S'en fout la mort

S'en fout la mort
Réalisation Claire Denis
Scénario Claire Denis et Jean-Pol Fargeau
Acteurs principaux
Sociétés de production Cinéa
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Drame
Durée 90 minutes
Sortie 1990

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

S'en fout la mort est le deuxième film de la réalisatrice française Claire Denis sorti le .

Synopsis

Dah et Jocelyn, originaires respectivement du Bénin et des Antilles organisent clandestinement en France des combats de coqs. Avec l'aide de Pierre Ardennes, un patron d'établissements autoroutiers qui a connu autrefois Jocelyn et sa mère aux Antilles, ils montent un pitt dans les sous-sols d'une boite de nuit désaffectée près de Rungis. Jocelyn vit depuis son enfance une relation fusionnelle avec les coqs qu'il entraine de façon pointue tandis que Dah s'occupe de l'intendance et des paris. Tous les deux vivent dans des conditions difficiles pour monter leurs activités illégales, dormant avec les bêtes dans un espace lugubre s'apparentant plus à une cellule de prison qu'à une chambre. L'un des coqs champions de Jocelyn, « S'en fout la mort », remporte de nombreuses victoires et les combats attirent dans un premier temps des parieurs avant que ce coq ne finisse par perdre. Jocelyn, taiseux et de nature instinctive, n'est pas insensible à Toni, la serveuse et employée de Pierre mais également la maîtresse de son fils Michel. Il transpose en partie cette pulsion dans l'entrainement et l'attachement particulier qu'il porte à « Toni », un nouveau coq blanc particulièrement combatif qu'il entraine pour un combat spécial contre un coq des Gitans. Cependant, pour augmenter l'attrait et les gains, Pierre Ardennes demande à Jocelyn et à Dah d'utiliser désormais des ergots coupant en acier. Entre Jocelyn et Pierre un conflit grandit, ce d'autant que le premier pour s'auto-inhiber vis-à-vis de Toni se saoûle allègrement et devient agressif. Dah convainc Jocelyn de recourir à cet attribut et d'engranger un maximum d'argent rapidement pour pouvoir partir. Le coq « Toni » muni des ergots lamés se fait déchiqueter par le coq champion des Gitans. Jocelyn se rue sur le pitt pour le sauver, vainement, provoquant volontairement une bagarre générale lors de laquelle il meurt, comme son champion, poignardé par Michel. Dah, après lui avoir fait la toilette du mort et passé une courte période d'emprisonnement, part vers d'autres horizons.

Fiche technique

Distribution

Projet et réalisation du film

Claire Denis souhaite faire une œuvre sur le rapport de l'homme noir (qu'il soit Antillais ou Africain) au Blanc, l'ancien colonisateur, ainsi que sur le thème de la mort et du parcours de deuil, notamment en lien avec la récente disparition du dramaturge Bernard-Marie Koltès, ami de la réalisatrice et d'Isaac de Bankolé[1] — ce dernier ayant participé à la création de la pièce Dans la solitude des champs de coton en 1987, dont certains thèmes sont communs avec le film. Pour cela elle utilise, avec son coscénariste Jean-Pol Fargeau, comme l'une des sources d'inspiration de son film, l'essai Peau noire, masques blancs (1952) du médecin et essayiste martiniquais Frantz Fanon sur l'intériorisation par les Noirs d'un « complexe d'infériorité » vis-à-vis des Blancs, notamment dans la linguistique, ainsi que les rapports différents entretenus vis-à-vis des Blancs par les Antillais et les Africains[2], thèmes qui seront au cœur de son film et développés avec les deux principaux personnages tel que le décrit Fanon :

« Mais, c'est que l'Antillais ne se pense pas Noir ; il se pense Antillais. Le nègre vit en Afrique. Subjectivement, intellectuellement, l'Antillais se comporte comme un Blanc. Or, c'est un Nègre. Cela, il s'en apercevra une fois en Europe, et quand on parlera de nègres il saura qu'il s'agit de lui aussi bien que du Sénégalais. »

— Frantz Fanon, 1952, Peau noire, masques blancs[3]

En préparation du tournage, Alex Descas suit une longue préparation à la manipulation des animaux auprès de « coquelleurs » antillais afin que l'ensemble de ses mouvements avec les oiseaux soient parfaitement naturels[1]. Le film est tourné en grande partie dans la zone commerciale près d'Orly, le long de l'autoroute A106 vers l'aéroport, et de la discothèque Le Metropolis, ainsi qu'à Rungis[4],[5]. Le film est tourné en grande partie en caméra à l'épaule par la chef opératrice Agnès Godard qui décide d'utiliser des focales particulières pour obtenir le type d'image recherché par la réalisatrice[2]. Jusqu'au dernier moment Claire Denis hésite sur le sort qu'elle réserve au personnage de Jocelyn : doit-elle le faire mourir ou pas ? et décide de poursuivre son idée jusqu'au bout, après notamment en avoir parlé avec les acteurs[2].

Accueil critique

Sur l'ensemble de sa période d'exploitation en salles, le film a réalisé 52 176 entrées en France[6].

Distinctions

Prix

Année Cérémonie ou récompense Prix Catégorie / Lauréat
1990 Festival de Venise « Osella d'argent » du montage Dominique Auvray
1991 Prix Michel-Simon Meilleur acteur Alex Descas

Nominations

Année Cérémonie ou récompense Catégorie Nommé(e)(s)
1991 César du cinéma Meilleur jeune espoir masculin Alex Descas

Notes et références

  1. a et b Les mille et un défis de Claire Denis (2/2) par Mathilde Blottière et Laurent Rigoulet dans Télérama du 30 mars 2010.
  2. a, b et c Claire Denis, la vagabonde documentaire de 48 minutes de Sébastien Lifshitz, 1995.
  3. Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs (1952), éditions Points, coll. « Essai » no 26, 1971, (ISBN 978-2-02-000601-9), pp. 120-121.
  4. Lieux de tournage de S'en fout la mort sur IMDb.
  5. [PDF] « Claire Denis et Agnès Godard », Fabien Philippe, 24 images no 157, 2012, p. 30-36.
  6. S'en fout la mort sur le site www.jpbox-office.com

Liens externes