Sabine Zlatin

Sabine Zlatin
Nom de naissance Sabine Chwast
Alias
Yanka (surnom de l'artiste)
Naissance
Varsovie (Drapeau de la Pologne Pologne)
Décès (à 89 ans)
Paris (Drapeau de la France France)
Nationalité France
Pays de résidence France
Profession
Autres activités
Conjoint

Sabine Zlatin née Chwatz le à Varsovie en Pologne et morte le 21 septembre 1996 à Paris, est une résistante juive française et peintre.

Sabine Zlatin est l'épouse de Miron Zlatin ; ensemble, le couple encadre la colonie des enfants d'Izieu pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sabine Zlatin est enterrée au cimetière du Montparnasse dans la Section 18.

Tombe au cimetière Montparnasse, Paris.

Biographie

Jeunes années

Sabine Chwast est la dernière de douze enfants. Le père est architecte[1]. Il n'aime pas le prénom donné à sa fille, et décide de l'appeler Yanka, un nom qu'elle gardera par la suite. Ne supportant plus un milieu familial étouffant et l'antisémitisme des Polonais, largement développé après la déclaration d'indépendance vis-à-vis de l'Empire russe, elle décide au milieu des années 1920 de quitter son pays natal. Au gré des rencontres, elle gagne successivement Dantzig, Koenigsberg, Berlin, Bruxelles pour finalement arriver en France, à Nancy, où elle entreprend des études en histoire de l'Art. Elle est également militante du Bund, «le mouvement ouvrier juif antisioniste»[2].

Elle fait la connaissance d'un jeune étudiant juif de Russie, Miron Zlatin, qui prépare un diplôme d'études supérieures agronomiques à l'université de Nancy. Ils se marient le 31 juillet 1927. Le couple n'a pas d'enfant. En 1929, Miron et Sabine acquièrent une ferme avicole actuellement rue Miron-Zlatin à Landas dans le Nord. Après quelques difficultés, l'exploitation se révèle un succès. Ils sont naturalisés le 26 juillet 1939.

La résistante

En septembre 1939, la guerre éclate et Sabine décide de suivre des cours de formation d'infirmière militaire à la Croix-Rouge à Lille.

En 1940, Sabine et son mari fuient pour Montpellier, et Sabine travaille comme « infirmière de la Croix-Rouge à l'hôpital militaire de Lauwe»[3]. Elle est ensuite renvoyée à cause des lois antisémites. Elle s'engage alors auprès de l'Oeuvre de Secours aux Enfants (OSE)[3]. Elle travaille, bénévolement[4] à la préfecture de l'Hérault comme « assistante sociale»[5].

Sabine Zlatin protégea des enfants juifs. Avec l'abbé Prévost notamment elle s'occupa de cacher des enfants sortis «des camps d'Agde et de Rivesaltes»[6]. Elle même sorti des enfants de ces camps, jusqu'en 1941[7],qui furent, grâce à l'OSE, passés en Suisse, aux états-unis grâce aux Quakers ou dans divers centres[8]. C'est ce même homme qui mit à la disposition de Sabine et de son mari « une colonie de vacances», à Palavas pour les enfants dont ils s'occupaient[9]. En août 1942 a lieu une grande rafle et Sabine contacte la préfecture pour demander la libération des moins de quinze ans, qui est obtenue[7]. Les jeunes passent alors par Palavas avant d'être envoyés dans divers maisons. Au début de l'année 1943 elle est convoquée par le secrétaire général, Roger Fridrici, à la préfecture. On lui demande alors de s'occuper « d'un groupe de dix-sept enfants qui sont encore à Campestre près de Lodève». Fridrici lui suggère de partir avec eux pour la zone italienne, et lui dit que la préfecture s'occuperait des papiers[10]. Sabine part alors à Chambéry avec les enfants qui partiront finalement à Izieu. Sabine déplace son lieu d'accueil en Janvier 1943 et à Izieu, en mai 1943, est fondée la colonie des Enfants d'Izieu qui abrite des enfants juifs. La colonie est un lieu de passage dans un réseau de sauvetage composé d'autres maisons, de familles d'accueil ou encore de filières de passage en Suisse. Au moins 105 enfants, juifs pour la plupart, y sont accueillis à partir de mai 1943. Certains ne restent que quelques semaines ou quelques mois.Cet endroit est choisi en 1943 car la zone est alors sous autorité italienne et que les juifs y sont moins menacés[11]. Les Zlatin peuvent compter sur Pierre-Manuel Wiltzer, le sous-préfet, sur « le maquis de l'Ain» et sur le « réseau lyonnais du père Chaillet» pour s'occuper de quatre-vingt enfants.[9] Sabine sauva également des enfants tsiganes.

Le 6 avril 1944, la Gestapo de Lyon dirigée par Klaus Barbie, arrête les 44 enfants de la colonie et les 7 éducateurs présents. Sabine est absente, sentant venir le danger, elle est allée à Montpellier pour demander à l'abbé Prevost de l'aider à disperser la colonie. Après la rafle, Sabine Zlatin rejoint Paris où elle s'engage dans la Résistance. Elle essaie de sauver les enfants d'Izieu et essaye même d'entrer en contact avec Darnand[12]. À la Libération, elle est nommée hôtelière-chef du Centre Lutetia, responsable de l'organisation de l'accueil des déportés à leur retour des camps. En juillet 1945, plus d'un an après la rafle, Sabine Zlatin apprend que les enfants arrêtés le 6 avril 1944 ont été exterminés à Auschwitz ; seule une encadrante de la maison d'Izieu, Léa Feldblum, également déportée à Auschwitz, en reviendra vivante[13].

Le 15 mai 1944, Miron est déporté, avec Théo Reiss et un autre adolescent d'Izieu, Arnold Hirsch, depuis la gare de Bobigny dans le convoi no 73 jusqu'à Reval (nom allemand de l'époque), aujourd'hui Tallinn en Estonie. Il est détenu à la prison Paterei et travaille dans une carrière. Il est fusillé par les SS fin juillet 1944, avant l'arrivée des troupes soviétiques.

La militante de la mémoire de la Shoah

Après la guerre, elle rend hommage aux enfants d'Izieu chaque année et fleurit le monument commémoratif élevé en 1946 à Brégnier-Cordon grâce à une souscription nationale placée sous l’égide du Général de Gaulle[14].

Son témoignage, lors du procès de Klaus Barbie est crucial et à son initiative est créé le Mémorial des enfants d'Izieu qui est inaugurée par le président de la République, François Mitterrand en 1994 et dont elle devient la première directrice[15] en 1994.

L'artiste

Après la fermeture du Lutetia, en septembre 1945, elle s'installe définitivement à Paris. Elle s'adonne à la peinture, signant ses toiles du nom de Yanka, le surnom que lui avait donné son père.

Mort

Sabine Zlatin est morte le 21 septembre 1996 à Paris à l'âge de 89 ans[2].

Hommages

La plaque du 46 rue Madame à Paris.
  • Une rue de Villeurbanne porte le nom de Sabine Zlatin.
  • Sabine Zlatin figure en uniforme d'infirmière sur un mur peint lyonnais intitulé Lyon, la santé, la vie.
  • En 2017, le nouveau collège de Belley (Ain), qui reçoit les enfants du village d'Izieu, est baptisé « Collège Sabine Zlatin »[19],[20].

Références

  1. "Les Justes"-La Dame d'Izieu. Sabine Zlatin. Fondation pour la Mémoire de la Déportation.
  2. a et b Bernard Fromentin. La dame d'Izieu s'éteint à 89 ans. Libération, 24 septembre 1996.
  3. a et b « LA MAISON : REFUGE DE LA COLONIE EN 1943-44 », sur https://www.memorializieu.eu/ (consulté en novembre 2019)
  4. Les enfants d'Izieu : une tragédie juive, Les fils et filles des déportés juifs de France, , p27
  5. Françoise Nicoladzé, Passant, souviens-toi ! Montpellier : lieux de mémoire 1940-1945, Les presses du Languedoc, , p36
  6. Françoise Nicoladzé, Passant, souviens-toi ! Montpellier : lieux de mémoire, 1940-1945, Les Presses du Languedoc, , p27
  7. a et b Hélène Chaubin, L'Hérault dans la guerre 1939-1945, De Borée,
  8. Les enfants d'Izieu : une tragédie juive, FFDJF,
  9. a et b Françoise Nicoladzé, Passant, souviens-toi ! Montpellier : lieux de mémoire 1940-1945, Les Presses du Languedoc, , p37
  10. Hélène Chaubin, L'Hérault dans la guerre 1939-1945, De Borée, , p197
  11. Françoise Nicoladzé, Passant, souviens-toi ! Montpellier : lieux de mémoire 190-1945, Les Presses du Languedoc,
  12. Hélène Chaubin, L'Hérault dans la guerre 1939-1945, De Borée, , p198
  13. « Léa Feldblum, seule survivante », sur www.aidh.org (consulté le 5 juin 2012).
  14. Martine Giboureau, « Sabine Zlatin, "la dame d’Izieu" », sur Cercle d'études de la déportation et de la Shoah,
  15. « Sabine Zlatin, de la Maison d’Izieu au procès Barbie », sur Le Progrès,
  16. « Délibération au conseil municipal du 2 avril 2012 », sur www.lyon.fr, Ville de Lyon (consulté le 15 février 2014)
  17. Projet de dénomination "Rue Sabine et Miron Zlatin" à Lyon 7e (Direction Déplacements Urbains). Séance du 2 avril 2012. Lyon.fr.
  18. Rue Sabine et Miron Zlatine. Rues de Lyon.
  19. Patrice Gagnant, «L'Ain rend hommage à Sabine Zlatin, la Dame d'Izieu», Le Progrès, 12 juillet 2017
  20. Belley: Collège Sabine Zlatin.

Voir aussi

Bibliographie

  • Yanka Zlatin, Survivants, Paris, 27 novembre 1945. Dessins et gravures de Monique Frélaut. Près de quarante portraits de survivants accueillis au Lutétia.
  • Sabine Zlatin, La Dame d’Izieu (mémoires), Paris, Gallimard, 1992. Avant-propos de François Mitterrand. Y compris sa déposition au procès de Klaus Barbie et les témoignages de l’institutrice de la colonie (Gabrielle Perrier aujourd’hui Gabrielle Tardy) et d’un ancien pensionnaire (Samuel Pintel).
  • Serge Klarsfeld, Les Enfants d’Izieu, une tragédie juive, Association des Fils et Filles des déportés juifs de France, 1984.
  • Rolande Causse, Les Enfants d’Izieu, Paris, Seuil, rééd. 1994 (livre pour enfants). Y compris un témoignage de Sabine Zlatin.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, article Yanka Zlatin, Paris, Gründ, 1999.

Articles de presse

  • Patrick Jarreau, « La journée nationale de la déportation. “Les enfants d’Izieu sont le symbole même de tous les juifs de France exterminés sous le régime de Vichy” déclare M. Mitterrand », Le Monde, 26 avril 1994.
  • Agathe Logeart, « La Dame d’Izieu », Le Monde, 25 septembre 1996
  • Bertrand Poirot-Delpech, « Sabine Zlatin. La “Dame d’Izieu” », Le Monde, 25 septembre 1996

Télévision

Articles connexes

Liens externes