Rojava

Rojava

Rojavayê Kurdistanê (ku)

کردستان السورية (ar)

Drapeau
Drapeau du Rojava.
Blason
Emblème du Rojava.
Description de cette image, également commentée ci-après
  •      Territoires contrôlés par le Rojava
  •      Territoires revendiqués par le Rojava
Administration
Forme de l'État Territoire autonome de facto
Co-présidente Hediya Yousef
Co-président Mansur Selum
Langues officielles Kurde
Arabe
Syriaque
Capitale Kameshli

37° 03′ N, 41° 13′ E

Géographie
Plus grande ville Al-Hasaka
Fuseau horaire UTC +3
Histoire
Indépendance De la Syrie
de facto
Démographie
Gentilé Kurde
Population totale (2014) 4,6 million[1] hab.
Économie
Monnaie Livre syrienne (SYP​)
Divers
En jaune les régions contrôlées par les Kurdes en Syrie en février 2018.
Une carte des communautés religieuses et ethniques de la Syrie et du Liban. 1935
Carte des régions habitées par les Kurdes. La principale est située entre la Turquie, la Syrie, l’Iran et l’Irak. CIA 1986.
À Pîrsûs les enfants réfugiés de Kobanê, 2014

Le Rojava (« l'ouest » en kurde), ou Kurdistan occidental (en kurde : Rojavayê Kurdistanê) ou Kurdistan syrien (en arabe کوردستان السورية Kurdistan Al-Suriyah), est une région de facto autonome qui se situe au Moyen-Orient et se trouve dans le nord et le nord-est de la Syrie. Le 17 mars 2016, les Kurdes de Syrie proclament une entité « fédérale démocratique » dans les zones contrôlées et qui comprennent notamment les trois « cantons » kurdes d'Afrine, de Kobané et de la Djézireh, dans ce qui était jusqu'à présent une zone d’« administration autonome ». Cette entité est également dénommée Rojava-Syrie du Nord. Dans sa constitution de décembre 2016, son nom officiel est celui de Système fédéral démocratique de Syrie du Nord, en kurde : Sîstema Federaliya Demokratîka Bakûrê Sûriyê, en arabe: النظام الاتحادي الديمقراطي لشمال سوريا. Cette déclaration a été faite à Rmeilane par le Parti de l'union démocratique (PYD) en présence d'autres partis kurdes, arabes, assyriens.

Depuis 2012, la majorité du Kurdistan syrien est contrôlé par des milices kurdes. En novembre 2013, des représentants kurdes, arabes, assyriens et d'autres minorités plus petites ont déclaré un gouvernement de facto dans la région. Deux millions de Kurdes vivent sur ce territoire[2].

Histoire

Le terme est employé par certains mouvements nationalistes kurdes pour désigner une zone géographique, historiquement peuplée par les Kurdes, et incluse dans l’État syrien par les autorités françaises après la Première Guerre mondiale.

En effet, par l'accord franco-turc du 20 octobre 1921 la France avait annexé à la Syrie placée sous son mandat les provinces kurdes de la Djézireh et de Kurd-Dagh[3].

Les populations kurdes occupent le long de la frontière turque trois zones étroites séparées, qui sont les régions d'Afrin, de Kobane et de Kameshli[4], raison pour laquelle certains auteurs ne parlent pas d’un « Kurdistan syrien » mais plutôt de « régions kurdes de Syrie ». Les trois enclaves kurdes constituent néanmoins la continuation naturelle des territoires kurdes de Turquie et d’Irak[5].

Pendant la guerre civile syrienne

Article détaillé : Guerre civile syrienne#Les Kurdes.

Alors qu'en 2011, la guerre civile syrienne embrase le pays, les Kurdes de Syrie se soulèvent, mais uniquement pour le contrôle du Kurdistan syrien, non de toute la Syrie. Les groupes kurdes atteignent cet objectif dès 2012, car l'armée syrienne choisit de se replier de ce territoire pour combattre les rebelles dans les territoires de Syrie disputés jugés plus stratégiques.

Avant même de proclamer son autonomie, le Kurdistan s'attribue des pouvoirs marquant un contrôle de fait, par exemple la création de plaques d'immatriculations distinctes des plaques syriennes[6].

Cependant, si l'armée syrienne libre a de bonnes relations avec les Kurdes, ce n'est pas le cas des groupes islamistes. À partir de 2013 les Kurdes doivent défendre leur territoire contre les groupes issus d'Al-Qaïda : le Front al-Nosra, branche officielle, et l'État islamique[7],[8].

Proclamation d'autonomie

Depuis le 12 novembre 2013, le Kurdistan syrien dispose de sa propre administration autonome. L’annonce a été faite par le principal parti kurde syrien, le Parti de l'union démocratique (PYD), frère jumeau du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie[9]. Cette entité a vocation à gérer les questions « politiques, militaires, économiques et de sécurité dans la région et en Syrie »[10].

Cette annonce a été faite unilatéralement par le PYD sans l’accord explicite du Conseil national kurde qui reproche au PYD « d’aller dans la mauvaise direction ». Le PYD, pour sa part, reproche à l’opposition syrienne non islamiste de n’avoir rien fait pour défendre les localités kurdes attaquées depuis le printemps par des groupes djihadistes comme l’État islamique, le Front al-Nosra, et même des formations salafistes comme Ahrar al-Sham[10].

Le 29 janvier 2014, le Parti de l'union démocratique proclame une Constitution du Rojava.

L'enclave de Kobané

En automne 2014, l'État islamique conquiert les régions syriennes entourant Kobané et marche sur la ville. La population fuit en Turquie, alors que les combattants kurdes défendent la ville.

Article détaillé : Deuxième bataille de Kobané.

La résistance kurde fait de Kobané une bataille d'usure et un symbole majeur dans la lutte contre l'EI. La coalition anti-EI se concentre sur les forces de l'EI participant à cette bataille (voir Opérations aériennes de la coalition internationale en Syrie), et l'opinion publique occidentale soutient largement les Kurdes[11].

Finalement, en janvier 2015, les djihadistes sont repoussés de la ville en ruines, la bataille continuant dans la région alentour. Au mois de juin de la même année, le blocus du canton de Kobané est définitivement rompu après la victoire des YPG à la bataille de Tall Abyad.

Depuis la prise de Tall Abyad, et hormis le poste-frontière de Qamichli tenu par les Forces armées syriennes, les Kurdes contrôlent la quasi totalité de la frontière turco-syrienne située entre le fleuve Euphrate et la frontière irakienne.

En décembre, un Conseil démocratique syrien  est formé dans le Royava[12].

Proclamation d'une région fédérale

Rojava, 2014
Rojava, 2015
Rojava, 2016

Le , à Rmeilane, le PYD et des factions arabes et assyriennes annoncent la création d'une région fédérale dans le nord de la Syrie. Cette annonce est aussitôt rejetée par le régime syrien, l'opposition syrienne, les États-Unis et la Turquie[13],[14],[15],[16]. La Russie, cependant, avait proposé une solution fédérale le 29 février[17],[18].

Cependant le 19 mars, Haytham Manna , co-président avec Ilham Ahmad du Conseil démocratique syrien , démissionne et critique la proclamation de la région fédérale [12].

Le , le ministre des Affaires étrangères du régime syrien, Walid Mouallem déclare que les Kurdes syriens « veulent une forme d'autonomie dans le cadre de la République arabe syrienne. Cette question est négociable et peut faire l'objet d'un dialogue ». Ce type de déclaration et l'emploi du terme d'« autonomie » est une première pour Damas, mais il annonce dans le même temps son opposition au référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien « totalement inacceptable à nos yeux »[19],[20].

Organisation socio-politique

Le système politique du Rojava est inspiré par le confédéralisme démocratique théorisé depuis le milieu des années 1990 par Abdullah Öcalan, le leader idéologique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) emprisonné à vie. Öcalan a été profondément influencé par les thèses d'un militant et intellectuel anarchiste américain, Murray Bookchin, qui a théorisé le municipalisme libertaire.

Les cantons de Djézireh, de Kobané et d’Afrin se sont dotés d’une structure administrative fédérale regroupant les délégués des « conseils populaires », élus par les assemblées de communes. La fédération est chargée des commissions pour la défense, la santé, l’éducation, le travail et les affaires sociales. Chaque conseil gère les ressources agricoles et énergétiques de manière autonome, coopérative et écologique[21].

En janvier 2014, le Rojava s'est doté d'un Contrat social, qui fait office de constitution[22]. Celui-ci « rejette le nationalisme et prône une société égalitaire, paritaire, respectueuse des droits des minorités. »[23]

Aspects démographiques et ethniques

En 2016, la population administrée par le Rojava compte environ 2 millions d'habitants. Près de 60 % de celle-ci est kurde. La proportion de Kurdes varie selon les cantons : elle est majoritaire (55%) dans les cantons de Djézireh et de Kobane, ce qui n'est pas le cas dans la région d'Afrin. En fonction de son extension plus ou moins grande vers la frontière turque, la proportion de Kurdes se situera entre 30 et 40 %[4]. Les trois langues officielles du Rojava sont l'arabe, le kurde et le syriaque[23].

Dans un rapport publié le , Amnesty International accuse les YPG de « crimes de guerre » pour avoir rasé des villages et chassé des populations arabes. Redur Xelil, porte-parole des YPG parle d'« accusation fausse, tout simplement ». Le commandement des YPG et des Assayech reconnaît des déplacements forcés qu'il ne qualifie que d'incidents isolés. Amnesty réfute en revanche le terme de « nettoyage ethnique » et affirme que des Arabes et des Turkmènes continuent de vivre dans des territoires contrôlés par les YPG[24],[25],[26]. Un rapport de mars 2017 du Conseil des droits de l’homme des Nations unies rejette les accusations de nettoyage ethnique : « La commission n’a trouvé aucune preuve étayant les accusations selon lesquelles les forces YPG ou FDS aient jamais ciblé les communautés arabes sur des bases ethniques ». D'après les Nations unies, des villages, arabes ou non, ont effectivement été évacués de force mais en raison des engins piégés et bombes dissimulés par l’État islamique[23].

Aspects économiques

Avant la guerre : les cantons d’Afrine et de Kobanê produisent essentiellement des olives (utilisées pour la fabrication du savon d’Alep) et des fruits. Le canton de Cizîrê (Djezireh) concentre 50 à 60 % du pétrole syrien, c’est en outre un canton de production de blé et de coton.

Lors de l’hiver 2012-2013, l'insécurité alimentaire est grande. Une des premières mesures économiques, dès le début de l’autonomie, est le contrôle des prix des produits rares pour éviter la spéculation. La construction de moulins permet de résoudre les problèmes d'approvisionnement en farine[27]. Le pétrole est en majorité exploité par Damas, après avoir payé une taxe au PYD[28]. En 2013, un début de raffinage améliore la chaîne de production. Le secteur du bâtiment reprend, avec du ciment local ou importé. Les paysans se déplacent à la ville pour y vendre leurs produits[29]. Les terres agricoles étatiques sont communalisées et transformées en coopératives. Dès 2013, se développent les premières coopératives[30] (pain, fromage, vêtements, arachides, lentilles et produits d’entretien)[31]. Les institutions du Rojava prélèvent 1/3 des revenus de ces coopératives.

L’objectif affiché est d’'être auto-suffisant, des académies économiques forment les entrepreneurs à ces nouvelles pratiques[32]. Cependant, le système local de micro-initiative a une productivité faible.

En outre, l’embargo de la Turquie et l’embargo ponctuel du GRK ne favorisent pas l'économie[33].

Notes et références

  1. (en) Wes Enzinna, « A Dream of Secular Utopia in ISIS’ Backyard », sur nytimes.com,
  2. Article de L'Humanité du 9 janvier 2014
  3. Kendal Nezan, « Qui sont les Kurdes ? », sur institutkurde.org, Institut kurde de Paris (consulté le 3 février 2014)
  4. a et b Un Kurdistan indépendant peut-il vraiment émerger du chaos syrien ?, entretien Fabrice Balanche, lefigaro.fr, 26/08/2016
  5. Article de Jordi Tejel Gorgas de novembre 2006
  6. Kurdish Group Gaining Autonomy in Northern Syria, al-monitor.com, 7 mai 2013
  7. Syrie: des jihadistes d'Al-Qaïda chassés, lefigaro.fr, 17 juillet 2013
  8. Syrie : la mosaïque rebelle, des groupes aux intérêts parfois opposés, lemonde.fr, 17 septembre 2013
  9. Sarah Leduc, Les Kurdes : une nation, quatre pays, une myriade de partis, France 24, 30 juillet 2015.
  10. a et b Article du Monde du 27 novembre 2013
  11. Les valeurs des combattants de Kobané sont les nôtres, Gérard Chaliand, Patrice Franceschi, Bernard Kouchner, lemonde.fr, 5 janvier 2015
  12. a et b Syrie: retrait de Haytham Manna de la présidence de l'alliance kurdo-arabe, AFP, 5 avril 2016.
  13. Des factions kurdes de Syrie annoncent une région fédérale dans le Nord, France 24 avec AFP, 17 mars 2016.
  14. Les Kurdes de Syrie espèrent toujours gagner leur autonomie, RFI, 17 mars 2016.
  15. Syrie: les Kurdes se prononcent pour le fédéralisme, romandie.com AFP, 16 mars 2016.
  16. Syrie: les Kurdes défendent à Moscou leur projet fédéral, liberation.fr AFP, 21 mars 2016.
  17. Moscou évoque une solution fédérale en Syrie, OLJ avec Reuters, 29 février 2016.
  18. Syrie: la Russie propose une solution fédérale, Le Figaro avec Reuters, 29 février 2016.
  19. Référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien : Erdogan menace, Le Monde avec AFP et Reuters, 26 septembre 2017.
  20. Julie Kebbi, Le double message de Damas sur l’autonomie du Rojava, OLJ, 27 septembre 2017.
  21. « Murray Bookchin, écologie ou barbarie », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  22. Consulter la traduction française intégrale du Contrat Social du Rojava : https://blogs.mediapart.fr/maxime-azadi/blog/091114/le-contrat-social-de-rojava
  23. a, b et c Mireille Court et Chris Den Hond, « Une utopie au cœur du chaos syrien », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  24. Amnesty accuse les forces kurdes syriennes d’avoir commis des crimes de guerre, Le Monde avec AFP, 13 octobre 2015.
  25. Nord de la Syrie : destructions de villages et déplacements forcés, Amnesty International, 13 octobre 2015.
  26. Jérémy André, Les Kurdes syriens sont-ils coupables de "crimes de guerre" ?, Le Point, 16 octobre 2015.
  27. Olivier Grojean, La révolution kurde, Paris, La découverte, , p. 140 - 144.
  28. Amal Youssef, « Rojava, d’un champ de cactus à un autre, deux récits », Confluences Méditerranée, no 99,‎ , p. 61–73 (ISSN 1148-2664, DOI 10.3917/come.099.0061, lire en ligne).
  29. (en) Michael Knapp , Anja Flach , Ercan Aybog, Revolution in rojava, Pluto Press, , 320 p. (ISBN 0745336647).
  30. « BALLAST | Une coopérative de femmes au Rojava », BALLAST,‎ (lire en ligne).
  31. Grojean, Olivier., La révolution kurde : le PKK et la fabrique d'une utopie (ISBN 9782707188472, OCLC 1007150677, lire en ligne).
  32. (en) « Rojava’s Threefold Economy », Ecology or Catastrophe,‎ (lire en ligne)
  33. « Un Kurdistan indépendant peut-il vraiment émerger du chaos syrien ? », FIGARO,‎ (lire en ligne).

Voir aussi

Sources

  • Jordi Tejel Gorgas, « Les Kurdes de Syrie, de la “dissimulation” à la “visibilité” ? », Remmm, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no 115-116,‎ (lire en ligne)
  • Guillaume Perrier (texte) et Olivier Touron (photos), « Syrie : Le nouvel horizon des Kurdes », GEO, no 408,‎ , p. 96-109 (ISSN 0220-8245)
  • Christophe Ayad, « En Syrie, les Kurdes prennent le large », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037, lire en ligne)
  • Agnès Rotivel, « Les Syriens dans l’équation kurde », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne)
  • [vidéo] Sophie Nivelle-Cardinale, « Le Kurdistan syrien, une zone épargnée par les combats », sur www.arte.tv, Arte, (consulté le 3 février 2014)
  • P. B., « De la Turquie à l’Iran, vol au-dessus du Kurdistan », L'Humanité,‎ (ISSN 0242-6870, lire en ligne)
  • Jonathan Steele, « Le quasi-État kurde de Syrie », Books,‎ (lire en ligne)
  • (en) Out of Nowhere : The Kurds of Syria in Peace and War par Michael Gunter, Hurst Publishers, 2014.
  • Pierre Bance, Sans nationalités ni frontières, s’éveille un Kurdistan libertaire, Les Possibles, revue du Conseil scientifique d'Attac, n°15, automne 2017, [lire en ligne].
  • Aurélie Moreau, « Bons baisers du Kurdistan - Silence ! Ça révolutionne», Le Soir, 7 février 2018, [lire en ligne].

Sites liés

Représentation du Rojava En France

Vidéographie

  • [vidéo] ROJAVA : une utopie au cœur du chaos syrien, Orient XXI, 4 octobre 2017.

Articles connexes