Simone Iff

Simone Iff
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Naissance
Vabre (Tarn)
Décès (à 90 ans)
Paris
Nationalité Drapeau : France
Profession
Première présidente du Mouvement français pour le planning familial
Co-fondatrice du MLAC
Conseillère technique au Ministère aux Droits des femmes
Autres activités
Distinctions

Simone Iff, née le 4 septembre 1924 à Vabre (Tarn), et morte le 29 décembre 2014 à Paris, est une militante française du droit à l'avortement, l'instigatrice du manifeste des 343, et la première présidente du Mouvement français pour le planning familial.

Biographie

Née dans le Tarn en 1924, Simone Iff est la fille de Frantz Balfet, pasteur protestant et de Marthe Capelle, ancienne élève de l'école normale supérieure de Sèvres[1]. Elle grandit à Vabre, Montauban, et Sète, dans l'Hérault, où elle est liée avec Agnès Varda. Ses parents, engagés dans l'aide aux réfugiés, lui transmettent le goût du militantisme et une culture protestataire[2],[3]. À 18 ans, alors qu'elle est enceinte sans être mariée, sa famille préfère quitter Sète pour fuir le scandale, mais ses parents restent proches d'elle[3].

Simone Iff se marie en 1943 avec Werner Iff, le père de son enfant, suisse et protestant. Werner s'engage dans la résistance, et devient commandant de la 4213e compagnie FTPF en 1945[4]. Simone accouche en 1943 de sa fille aînée[3], puis travaille aux côtés de son mari, directeur après la guerre d'un foyer protestant d’accueil d’adolescents délinquants qui devient ensuite un foyer de semi-liberté pour adolescents, dans le quartier de Belleville à Paris[2],[3],[5]. Elle entre ensuite dans un mouvement créé par la bourgeoisie protestante en 1946, le Mouvement Jeunes Femmes (MJF)[2],[3], dont le but est de permettre à des femmes protestantes mariées de mettre en œuvre leurs convictions chrétiennes, et de se sentir solidaires les unes des autres sur leurs problèmes spécifiques. Une forte demande d’information sur le contrôle des naissances émerge au sein de ce mouvement, à une époque où le sujet de la sexualité des femmes conserve un caractère tabou[3].

Le Mouvement Jeunes Femmes devient un mouvement de promotion et de défense du droit des femmes[6]. Il participe à la création de l’association La Maternité heureuse (dont les statuts sont déposés par la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, le docteur Pierre Simon et la sociologue Évelyne Sullerot[7], le 8 mars 1956), qui devient en 1960 le Mouvement français pour le planning familial (MFPF). Simone Iff en est l'un des piliers. Les objectifs du mouvement sont officiellement de promouvoir l’équilibre psychologique du couple et la santé des femmes, mais surtout, bien que de façon implicite, de répondre aux nombreuses questions sur le contrôle des naissances, l'information sur ce thème restant alors interdite par une loi en vigueur depuis 1920[6],[3].

En 1961, les premiers centres du planning familial ouvrent à Grenoble et Paris, et connaissent rapidement une affluence. « Il y avait une demande énorme » se souviendra Simone Iff, « il fallait passer de la clandestinité à une structure qui avait pignon sur rue. » Au thème du contrôle des naissances, Simone Iff tient à associer également celui de l'acte sexuel comme source de plaisir et d'une sexualité épanouie. Le contexte social et politique est tendu. Le pouvoir gaullien en place depuis 1958 est conscient des adaptations requises, mais reste très conservateur sur le droit de la famille et les sujets de société. Ainsi, la police effectue encore des descentes dans les centres du planning familial pour vérifier que les hôtesses d'accueil ne diffusent pas d’informations sur la contraception. Les dossiers des adhérentes doivent être dissimulés. En 1967, la loi Neuwirth abroge le dispositif législatif de 1920 et autorise l’usage de contraceptifs[5],[3]. Mais la mise en application de la loi est lente et le contexte politique des années post-1968 nourrissent le processus de radicalisation du MFPF, les hôtesses d'accueil, menées par Simone Iff, s'opposant de plus en plus aux médecins du conseil d'administration du mouvement, et se montrant favorables à une contraception et à l'avortement libres et remboursés par la Sécurité Sociale. L'avortement est alors illégal, et les femmes amenées à avorter doivent se rendre à l'étranger ou le pratiquer de façon clandestine, avec des risques d'y perdre leur vie[8],[9].

En 1971, le Manifeste des 343, pour lequel Simone Iff s'est fortement investie pour recueillir des signatures, sans toutefois l'avoir signé elle-même[10], est relayé par les médias et mobilise l'opinion publique.

En 1973, Simone Iff est plébiscitée à la tête du Planning familial et y reste jusqu'en 1981. Elle est aussi cofondatrice et vice-présidente du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC)[11]. Son statut de mère de famille (5 enfants), affirmant avoir eu recours à plusieurs avortements, crédibilise ces mouvements. Elle soutient, en 1975, la loi Veil, qui semble n'aborder la question que sous l’angle sanitaire, en voulant éviter les avortements clandestins, mais qui se révèle une avancée considérable[3].

Son combat militant se poursuit ensuite, même si elle agit désormais à un niveau plus institutionnel. De 1974 à 1981, Simone Iff représente le mouvement du planning familial au Conseil supérieur de l’information sexuelle, de la régulation des naissances et de l’éducation familiale (CSIS). Elle reste cependant présente sur le terrain pour défendre le droit des femmes en animant, de 1975 à 1981, un collectif de défense des prostituées, et en organisant le 6 octobre 1979 une marche pour la liberté de l’avortement et de la contraception[12].

Après la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981 et l'arrivée de la gauche au pouvoir, Simone Iff devient conseillère technique au sein du cabinet d'Yvette Roudy, ministre aux Droits des femmes, qu’elle fréquente depuis longtemps. Elle y obtient le remboursement de l'avortement, voté en 1982, et se bat pour que des places suffisantes soient réservées pour les interruptions volontaires de grossesse en hôpital. En 1984, elle devient membre du Conseil économique et social. À partir de 1986, elle participe à l’animation du Collectif féministe contre le viol[3],[12],[11].

Elle meurt le 29 décembre 2014 à son domicile à Paris, en étant restée jusqu'au bout proche du Mouvement français pour le planning familial[3].

Postérité

  • Simone Iff est le nom de promotion choisi par les élèves de la 54e promotion des directeurs d'hôpital (2015-2016)[13].
  • Une rue Simone Iff a été inaugurée le 8 mars 2017 dans le 12e arrondissement de Paris[14].

Publication

  • Simone Iff, Marcel Besse et Werner Iff, Demain la société sexualisée. Le combat du Mouvement français pour le planning familial, Calmann-Lévy, , 308 p.

Références

  1. Évelyne Diébolt, sur le site du Mouvement Jeunes Femmes.
  2. a, b et c AFP, « Décès de Simone Iff, féministe et initiatrice du "Manifeste des 343" », La Croix,‎ (lire en ligne).
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Gaëlle Dupont, « Mort de Simone Iff, militante indéfectible du droit des femmes », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  4. « Photo de Werner Iff », sur Réunion des monuments historiques.
  5. a et b Poujol 2003, p. 221.
  6. a et b Site du Mouvement Jeunes Femmes
  7. Dr Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, « Raison d’être de notre association », Bulletin d’information, La Maternité heureuse, no 1,‎ .
  8. Garcia 2011.
  9. Bard et Mossuz-Lavau 2007.
  10. Duverger Sylvia, « Simone Iff : Du protestantisme au féminisme (1924-2014). », Nouvelles Questions Féministes 1/2015 (Vol. 34) , p. 158-166, texte intégral, DOI:10.3917/nqf.341.0158
  11. a et b Pauline Verduzier, « Simone Iff, figure du féminisme et du Planning familial, est morte », Le Figaro Madame,‎ (lire en ligne).
  12. a et b Notice sur le Maitron (DBMOMS).
  13. Promotion Simone Iff, « La promotion des élèves directeurs d’hôpital 2015-2016 a désormais un nom et un compte Twitter | Promotion Simone Iff I Élèves directeurs et directrices d'hôpital » (consulté le 27 novembre 2015).
  14. « La Ville de Paris honore Simone Iff, Vabraise et féministe », La Dépêche du Midi,‎ (lire en ligne).

Voir aussi

Bibliographie

  • Geneviève Poujol, Un féminisme sous tutelle : les protestantes françaises, 1810-1960, Éditions de Paris, , 286 p. (lire en ligne).
  • Christine Bard et Janine Mossuz-Lavau, Le planning familial: histoire et mémoire, 1956-2006, Presses Universitaires de Rennes, , 209 p..
  • Sandrine Garcia, Mères sous influence: De la cause des femmes à la cause des enfants, La Découverte, (lire en ligne).
  • Évelyne Diébolt, Matériaux pour l’histoire du mouvement Jeunes Femmes 1950-2010, MJF et Michel Houdiard éditions, , 451 p. Notice p. 365-370.

Webographie

Articles connexes