Rue Childebert

6e arrt
Rue Childebert
(supprimée en 1866)
Rue Childebert, de la rue d'Erfurth. Paris VIe. Vers 1867, photographie de Charles Marville.
Rue Childebert, de la rue d'Erfurth. Paris VIe. Vers 1867, photographie de Charles Marville.
Situation
Arrondissement 6e
Début Rue d'Erfurth (disparue)
Fin Rue Sainte-Marthe (disparue)
Morphologie
Longueur 79 m
Largeur 9,74 m m
Historique
Création 1715

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Rue Childebert (supprimée en 1866)


La rue Childebert est une ancienne voie, aujourd'hui disparue, située dans le quartier de la Monnaie dans l'ancien 10e arrondissement de Paris (actuel 6e arrondissement).

Situation

Longue de 79 m, et large de 30 pieds, soit 9 mètres 74, elle reliait la rue d'Erfurth à partir des nos 2 et 4, à la rue Sainte-Marthe aux nos 4 et 5 (voies disparues)[1],[2].

Historique

Elle est ouverte en 1715 au sud de l'enclos de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés en même temps que la rue d'Erfurth et la rue Sainte-Marthe par Henri-Pons de Thiard de Bissy, abbé commendataire. Elle est nommée en l'honneur de Childebert Ier, fondateur de l'abbaye. Les immeubles de rapport sont construits par Victor-Thierry Dailly[3]. Au carrefour avec la rue d'Erfurth, le cardinal de Bissy, fait construire en 1716 par le même architecte deux fontaines identiques à chaque angle, dites fontaines Childebert[4].

Jusqu'à la Révolution, elle est séparée de la place Saint-Germain-des-Prés par des grilles, qui étaient fermées tous les soirs. Elles sont visibles sur le plan de Turgot. À l'intérieur de cet enclos, il était interdit aux huissiers de procéder à des saisies[5].

Une décision ministérielle du 21 août 1817 a fixé la largeur de cette rue à 10 m[1]. Quelques maisons sont détruites pour permettre le prolongement de la rue Saint-Germain-des-Près (actuelle rue Bonaparte), décidé par une ordonnance du 7 septembre 1845[6].

La rue est supprimée dans le cadre du prolongement de la rue de Rennes et de la création du boulevard Saint-Germain, décidée par le décret du [7]. Elle disparaît complétement en octobre-décembre 1867. Les fontaines Childebert sont démontées en 1867 : l’une est remontée en 1875 dans le square Monge (aujourd’hui square Paul-Langevin) et l’autre est déposée à Paris au musée Carnavalet[4].

Lieux de mémoire

  • nos 1 et 3 : emplacement d'immeubles de rapport appartenant à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés avec des boutiques au rez-de-chaussée et, dans les étages, les chambres des pensionnaires de l'abbaye[5]. La Maison Picard Hardy-Alan Vasseur, marchand de couleurs fines, y était établie de 1848 à 1856, suivit par Picard Vve et Hardy en 1857, puis Hardy de 1859 à 1868[8].
  • nos 2, 4 et 6 : immeubles à un étage appartenant à l'abbaye. Ils furent vendus par la suite et surélevés[5].
  • no 5 : sous le règne de Louis XVI, deux commerces occupaient le rez-de-chaussée : une mercerie, et un marchand d'élixir de longue vie[5].
  • no 8 : immeuble abritant les magasins d'Arnheiter vers 1858[5].
  • no 9 : emplacement de l'immeuble dit « La Childebert » qui hébergeait des ateliers d'artistes entre 1810 et 1840. Cette grande bâtisse fut achetée par Madame Legendre en 1795 pour une poignée d'assignats équivalant à 25 francs de 1835, et qui ne fit aucune réparation dans sa maison dont les locataires payaient leur loyer avec grandes difficultés. L'eau de pluie coulait dans la maison, les punaises grouillaient. Émile Signol eut à se battre avec Louis Émile Lapierre (1817-1886), peintre paysagiste qui était un bon locataire, réglant son terme régulièrement. Lapierre réussit à lui faire changer une dizaine de tuiles car il pleuvait dans sa chambre tout comme dans celle du sculpteur Aimé Millet[9]. Ce lieu était aussi le cénacle du peintre Guillaume Guillon Lethière (1760-1832) qui, au début de l'Empire, y ouvrit un atelier près de l'église Saint-Germain-des-Près, atelier qu'il nomme La Childebert, endroit où l'on pratique à la fois l'escrime et la peinture. Suite à une rixe, son atelier fut fermé et il dut partir en exil en Allemagne. De retour à Paris en 1816, il ouvrit de nouveau son atelier à Saint-Germain-des-Près dans les bâtiments de l'ancienne abbaye, d’où sortirent nombre d'artistes[5],[9]. Le peintre François-Xavier Dupré (1803-1871) y demeurait avant 1828[10]. Y demeurèrent également le peintre de genre Hubert, les trois frères Leprince : Léopold (1800-1847), Xavier (1799-1826) et Gustave (1810-1837), tous les trois peintres, ainsi que Louis Boulanger (1806-1867), Henri Frédéric Schopin (1804-1880), Alphonse Louis Dulong (1811-1857), François Bouchot (1800-1842), Marcel Verdier (1817-1856), François-Louis Français (1814-1897), Henri Charles Antoine Baron (1816-1885), Célestin Nanteuil (1813-1873), Marcel Verdier, Félix Auvray (1800-1833), les graveurs Garnier[Lequel ?], Boilly[Lequel ?], Philibert-Louis Debucourt, le sculpteur Clodion[11], Charles-Simon Pradier[12], Jean François Bosio[13] et Paul Delaroche[14].
  • no 10 : dans les années 1810 s'y trouvait la boutique du marchand de vin Chanfort, dont la veuve reprit l'activité, faisant la cuisine pour les peintres de La Childebert[réf. nécessaire].
  • no 13 : immeuble de rapport avec boutiques et habitations en étages. Arnheiter, fabricant de machines agricoles occupait les lieux en 1858 depuis plus de quarante ans, puis transféra ses magasins au no 8 de la rue[réf. nécessaire].

Galerie

La rue Childebert dans la littérature

Cette rue et son histoire inspirèrent quelques écrivains :

  • Tatiana de Rosnay, Rose, Éditions Héloïse d'Ormesson, Paris, 2011, 256 p. ;
  • Gustave Khan, La Childebert, roman romantique, Paris, Bibliothèque Charpentier, 1914.

Notes et références

  1. a et b Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, 1844, p. 138 [lire en ligne].
  2. Cadastre de Paris par îlot (1810-1836), plan 37e quartier Monnaie, îlots nos 14 à 19, F/31/92/09 [lire en ligne].
  3. Michel Gallet, Les Architectes parisiens du XVIIIe siècle : Dictionnaire biographique et critique, Paris, Éditions Mengès, 1995, p. 165.
  4. a et b Bibliothèque numérique de l'Institut national d'histoire de l'art, Fontaine Childebert, Square Monge : Ve arrt.
  5. a, b, c, d, e et f Charles Lefeuve, Histoire de Paris, rue par rue, maison par maison, Paris, 1875.
  6. Ordonnance du 7 septembre 1845.
  7. Décret du 28 juillet 1866.
  8. Hardy-Alan quitte le no 1 rue Childebert pour s'installer en 1869 au no 36 rue du Cherche-Midi, puis aux no 92 et 72 boulevard Raspail à Paris (Guide Labreuche, guide historique des fournisseurs de matériel pour artistes à Paris 1790-1960).
  9. a et b Alexandre Privat d'Anglemont, Paris anecdote, Paris, 1854, p.193-196.
  10. Charles Gabet, Dictionnaire des artistes de l'école française au XIXe siècle, Paris, Madame Vergne, 1834, p.245.
  11. La Presse (quel numéro ? quelle date ?)[réf. incomplète].
  12. James Pradier, Correspondance, t.I, 1790-1833, Librairie Droz, 1984, p.352.
  13. Bernard Vassor, Le cénacle de Guillaume Guillon-Lethière, pour l'Association Autour du Père Tanguy.
  14. Jean-Didier Wagneur, Françoise Cestor, Les Bohèmes, Éditions Champ Vallon, 2012, (page ?), 1443 p.

Annexes

Bibliographie

  • Charles Lefeuve, Histoire de Paris, rue par rue, maison par maison, Paris, 1875.
  • Alexandre Privat d'Anglemont, « La Childebert », in Paris anecdote, Paris, P. Jannet Libraire, 1854, pp. 171 à 198.

Iconographie

Articles connexes

Liens externes

  • Photographies de la rue Childebert sur le site vergue.com
  • Le Paris pittoresque, notice écrite en 1858