et son talent de polémiste.

Genèse de l'œuvre

Première version : Le Tartuffe ou l'Hypocrite

Page du registre de La Grange dans laquelle est consignée la création à Versailles du premier Tartuffe.

Création et interdiction

Le premier Tartuffe est créé par la Troupe de Monsieur, le 12 mai 1664, à Versailles, ensuite des trois journées de divertissements que Louis XIV a offerts, entre le 7 et le 9, à quelque six cents invités sous le titre des Plaisirs de l'île enchantée. La pièce est interdite dès le lendemain de cette première représentation. Elle ne sera pas jouée en public durant cinq ans. Dans une relation considérée comme officielle de ces fêtes, publiée dans les derniers mois de l'année, on peut lire :

« Le soir, Sa Majesté fit jouer une comédie nommée Tartuffe, que le sieur de Molière avait faite contre les hypocrites ; mais quoiqu'elle eût été trouvée fort divertissante, le roi connut tant de conformité entre ceux qu'une véritable dévotion met dans le chemin du ciel et ceux qu'une vaine ostentation des bonnes œuvres n'empêche pas d'en commettre de mauvaises, que son extrême délicatesse pour les choses de la religion ne put souffrir cette ressemblance du vice avec la vertu, qui pouvaient être prises (sic) l'une pour l'autre, et quoiqu'on ne doutât point des bonnes intentions de l'auteur, il la défendit pourtant en public et se priva soi-même de ce plaisir, pour n'en pas laisser abuser à d'autres, moins capables d'en faire un juste discernement. »

Dans un livre consacré à l'« affaire Tartuffe »[1], un historien moderne a tenté de montrer que cette interdiction n'était pas, comme on l'a cru longtemps, le résultat de pressions qu'auraient exercées sur Louis XIV sa mère Anne d'Autriche et les « dévots » de la Compagnie du Saint-Sacrement[2], au demeurant très affaiblie sinon anéantie, mais l'aboutissement d'une « négociation » entre le jeune roi et son ancien précepteur, le tout nouvel archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, qu'il a chargé, quelques jours plus tôt, d'écraser la «secte janséniste ». Cette lecture des faits semble confirmée par l'article que la Gazette dite de Renaudot consacre le 17 mai aux deux affaires, dans lequel le rédacteur fait l'éloge de « ce grand monarque… soigneux de retrancher toutes semences de divisions dans l'Église » et de la « délicatesse qu'il témoigne pour tout ce qui la regarde, comme il le fit encore voir naguère par ses défenses de représenter une pièce de théâtre intitulée L'Hypocrite, que Sa Majesté, pleinement éclairée de toutes choses, jugea absolument injurieuse à la religion et capable de produire de très dangereux effet ».

Une pièce complète en trois actes

On a cru pendant longtemps que la pièce donnée 12 mai 1664 devant Louis XIV et ses invités était inachevée, et que Molière et ses camarades avaient représenté, sous le titre Le Tartuffe ou l'Hypocrite, les trois premiers actes seulement d'une « grande comédie » conçue pour en compter cinq. Le spectacle se terminait donc sur le triomphe de Tartuffe s'apprêtant à épouser Marianne et à recevoir le don de la maison familiale de la main d'Orgon. Cette croyance reposait sur une lecture erronée des diverses sources concernant le spectacle donné à Versailles : le registre de La Grange, la relation officielle des fêtes de Versailles parue à la fin de l'année 1664, et sa réécriture partielle par La Grange dans l'édition posthume de 1682[3].

Mais les chercheurs ont acquis aujourd'hui la conviction que ce premier Tartuffe était une pièce complète en trois actes correspondant approximativement aux actes I, III et IV de la version définitive, et dans laquelle les personnages de Mariane et de Valère, qui sont au centre du deuxième acte, n'existaient peut-être pas, ou n'avaient qu'un rôle très secondaire[4].

La polémique

[…]

Deuxième version : L'Imposteur

Page du registre de La Grange dans laquelle sont consignées la création et l'interdiction de la deuxième version du Tartuffe[5].

Cette deuxième version résulte d'un travail de réécriture et restructuration entamé dans les derniers mois de 1664, après que Louis XIV a confirmé son interdiction.

Le 16 juillet 1667, « Madame » ayant manifesté le désir de revoir la pièce, Molière lui en donne lecture (sinon la représentation) au château de Saint-Cloud, où le roi, qui depuis deux mois mène campagne en Flandre[6], est venu précisément ce jour-là saluer son frère et sa belle-sœur convalescente. C'est alors sans doute que Molière obtient de Louis XIV l'autorisation verbale de présenter au public la nouvelle mouture de sa comédie[7].

La création a lieu le 5 août au Palais-Royal devant une salle comble. Le héros, désigné à présent comme un imposteur, et non plus comme un hypocrite[8], a été renommé Panulphe. Il se présente « sous l'ajustement d'un homme du monde », portant « un petit chapeau, de grands cheveux, un grand collet, une épée, et des dentelles sur tout l'habit »[9]. Molière a ôté de sa pièce tout ce qui était susceptible de « fournir l'ombre d'un prétexte aux célèbres originaux du portrait [qu'il voulait] faire ». Ces « adoucissements » n'y font rien. Il n'y aura pas de seconde représentation. Dès le 6, le premier président du parlement de Paris Guillaume de Lamoignon, qui, pendant l'absence du roi, est chargé de la police de la capitale, signifie à la troupe par huissier que cette comédie est toujours officiellement sous le coup d'une interdiction. L'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, fait défense, sous peine d'excommunication, de représenter, lire ou entendre la pièce incriminée.

Molière tente une nouvelle démarche auprès de Louis XIV en envoyant deux comédiens jusqu'à Lille pour lui soumettre un second placet, mais en vain, car l'intervention de l'archevêque a lié les mains au Roi.

Version définitive : Le Tartuffe ou l'Imposteur

Page de titre de l'édition de 1669.

Le 5 février 1669, la pièce, enfin autorisée, peut reparaître en public sur la scène du Palais-Royal et sous le titre Le Tartuffe ou l’Imposteur. La salle est archicomble, le succès est immédiat. Dans sa Lettre à Madame du samedi suivant, Charles Robinet témoignera que « maints coururent hasard / D'être étouffés dedans la presse, / Où l'on oyait crier sans cesse : / Je suffoque, je n'en peux plus ! » Il y aura quarante-quatre représentations consécutives et les comédiens de la troupe accepteront que sa vie durant Molière ait double part dans les recettes produites la pièce[10].

Analyse de l'œuvre

La fable

Orgon est l'archétype du personnage de cour tombé sous la coupe de Tartuffe, un hypocrite et un faux dévot. Il est, ainsi que sa mère, Madame Pernelle, dupe de Tartuffe. Ce dernier réussit à le manipuler en singeant la dévotion et il est même parvenu à devenir son directeur de conscience. Il se voit proposer d'épouser la fille de son bienfaiteur, alors même qu'il tente de séduire Elmire, la femme d'Orgon, plus jeune que son mari. Démasqué grâce à un piège tendu par cette dernière afin de convaincre son mari de l'hypocrisie de Tartuffe, Tartuffe veut ensuite chasser Orgon de chez lui grâce à une donation inconsidérée que celui-ci lui a faite de ses biens. En se servant de papiers compromettants qu'Orgon lui a remis, il va le dénoncer au Roi. Erreur fatale : le Roi a conservé son affection à celui qui l'avait jadis bien servi lors de la Fronde. Il lui pardonne et c'est Tartuffe qui est arrêté.

Acte I. La scène d'exposition s'ouvre sur le départ mouvementé de madame Pernelle, mère d'Orgon, déçue et révoltée du train de vie que mènent ses petits-enfants, sa belle-fille et son beau-fils par alliance. Ainsi l'acte s'ouvre sur le chaos installé par Tartuffe dans cette famille. Orgon apparaît alors. Il raconte avec émotion à Cléante sa première rencontre avec Tartuffe.

Acte II. Orgon veut briser son engagement envers Valère et marier sa fille Mariane à Tartuffe. Cette nouvelle cause une dispute entre les deux amants, dispute vite réglée par Dorine la suivante de Mariane, qui complote pour rétablir le calme dans sa maison.

Acte III. Tartuffe apparaît et tente de séduire Elmire. Damis entend la conversation et en informe son père. Par la suite, Damis est chassé par son père qui l'accuse de dénigrer Tartuffe. Orgon veut faire de Tartuffe son héritier.

Acte IV. Cléante tente en vain de mettre Tartuffe en face de ses responsabilités. Il est la cause du renvoi de Damis. Quant à l'héritage, il lui indique qu'il n'a aucune légitimité pour en bénéficier. Tartuffe reste intraitable : il n'interviendra pas pour aider Damis et il ne peut refuser cette donation. Mariane, dont le sort semble scellé, livre à son père son désespoir de se voir promise à Tartuffe. Elmire décide alors d'agir. Face à la crédulité et à l'aveuglement de son mari, elle lui propose de lui apporter la preuve de l'hypocrisie de son protégé. Elle demande à Orgon de se cacher sous la table afin qu'il puisse assister à une entrevue qui n'aura d'autre but que de révéler la véritable personnalité de Tartuffe. Survient alors Tartuffe qui se montre tout d'abord méfiant. Puis très vite il recommence une cour assidue auprès d'Elmire. À la fois furieux et effondré, Orgon intervient et ordonne à Tartuffe de quitter les lieux. Hélas, il est trop tard. Tartuffe rappelle à Orgon qu'il lui a fait don durant l'après-midi de ses biens et que c'est lui, Tartuffe, qui est à présent le propriétaire de la maison.

Acte V. Tartuffe réclame l'arrestation d'Orgon, comme traître au Roi. En effet Orgon a mis dans ses mains une cassette qu'un ami lui avait confiée, cette cassette contenant des documents compromettants. Coup de théâtre : l'exempt lui rétorque que c'est lui, Tartuffe qu'on va arrêter sur le champ sur ordre du Roi. Tartuffe ne comprend pas. C'est que le Roi, en récompense des services rendus par Orgon, lui pardonne cette correspondance et punit le délateur Tartuffe, coupable d'un crime commis avant le temps de la pièce.

Ainsi la pièce se termine dans la joie, car, de ce fait et par autorité royale, le Prince annule les papiers signés par Orgon et faisant acte de donation à Tartuffe, et Orgon donne la main de Mariane à Valère, « amant fidèle ».

Les personnages

Tartuffe : « Ah ! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme » (acte III, scène 3, vers 966).
  • Madame Pernelle : mère d'Orgon. Entichée de Tartuffe, elle incarne l'aveuglement d'une génération dépassée.
  • Orgon : fils de Madame Pernelle et mari d'Elmire, lui aussi entiché de Tartuffe.
  • Elmire : seconde épouse d'Orgon, belle-mère de Mariane et Damis.
  • Damis : fils d'Orgon et frère de Mariane.
  • Mariane : fille d'Orgon, sœur de Damis et amante de Valère.
  • Valère : amant de Mariane.
  • Cléante : frère d'Elmire et beau-frère d'Orgon.
  • Tartuffe : faux dévot.
  • Dorine : suivante de Mariane.
  • Monsieur Loyal : sergent royal[11].
  • Un exempt : officier royal chargé des arrestations.
  • Flipote : personnage muet, servante de Madame Pernelle.

Tartuffe : histoire du mot

Plusieurs hypothèses ont été émises sur l'origine du nom de Tartuffe. L'une des plus ancienne est celle formulée dans la première moitié du XVIIe siècle par l'abbé de Longuerue, qui le fait dériver de l'allemand der Teufel (le diable)[12]. Elle n'a été reprise par aucun autre auteur. Vers même temps, plusieurs auteurs rapprochent le mot des tartufoli (truffes) italiens[13].

Pour d'autres, Molière aurait tiré le nom de son imposteur de celui de Montufar, héros des Hypocrites, une nouvelle traduite de l'espagnol en français par Scarron et publiée en 1655[14].

En 1857, le philologue François Génin croit pouvoir affirmer que « Molière n’a pas inventé le mot Tartufe (sic) : il l’a pris tout fait dans la langue italienne vulgaire, où il s’employait déjà comme épithète, non pas, il est vrai, dans l’acception d’hypocrite que le chef-d’œuvre de Molière lui a imprimée irrévocablement, mais avec un sens métaphorique voisin »[15]. Il s'appuie sur la présence du terme tartufo dans un poème de Lorenzo Lippi, Il Malmantile racquistato[16], avec le sens probable d'homme à l'esprit méchant[17]. Ce même mot figure également dans Lo astrologo, comédie de Giambattista della Porta écrite vers 1606[18], où l'un des personnages (Vignarolo) en traite un autre de cheval, de bœuf, d'âne et de tartufo[19] dans le sens probable de stupide.

Le Champion des dames, 1440. Les mots tartuffes et truffes se lisent à la fin des 17e et 19e lignes.

Mais s'il est vrai que Molière n'a pas inventé le mot, on peut douter qu'il soit allé le chercher dans ces auteurs italiens. Quand il en a fait le nom propre de son hypocrite, le mot était depuis plusieurs siècles un nom commun de la langue française à l'orthographe encore variable : tartuffe, tartufe, tartufle, taltufle[20]. Dérivé comme son équivalent italien du latin terræ tuber (tumeur ou excroissance de terre[21]), c’était un doublet et parfois un synonyme du mot truffe dans ses diverses acceptions, comme on peut le constater dans la traduction française du De honesta voluptate ac valetudine latin de Bartolomeo Sacchi, dit « Platine », dont le titre du chapitre De tuberibus (Des tubéracées) avait été traduit « Des treufles ou tartufles » en 1505 par Didier Christol[22]. Après avoir suggéré quelques façons d’accommoder les truffes, Platine terminait son chapitre par ces lignes : « Cette viande [= nourriture] ainsi apprêtée nourrit grandement et commeut [= provoque] luxure, et pour ce aux tables délicieuses des gens libidineux elles viennent communément, pour cause d’exercer plus promptement leur luxure, laquelle chose se peut supporter et louer si on le fait pour génération, mais si pour intempérance de luxure désordonnée, comme font plusieurs gens oiseux et paillards, c’est certes chose détestable et à réprouver totalement. [23]»

Le mot tartuffe figurait déjà vers 1440 dans le manuscrit du Champion des dames, long poème allégorique, dans lequel le chanoine Martin Le Franc[24] prenait la défense des femmes éternellement calomniées, et dénonçait la lubricité de certains hommes qui usent de stimulants sexuels, de « tartuffes » par exemple : « Je tais champignons et tartuffes / Et maintes choses qu’aucuns prennent / Pour leur luxurieuses truffes [= tromperies] / Soutenir, dont par trop mesprennent / Car contre Nature s’enhennent [= se donnent du mal]. »

La Tartufe, gravée par Jacques Lagniet. BNF-Arsenal.

Toujours féminin, tartuffe apparaît à l’aube du XVIIe siècle dans Le Mastigophore, pamphlet d’Antoine Fuzy[25], où il a une valeur nettement métaphorique, proche de celle que lui donnera Molière[26] : « Tu fais le Quintilien sauvage et bocager, le Salomon nouveau, le Docteur Salope, le Camerlingue d’éloquence, l’Aristarque de factorerie, et tu n’es qu’une tartuffe, qu’un butor, qu’une happelourde. [27]»

En 1876, Hippolyte Lucas découvre dans un recueil factice de la bibliothèque de l'Arsenal une vignette intitulée « La Tartufe », qui semble avoir été imprimée avant 1663[28]. Signée du « maître imagier » Jacques Lagniet (1600-1675), elle porte en légende : « Cette vieille méduse a le teint si farouche, / L'estomac si mauvais qu'il ne sort de sa bouche / Qu'une haleine puante et des crachats gluants. / Elle en voudrait pourtant encore bien découdre, / Mais son teint jaune pâle et ses yeux de chat-huant / N'en rencontre pas un qui s'y veuille résoudre. » Quelques années plus tard, Auguste Baluffe met en doute, sans en donner de raisons, l'antériorité de cette vignette sur l'œuvre de Molière[29], mais un autre moliériste, C.E.J. Caldicott, qui la reproduit en tête de La Carrière de Molière : entre protecteurs et éditeurs (1998), la date des environs de 1658[30].

De ce qui précède, il résulte que toute l'invention de Molière se réduit, et ce n'est pas peu, à avoir masculinisé le mot tartuffe, comme le titre sous lequel il a publié sa pièce l’indique de façon on ne peut plus claire : Le Tartuffe ou l’Imposteur (≠ Tartuffe ou l'Imposteur). Tartuffe est un tartuffe, comme Alceste est un misanthrope. C’est d'ailleurs ce que confirme sa présence comme nom commun aux orthographes diverses dans plusieurs textes de l’époque. Ainsi le sieur de Rochemont évoque-t-il dans ses Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre, « tant de bons pasteurs que l’on fait passer pour des tartuffes », et Donneau de Visé écrit dans sa Lettre sur les Observations : « À quoi songiez-vous, Molière, quand vous fîtes dessein de jouer les tartufles ? », puis, plus loin, « [Le roi] savait bien ce qu'il faisait en laissant jouer le Festin de Pierre, qu'il ne voulait pas que les tartufles eussent plus d'autorité que lui dans son royaume, et qu'il ne croyait pas qu'ils pussent être juges équitables, puisqu'ils étaient intéressés. »

Quoi qu'il en soit, une chose est certaine: c'est la popularité de la comédie de Molière qui est à l'origine du sens actuel du mot tartuffe (hypocrite) et des dérivés tartuferie (comportement d'hypocrite), tartufier (tromper).

Une pièce à clef ?

Certains contemporains ont cru reconnaître dans le personnage de Tartuffe les traits de l'abbé Roquette, conseiller spirituel du prince de Conti et dans Orgon le prince de Conti lui-même. Tallemant des Réaux y voit les traits de l'abbé de Pons. Cette ressemblance est aussi signalée par Shirley T.Wong, qui cite aussi Nicolas Charpy de Sainte-Croix, et Jacques Cretenet.

Les thèmes

Dans cette pièce, Molière traite plusieurs thèmes, dont le plus important est l'hypocrisie religieuse, c'est-à-dire la fausse dévotion.

L'hypocrisie

Parmi les thèmes abordés dans la pièce, l'hypocrisie est le plus important. On peut classer Le Tartuffe dans la lignée des autres pièces de Molière, L'Avare, Les Précieuses ridicules, Le Bourgeois gentilhomme, Le Misanthrope ou l'Atrabilaire amoureux et Le Festin de pierre, destinées à dépeindre et ridiculiser un vice (comédie de caractère). Lorsqu'il publia la version en cinq actes de sa pièce, Molière écrivit une préface destinée à masquer ses intentions initiales (voir plus bas) en prétendant que son objectif premier avait été de dépeindre « un méchant homme ». Il précise en outre que « l'hypocrisie est dans l'État, un vice bien plus dangereux que tous les autres ». Un hypocrite est une personne dont les actes camouflent la pensée. Tartuffe est un personnage qui ne révèle pas ses sentiments intérieurs. Molière va donc pendant deux actes présenter Tartuffe au travers des descriptions qu'en font les autres personnages sans jamais le montrer sur scène. Son objectif est que le spectateur se fasse une opinion du personnage avant que celui-ci n'apparaisse. Dès la première scène, le personnage est campé, décrit par Damis comme un « cagot de critique », par Dorine comme « un gueux qui, quand il vint, n'avait pas de souliers » et qui se comporte en maître, un hypocrite et un jaloux, un goinfre et un bon vivant (scène IV). Orgon lui le voit comme un humble, un doux, priant avec de grands soupirs, refusant l'aumône et se chargeant de tous les péchés, un être vertueux combattant tous les vices. Sous cette humilité se cache un ambitieux qui a pris le pouvoir dans la maison d'Orgon. Ainsi la double facette du personnage est présentée et quand Tartuffe paraît, le spectateur connait déjà la duplicité de ce faux dévot et se demande seulement comment les honnêtes gens vont réussir à mettre au jour sa supercherie. Son attirance pour Elmire qu'il ne peut cacher semble être son point faible mais quand il est accusé de ce fait, il abonde tant dans ce sens, se traitant lui-même plus bas que terre (méchant, coupable, scélérat, chargé de souillure, de crimes et d'ordures, perfide, infâme, perdu, homicide) qu'il coupe l'herbe sous les pieds de ses accusateurs et se pose en victime. Il faudra qu'Orgon lui-même soit témoin de la scène pour qu'il comprenne enfin le personnage capable de dire de la morale « ce n'est pas pécher que pécher en silence » et d'Orgon « Je l'ai mis au point de tout voir sans rien croire ».

Les réactions

Dans les heures ou les jours qui suivirent la création du premier Tartuffe à Versailles, Louis XIV consentit, à la demande de l'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, son ancien précepteur, à défendre à Molière de représenter sa comédie en public (ce qui ne l'empêcha pas de la revoir, en privé avec une partie de la Cour, chez Monsieur[31], à Villers-Cotterêts, au mois de septembre). Au début du XXe siècle, l'historien Raoul Allier et de nombreux autres à sa suite, ont cru pouvoir deviner, derrière cette mesure, une intervention de la reine-mère Anne d'Autriche, intervention que n'atteste aucun document ou témoignage de l'époque.

On conçoit que cette satire de la dévotion ait plu au jeune roi, excédé par les admonestations de certains dévots de son entourage concernant sa conduite et, en particulier ses amours adultères[32]. Même si l'on sait aujourd'hui que l'influence de la Compagnie du Saint-Sacrement et d'un supposé « parti dévot » a été considérablement exagérée[33] par les historiens anticléricaux de la fin du début du XXe siècle, il reste que des croyants sincères pouvaient être choqués par la présence sur une scène de théâtre d'un directeur de conscience fourbe et lubrique, et l'on comprend que Louis XIV, qui venait de confier au nouvel archevêque de Paris, son ancien précepteur, le soin d'anéantir « la secte du jansénisme »[34], se soit laissé convaincre par lui qu'il devait assumer son rôle de « Fils aîné de l'Église » et donc interdire à Molière de présenter en public « une pièce de théâtre […] absolument injurieuse à la religion et capable de produire de très dangereux effets »[35].

Molière ne se laissa pas décourager : quelques semaines plus tard, il sut retourner à son avantage la violente attaque de Pierre Roullé, curé de l'église Saint-Barthelémy, qui, dans un ouvrage intitulé Le Roi glorieux au monde, l'avait qualifié de « Démon vêtu de chair » et le menaçait du feu : il en appela au roi dans un Premier Placet (été 1664), où il adoptait une posture de victime face aux hypocrites et à ceux qu'il appelait les faux dévots et qu'il opposait aux « vrais dévots », et où il prétendait que, loin d'avoir fait la satire de la dévotion, il n'avait fait que remplir sa fonction d'auteur de comédie, invoquant — pour la première fois de sa carrière — le traditionnel but moral de la comédie[36] : « Le Devoir de la Comédie étant de corriger les Hommes en les divertissant, j'ai cru que dans l'emploi où je me trouve je n'avais rien de mieux à faire que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon Siècle ; et comme l'Hypocrisie sans doute en est un des plus en usage, des plus incommodes, et des plus dangereux… ».

Il entreprit alors de remanier sa pièce pour la mettre en conformité avec son argumentation défensive (tout en procurant un nouveau spectacle à son théâtre, Le Festin de Pierre, renommé Dom Juan ou le Festin de pierre après sa mort). Il transforma son personnage, qui quitta sa qualité de directeur de conscience laïc et son habit d'homme d'Église (grand chapeau, cheveux courts, petit collet, vêtements austères[37]) pour devenir un aventurier louche qui se fait passer pour un homme du monde (dévot) afin de s'introduire dans une famille sous couleur de la religion pour en mettre le chef sous tutelle, en courtiser la femme, en épouser la fille et en détourner le bien à son profit. On sait, par une lettre du duc d'Enghien datée de la fin d'octobre 1665, que Molière était en train de finir d'ajouter un quatrième acte à sa pièce (qui correspond au cinquième acte de la version définitive), de façon à créer un rebondissement : Tartuffe, devenu un escroc habile, ne se laissait plus chasser piteusement comme dans la version initiale, mais se révélait maître de la maison d'Orgon et de ses papiers compromettants. Du coup Molière peut produire à la dernière scène le coup de théâtre qui rétablit l'ordre familial bouleversé par les menées de l'imposteur. L'intervention royale, telle que l'Exempt la décrit dans les vers 1904-1944, n'est pas simplement celle d'un deus ex machina venu dénouer une action sans issue. Le roi est en effet présenté comme le garant de la véritable justice, qui ne se laisse pas prendre aux apparences.»[38]. Autrement dit, Molière avait transformé sa pièce en pièce politique dans laquelle le roi intervenait à ses côtés pour condamner les hypocrites. Il ne lui restait plus qu'à intercaler un deuxième acte, consacré aux amours malheureuses de la fille de la famille (promise au nouveau Tartuffe devenu faux homme du monde) et de son amoureux (absents de la version primitive)[39].

Il faudra attendre encore un an et demi, et le dénouement de la crise janséniste qui permit à Louis XIV de retrouver ses coudées franches en matière de politique religieuse : l'autorisation définitive de Tartuffe — désormais intitulé Le Tartuffe ou l'Imposteur — intervint « au moment exact de la conclusion définitive de la Paix de l'Église, aboutissement de longues négociations entre d'un côté les représentants du roi et le nonce du pape et de l'autre les représentants des Messieurs de Port-Royal et des évêques jansénistes. La concomitance est frappante : le 3 février, le nonce remit à Louis XIV deux « brefs » dans lesquels Clément IX se déclarait entièrement satisfait de la « soumission » et de « l'obéissance » des quatre évêques jansénistes», et le surlendemain la Troupe du Roy donnait la première représentation du Tartuffe[40].

C'est le triomphe de Molière, sa pièce le plus longtemps jouée (72 représentations jusqu'à la fin de l'année), son record de recettes (2.860 livres le premier jour, six recettes de plus de 2.000 livres, 16 de plus de 1000, une moyenne de 1.337 livres contre 940 pour L'École des femmes). L'affaire du Tartuffe est aussi une affaire d'argent.

Les cibles de Molière

Les cibles de Molière ont été entièrement brouillées par la réécriture de la pièce et son passage de trois à cinq actes. Si l'on revient à ce qu'on peut savoir du premier Tartuffe en trois actes (voir plus haut), la pièce avait été conçue non point comme une attaque de l'hypocrisie des hommes en général et de la fausse dévotion, mais comme une satire de la (vraie) dévotion. Tous les traités de dévotion depuis l'Introduction à la vie dévote de saint François de Sales insistaient sur la nécessité absolue, pour quiconque voudrait vivre « en Dieu » tout en restant « dans le monde », de se laisser guider par un directeur de conscience : un homme distinct du confesseur et le plus souvent choisi parmi une catégorie relativement répandue, des laïcs qui avaient fait vœu d'obéissance à Dieu, de pénitence, de pauvreté, de chasteté. Ce mouvement de réforme des mœurs était orchestré par la Compagnie du Saint-Sacrement, une société secrète qui faisait notamment campagne contre le théâtre et dont un des historiens écrit qu'elle « contribua grandement, en 1664, à la suppression de la “méchante comédie de Tartufe“ »[41]. La toute-puissance acquise par ces hommes dans certaines familles était déplorée par les catholiques modérés et moquée par les incrédules (ceux que l'Église appelait les « libertins », au nombre desquels ses adversaires rangeaient Molière). Surtout que ces directeurs de conscience étaient des hommes, qu'ils étaient donc souvent victimes des tentations humaines et que dès lors ils tombaient dans le défaut que depuis ses origines l'Église chrétienne appelait hypocrisie envers Dieu: se persuader soi-même qu'on agit par et pour Dieu, alors qu'en fait on est guidé par les passions humaines, orgueil, concupiscence, etc. Autrement dit, catholiques modérés et libres penseurs estimaient que la « vie dévote » aboutissait à mettre des familles entières sous la coupe d'un couple infernal : le chef de famille aveuglément abandonné entre les mains du directeur de conscience qu'il considère comme l'émanation de la parole de Dieu ; et le directeur de conscience qui prétend guider tout le monde mais qui est incapable de se guider lui-même.

Molière savait qu'en écrivant une satire burlesque de ce couple et en insistant sur l'aveuglement ridicule du chef de famille qui en oublie toute charité chrétienne et sur l'hypocrisie naïve d'un bon gros directeur de conscience, amateur de bonne chère et incapable de résister à la beauté de la maîtresse de maison, il ferait rire la majorité de son public, tant à la ville qu'à la cour. À commencer par Louis XIV, lassé de voir sa vie amoureuse critiquée par les plus rigoristes des ecclésiastiques et par les dévots: c'est ce qui explique que le roi et son entourage, parfaitement informé, si ce n'est du détail, du moins des grandes lignes de la comédie, avaient invité Molière à en donner une avant-première à Versailles à la fin des fêtes des "Plaisirs de l'Ile enchantée".

Après avoir applaudi la pièce, Louis XIV fut conduit (voir plus haut) à en interdire les représentations publiques. Les dévots en profitèrent pour se déchaîner contre la comédie et contre Molière, traité de libertin, d'athée, de dangereux ennemi de la religion: au mois d'août 1664, le curé Pierre Roullé, dans un livre remis à Louis XIV, Le Roi glorieux au Monde, le félicitait d'avoir interdit la comédie de Molière, présentée comme une œuvre destinée à « ruiner la Religion catholique, en blâmant et jouant sa plus religieuse et sainte pratique, qui est la conduite et direction des Ames et des familles par de sages Guides et Conducteurs pieux ».

Pour contrer cette attaque qui mettait clairement à plat les intentions de Molière — ridiculiser la direction de conscience, cœur de la vie dévote —, il fallait, d'une part, argumenter en sens contraire: c'est le sens du premier Placet au Roi dans lequel Molière déclare s'attaquer à l'hypocrisie en général et à la fausse dévotion et affirme que tous les « gens de bien » (entendre les chrétiens sincères et modérés) ont approuvé sa pièce: le rôle de l'homme raisonnable, Cléante, le frère d'Elmire, prêchant dans la pièce pour une religion ouverte et tolérante allait déjà dans ce sens. Il fallait, d'autre part, transformer la pièce afin qu'elle puisse passer effectivement pour ce que Molière disait qu'elle était vraiment en brouillant les intentions initiales de son auteur. Transformation d'autant plus facile que la première version était en trois actes et que la comédie ne pourrait que changer de visage en passant au format le plus courant (cinq actes).

La première opération a consisté à ajouter une ultime scène au troisième acte (= fin de l'acte IV dans la version définitive) et un quatrième acte (= acte V dans la version définitive)[42] : Tartuffe n'était plus cette sorte de moine laïc, gros et gras, victime de la tentation (un « hypocrite » tel que l'Église désignait les croyants insincères) ; il devenait un « scélérat », véritable criminel masqué qui simulait la dévotion afin de s'introduire dans les familles, s'emparer des héritages au détriment des fils, épouser les filles et coucher avec les épouses. Ce qui a permis à Molière d'introduire Louis XIV lui-même, incarnation de la justice qui envoie un de ses représentants démasquer et arrêter le criminel — bel hommage au souverain qui, tout en étant contraint d'interdire la pièce durant cinq ans, n'en a pas moins soutenu discrètement l'entreprise de Molière. Mais, du coup, le contraste est frappant entre les deux visages de Tartuffe, le bonhomme des premiers actes et le froid calculateur de la fin de l'acte IV et de l'acte V. La critique s'étonne depuis trois siècles des disparités présentées par les paroles et le comportement du personnage. Mais l'évolution du projet imposée par les circonstances a eu pour effet de brouiller les intentions initiales de Molière et de faire passer au second plan la satire de la dévotion (car Orgon demeure un dévot ridicule dans son aveuglement béat envers son directeur de conscience).

Les sources

Pour créer son personnage, Molière se serait, selon certains historiens[43], inspiré de l'Ipocrito de Pierre l'Arétin (1542), comédie dans laquelle le héros éponyme, personnage aux yeux baissés, maigre et goinfre, habillé de noir et portant un bréviaire sous le bras, s'introduit dans la maison de Liseo, flattant le maître de maison, convoitant son épouse et intriguant pour parvenir à ses fins.

La distribution de 1669.

Acteurs et actrices ayant créé les rôles en 1669
Personnage Acteur ou actrice
Mme Pernelle, mère d'Orgon Louis Béjart
Orgon, mari d'Elmire Molière
Elmire, femme d'Orgon Armande Béjart
Damis, fils d'Orgon Hubert
Mariane, fille d'Orgon et amante de Valère Catherine de Brie
Valère, amant de Mariane La Grange
Cléante, beau-frère d'Orgon La Thorillière
Tartuffe, faux dévot Du Croisy
Dorine, suivante de Mariane Madeleine Béjart
M. Loyal, sergent De Brie
Un exempt
Flipote, servante de madame Pernelle

Répliques célèbres

  • « On n'y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud. » (Mme Pernelle, acte I, scène I, vers 11-12)
  • « ... Vous êtes un sot en trois lettres, mon fils. » (Mme Pernelle, acte I, scène I, vers 16)
  • « Il est de faux dévots ainsi que de faux braves. » (Cléante, acte I, scène V, vers 326)
  • « Ah ! vous êtes dévot, et vous vous emportez ! » (Dorine, acte II, scène II, vers 552)
  • « Non, vous serez ma foi ! tartuffiée. » (Dorine, acte II, scène III, vers 674)
  • « Couvrez ce sein que je ne saurais voir. »
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées. (Tartuffe, acte III, scène II, vers 860-862)
  • « Ah ! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme ! » (Tartuffe, acte III, scène III, vers 966)
  • « Le ciel défend, de vrai, certains contentements. »
Mais on trouve avec lui des accommodements. (Tartuffe, acte IV, scène V, vers 1487-1488)
  • « Le scandale du monde est ce qui fait l'offense,
Et ce n'est pas pécher que pécher en silence. » (Tartuffe, acte IV, scène V, vers 1505-1506)
  • « C'est à vous d'en sortir, vous qui parlez en maître.
La maison m'appartient, je le ferai connaître. » (Tartuffe, acte IV, scène VII, vers 1557-1558)
  • « La vertu, dans le monde, est toujours poursuivie ;
Les envieux mourront, mais non jamais l'envie. » (Mme Pernelle, acte V, scène III, vers 1665-1666)
  • « Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu,
Ce qu'on appelle vu. » (Orgon, acte V, scène III, vers 1676-1677)
  • « Juste retour, Monsieur, des choses d'ici-bas ;
Vous ne vouliez point croire, et l'on ne vous croit pas. » (Dorine, acte V, scène III, vers 1695-1696)
  • « Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude. » (L'Exempt, acte V, scène VII, vers 1906)

Mises en scène notables

Mise en scène de 1968 à la Comédie-Française

(* Un enregistrement de cette version réalisé en 1975 est disponible en D.V.D. dans une réalisation de Pierre Badel)

Autres mises en scène notables

Réécritures

  • L'un des caractères de Jean de La Bruyère fait référence à Tartuffe : il s'agit du portrait d'Onuphre (De la Mode, XIII)
  • Au XVIIIe siècle, Beaumarchais donne à son drame La mère coupable le sous-titre L'autre Tartuffe.
  • Au XXe siècle paraissent deux réécritures notables : Le Tartuffe repenti de Bernard Diez (1959) et Le Tartuffe de Molière par Rolf Hochhuth.

Adaptation cinématographique

Opéra

  • Tartuffe, un opéra bouffe en trois actes du compositeur américain Kirke Mechem dont l'action se situe à Paris au XVIIe siècle. Créé le 27 mai 1980 à l'opéra de San Francisco.

Notes et références

  1. François Rey & Jean Lacouture, Molière et le Roi. L'affaire Tartuffe, Paris, Le Seuil, 2007.
  2. Sur ces hypothétiques pressions, voir Gustave Michaut, Les Luttes de Molière, Paris, Hachette, 1925, p. 38-39.
  3. Note apparemment corroborée par un rajout dans son propre "Registre", dont les chercheurs du XXe siècle ont montré qu'il avait non pas été tenu au jour le jour, mais entrepris au plus tôt dans les années 1680: voir, entre autres, l'édition du Registre par Young & Young (Droz, 1947), ainsi que la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière dans la Bibliothèque de la Pléiade (2010).
  4. Les animateurs du site Molière21, qui se présente comme le complément numérique de la nouvelle édition de Molière dans la bibliothèque de la Pléiade, proposent une reconstruction de cette première version en trois actes intitulée Le Tartuffe ou l'Hypocrite. La pièce, selon eux, mettait en scène une histoire connue depuis le Moyen Âge par de nombreuses versions narratives, celle « du religieux impatronisé qui tente de séduire la femme de son hôte et qui est démasqué et chassé grâce à la ruse de celle-ci ». Ils expliquent que la version définitive du Tartuffe laisse encore clairement voir la trame initiale, qui se déroulait en trois temps correspondant aux trois actes : « (I) un mari dévot accueille chez lui un homme qui semble l'incarnation de la plus parfaite dévotion ; (II) celui-ci, tombé amoureux de la jeune épouse du dévot, tente de la séduire, mais elle le rebute tout en répugnant à le dénoncer à son mari qui, informé par un témoin de la scène, refuse de le croire ; (III) la confiance aveugle de son mari pour le saint homme oblige alors sa femme à lui démontrer l'hypocrisie du dévot en le faisant assister caché à une seconde tentative de séduction, à la suite de quoi le coupable est chassé de la maison. ».
  5. Signe que La Grange rédige son registre des années plus tard, il écrit ici Tartuffe et non Panulphe, comme il aurait dû le faire.
  6. Cette « campagne de Flandre » est la première de la Guerre de Dévolution.
  7. Rey & Lacouture, op. cit., p. 275-278
  8. L'hypocrisie (« déguisement en matière de dévotion ou de vertu », selon Furetière) a alors une connotation religieuse que n'a pas l'imposture.
  9. Molière, second placet au roi.
  10. Notice, p. 356.
  11. Du temps de Molière, un sergent royal est un huissier chargé de faire appliquer les décisions de justice.
  12. Longueruana, 1754, p. 155, consultable sur Google Livres.
  13. C'est le cas, par exemple, du sieur de Cideville, correspondant de Voltaire et conseiller au parlement de Rouen, qui note dans son journal : «… Voici par exemple assez sûrement la naissance du mot de Tartuffe dans notre langue, en supposant cependant, ce qui est à vérifier, que ce mot n'existât pas avant la comédie de Molière qui porte ce nom. Voici ce que je tiens de M. de Fontenelle, qui était très curieux de ces recherches. Molière achevait sa comédie de l'hypocrite et était très embarrassé quel nom lui donner, quand il trouva dans une maison un M. Roquette, évêque d'Autun, faisant ses quatre repas en tenant des propos de la plus austère dévotion. Il dînait à faire trembler, et on lui demandait s'il n'avait point mangé le matin, et il répondait, les yeux dans le ciel, qu'il avait mangé quelques tartufles (sic) qu'il nommait tartufioli. M. de Molière qui avait déjà peut-être emprunté de lui quelques traits pour son hypocrite, saisit ce mot et appela sa pièce Tartuffe. »
  14. Edmond Antoine Poinsot, Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique, 1876, p 250 Lire en ligne
  15. François Génin, Récréations philologiques ou Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue française, tome I, Paris, 1856, p. 292, consultable sur Gallica.
  16. Lorenzo Lippi, Il malmantile racquistato, p 516 Lire en ligne
  17. Margareta Diot, "Tartuffe",1976
  18. Le commedie - lo astrologo de Giambattista della Porta dans le projet Gutemberg
  19. VIGNAROLO. Se non lo sai tu chi sei, manco lo so io: sei un cavallo, un bue, un asino.GUGLIELMO. Messer sí, se fussimo nel tempo di Pitagora, direi che quando mi sommersi morii e l'anima mia entrò in un altro corpo e son un altro. Vorrei saper chi sono.VIGNAROLO. Sei un tartufo!
  20. Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française, t. VII, Paris, 1892, p. 652, consultable sur Internet Archive.
  21. Ce double mot latin figure déjà comme une injure dans le Satyricon de Pétrone.
  22. Ce texte était signalé dès 1750 par le philologue Jacob Le Duchat dans le tome II d'une réédition augmentée du Dictionnaire étymologique de la langue françoise de Gilles Ménage, consultable sur Google Livres.
  23. Platine en francoys tresutile & necessaire pour le corps humain qui traicte de honeste volupte et de toutes viandes et choses que lome mange […] Compose en latin par Platine en court de Romme, et apres translate en françoys par messire Desdier Christol a Montpelier, Lyon, 1505, consultable sur Gallica.
  24. Le Champion des dames, par Martin Le Franc, prevost de l'eglise de Lausane, BNF, manuscrits français, 12476, consultable sur Gallica.
  25. Sur cet étrange personnage, voir La France protestante, tome V, Paris-Genève, 1855, p. 188, consultable sur Google Livres.
  26. Cette occurrence a été signalée pour la première fois par Eugène Rolland dans le tome XI de sa Flore populaire, Paris, 1914, p. 183.
  27. Le Mastigophore ou Précurseur du Zodiaque, 1609, p. 62, consultable sur Google Livres.
  28. Hippolyte Lucas, « À propos du nom de Tartuffe », dans La Mosaïque, revue pittoresque illustrée de tous les temps et de tous les pays, Paris, 1876, p. 7-8, consultable sur Gallica.
  29. Auguste Baluffe, Autour de Molière, 1888, p 249, Lire en ligne
  30. Baluffe croit également pouvoir affirmer, dans la même étude, que « le nom de Tartuffe est d'origine populaire et méridional » et qu'il viendrait de deux mots de « la vieille langue romane »: taro ou tarau, qui signifie défaut, tache, tare, vice, et tufo ou touffo, qui signifie tant coiffe, capuchon, cape, chape, et tantôt hure, tête de porc. Il en conclut que Tartuffe doit se traduire par « vice sous cape » ou par « vice à museau de porc ». Baluffe appuie toute sa démonstration sur deux lettres de l'épistolier Jean-Louis Guez de Balzac, d'origine gasconne et mort en 1654, dont Pierre Richelet reproduit des extraits dans son recueil des Plus belles lettres françoises sur toutes sortes de sujets, tirées des meilleurs auteurs (Paris, 1698, tome II, p. 3-5). Or, le mot tartuffe est une interpolation de Richelet ; il ne figure pas dans les lettres originales de Balzac, l'une datée de 1622, l'autre de 1638.
  31. Philippe d'Orléans, dit "Monsieur, frère unique du Roi", était le protecteur officiel de la troupe de Molière.
  32. En mars 1662, Bossuet avait, dans un sermon de Carême, blâmé la liberté de mœurs de la cour. Prise de remords, Louise de La Vallière, maîtresse non encore déclarée du roi, s'était enfuie dans un couvent où Louis XIV était allé lui-même la chercher.
  33. « Tartuffe (Affaire) | Banque de données AGON », sur base-agon.paris-sorbonne.fr (consulté le 9 mai 2017)
  34. L'expression se lit pour la première fois dans un mémoire de Louis XIV au duc de Chaulnes, ambassadeur de France à Rome.
  35. La Gazette du 17 mai 1664.
  36. Sur tout cela, le dossier le plus à jour et le mieux argumenté est celui de François Rey dans Molière et le Roi. L'affaire Tartuffe, Paris, Le Seuil, 2007.
  37. « J'ai eu beau lui donner un petit chapeau, de grands cheveux, un grand collet, une épée et des dentelles sur tout l'habit, cela n'a de rien servi. » écrit Molière en 1667 après avoir modifié sa pièce.
  38. Notice de Tartuffe dans la nouvelle édition de la Pléiade, 2010 (vol. II, p. 1385-1386)
  39. Sur l'ensemble de ces remaniements, voir le livre cité de John Cairncross, celui de François Rey et Jean Lacouture (déjà cité), et la Notice Tartuffe de la nouvelle éd. de la Pléiade (déjà citée).
  40. Pour plus de détail sur cette concomitance, voir le livre de François Rey et Jean Lacouture, Molière et le Roi, p. 353 et suivantes.
  41. Alfred Rebelliau, « Deux Ennemis de la Compagnie du Saint-Sacrement - Molière et Port-Royal », Revue des Deux Mondes, tome 53, 1909, p. 901.
  42. Cette hypothèse est défendue dans la notice de la nouvelle édition des Œuvres de Molière pour la Bibliothèque de la Pléiade (Paris, Gallimard, 2010). Auparavant, elle avait été formulée par John Cairncross dans son ouvrage Molière bourgeois et libertin (Paris, Nizet, 1963).
  43. P.G. Dublin, La Vie de l'Aretin p. 250 et suivantes

Bibliographie

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Liens externes