Suzanne Citron

Suzanne Citron
Biographie
Naissance
Décès
(à 95 ans)
Paris
Sépulture
Nom de naissance
Suzanne Grumbach
Nationalité
Formation
Activités
Conjoint
Autres informations
A travaillé pour
Domaine
Sciences de l'éducation (en)
Partis politiques
Membre de
Directeur de thèse
Site web
suzannecitron.wordpress.com
Œuvres réputées

Suzanne Citron, née Grumbach le à Ars-sur-Moselle et morte le à Paris, est une historienne et essayiste française[1].

Elle est connue pour ses travaux sur le mythe national et l'enseignement de l'histoire en France.

Biographie

Issue d’une famille bourgeoise juive avec des racines alsaciennes, parisiennes et portugaises, ses deux grands-pères ont reçu la Légion d'honneur; du côté paternel Paul Grumbach (1861-1931), qui fut général de brigade[2] et du côté maternel Eugène Dreyfus (1864-1936), magistrat, qui fut président de la Cour d'Appel de Paris[3]. Elle parlera d'une « famille qui se considérait comme franco-israélite, l'ordre étant important »[4]. Elle est élevée dans une culture laïque et patriote, son père évoquant par ailleurs souvent l'affaire Dreyfus[5].

Elle étudie au lycée Molière, à Paris. Au début de la Seconde Guerre mondiale, son père est fait prisonnier en Allemagne[6]. Pendant l'Occupation, après que deux de ses cousins soient arrêtés pendant une rafle[6] , elle franchit clandestinement la ligne de démarcation le 15 juillet 1941 pour passer en zone libre[6]. Elle poursuit alors des études d'histoire et mène des activités de résistance.

Elle est arrêtée à Lyon le par la Gestapo et a vécu les dernières semaines du camp de Drancy[7], le camp étant libéré par l'avancée des Alliés avant sa déportation en Allemagne.

Elle est agrégée d'histoire (1947) et elle va enseigner pendant une vingtaine d'années au lycée d'Enghien-les-Bains[6].

Pendant la guerre d'Algérie, qu'elle définit comme « un second choc intérieur »[6], elle est révoltée par les pouvoirs spéciaux votés à l'initiative du gouvernement socialiste de Guy Mollet en 1956[6]. Elle devient alors une militante anti-colonialiste[4]

Elle va alors se pencher sur l'histoire du colonialisme français : le récit de la conquête de l'Algérie, les répressions en Indochine dans les années 1930 et les massacres à Madagascar en 1947[6]. Suite à sa découverte sur l'occultation de ces faits dans le récit national, elle deviendra très critique sur l'enseignement de l'histoire de France[6]. Peu après mai 68, elle publie une tribune dans Le Monde intitulée «  Ce que nous attendons du ministère de l’éducation » où elle esquisse une réorganisation et un décloisonnement de la scolarité. Elle approfondira sa pensée dans son ouvrage L'École bloquée, paru en 1971[6].

Elle devient docteur de 3e cycle en histoire contemporaine de l'université Paris-Nanterre (1974)[8]. Sa thèse de doctorat, soutenue en 1974 mais non publiée, a pour titre Aux origines de la Société des professeurs d'histoire : la réforme de 1902 et le développement du corporatisme dans l'enseignement secondaire (1902-1914). Elle enseigne alors à l'université Paris XIII-Villetaneuse[6].

Elle a milité dans les mouvements pédagogiques des années 1960-1970 pour la rénovation des contenus de l’enseignement et publié de nombreux articles dans diverses revues d’enseignants sur les problèmes de l’enseignement secondaire. Elle publie des « points de vue » pendant plus de trente ans dans Le Monde et dix ans dans Libération.

Elle a appartenu au Parti socialiste unifié (PSU)[9]. De 1977 à 1983, elle est adjointe au maire PS de Domont (Val-d'Oise). Elle quitte le Parti socialiste en 1985[6] et reproche alors au ministre de l'Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, d'avoir rétabli une histoire nationale qui place la France au centre du monde[6].

En 1987, elle publie l'ouvrage qui restera associé à son nom : Le Mythe national, ouvrage de déconstruction de l'Histoire telle qu'elle est enseignée à l'époque[10]. Cet ouvrage connaîtra plusieurs éditions dont la dernière remonte à 2016[6] ou 2017[11] dans laquelle elle reconnaissait des avancées dans l'enseignement de l'Histoire en France ces trente dernières années avec l'apparition d'une histoire critique du régime de Vichy[6], l'enseignement de la guerre d'Algérie[6], de la colonisation[6] et que l'on parle désormais dans l'espace public de l'histoire de l'immigration en France[6]. Mais elle continuait de dénoncer qu'il restait en fond, la matrice Petit Lavisse, le manuel d'histoire des écoles de la IIIe République.

Cette dernière édition aura une forte exposition médiatique lorsque l'historienne Laurence De Cock lors de la campagne pour l'élection présidentielle en offre un exemplaire à François Fillon, qui préconisait un retour au récit national dans son programme[6], lors de « L'Émission politique », conduisant Amazon à annoncer une rupture de stock sur le titre[12]. Elle a par ailleurs été membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire.

Elle meurt à Paris le 22 janvier 2018 à l’âge de 95 ans et est inhumée aux côtés de son mari à Montjustin.

Vie privée

Elle était l'épouse dumusicologue et professeur de lettres Pierre Citron (1919-2010).

Ouvrages

  • L'École bloquée, Bordas, 1971.
  • Enseigner l’histoire aujourd'hui : la mémoire perdue et retrouvée, Les Éditions ouvrières, 1984.
  • Le Mythe national : l'Histoire de France en question, Les Éditions ouvrières, 1987.
  • Le Bicentenaire et ces îles que l'on dit françaises, Syllepse, 1989.
  • L'Histoire de France autrement, Les Éditions de l'Atelier, 1992 ; 2e éd. 1995.
  • L'Histoire des hommes, Syros jeunesse, 1996 ; nouvelle édition mise à jour 1999, version numérisée 2015 (« L'histoire des hommes, racontée par Suzanne Citron », sur www.chalifour.fr (pdf de 340 Mo)).
  • Mes lignes de démarcation : croyances, utopies, engagements, Syllepse, 2003.
  • Le Mythe national : l'Histoire de France revisitée, Les Éditions de l'Atelier/Les Éditions ouvrières (poche), 2008 (édition de 1987 actualisée) ; nouvelle édition en 2017.

Notes et références

  1. « L'historienne Suzanne Citron est morte », Le Monde, 22 janvier 2018
  2. Ministère de la culture
  3. Ministère de la culture
  4. a et b "Décès de Suzanne Citron : l’historienne qui a déconstruit le mythe national", francetvinfo, 25 janvier 2018.
  5. Suzanne Citron, Le mythe national. L'histoire de France revisitée, éditions de l'Atelier, L'Atelier de poche, rééd. 2017, p. 17.
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r Antoine Flandrin, « L’historienne Suzanne Citron est morte », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  7. Sur sa jeunesse et les circonstances qui se trouvent à l'origine de ses prises de position comme historienne et comme citoyenne, voir l'entretien qu'elle a accordé à L'Humanité en 2014 : « Suzanne Citron : “Une France des diversités et des multiples racines reste à inventer” », L'Humanité, 26 mars 2014.
  8. SUDOC 096750898
  9. « CITRON Suzanne [née GRUMBACH Suzanne »], sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr
  10. Laurent Joffrin, « Une histoire de France dénationalisée », Libération,‎ (lire en ligne)
  11. André Loez, « L’histoire, passion française, suite », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  12. Emma Defaud, « Sur Amazon, les ventes du livre offert à Fillon sur France 2 s'envolent », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)

Liens externes