Sciences et techniques en al-Andalus

L'Alhambra, vue partielle depuis le Mirador de San Nicolás.
Les arcs et colonnades de l'Alcazar de Séville, illustratifs de l'art mudéjar, reprennent les canons de l'art nasride qui caractérise les palais de l'Alhambra.

Les sciences et techniques issues de la civilisation islamique se développent en al-Andalus dès les premiers temps de la Conquête musulmane de l'Hispanie. Les troupes démobilisées à la suite de la défaite face à la cavalerie franque, composées d'arabes et de berbères appelés collectivement Maures, en s'installant dans ces nouvelles terres de la péninsule Ibérique, sont émerveillées de la présence de ruisseaux et de terres si fertiles.

C'est un véritable âge d'or de la civilisation islamique qui va donner naissance à ces nouveaux savoirs dans la péninsule. Ils engendreront des merveilles d'architecture telles que l'Alhambra et la grande mosquée de Cordoue.

Cet article décrit les traits civilisationnels originaires d'al-Andalus, puis transmis à l'Occident chrétien, en parallèle avec l'apport byzantin.

La pensée conceptuelle

Portrait d'Averroès par Andrea Bonaiuto.
Essor de la philosophie, accompagnant celle de la médecine :
  • La médecine des humeurs d'Averroès (Ibn Rushd) reprend celle des Grecs.
  • La mystique d'Ibn Arabi.
  • Si l'influence philosophique d'Avicenne (Ibn Sina, persan) en Occident a été dépassée par celle d'Averroès, sa pensée sur la distinction de l'«essence» de l'être et de l'existence sera exploitée par Thomas d'Aquin ; elle est une des bases de la philosophie scolastique néo-aristotélicienne du Moyen Âge chrétien.
  • Le syncrétisme issu des cultures assimilées par l'Islam résulte de l'intégration des pensées des civilisations précédentes, dont les écrits sont traduits en arabe; ses prolongements sont dans les arts, la médecine et la philosophie, théologique en Islam, ceci incluant la critique.

La linguistique et les chiffres

  • De nombreux mots castillans proviennent directement de l'arabe. Par exemple, quasiment tous les mots ayant un préfixe en al, qui est l'article "le" en arabe, ainsi que des expressions courantes comme ojalá (Inch Allah). Par dérivation, ces mots se diffusent dans les langues voisines de l'Occident chrétien avec des modifications (le mot castillan alcachofa, issu de l'arabe al-kharshûf est par exemple à l'origine du mot artichaut en français).

Les savoir-faire

Plafond à caissons de la salle du trône de la Aljafería de Saragosse.
  • Le système d'irrigation déjà très développé en Andalousie, du fait des Romains qui édifièrent canaux et aqueducs, et par ailleurs de l'Ordre cistercien. Les Maures le développent et y apportent des innovations techniques, dont une partie provenaient de Perse : la roue à godets ou noria ; La gestion est assurée par le tribunal des eaux à Séville. Puis ils creusent des citernes souterraines (algibes) à Grenade.
  • coutume des ablutions (avec le savon, ou pain d'Alep dont la fabrication, initialement faite à Gallipoli sera acclimatée plus tard à Marseille), et qui, bien que connu en Europe depuis l'époque gauloise, n'était utilisé que comme shampooing.
  • Art de la céramique (azulejos) et du stuc
  • Essor de la géographie, par la cartographie dans le royaume arabo-normand de Sicile.
  • Technique de la faïence hispano-mauresque, développée et transmise en Europe.

La médecine

Certains scientifiques hellénophones comme Abou Abdallah es-Siqili reprennent les œuvres de médecins grecs et élaborent une terminologie médicale en arabe.

Transmission à l'Occident

Ces bénéfices se manifestèrent en transfert technologique, mais aussi en création philosophique et littéraire. Citons trois exemples parmi les plus connus :


  • Les armées musulmanes du royaume de Grenade se servent au XIIIe siècle et pour la première fois en Europe, de la poudre noire ; ils introduisent les armes à feu qui vont révolutionner la technologie militaire. L'armée castillane rattrape le retard lors des guerres de Grenade (1481) en systématisant leur emploi dans des régiments d'arcabuceros, embryon des futurs tercios, en dépit de l'interdiction papale d'usage de cette arme félone, puisque destinée à tuer à distance.
Article détaillé : Renaissance du XIIe siècle.

Bibliographie

  • Juan Vernet, Ce que la culture doit aux Arabes d'Espagne, trad. de l'espagnol par Gabriel Martinez, Paris, 1985 [1re éd. 1978] (ISBN 2-7274-0173-6) (Bibliothèque arabe. Collection l'histoire décolonisée, 7)..

Articles connexes

Portique de la tour des Dames aux jardins du Partal de l'Alhambra.