Romain Goupil

Romain Goupil
Description de cette image, également commentée ci-après
Romain Goupil en 2010.
Nom de naissance Romain-Pierre Charpentier
Naissance (67 ans)
Paris, France
Nationalité Drapeau de la France française
Profession Réalisateur
Scénariste
Acteur
Films notables Mourir à trente ans

Romain Goupil, de son vrai nom Romain-Pierre Charpentier, est un réalisateur français né le à Paris. Politiquement engagé, ancien leader lycéen en mai 1968 et longtemps militant trotskiste, il a évolué dans les années 2000 vers des positions néo-conservatrices[réf. souhaitée].

Biographie

Famille

Romain Goupil est né dans une famille d'artistes. Son père, Pierre Goupil (né en 1930), fut chef opérateur. Sa grand-mère, Lita Recio (1906-2006), était une comédienne particulièrement célèbre dans le monde du doublage. Elle était mariée au chansonnier Robert Charpentier, dit Goupil (1896-1938). Le jeune Romain a grandi dans la cité Montmartre-aux-artistes (rue Ordener, dans le 18e arrondissement de Paris), où son grand-père et sa grand-mère étaient installés depuis l'origine.

Carrière cinématographique

Romain Goupil s'est intéressé très tôt au cinéma. Ses deux premiers courts-métrages sont ainsi réalisés à l'âge de seize ans : L'exclu et Ibizarre, d'abord programmés sur l'ORTF, puis censurés. Scolarisé au lycée Condorcet, il en est exclu à cause d'une grève dont il a été un des initiateurs et de son activité politique : il crée les Comités d'action lycéens, qui seront à la pointe de la révolte étudiante de Mai 68. En janvier 1968, la mobilisation étudiante aboutit à sa réintégration au lycée Voltaire[1].

En 1970, il devient stagiaire, puis assistant opérateur pour Robert Ménégoz et assistant réalisateur pour Chantal Akerman, Roman Polanski et Jean-Luc Godard.

Il réalise deux nouveaux courts-métrages, Le Père Goupil, puis Coluche Président, avant d'obtenir le prix de la Caméra d'or au Festival de Cannes, le César de la meilleure première œuvre et une nomination aux Oscars pour son premier long-métrage, Mourir à trente ans, consacré à son camarade et ami Michel Recanati et réalisé à partir d'épreuves tournées par Romain Goupil avant et après Mai 68 en vue de la réalisation d'un film militant qui devait s'appeler De la révolte à la Révolution. Son activité oscillera ensuite entre longs-métrages, courts-métrages et documentaires. Il a également écrit plusieurs ouvrages.

En 2012, il a présidé le jury du Festival de Chartres, un festival de courts-métrages réalisés de l'école à l'université, au côté de Matila Malliarakis notamment.

Résident de la plus grande cité d'artistes d'Europe, la cité Montmartre-aux-artistes, il défend les locataires contre les expulsions en s'engageant au sein de l'Association des locataires de Montmartre-aux-artistes (ALMA), dont il est un temps président. La cité est présente dans au moins un plan de chacun de ses films et plus largement dans Les Jours venus (2015)[2],[3].

Militantisme politique

Militant trotskiste, il fait partie d'une longue tradition d'opposition de gauche au stalinisme, refusant le culte de la personnalité[4].

Romain Goupil devient « quelqu'un d'important » selon Le Monde quelques semaines avant mai 68, son exclusion de son lycée parisien au motif d'activisme pro-Vietcong faisant l'objet d'une manifestation lycéenne. Il devient un symbole de combat contre l'autoritarisme et la répression. En mars 1968, il est interviewé par Marguerite Duras à la télévision. En avril 1968, il crée avec des amis les Comités d'action lycéens qui assureront l'ordre derrière les grands leaders du mouvement de contestation comme Daniel Cohn-Bendit, Alain Geismar, et Jacques Sauvageot. Dans les années 1970, membre de la Ligue communiste, Romain Goupil est l'un des responsables du service d'ordre, et il crée avec son ami de jeunesse Michel Recanati le « très musclé » CTS (Commission très spéciale)[5].

Il s'est peu à peu détaché de la LC/LCR après le 21 juin 1973 et l'autocritique qui fut faite dans cette organisation sur la soirée de violents affrontements contre la police qui protégeait une réunion publique du mouvement néo-fasciste Ordre nouveau. La direction du service d'ordre de la LC - appelé CTS ou « commission très spéciale » - avait l'habitude des actions de commando violentes, mais ce soir-là toutes les limites avaient été dépassées, les combats faisant 76 blessés parmi les forces de l'ordre[6]. Si la LC n'était pas la seule organisation dont les militants affrontèrent la police ce soir-là, elle fut la seule à être dissoute par décision gouvernementale (avec Ordre nouveau), même si elle se reconstitue rapidement en canalisant l'élan de solidarité né dans toute la gauche à la suite de cette dissolution (même le PCF avec Jacques Duclos se sent obligé de participer à un meeting de protestation au Cirque d'hiver).

Le suicide de Michel Recanati, dit « Ludo », responsable de la CT, mis en accusation après le 21 juin 1973 et prié de s'éloigner de la direction de la LC, puis disparu et dont on n'identifiera le corps que quelque temps après son suicide (il s'était jeté sous un train le 23 mars 1978), a profondément marqué Goupil.

Après 1974, il n'a, selon Le Monde, plus du tout était trotskyste. Romain Goupil déclare : « C'est le Chili qui me met le doute. Je vois bien que le coup d'État contre Allende en 1973, aidé par les Américains, ça se passe avec des avions, des chars. Et je me dis que militairement, pour arriver à lutter, ça va être coton ». Il reste néanmoins fidèle à tous ses amis trotskystes[5].

S'éloignant progressivement de son organisation, il fait partie de ceux qui ont encouragé Coluche à se présenter à l'élection présidentielle de 1981[réf. nécessaire]. Selon Le Monde, c'est lui qui convainc Coluche de se présenter « pour dénoncer la farce électorale », mais il ne supporte pas ensuite que Coluche se prenne au sérieux, et il envoie une circulaire à toutes ses relations pour dénoncer cette évolution[5].

Il figure aux élections européennes de 1994 sur la liste L'Europe commence à Sarajevo.

Soutien à la guerre d'Irak

Circle-icons-scissors.svg Cette section est trop longue. Elle pourrait gagner à être raccourcie ou répartie en plusieurs sous-sections.
Il est également possible que sa longueur crée un déséquilibre dans l'article, au point d'en compromettre la neutralité en accordant à un aspect du sujet une importance disproportionnée.

En 2002 et 2003, il s'exprime en faveur de la guerre d'Irak. Selon Libération, la majorité des français est opposée à la « guerre américaine », mais Romain Goupil voit ce « consensus pacifiste » d'abord comme « une démission » et se sent en minorité comme au début de la guerre en Bosnie, lorsqu'il invitait à briser le siège de sarajevo[7].

Le , peu avant le déclenchement de la guerre, il publie une tribune dans Le Monde pour approuver l'administration Bush : « Que Saddam parte, de gré ou de force ! Les Irakiens, Kurdes, chiites mais aussi bien sunnites respireront plus librement et les peuples de la région en seront soulagés. Après Milošević, les Balkans ne sont pas le paradis, mais il y règne davantage de paix et moins de dictature. L'après-Saddam ne sera pas rose, mais moins noir que trente années de tyrannie, d'exécutions sommaires et de guerre. »[8].

Il publie une autre tribune, le 14 avril, également cosignée par Pascal Bruckner et André Glucksmann, qui s'insurge de la position distante de la France vis-à-vis des choix politiques des États-Unis dans le dossier irakien[9].

Son soutien à l'offensive américaine contre l'Irak n'est pas remis en cause après le constat de l'absence d'armes de destruction massive en Irak. Revenant sur ces prises de positions, Béligh Nabli ironise sur « ces doctrinaires de la “guerre juste” » et pointe du doigt la responsabilité de ces néoconservateurs dans le « chaos dantesque » qu'est devenu l'Irak, « un État fragilisé et une société meurtrie, toujours en quête de stabilité et de sécurité »[10]. Selon le journaliste Luc Le Vaillant , Romain Goupil n'a « aucun souci à imposer par les bombes la « liberté » du Nord, capitaliste et judéo-chrétien, aux « ennemis de la liberté » du Sud, arabe et musulman. Et tant pis pour les dommages collatéraux : humiliation des peuples, renforcement du terrorisme, vengeance pour les siècles des siècles »[11].

Prises de positions

En 1995, lors d'un débat sur Les Enfoirés, il se positionne contre Les Restos du Cœur qui « donnent un alibi et une bonne conscience » alors que, dit-il, « les gens qui n'ont pas à manger, c'est un vrai problème politique »[12].

En 2003, il est signataire de l'appel de soutien à l'Initiative de Genève[13], plan de paix alternatif prévoyant la création d'un État palestinien aux côtés d'Israël.

En 2010, il se mobilise pour la cause des travailleurs étrangers en situation irrégulière en grève, aux côtés de plusieurs cinéastes et artistes[14].

Goupil est membre du Cercle de l'Oratoire[Depuis quand ?] qui a donné naissance à la revue d'orientation néo-conservatrice Le Meilleur des mondes[15]. Dans un autre livre toujours co-rédigé avec Pascal Bruckner et d'autres personnes influentes dans les milieux néo-conservateurs, il exprime son soutien en faveur d'une intervention militaire contre l'Iran, à travers le Comité de soutien français au Mouvement des étudiants pour la démocratie en Iran.

Romain Goupil soutient la campagne d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle de 2017 et devient l'un de ses interlocuteurs réguliers après son élection[16],[17],[18].

Filmographie

Comme réalisateur

Comme assistant réalisateur

Comme acteur

Récompenses

Livres

  • Lundi, c'est sodomie Éd. Baleine-Collection Le Poulpe
  • À mort la mort ! Éd. Julliard
  • Romain Goupil : entretiens avec Bernard Lefort. Paris : Punctum, coll. « Pour d'autres raisons », 2005. 186 p., 21 cm. (ISBN 2-35116-000-2).
  • La défaite dépasse toutes nos espérances (2006) (ISBN 978-2-259-20434-7)

Articles

  • « Je me sens libéral-libertaire, et j’emmerde ceux que le terme effraie », Télérama, 8 février 2015, lire en ligne.
  • Il s'élève violemment contre l'aide militaire apportée par la Russie à la Syrie dans un article intitulé « Dictateurs de tous les pays unissez-vous », publié sur le site Les Crises, espace d'autodéfense intellectuelle[19].

Liens externes

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Bibliothèque nationale d’Espagne • Bibliothèque royale des Pays-Bas • WorldCat

Références

  1. Philippe Artières, Michelle Zancarini-Fournel, Soixante-huit, une histoire collective, La Découverte, , p. 358
  2. « Artistes ayant vécu ou travaillé à Montmartre-aux-artistes » sur montmartre-aux-artistes.org.
  3. Jean-François Cadet, « Le jour où Romain Goupil est venu », Vous m'en direz des nouvelles, Radio France international, 3 février 2015 (à 21 min, présentation de la cité par Romain Goupil et Frédéric Sénot de la Londe).
  4. Michel Lecointe, Les militants et leurs étranges organisations, La Découverte (réédition numérique FeniXX), (ISBN 9782348027703, lire en ligne)
  5. a b et c « De Mai-68 à Macron, Romain Goupil, l’éternel révolté », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  6. Nicolas Lebourg, « Les violences de l'ultra-gauche et de l'extrême droite radicale ont un point commun: notre société sans projet », slate.fr, 26 février 2014.
  7. « Une ingérence sans évidence », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  8. « Saddam doit partir, de gré ou de force ! », par Pascal Bruckner, André Glucksmann et Romain Goupil, Le Monde, .
  9. Pascal Bruckner, André Glucksmann et Romain Goupil, « Point de vue : la faute », Le Monde, 14 avril 2003.
  10. Béligh Nabli, « Irak : silence des néoconservateurs français », huffingtonpost.fr, 16 juin 2014.
  11. « Enfin seul », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  12. [1]
  13. « Il faut soutenir le Pacte de Genève », Marianne, 1er décembre 2003.
  14. « Solidaires des travailleurs sans-papiers en grève », sur L'Humanité, 6 janvier 2010.
  15. « Néocons, la grande désillusion », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  16. « Le "couple Dany", un drôle de tandem qui chuchote à l'oreille d'Emmanuel Macron », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  17. « Emmanuel Macron, président acteur pour Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil », leparisien.fr,‎ 2018-04-11cest21:22:45+02:00 (lire en ligne)
  18. Guillaume Gendron, « À Nantes, un Macron pro-européen qui refuse de « désarmer la France » », sur Libération, .
  19. Dictateurs de tous les pays, unissez-vous! par Romain Goupil