Blanche-Neige

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Blanche-Neige
Image illustrative de l'article Blanche-Neige
Blanche-Neige étendue dans un cercueil de verre.
Illustration de Marianne Stokes.
Conte populaire
Titre Blanche-Neige
Titre original Schneewittchen
Aarne-Thompson AT 709
KHM KHM 53
Folklore
Pays Allemagne
Époque XIXe siècle
Version(s) littéraire(s)
Publié dans Frères Grimm, Kinder- und Hausmärchen, vol. 1 (1812)

Blanche-Neige (nommée Schneewittchen en allemand actuel ; originellement Sneewittchen en bas allemand, équivalent à Schneeweißchen en allemand moderne, de Snee, la neige (Schnee en allemand actuel), et witt, blanc (weiß) est un conte, et le nom du personnage principal de ce conte, dont la version la plus connue est celle recueillie et mise en forme par Jacob et Wilhelm Grimm parue en 1812 (conte-type 709 dans la classification Aarne-Thompson). Le conte collecté par les frères Jacob et Wilhelm Grimm aurait été inspiré par un mythe germanique. Plusieurs mythes européens peuvent correspondre à ce personnage.

Version des frères Grimm

Genèse

Les frères Grimm ont rassemblé plusieurs versions du conte, collé les textes ensemble et parfois écourté[1]. Dans la première version de 1812, la reine est la mère naturelle. Blanche-Neige se réveille lorsqu'un valet du prince lui donne un coup dans le dos car il était énervé d’avoir eu à la porter toute la journée. D’autres petites différences sont à trouver comme le repas avec le prince.

Dans deux versions non éditées, la reine fait faire un tour en carrosse dans la forêt et demande à Blanche-Neige de descendre afin de cueillir des roses ou de ramasser son gant et s’enfuit (comme dans Hansel et Gretel). Dans une autre version, c’est le père qui souhaite avoir une fille.

Comme origine du conte, on suppose Marie Hassenpflug, quelques inspirations de Ferdinand Siebert et Albert Ludewig Grimm (Des Knaben Wunderhorn, 1809). L’idée des gouttes de sang de la mère naturelle cadre avec le conte nord-allemand « Vom Machandelbaum » du peintre Philipp Otto Runge.

Résumé

Une reine se désole de ne pas avoir d'enfant. Un jour d’hiver, alors qu'elle est assise près d'une fenêtre au cadre d'ébène, elle se pique le doigt en cousant et quelques gouttes de sang tombent sur la neige. « Ah ! » se dit la reine, « si j'avais un enfant, blanc comme la neige, rouge comme le sang et noir comme le bois d’ébène ! ».

Peu de temps après, elle meurt en accouchant d'une petite fille nommée Blanche-Neige. Le roi se remarie avec une femme belle mais méchante, orgueilleuse et jalouse de Blanche-Neige. Son miroir magique lui répète qu'elle est la plus belle femme du royaume, jusqu'au jour où il doit reconnaître que Blanche-Neige est devenue plus belle que sa marâtre. La reine demande alors à un chasseur d'aller tuer l'enfant, mais l'homme se contente de l'abandonner dans les bois.

Errant dans la forêt, Blanche-Neige découvre une petite maison où elle entre se reposer. C'est la demeure des sept nains qui, apitoyés par son histoire, acceptent de la cacher et de la loger comme servante.

La méchante reine, apprenant grâce au miroir que Blanche-Neige est toujours vivante, tente par trois fois de la faire mourir. La troisième fois, déguisée en paysanne, elle trompe la vigilance de la jeune fille et réussit à lui faire croquer une pomme empoisonnée. Blanche-Neige tombe inanimée. Affligés, les nains lui font un cercueil de verre qu'ils déposent sur une colline afin que toutes les créatures puissent venir l'admirer.

Un prince qui chevauchait par là tombe amoureux de la belle endormie. Il obtient des nains la permission d'emporter le cercueil. Mais en route un porteur trébuche, délogeant le morceau de pomme coincé dans la gorge de la jeune fille qui se réveille. Le prince lui demande sa main.

Invitée au mariage, la méchante reine est condamnée à danser avec des souliers de fer chauffés au rouge, jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Interprétations

Comme bien des contes populaires, Blanche-Neige est ouvert à de multiples interprétations :

Conte moral

Blanche-Neige montre qu'il ne faut pas s'attacher à des choses éphémères telles la beauté et la jeunesse. La patience et l'humilité sont toujours récompensées, alors que la vanité peut mener à la chute.[réf. nécessaire]

Il s'agit aussi d'un conte d'avertissement envers les personnes offrant quelque chose de tentant et dont l'héroïne naïve ne se méfie pas du tout.[réf. nécessaire]

Conte initiatique féminin

Erik Pigani, un psychothérapeute, explique que le conte décrit les étapes de la puberté chez la jeune fille[2]. La première reine, mère de Blanche-Neige, se pique le doigt et fait tomber trois gouttes de sang sur la neige blanche avant de mourir quelque temps plus tard en couche. C'est une scène au tout début de l'histoire, préparant la jeune fille à son avenir, qui fait écho à l'innocence de l'enfance qui se perd avec la couleur rouge des menstruations, et le début de la sexualité mais aussi de la possibilité d'une conception.

Selon Pigani, une notion morale s'ajoute avec le fait que la mère, même si elle souhaite garder sa beauté et sa jeunesse, doit laisser la place à sa fille.

Conte œdipien

Le conte a été étudié par plusieurs psychanalystes, notamment Bruno Bettelheim[3] et Marie-Louise von Franz.

Pour Bruno Bettelheim, le conte commence par une situation œdipienne mettant en conflit la mère et la fille. La marâtre est restée à un stade narcissique qui la rend vulnérable et que le conte invite à dépasser[4]. La jalousie de la belle-mère est à la fois la peinture du comportement de certains parents qui se sentent menacés au moment de l'adolescence de leurs enfants, mais également une projection sur une figure haïe des propres sentiments de jalousie de l'enfant[4]. Blanche-Neige se retrouve chassée du château, errant dans la forêt, lieu de terreur et de confusion comme le début de la puberté. Recueillie par les sept nains, personnages à la fois masculins mais peu menaçants sexuellement, elle peut se développer dans un milieu sûr, mais non sans être exposée à la tentation narcissique (les colifichets offerts par la méchante reine). Cette période peut être vue comme un moment d'initiation, où l'adolescent doit se mesurer aux dangers de l'existence. La dernière tentation, celle de la pomme, représente pour Bruno Bettelheim le moment où l'adolescent accepte d'entrer dans une sexualité adulte[5], c’est-à-dire le moment où il devient pubère. Suit une période de latence (le coma) qui lui permet d'attendre en toute sécurité que sa maturité psychique jointe à sa nouvelle maturité physique lui donnent enfin accès à une sexualité adulte.

Interprétations d'éléments

Le miroir magique révèle l'ombre de la psychologie jungienne, la part « maléfique » mais vraie de la reine mais aussi à Blanche-Neige qu'elle est « potentiellement » porteuse de cette cruauté. Bruno Bettelheim écrit à ce propos[6] :

« Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu'exige notre passage de l'immaturité à la maturité. Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d'abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts. »

« Les mythes mettent en scène des personnalités idéales qui agissent selon les exigences du surmoi, tandis que les contes de fées dépeignent une intégration du moi qui permet une satisfaction convenable des désirs du ça. »

Base historique

Comme beaucoup de contes des frères Grimm, Blanche-Neige possède sans doute aussi un fond historique.

Blanche-Neige à Alfeld

On présume l'origine du conte au sud de la Basse-Saxe dans le massif des sept monts (Siebengebirge), une chaîne de collines dans le Leinebergland, où les frères Grimm aimaient se promener et où ils collectaient contes et histoires. Au nord-ouest de ce massif, on trouve un lieu lié à une mine : Osterwald. Il s’agit d’un lieu-dit de la ville de Salzhemmendorf. À cet endroit, depuis le XVIe siècle, on exploite du charbon. On produit également dans les environs du verre : le Lauensteiner Glas. En prolongeant une ligne à partir de Osterwald jusqu’à Alfeld, en passant par le massif des Siebengebirge, on tombe sur les ruines du château de Stauffenburg, où la méchante belle-mère aurait habité. Une autre référence est le fait que les frères Grimm ont étudié à l’université de Göttingen qui se trouve dans les environs. En 2002, les habitants de la ville d’Alfeld, qui se trouve au sud-ouest du massif des Sieben Berge sur la rivière Leine, ont retrouvé et baptisé un sentier Schneewittchenpfad (le sentier de Blanche-Neige)[7].

Blanche-Neige à Cassel

L’importante influence de la conteuse Marie Hassenpflug sur les frères Grimm permet de supposer une origine en Hesse. L'historien de Hesse Eckhard Sander voit comme origine du conte le destin de la fille du comte de Waldeck Margaretha von Waldeck (ZDF film documentaire 2006 de Kirsten Höhne et Claudia Moroni[8]). Sur une gravure, elle porte les attributs de Blanche-Neige : « Blanche comme la neige, rouge comme le sang et des cheveux noir comme le bois d’ébène »[9].

Suivant des documents des archives de la ville de Bad Wildungen, elle fut connue pour sa grande beauté et avait une belle-mère très sévère. Lorsqu'elle eut environ 16 ans, son père, le comte Philipp IV. de Waldeck l'envoya à la cour impériale du Brabant, aujourd’hui Bruxelles où elle devait se marier avec un prince. Margaretha traversa le massif des Sept monts. Mais il y eut des difficultés lorsque certaines personnes de haut rang comme le comte Egmont et le prétendant au trône (le futur Philippe II) lui firent la cour. La santé de la jeune fille se dégrada et finalement elle mourut le 13 mars 1554 à l'âge de 21 ans. Dans les chroniques de la ville de Waldeck, on retrouve la mention qu'elle fut empoisonnée. L’écriture tremblotante de son testament laisse croire à un empoisonnement par arsenic, typique de l’époque. Le lieu où ont vécu les sept nains doit être Bergfreiheit . Ce village se nomme lui-même « le village de Blanche-Neige » (Schneewittchendorf). Que Margaretha soit blonde n’a pas beaucoup d’importance car dans une version antérieure du conte des frères Grimm de 1808, les cheveux de Blanche-Neige sont jaunes.

Dans le petit village du centre de la Hesse Langenbach im Taunus, on trouve également des points de repères sur Blanche-Neige et les sept nains. Des évènements locaux ainsi que des noms de lieux-dits appuient cette thèse[10]. L’endroit se trouve sur la route de la Hesse Hessenstraße, chemin historique reliant par exemple le lieu d’étude des frères Grimm : Marbourg. En cet endroit, il y eut également exploitation de mines. Un lieu-dit s’appelle « Im Zwerggrund » (dans le lieu des nains). Dans une version antérieure du conte (version encore connue en Autriche), il n’est plus question d’un cercueil en verre (Glassarg) mais d’une montagne en verre (Glasberg)[11]. Autrefois, la montagne de verre représentait le lieu des morts. Non loin du « Zwerggrund », on trouve encore aujourd’hui un « Glasberg ».

Blanche-Neige à Lohr

En 1986, l'historien de la ville de Lohr am Main, le docteur Karlheinz Bartels, a réussi à mettre en évidence beaucoup de points communs entre le conte et la ville et sa région[12]. Bartels constate que le château de Lohr am Main, abritant le musée régional, dans l'arrondissement de Main-Spessart, est le lieu de naissance de Blanche-Neige.

D'après lui, Maria Sophia Margaretha Catharina d'Erthal, alias Blanche-Neige, est née en 1725 à Lohr am Main[13]. Son père, Philippe-Christophe d'Erthal, fut de 1719 jusqu'à 1748 grand bailli de l'Électorat de Mayence au Grand Bailliage (Oberamt) de Lohr. De par ses qualités diplomatiques, il se trouvait souvent en déplacement en tant que légat et « ministre des affaires étrangères » de l'archevêché. Dans cette fonction, il a mené de négociations dans toute l’Europe directement avec des empereurs et des rois[14]. C’est pourquoi pour le peuple de Lohr, le père de Blanche-Neige fut un exemple de ce qu’un roi devrait être.

Le château de Lohr était résidence officielle et domicile pour sa famille. Après la mort de la mère naturelle de Maria Sophia en 1741, le père se remaria le 15 mai 1743 avec Claudia Elisabeth Maria von Venningen, veuve du comte impérial de Reichenstein. Cette femme se comporta de façon despotique et utilisa sa position pour privilégier ses propres enfants issus de son premier mariage, ce qui fut facilité par le fait que Philippe-Christophe n'était pratiquement jamais là. La non-présence et le rôle insignifiant du père dans le conte constaté par Theodor Ruf sont ainsi expliqués[15].

L'indice le plus important en faveur de Lohr am Main est le « miroir parlant ». Ce luxueux et fastueux miroir d’une hauteur de 1,60 mètre se trouve toujours au château et peut être vu de nos jours au musée de Spessart. Il est un produit de la vitrerie de Kurmainz, fondée en 1698 par le Prince-électeur Lothar Franz de Schönborn. La vitrerie devint réputée dans toute l'Europe grâce à la nouvelle technologie employée par son directeur légendaire, Guillaume Brument (1698 – 1759), et son équipe de Français venus de Tourlaville en Normandie. Guillaume Brument renouait avec la magnificence de la galerie des Glaces du château de Versailles.

Le miroir fut un cadeau de sa part à sa deuxième femme Claudia. Comme beaucoup de miroirs de Lohr, il y est inscrit une maxime. C'est pourquoi on les appelle des miroirs « parlants ». Le médaillon en haut et à droite contient une indication très claire sur l’amour-propre[16].

Dans Lohr et ses environs, on trouve également d'autres points de repère. La forêt « sauvage » où est abandonnée Blanche-Neige pourrait être le Spessart que Wilhelm Hauff (1802–1827) plus tard dans son auberge à Spessart qualifiait de forêt terrible. Le chemin emprunté par Blanche-Neige lors de sa fuite à travers les sept collines pourrait être un ancien sentier de montagne déjà connu au XIVe siècle, la « Wieser Strasse ». Il conduisait de Lohr aux mines près de Bieber[17] en passant par les collines de Spessart. Là, en 1750, environ 500 mineurs extrayaient argent et cuivre. Les sept nains pourraient avoir été des personnes assez petites qui travaillaient dans les étroites galeries, voire des enfants. Bieber ne se trouvait pas sous l’autorité de Kurmainz mais sous celle du comté de Hanau. La belle-mère n'y avait donc aucun droit légitime sur Blanche-Neige. Il est donc plausible qu’elle s'y fît passer pour marchande, vieille femme ou paysanne pour se débarrasser de sa concurrente.

De même, Bartels a pu retrouver de la littérature où est indiquée la façon dont la pomme put être empoisonnée par la belle-mère[18] : la moitié de celle-ci fut plongée dans du jus de belladone. Cette plante pousse dans la région de Spessart. Ses fruits contiennent de l'atropine qui provoque une paralysie et une forme de rigidité cadavérique. Le cercueil transparent en verre, ainsi que les pantoufles de fer avec lesquelles la belle-mère dut danser jusqu’à la mort, auraient pu être fabriqués sans problèmes dans une vitrerie et dans une forge de Spessart.

Ce sont les habitants de Lohr qui ont ensuite fait de l’histoire de Maria Sophia un conte merveilleux. Le chroniqueur de la famille Erthal, M. B. Kittel, caractérise Maria Sophia comme une fille noble, un ange de bonté et de charité, bienveillante pour les pauvres et les démunis[19]. Il atteste sa grande gentillesse. Pour le peuple, la fille des Erthal fut sans aucun doute un exemple, un idéal de ce qu’une princesse devait être.

Quelques années seulement après la mort de Maria Sophia, l'histoire fut mise par écrit et, fin 1812, la première publication du conte par les frères Grimm.

Blanche-Neige et Berthe au Grand Pied

Sans que cela puisse être une référence directe, Adenet le Roi dans son œuvre « Li roumans de Berte aus grans piés » où Berte, femme de Pépin le Bref et mère de Charlemagne, est décrite comme « tant est blanche et vermeille qu'on peut s'y mirer » (vers 126)[20]. Elle est usurpée de son trône (et de son lit) par la fille de la dame de compagnie de sa mère qui envoie des serviteurs la tuer en forêt. Mais ceux-ci n'en trouvant pas le courage la laissent s'échapper et ramènent en preuve de leur prétendu accomplissement du meurtre un cœur de sanglier (vers 657)[21]. Écrit au XIIIe siècle, ce roman pourrait avoir été influencé par d'autres récits, ou en influencer d'autres, le caractère légendaire de l'œuvre étant historiquement attesté ne serait-ce que par l'incohérence de la filiation de Berthe qui est ici attribuée au roi et à la reine de Hongrie nommés ici Floire et Blancheflor, couple célèbre et titre d'une œuvre du XIIe siècle attribuée à Robert d'Orléans, elle-même reprise dans plusieurs œuvres et qui s'inspire probablement du recueil Les Mille et Une Nuits.

La proximité des deux œuvres a été sommairement documentée par Albert Henry dans son analyse[22] du roman d'Adenet le Roi.

Analogies

Noir, blanc, rouge

L'image qui ouvre le conte (les couleurs du bois d'ébène et des gouttes de sang sur la neige, évoquant une enfant ou une femme), poétique et frappante, se trouve déjà dans L'Histoire de Peredur fils d'Evrawc, un conte gallois (XIIIe siècle), partiellement inspiré du roman arthurien de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Le héros, Peredur, y observe un corbeau qui se pose sur le corps d'un canard tué par un faucon et gisant dans la neige :

« Peredur s'arrêta pour considérer la noirceur du corbeau, la blancheur de la neige et la rougeur du sang : il pensa à la chevelure de la femme qu'il aimait le plus au monde, qui était aussi noire que le jais ; il comparait sa peau à la blancheur de la neige, et la rougeur du sang sur la neige blanche aux deux pommettes rouges sur les joues de la femme qu'il aimait. »

— Anonyme gallois, L'Histoire de Peredur fils d'Evrawc[23]

Dans la version de Chrétien de Troyes[24], il s'agit d'une oie blessée par un faucon : Perceval s'absorbe dans la contemplation des gouttes de sang sur la neige, couleurs qui lui rappellent son amie Blanchefleur (la couleur noire est toutefois absente ici). Dans les trois cas, le personnage entre à cette vue dans une profonde rêverie. Pierre-Yves Lambert indique en note à propos du passage extrait de Peredur que « ce thème narratif est présent dans la légende irlandaise de "L'exil des fils d'Uisnech" »[25] ; dans ce texte en effet, le père nourricier de Deirdre écorche un veau sur la neige, un corbeau vient boire le sang : Deirdre déclare que l'homme qu'elle aimera aura ces trois couleurs.

Concernant Blanche-Neige, Natacha Rimasson-Fertin indique que dans d'autres versions du conte, soit « la reine, pendant qu'elle se trouve avec le roi dans un traîneau de chasse, épluche une pomme et se coupe le doigt » (Le Conte du genévrier, KHM 47, commence de façon similaire), soit – version bien plus brutale – « le roi et la reine passent près de trois tas de neige, puis près de trois fosses remplies de sang et voient enfin passer trois corbeaux » ; c'est le roi qui dans ce cas souhaite avoir une fille aussi blanche de peau, avec les joues aussi rouges et les cheveux aussi noirs, alors que la reine n'y tient pas. Un motif similaire ouvre, dans le Conte des contes de Basile[26], le conte IV, 9 (Le Corbeau ; un roi voit un corbeau mort dont le sang éclabousse une dalle de marbre, et souhaite une femme aussi blanche, rouge et noire), et le conte V, 9 (Les Trois Cédrats, plus parodique : Cenzullo se coupe le doigt et saigne au-dessus d'un caillé blanc, et se prend à désirer une femme au teint pareil à ce mélange de couleurs ; le conte précise que l'incident se produit alors qu'il « bâillait aux corneilles qui voletaient »).

Un conte assimilé, intitulé Incarnat Blanc & Noir et attribué à Louis de Mailly, figure dans Le Cabinet des fées[27].

Emmanuel Cosquin a consacré une monographie (Le Sang sur la neige) à ce motif dans son ouvrage Les Contes indiens et l’Occident[28]. Conformément à sa ligne générale, il est fervent partisan d'une origine indienne du motif, rappelant toutefois qu'Alfred Nutt le considère comme celtique, et Jacob Grimm (qui l'étudie dans sa préface à l'édition allemande du Pentamerone) comme résultant d'une sorte de génération spontanée commune à « tous les peuples ». Cosquin reproduit notamment un « conte maure » (recueilli à l'origine à Blida, en Algérie) intitulé La Princesse Sang-de-gazelle-sur-la-neige, qui contient un motif proche. Dans le conte berbère de Kabylie Loundja, fille de Tseriel[29], deux jeunes hommes tuent une perdrix dans la montagne, et évoquent Loundja, la seule jeune fille des environs « au teint blanc comme neige et vermeil comme sang ».

Le motif a été codifié Z65.1 par Stith Thompson, qui signale son association courante avec les contes-types AT 516 (Le Fidèle Jean), AT 709 (Blanche-Neige) et AT 720 (Ma mère m'a tué, mon père m'a mangé). Le motif du mythe-source irlandais est codifié Z65.1.1 (la rubrique générale Z65 est intitulée Color Formulas ; il est à noter que Thompson n'a pas recensé d'autre combinaison de couleurs que celle-ci)[30].

Versions dans d'autres cultures

Delarue et Tenèze donnent comme exemple du conte-type AT 709 un conte corse recueilli par Geneviève Massignon, Angiulina (Anghjulina).

Joseph Jacobs a publié une version écossaise dans ses Celtic Fairy Tales, intitulée Gold-Tree and Silver-Tree[31].

En Russie, Alexandre Pouchkine a écrit un conte en vers sur ce thème, La Princesse morte et les sept chevaliers (en russe : Сказка о мёртвой царевне и о семи богатырях, 1833), qui a en 1951 servi de base à un dessin animé du même nom. Alexandre Afanassiev a également recensé deux versions d'un conte apparenté, Le Miroir magique (en russe : Волшебное зеркальце, n°s 210-211, la première version en biélorusse).

En Islande, Jón Árnason a publié un conte apparenté intitulé en français Vilfríđur plus-belle-que-Vala (en islandais : Sagan af Vilfríđi völufegri).

Adaptations

Cinéma et dessin animé

Snow White (1916).
Snow White (1932).

Théâtre

Scène musicale

  • Schneewittchen (1998), opéra de Heinz Holliger sur un livret de Robert Walser - relecture suspicieuse du conte. Création et enregistrement avec Juliane Banse (Blanche-Neige), Cornelia Kallisch, Steve Davislim, Oliver Widmer et Werner Gröschel.
  • Blanche-Neige (comédie musicale)  (2002), adaptation belge jouée en français aux Folies Bergère de Paris
  • 7 Zwerge, Männer allein im Wald (2004), comédie allemande, adaptation libre du conte des frères Grimm avec Nina Hagen
  • Blanche Neige (2008), ballet d'Angelin Preljocaj

Bande dessinée

  • Les sept nains et demi[32] de Tarek, Aurélien Morinière et Svart (EP Jeunesse, 2006). Les auteurs ont adapté le conte d'origine en bande dessinée, mais en le détournant. Ainsi, Blanche-Neige devient Amélie Blanche-Neige, la sorcière a une sœur jumelle peu commode, les Nains ont fui la maison de leur mère… La fratrie des nains fait déjà une première apparition dans le premier conte de cette série dans Les 3 petits cochons[33].
  • Trois petites histoires de monstres de Tarek, Aurélien Morinière, Lionel Chouin et Ivan Gomez-Montero (EP Jeunesse, 2009) : l'une des histoires intitulées Agence aucun risque met en scène les sept nains travaillant dans une agence s'occupant de régler les problèmes générés par les personnages de conte dans le monde d'aujourd'hui. Cette histoire courte a été publiée en langue bretonne dans le magazine Meuriad en 2007.
  • Blanche-Neige et les sept nains[34], Hachette (1973).
  • Ludwig Revolution 1, manga de Kaori Yuki, adapte Blanche Neige dans son premier chapitre.
  • Fables (comics), de Bill Willingham.
  • Grimms Manga 2, manga de Kei Ishiyama, adapte Blanche Neige dans son premier chapitre et comporte le texte original en français à la fin du volume. Disponible dans un one shot comprenant les tomes 1 et 2 aux éditions PIKA.

Littérature

  • Belle comme le jour, de Gail Carson Levine. On y trouve des références au précédent roman de Gail Carson Levine, Ella l'Ensorcelée, adaptation littéraire du conte de Cendrillon.
  • Princesses mais pas trop, série littéraire fantastique de Jim C. Hines reprenant le monde des contes de fées dans un monde plus adulte. Ici, Blanche-Neige, la Belle au Bois Dormant et Cendrillon forment un trio d'agents secrets au service de la reine.
  • Poison, le tome 1 de la série Les Contes du royaume de Sarah Pinborough, reprenant le conte original des frères Grimm, y ajoutant ce qu'il faut d'humour et de séduction, dans une version plus adulte.
  • La citation "Blanche comme la neige, rouge comme le sang, noire comme l'ébène" apparaît dans Les Versets Sataniques de Salman Rushdie (1989, ed. C. Bourgois,  page 171).

Autres

  • Dans le parc d'attractions Efteling, Blanche Neige, les nains vivent dans le Bois des contes, jouxtant le château de sa belle-mère.
  • Le groupe allemand Rammstein, dans le clip vidéo de la chanson « Sonne », revisite à sa façon l'histoire de Blanche-Neige, incarnant le rôle des nains, travaillant dans une mine d'or (et non de diamant, et avec des outils modernes) sous la coupe d'une princesse tyrannique et toxicomane (elle utilise l'or comme de la cocaïne) elle meurt d'overdose dans sa baignoire et c'est une pomme, tombant et brisant le cercueil de verre qui la réveille.
  • La voltigeuse équestre Joanne Eccles gagne en 2012 le titre de Championne du monde de voltige (Jumping international de Bordeaux). Elle interprète Blanche-Neige lors de la première partie de l'épreuve.
  • Le DJ Muttonheads sort en août 2013 le titre Snow White (Alive) feat Eden Martin dont les paroles et le clips sont basés sur Blanche Neige.
  • Le clip du titre Breath of Life de Florence and the Machine, contient des scènes du film Blanche-Neige et le Chasseur (BO du film).
  • La graphiste Jirka Väätäinen reprend le personnage de Blanche Neige dans sa série If Disney princesses were real : The sequel.
  • En avril, 2012 la marque de cosmétiques Benefits sort un vanity en édition limitée (le rare beauty kit) contenant ce qu'il faut pour reproduire le teint de porcelaine de la belle.
  • University Ever After est une web-série représentant les personnages de conte, y compris Blanche-Neige, au XXIe siècle et allant à la fac.
  • Grimm Reflections est une web-série racontant l'histoire modifiée de Blanche-Neige et de sa demie-sœur Gwen.

Illustrations

Au XIXe siècle, grâce à la xylographie, et plus tard à la chromolithographie, les illustrations bon marché des contes se multiplient dans l'imagerie d'Épinal[35], les images à collectionner et les livres pour enfants. L'image est influencée par les modes et les stéréotypes de l'époque. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, Marianne Stokes ou l'illustrateur Franz Jüttner en donnent des versions inspirées par la vogue pour le Moyen Âge. Le film de Walt Disney fixera de façon durable l'iconographie du conte.

Illustrateurs

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Heinz Rölleke (Hrsg.) : Die älteste Märchensammlung der Brüder Grimm. Synopsie de la version originale écrite de 1810 et première édition de 1812. Fondation Martin Bodmer, Cologny-Genève 1975, pages 244-265.
  2. Ce que les contes nous racontent.
  3. Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, éditions Hachette littérature, 1998, p. 297.
  4. a et b Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, éditions Hachette littérature, 1998, p. 301.
  5. Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, éditions Hachette littérature, 1998, p. 314.
  6. Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Pocket (ISBN 2-266-09578-1).
  7. Wulf Köhn : Vorsicht Märchen! - Wie Schneewittchen nach Alfeld kam. 2002 (ISBN 978-3-935928-03-8).
  8. ZDF-Dokumentation in der Reihe Märchen und Sagen – Botschaften aus der Wirklichkeit
  9. [1]
  10. Schneewittchen starb in Langenbach
  11. Märchenlexikon
  12. Karlheinz Bartels, Schneewittchen, Zur Fabulologie des Spessarts, 2. Édition (réédition complétée), Lohr a. Main 2012, (ISBN 978-3-934128-40-8).
  13. Voir Lohrer Taufmatrikel du 19 juin 1725, archives paroissiales St. Michael Lohr a. Main, Matrikelbuch IV, p. 166.
  14. Werner Loibl, Die Schlacht bei Dettingen nach mainzischen Zeitzeugen, Sonderdruck aus: Die Schlacht bei Dettingen 1743, Beiträge zum 250. Jahrestag, Geschichts- und Kunstverein Aschaffenburg e.V., Aschaffenburg 1993, p. 92, Fußnote 19.
  15. Theodor Ruf, die Schöne aus dem Glassarg (la Belle du cercueil de verre), Würzburg 1995 (ISBN 3-88479-967-3), p. 66.
  16. Werner Loibl, Die kurmainzische Spiegelmanufaktur Lohr am Main in der Zeit Kurfürst Lothar Franz von Schönborns (1698-1729), page 277, in : Glück und Glas, Zur Kulturgeschichte des Spessarts, München, 1984, (ISBN 3-921811-34-1); sur l'histoire de la vitrerie de Kurmainz à Lohr, voir Werner Loibl, Die kurmainzische Spiegelmanufaktur Lohr am Main (1698 - 1806) und die Nachfolgebetriebe im Spessart, 3 Bände. Geschichts- und Kunstverein Aschaffenburge.V., Aschaffenburg 2012, (ISBN 978-3-87965-116-0), (ISBN 978-3-87965-117-7), (ISBN 978-3-87965-118-4) .
  17. Voir das kurmainzische Försterweistum von 1338/39, abgedruckt bei K. Vanselow : Die Waldbautechnik im Spessart, Berlin 1926, pages 171-180
  18. Brigitte Schwamm, Atropa Belladonna, Eine antike Heilpflanze im modernen Arzneischatz, thèse de doctorat, Marburg 1987, publiée à Stuttgart, 1988 (ISBN 978-3769211436), page 273, voir particulièrement aussi note 165
  19. M. B. Kittel : « Geschichte der freiherrlichen Familie von und zu Erthal », dans : archives Historischer Verein von Unterfranken und Aschaffenburg, Bd.17 (1865), H2/3, pages 217-219 ; sur l'importance du mot « Volksseele » voir Theodor Ruf, Die Schöne im Glassarg, Würzburg, 1995, (ISBN 3-88479-967-3), voir particulièrement page 13, 63ss, 90s.
  20. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k298405w/f17.imagehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k298405w/f17.image
  21. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k298405w/f37.image
  22. (ISBN 978-2-600-02575-1)
  23. Les Quatre Branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge, trad., présentation et annotations Pierre-Yves Lambert, Gallimard / L'aube des peuples, 1993 (ISBN 978-2-07-073201-2)
  24. Chrétien de Troyes, Perceval le Gallois ou le Conte du Graal, in La Légende arthurienne - Le Graal et la Table ronde, Robert Laffont / Bouquins, 1989 (ISBN 978-2-2210-5259-4)
  25. Plus connu sous le nom de L'Exil des fils d'Uisliu. Voir (en) Early Irish Myths and Sagas, translation, introduction and notes by Jeffrey Gantz, Penguin Classics, 1981, (ISBN 978-0-140-44397-4) : The Exile of the Sons of Uisliu. Dans sa lamentation finale après la mort de Noísiu, Derdriu (Deirdre) utilise une variante de ce motif, évoquant « ses lèvres rouges, ses sourcils d'un noir de scarabée, et les perles brillantes de ses dents, de la noble couleur de la neige ». Ce type de comparaisons apparaît dans d'autres récits, comme La Destruction de la résidence de Dá Derga.
  26. Giambattista Basile (trad. Françoise Decroisette), Le Conte des contes, Strasbourg, Circé, 2002 (ISBN 2-908024-88-8)
  27. Incarnat Blanc & Noir sur Gallica.
  28. Les Contes indiens et l’Occident, Éditions Édouard Champion, 1922, p. 218-246 ; sur archive.org
  29. Taos Amrouche, Le Grain magique, Maspero, 1966 ; La Découverte, 1996 (ISBN 978-2-7071-5221-3).
  30. (en) Index des motifs de S. Thompson, groupe n° 258 (Center of Folktales and Folklore).
  31. (en) Gold-Tree and Silver-Tree sur SurLaLune Fairy Tales.
  32. Voir la chronique et la présentation sur PlanèteBD
  33. Un article sur les détournements de ce conte où l'on cite cette bande dessinée : site de France 5.
  34. Voir la fiche sur Bédéthèque.
  35. Contes de fées, les variantes narratives, Bibliothèque nationale de France.