Spoliation des Juifs

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La spoliation des Juifs a eu lieu dans l'Allemagne nazie à son apogée, les États alliés de l'Allemagne et les pays occupés, sans oublier d'éventuelles spoliations dans des pays neutres : Suisse, Espagne, Portugal... L'attitude de Staline envers les Juifs doit aussi être évoquée.

Les premières mesures de l'État national-socialiste et la fin de la Seconde Guerre mondiale peuvent être retenues comme limites chronologiques. Mais les mesures des pays arabes par rapport à leurs ressortissants juifs peuvent être considérées comme des spoliations.

Un autre problème vient de la quantité des objets concernés, environ un million de mètres cubes, et de la diversité des objets d'art, de collection et de valeur saisis par les nazis. Figurent à côté des biens juifs les biens des déportés non israélites.

Mesures françaises de restitution

Affiche apposée après octobre 1940, dans l'Aisne, sur les commerces juifs, dans le cadre de la politique d'aryanisation, indiquant la nomination d'un commissaire-gérant aryen (Archives départementales de l'Aisne).

Créé par la loi française du 29 mars 1941, le Commissariat général aux questions juives intervient dans les deux zones pour la politique de spoliation et d’aryanisation en France.

Dès l’hiver 1944 Émile Terroine, un professeur et un résistant est nommé administrateur-séquestre du CRQJ (Commissariat Régional aux questions juives de Lyon). Il va forcer les administrateurs provisoires à justifier de leur gestion. À Lyon, la mission d'Émile Terroine a permis la restitution en 1945 de 63 % des biens aryanisés. Il rédige un rapport demandant l’extension de sa mission et le 30 janvier 1945 est créé à Paris le Service de restitution des biens des victimes des lois et mesures de spoliation par la direction du blocus du Ministère des Finances dont il prend la direction. Il est nommé rapporteur du décret de l’ordonnance d’avril 1945 qui annule les ventes et liquidations de biens juifs opérées pendant la guerre.[1]

Lionel Jospin fut assez étonné qu'un journaliste américain, lors d'une conférence de presse aux États-Unis lui demande s'il n'était gêné d'être à Matignon assis sur un fauteuil volé aux Juifs. Le Premier ministre d'alors ignorait le sort des biens retrouvés en Allemagne. Lors de son retour, il convoqua les responsables du musée du Louvre, et leur demanda de prendre toutes les mesures pour hâter les restitutions des meubles, tableaux et objets d'arts détenus par les musées. Certains départements firent le nécessaire, mais pas tous. Par exemple, le département des peintures eut une incompréhensible attitude d'obstruction à la restitution[2].

Tableau restitué par le département des peintures du musée du Louvre, à la suite d'une décision de justice :

  • Alexandre le Grand et Campaspe dans l'atelier d'Apelle, de Giovanni Battista Tiepolo, arrêt du 2 juin 1999 (Gentili di Giuseppe contre musée du Louvre), tableau vendu 2 202 500 US$ vente aux enchères publiques chez Christie's à New York du 27 janvier 2000.

En Suisse

La spoliation des Juifs en Suisse a surtout concerné les biens qui avaient été placés dans les banques suisses par des personnes vivant à l'étranger et qui furent ensuite déportées. Leurs héritiers n'ont pas pu récupérer les avoirs, et les comptes sont tombés en déshérence. Après de fortes pressions exercées par les communautés juives américaines notamment, la Suisse a décidé de se pencher sur son passé et a ouvert une enquête sur son attitude durant la Seconde Guerre mondiale, mandatant pour cela une Commission indépendante d’experts « Suisse – Seconde Guerre mondiale » (CIE), présidée par l'historien Jean-François Bergier[3]. Cette commission, créée en 1996 par le Parlement, a rendu son rapport en 2002. En 1997, la Confédération suisse mettait en outre sur pied le Fonds suisse en faveur des victimes de l'Holocauste, sans lien avec l'accord à conclure par les banques en faveur des plaignants juifs.

Bibliographie

  • Laurent Douzou : Voler les Juifs, Lyon 1940-1944
  • Sarah Gensburger, Album de la spoliation des juifs de Paris, 1940-1944, Ed. Textuel, 2010. Recension de Philippe Dagen dans Le Monde daté du 16 avril 2010 « Pillage et approximations[4] » p. 8: ...Quant aux images, elles sont sidérantes: accumulations de casseroles et de radios, piles de caisses dans les salles du Louvre,... Tout cela est photographié avec l'effrayante neutralité de l'indifférence.
  • Martin Jungius, Un vol organisé : L'État français et la spoliation des biens juifs, 1940-1944, trad. de l'allemand par Nicole Casanova et Olivier Mannoni, Tallandier, 2012
  • France. Mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France, Aryanisation économique et restitutions, rapport réd. par Antoine Prost, Rémi Skoutelski et Sonia Étienne, Paris, La Documentation française, 2000, 286 pages.

Notes et références

  1. Après la guerre, les restitutions, de Catherine Bernstein, coécrit avec J.-M. Dreyfus (Fr., 2015, 55 min)FR3 Jeudi 19 Janvier 23h15.
  2. Face à cette attitude des descendants de familles juives spoliées firent un procès au musée du Louvre. Ayant gagné ces procès et retrouvant leurs biens, plusieurs familles mirent des tableaux italiens en vente à New York (précisions à venir).
  3. Le site de la Commission d'experts suisses
  4. Le terme approximations désigne un autre livre : Monuments Men de Robert M. Esdel et Berd Winter.

Voir aussi