Squat (lieu)

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Un squat en Allemagne

Le squat (de l'anglais to squat, occuper un lieu sans en avoir la permission), désigne l'occupation d'un lieu dans une perspective d'habitation sans l'accord du titulaire légal de ce lieu[1]. Juridiquement qualifié d'occupation sans droit ni titre, le squat est par définition illégal. Par extension, le squat désigne le lieu ainsi occupé.

Origine

À partir du XVIIe siècle, le terme squat apparaît pour désigner les occupations illicites de terres par des paysans anglais, les Diggers. Le 1er avril 1649 aux alentours de Londres a lieu la première occupation connue, menée par Gerrard Winstanley.

Diversité

Un squat peut héberger une personne seule comme plusieurs dizaines, dans un petit appartement de centre-ville, une friche industrielle de banlieue ou un site rural. Les conditions de vie peuvent y varier en fonction de l'état initial du site, des moyens et des motivations des occupants : jeunes fugueurs refusant d’intégrer un foyer, migrants, artistes sans atelier, truckers nomades, gens du voyage privés d’aires d’accueil, sans domicile fixe, militants de la cause libertaire, autonomes, personnes recherchant un espace de vie sociale ou communautaire.

Espaces et collectivité

Pour une grande majorité de squatteurs, l’occupation s’inscrit dans un parcours résidentiel marqué par la précarité. C'est pourquoi beaucoup de squats prévoient un espace explicitement consacré à l'hébergement des gens de passage : le sleep'in. En outre, ceux-ci concilient souvent lieu d'habitation et espace d'activité : ils essaient de développer une gestion collective du quotidien, à travers la réhabilitation du lieu, l'organisation de rencontres et de débats, la création et la diffusion culturelles, la mise en place d'ateliers, et bien sûr l'information et l'action politiques. Il existe aussi des squats qui hébergent des magasins gratuits, qu'on appelle couramment free-shops ou « zones de gratuité » (friperies, accès internet, etc.).

Légalité

Droit à la propriété

S'agissant d'occupation illégale d'un logement, le squat est une atteinte au droit à la propriété, droit consacré dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. Si certains squatteurs préfèrent viser des immeubles de bureaux inoccupés dont les propriétaires ne s'occupent pas, on retrouve également des cas de petits propriétaires lésés. Il en est ainsi de propriétaires possédant un logement secondaire, de personnes âgées ne résidant plus dans leur maison familiale, ou encore de personnes en déplacement qui ne peuvent plus rentrer chez elles.

Cadre juridique

En France, en différence l'occupation des locaux selon le mode d'entrée:

  • l'entrée par voie de fait (violences physiques ou effraction - carreaux de fenêtres cassés ou serrures fracturées) est interdite, ainsi la loi du 24 juin 2015[2] (qui a remplacé l’article 226-4 du code pénal) considère qu'il s'agit d'un double flagrant délit par «intrusion illégale» et «maintien dans le domicile».
  • pour éviter que des personnes ne se voient dans l'impossibilité de rentrer dans leur logement, une procédure simplifiée a été créée en 2007 par la loi DALO[3]
  • dans le cas d'une location (par exemple par rbnb) pendant plusieurs jours, l'échéance du contrat fait du locataire légal restant dans le logement un occupant sans titre. Cette situation est légalement considérée comme un maintien dans le domicile. Toutefois, l'absence d’intrusion par voie de fait interdit de déloger par la force les occupants durant la période qui s’étend du 1er novembre au 31 mars[4].

Motivations

Nécessité habitative

On peut ainsi considérer que le squat participe à la construction d'un modèle d'économie alternative. Et de fait, l'occupation a souvent pour première cause des raisons pécuniaires : des individus, familles ou groupes de personnes cherchent un endroit où vivre, alors qu'ils ne peuvent pas payer de loyer.

Par exemple, en France, les premiers squatteurs apparaissent après la Seconde Guerre mondiale. Pour protester contre les obstacles administratifs qui freinent la mise en œuvre de la loi de réquisition, ils procèdent à l'occupation de logements vides. Issu du Mouvement populaire des familles (mouvement laïc créé en 1942 qui a pour but d'améliorer la condition des ouvriers), lui-même proche de la Jeunesse ouvrière chrétienne (qui s'ancre à gauche dans le paysage politique belge), ce mouvement naît à Marseille avant de gagner d’autres villes de province. En cinq ans, quelque 5 000 familles sont ainsi relogées. Ces occupations s'accompagnent d'une campagne dans la presse, notamment catholique (Esprit), et d'une action militante qui sensibilise l'opinion publique à la question de la crise du logement.

Cet exemple montre clairement que les problématiques économiques et politiques ne sont, en dernière analyse, pas dissociables. Et donc, de l'abbé Pierre à l'Organisation communiste libertaire (OCL) en passant par le Comité des mal logés puis Droit au logement (DAL), nombreux sont ceux qui définissent le fait de squatter comme l'expression d'un mouvement social revendiquant le droit à une vie digne.

Conviction politique

Kraakteken, symbole du Mouvement européen des squatteurs
Une manifestation pro-squat à Copenhague

Certains squatteurs sont proches de l'ultragauche, de l'anarchisme ou du mouvement autonome et mettent en pratique l'idée de refus de la propriété privée. Ils soutiennent qu'en abolissant le loyer et en permettant de partager les ressources et les frais, le squat peut réduire la dépendance à l'argent et permettre de se réapproprier son temps de vie.

Ils cherchent à expérimenter, dans un espace spécifique, des formes d'organisation sociale basées sur des valeurs d'usage pour le bien commun plutôt que sur le droit de la propriété privée et à promouvoir des alternatives culturelles et politiques par le biais de l'autogestion. L'ensemble des habitants se réunit aussi souvent qu'il est nécessaire, pour prendre et assumer collectivement les décisions engageant le fonctionnement ou le développement du lieu. Ce mode d'organisation a, selon ses partisans, l'avantage de ne pas favoriser l'apparition de leaders.

Enfin, dans les squats les plus stabilisés, on observe des systèmes d’entraide et de solidarité qui protègent les individus d’une trop grande vulnérabilité. Le squat peut ainsi jouer un rôle de soupape de sécurité, et accueillir des populations pour lesquelles il n'y a pas vraiment de place ailleurs. Par exemple, à l’image du bidonville des années 1970, il permet aux immigrés de fraîche date de bénéficier des apprentissages effectués par ceux qui les ont précédés.

Communautarisme

Article détaillé : Communauté libertaire.

Dans de nombreux cas, le squat se révèle être une solution contre la solitude et l'isolement.[réf. souhaitée]

Légalisation et pérennité

Expulsion du squat Montsouris à Paris dans le XIVe le

Les squats représentent un phénomène européen en pleine expansion[Quand ?], à la suite du durcissement des conditions d'accès à un logement, et à l'augmentation parallèle du nombre de logements vacants.[réf. nécessaire] Des villes comme Barcelone comptent chacune près d'une centaine de squats, en renouvellement permanent. En France, malgré l'existence depuis le d'une loi dite de réquisition des logements vides (qui visait à régulariser les squats de fait consécutifs à la crise du logement de l'après-guerre) et la loi Besson de 1990, l'occupation reste illicite ; mais ce n'est pas un délit. C'est une atteinte au droit du propriétaire : sur requête de celui-ci, et au terme d'une procédure plus ou moins longue, il n'est donc pas rare que la police intervienne pour procéder à l'exclusion des occupants. La question de la légalisation se pose donc à ceux-ci. À ce titre, on peut distinguer schématiquement deux factions parmi eux :

  • Les partisans de la légalisation, qui veulent négocier le droit d'occuper les lieux sur le long terme. Comme, en France, certains squats d'artistes ou même politique (comme les Tanneries à Dijon), ils négocient avec les pouvoirs publics en faisant valoir les bénéfices culturels et politiques de leur présence dans le quartier ou obtiennent parfois leur légalisation à l'issue d'un rapport de force (manifestations, occupation de mairie, etc.). C'est une solution parfois viable, puisqu'aux Pays-Bas ou en Italie (centres sociaux), de nombreux squats ont été ainsi légalisés.
  • Les partisans de l'illégalisme, qui sont dans une logique de confrontation avec l'autorité et refusent toute négociation. Ils considèrent que les squats légalisés et leurs habitants participent à la répression contre les autres squats, moins « acceptables » et de fait moins acceptés par les pouvoirs en place (squats politiques, de « sans-papiers », de « pauvres » en général, etc.).
  • Des mouvements autonomes comme le comité des mal-logés utilisent le squat, notamment de logements sociaux de type HLM, comme moyen d'action directe et comme revendication durant une dizaine d'années à partir de 1986 sur Paris et sa banlieue.

Particularismes locaux

En France

Article détaillé : Squat en France.

Squats notables

  • L'Attiéké (Saint-Denis, France)
  • Can Masdeu (Collserola, Espagne)
  • Centro 73 (Chișinău, Moldavie)
  • Centre social anarchiste (Bruxelles, Belgique)
  • Christiania (Copenhague, Danemark)
  • Espace autogéré des Tanneries (Dijon, France)
  • Forte Prenestino (Rome, Italie)
  • Joe's Garage (Amsterdam, Pays-Bas)
  • Kasa de la Muntanya (Barcelone, Espagne)
  • L38 Squat (Rome, Italie)
  • La 13-14 (Madrid, Espagne)
  • Le zoo (Bruxelles, Belgique)
  • L'Horta (Valence, Espagne)
  • RHINO (Genève, Suisse)
  • Rote Flora (Hambourg, Allemagne)
  • Tacheles (Berlin, Allemagne)
  • Themistokleous 58 (Athènes, Grèce)
  • Transfo (Bagnolet, France)
  • Ungdomshuset (Copenhague, Danemark)
  • Yorck59 (Berlin, Allemagne)

Bibliographie

  • Jean Berthaut, Parisquat - Des squats politiques à Paris 1995-2000, Atelier de création libertaire, 2008, 272 pages.
  • Collectif, Le Squat de A à Z, guide pratique et juridique pour squatter en France.
  • Collectif, Eurosquats, Classes Dangereuses, n°2/3, automne-hiver 1983, lire en ligne.
  • Bruno Duriez, Michel Chauvière et al., La bataille des squatters et l'invention du droit au logement, 1945-1955, Groupement pour la recherche sur les mouvements familiaux, 1992, 329 pages.
  • Jean-François Guillaume (dir.) et al., Aventuriers solitaires en quête d'utopie : les formes contemporaines de l'engagement, Éditions de l'ULG, , 211 p. (ISBN 2-87456-005-7).

Vidéo

  • video.squat.net
  • Philippe Roziès, Lutter... ici et maintenant, LCP-Assemblée nationale, KUIV productions, 2013, 60 minutes, voir en ligne.

Notes et références

  • Squat!net, le site d'information consacré au mouvement squat à travers le monde.
  • La rubrique "squat" d'infokiosques.net.
  • Dossier "squat" de la revue "Cette Semaine".

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes