Rohingya

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Rohingya
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Réfugiés Rohingya dans l'État d'Arakan (Rakhine) en Birmanie
Populations significatives par région
Drapeau de la Birmanie Birmanie (État d'Arakan) 800 000[1]
Drapeau du Bangladesh Bangladesh 300 000[2]
Drapeau du Pakistan Pakistan 200 000[3],[4],[5]
Drapeau de la Thaïlande Thaïlande 100 000[6]
Drapeau de l'Inde Inde 60 000, dont environ 40 000 Rohingyas à New Delhi, et environ 15 000 au Bengale Occidental.
Drapeau de la Malaisie Malaisie 24 000[7]
Population totale 1 424 000–3 000 000[8]
Autres
Régions d’origine État d'Arakan (Drapeau de la Birmanie Birmanie) ou Drapeau du Bangladesh Bangladesh (ex Bengale)
Langues Rohingya
Religions Islam

Les Rohingya ou Rohingyas[a] (Ruáingga /ɹuájŋɡprouta/, ရိုဟင်ဂျာ rui hang gya /ɹòhɪ̀ɴɡjà/, bengali : রোহিঙ্গা Rohingga /ɹohiŋɡa/) sont un groupe ethnique de langue indo-européenne et de religion musulmane vivant principalement dans le nord de l'État d'Arakan, dans le sud-ouest de la Birmanie. Les Rohingya se distinguent des Arakanais, de langue lolo-birmane et bouddhistes, qui forment la majorité de la population de l'Arakan. Le terme apparaît pour la première fois sous la forme de Rooinga et de Rovingaw dans un texte écrit en 1799 par le géographe et botaniste écossais Francis Buchanan-Hamilton sur les langues parlées en Birmanie[9]. Le mot signifie « habitant du Rohang », nom donné anciennement à l'Arakan par les musulmans de ces régions.

L'origine de ce groupe est controversée. Les Arakanais et les Birmans bouddhistes les considèrent comme des musulmans originaires du Bengale oriental[10],[11] ayant migré en Birmanie pendant la période coloniale britannique ; eux-mêmes se disent originaires de l'État d'Arakan (ou Rohang dans le langage rohingya), dans le sud-ouest de la Birmanie[12].

Musulmans et considérés comme Bangladeshis, ils sont rejetés par une grande partie de l'ethnie majoritaire de Birmanie (environ 70 %), les Bama, pour qui l'identité birmane est inséparable de la religion bouddhiste[13] et chez qui une « indianophobie » est largement répandue pour des raisons historiques[14]. La majorité de ceux qui fuient la violence ou la misère cherchent à rejoindre la Malaisie, l'Indonésie ou la Thaïlande par l'intermédiaire de passeurs, mais sont parfois détenus dans des camps dans la jungle jusqu’au paiement de rançons[réf. nécessaire]. Les événements de 2016-2017 ont conduit à un exode massif de la majorité des Rohingyas vers le Bengladesh où la plu part se retrouvent dans des camps surpeuplés, installés à proximité de la frontière dans la région de Cox's Bazar.

Nom

Les Rohingya parlent d’eux-mêmes comme des Ruáingga /ɾuájŋɡa/, de même qu’ils sont appelés rui hang gya (en transcription MLC ) en birman : ရိုဟင်ဂျာ (/ɹòhɪ̀ɴd͡ʑà/) ou encore Rohingga en bengali : রোহিঙ্গা /ɹohiŋɡa/. Le terme signifie habitant de l’Arakan[15],[16] (Rohang, « Arakan » ; -ga ou -gya, « venant de »)[17]. Bien que l'origine du terme soit discutée, c'est l'étymologie considéréé comme la plus probable.

Il a été établi que le terme est plus ancien que la colonisation britannique : en 1799, par exemple, l’explorateur Francis Buchanan-Hamilton écrivait :

« Mohammedans, who have long settled in Arakan, and who call themselves Rooinga, or natives of Arakan. (« Les mahométans, qui sont depuis longtemps établis en Arakan, et qui s’appellent eux-mêmes Rooinga, ou natifs d’Arakan. ») »

— Francis Buchanan-Hamilton, « A Comparative Vocabulary of Some of the Languages Spoken in the Burma Empire », The Asiatic Society, vol. 5,‎ , p. 219–240 (lire en ligne)

Par ailleurs, la langue rohingya est reconnue des linguistes dès le XIXe siècle : en 1811, le Classical Journal classe le Rooinga comme l’un des langages parlés dans l’Empire birman[18], puis en 1815, le linguiste allemand Johann Severin Vater distingue les Ruinga comme un groupe ethnique disposant de sa propre langue[19].

Histoire

Article détaillé : Histoire des Rohingya.

Origines

Une pièce de monnaie arakanaise en usage au Bengale en 1554/1555

L'origine d'une minorité musulmane Rohingya dans un État à majorité bouddhiste est ancienne. Les premiers Rohingya seraient les descendants lointains de commerçants bengalis. Ils se seraient convertis à l'Islam au XVe siècle par l'intermédiaire des Routes de la soie. À l'époque, la région était un État vassal du Bengale[20]. Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, les souverains de l'Arakan, installés à Mrauk U, la capitale, agrandissent leur royaume et imposent leur suzeraineté sur Chittagong, ville bengalie appartenant à l'empire moghol. Une révolte de la ville ayant échoué en 1644 entraîne la déportation de près de 80 000 habitants en Arakan où ils resteront, même après la perte de Chittagong par l'Arakan. C'est peut-être la première vague importante de Musulmans arrivés en Arakan[12],[21]. Les souverains de Mrauk U, en conflit avec les Birmans, leurs voisins orientaux, sont définitivement vaincus en 1765 et leur royaume est annexé à la Birmanie[20]. Vingt-mille Arakanais sont réduits en esclavage et déportés à Amarapura, la capitale birmane de l'époque[21].

De 1824 à 1826, lors de la première guerre entre l’empire britannique et la Birmanie, les Rohingyas sont supplétifs dans l’armée britannique et considérés comme des traîtres par les indépendantistes birmans. En définitive, une grande partie de la population actuelle rohingya est issue d'une génération qui a émigré durant l'époque coloniale[22]. « Il est fort probable que dès la fin du XIXe siècle, des communautés sunnites venues de la région de Chittagong, profitant de la colonisation britannique, se soient définitivement fixées au sud de la rivière Naaf, dans les districts de Maungdaw et Buthidaung. » Au fil des générations, les Rohingya ont perdu leur caractère bengali, leur langue se différenciant nettement du bengali parlé au Bangladesh[23]. Les personnes d'origine indienne représentent près de 20 % de la population de l'Arakan en 1941[22]. La Seconde Guerre mondiale est l'objet de combats entre musulmans et bouddhistes qui supportent respectivement les Anglais et les Japonais[22] , ce qui a pour conséquence une ségrégation territoriale entre les deux populations, les Musulmans se regroupant au nord de l'Arakan et les bouddhistes au sud [24]. Après la Seconde Guerre mondiale, ils soutiennent de nouveau les Anglais face aux Birmans, par peur de se faire persécuter.

Persécutions de 1962 à 2012

En 1948, la Birmanie retrouve son indépendance et le premier président de Birmanie déclare en 1959 que les musulmans arakanais " font indéniablement partie des races indigènes de Birmanie ". Les Rohingyas participent aux élections de 1960 [24]. Mais l'arrivée en 1962 au pouvoir du dictateur Ne Win entraîne une discrimination envers les minorités ethniques. De 1962 à 2012, les juntes militaires qui se succèdent poursuivent cette politique de « birmanisation »

En 1971, suite à la guerre civile au Bangladesh, de nombreux réfugiés arrivent en Birmanie[22]. En 1978, l'État effectue d'environ 200 000 expulsions vers le Bangladesh au travers de l'opération Nagamin[22], et suite au refus du Bangladesh de les recueillir plusieurs milliers meurent de faim[22]. Après quoi, le gouvernement Birman accepte la création de camp à la frontière avec le Bangladesh.

En 1982, les Rohingya sont privés de la nationalité birmane devenant de facto apatrides[22]. Ils sont exclus des liste des ethnies reconnues par l’État birman [25]. Ces 135 ethnies correspondent aux minorités présentes en Birmanie avant 1824, c'est-à-dire avant l'arrivée des colons britanniques dans la région. Étant considérés comme un peuple importé par les Britanniques, les Rohingya n'étaient pas vus comme Birmans[22].

En 1991, une nouvelle politique d'expulsion est menée par la Birmanie, environ 250 000 rohingya fuient au Bangladesh avant de revenir en Birmanie après des pourparlers diplomatiques[22]. Depuis ces différends politiques, les populations rohingya sont surtout présentes le long de la frontière du Bangladesh, où elles sont malmenés par des milices appelées Na Sa Ka, avec une politique discriminante forte et des conditions de vie de très mauvaise qualité[22].

Conflit dans l'État d'Arakan en 2012

En , à la suite du meurtre et du viol collectif par trois musulmans de Ma Thida Htwe, une jeune bouddhiste dont le corps a été retrouvé poignardé et égorgé près du village de Kyaut Ne Maw[26], une escalade de violence éclate dans la province de l'Arakan entre les Rohingya et la majorité bouddhiste, suscitant des actes de violence coordonnés contre les musulmans[22]. Le , le président birman Thein Sein ordonne alors l'envoi de renforts militaires via l'état d'urgence[22], mais des observateurs ont signalé le peu d'empressement des troupes gouvernementales à protéger les Rohingya, avec - dans un certain nombre de cas - la participation des forces armées aux violences[22]. De juin à octobre, 200 personnes sont tuées, plus de 75 000 doivent fuir leurs habitations, incendiées en très grand nombre.

Par ailleurs, en dehors même de la province, des milliers de moines bouddhistes ont organisé en septembre et octobre des défilés dans les rues de Rangoun et de Mandalay pour protester contre le projet d'installation dans l'ancienne capitale du pays d'un bureau de l'Organisation de la coopération islamique (O.C.I.), dont une délégation s'était rendue en Arakan avec l'accord de Thein Sein[27].

En , un nouveau sursaut de violence fait 43 morts à Meikhtila et déplace 36 000 personnes, l'évènement est minimisé par l'État birman[22].

Après ces violences, des villes comme Sittwe ont connu d'importants dégâts[22], cependant les populations bouddhistes sont mieux prises en charge et arrivent rapidement à reconstruire leurs habitations avec l'aide de dons, alors que les populations musulmanes sont rejetées dans des camps à l'extérieur de la ville[22]. La population rohingya est très sévèrement régulée notamment dans ses déplacements et dans les déplacements de marchandises dans ces camps[22].

Crise migratoire de 2010 - 2015

La population Rohingya est ainsi en proie régulièrement à un nettoyage ethnique[28]. Ainsi, depuis 2010, plusieurs dizaines de milliers de migrants Rohingya s'enfuient vers le Bangladesh[29]. Le , près d'un millier de réfugiés birmans de l'ethnie Rohingya sont arrivés dans quatre bateaux sur l'île de Weh en Indonésie. Ils ont été parqués sur une base navale près de Sabang.

Le regain de violence interethnique de 2012 opposant la majorité Arakanaise à la minorité Rohingya contraint ces derniers à l'exil dans les pays avoisinants (Bangladesh, Malaisie, Thaïlande)[30]. Ces migrants utilisent essentiellement comme moyen de locomotion des bateaux fournis par des passeurs, souvent impropres à la navigation comme le souligne le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés[31].

Selon le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies, entre et , plus de 25 000 migrants issus du Bangladesh, en majorité des Rohingyas, ont pris la mer pour tenter d’atteindre la Malaisie ou l’Indonésie (ce nombre a doublé par rapport à la même période en 2014). La Malaisie et l'Indonésie sont des destinations prisées pour les Rohingya puisque ces pays sont aussi à majorité musulmane. Ils pourraient vivre leur religion en accord avec le reste de la population.

Cependant, l’Indonésie refuse d'accueillir les réfugiés et les demandeurs d’asile. Ces migrants vont donc être redirigés vers l’agence des Nations unies pour les réfugiés, auprès de laquelle ils pourront enregistrer une demande d’asile pour un pays tiers. Pendant l’étude de leur dossier, ils ne perçoivent aucune aide financière, ne disposent d'aucun logement et n'ont pas le droit de travailler. Ces réfugiés, victimes d'une grande précarité choisissent donc de se livrer à la police pour être placés dans des centres de détentions souvent surpeuplés et insalubres. L’Indonésie, pour qui ces 10 000 réfugiés sont un fardeau, critique la politique migratoire de l'Australie. Le pays envisage même d'installer ces migrants, de force, sur une île déserte de son territoire[32],[33],[34].

En un charnier a été découvert en Thaïlande, dans un camp clandestin. Plus d'une vingtaine de corps de Rohingya ont été exhumés. Ils étaient retenus dans ce camp par des trafiquants qui réclamaient une rançon élevée aux familles des détenus[35].

Suite à cette découverte et à une politique agressive contre les réseaux d'immigrations, la Malaisie et l'Indonésie coupent les routes d'immigrations à partir de [22].

Conflit dans l'État d'Arakan en 2016-2017

Face aux persécutions, des organisations armées se forment alors, comme en , l'Armée du salut des rohingya de l'Arakan (ARSA)[36]. En , des postes frontières sont attaqués, ce qui provoque de féroces représailles de la part de l'armée : viols, tortures et massacres. La Birmanie interdit aux Nations Unies et aux ONG l'accès du nord de l'Arakan où 150 000 personnes dépendent de leurs distributons alimentaires[37]. Elle n'a autorisé leur retour qu'à la fin d'[38]. En , l'Organisation internationale pour les migrations estime à environ 30 000 le nombre de Rohingya qui doivent fuir au Bangladesh, suite aux violences en Birmanie, entre octobre et [39].

En septembre 2016 , à la demande d'Aung San Suu Kyi , une commission consultative, composée de Birmans et d'étrangers avait été constituée sous la présidence de Kofi Annan pour trouver comment restaurer un "modus vivendi" entre les différentes communautés et examiner en particulier la situation en Arakan ; elle rend son rapport le [40] [41]. Le gouvernement birman déclare qu'il mettra en oeuvre les recommandations de la commission " dans les délais les plus courts possible" [42] Le lendemain, une vingtaine de postes frontières sont à nouveau attaqués par 150 membres de l'ARSA : au moins 71 personnes sont tuées, dont une dizaine de policiers[43] Dans la semaine qui suit, mais peut-être avant ces événements, selon les témoignages recu [44] eillis par les enquêteurs de l'ONU auprès de réfugiés au Bangladesh, l'armée birmane se livre contre les villages Rohingyas à de nombreuses exactions, meurtres, viols, incendies de villages et de mosquées, visant à forcer leurs habitants à l'exil et, en détruisant leurs demeures, à empêcher leur retour. Le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, évoque un "exemple classique de nettoyage ethnique"[45].





Les combats font plus de 400 morts, dont 370 rebelles, 13 militaires ou policiers et 14 civils selon l'armée birmane[46]. Le projet Arakan, une organisation de défense des droits des Rohingyas, évoque pour sa part près de 130 morts, dont des femmes et des enfants[47]. Selon l'ONU, en seulement une huitaine de jours, près de 90 000 personnes ont gagné le Bangladesh[48] : le Bangladesh, démuni, alerte l’ONU[49]. L'organisation revoit d'ailleurs à la hausse le bilan fourni par les autorités birmanes, évoquant début septembre un bilan humain potentiellement supérieur à 1000 morts[50]. La situation d'extrême insécurité qui règne dans les villages rohingyas de l'Arakan, mais aussi l'attitude hostile de l'administration birmane envers les ONG ont obligé certaines de ces dernières, mais aussi le Programme alimentaire mondial à cesser leurs activités dans ces zones[51].

Fin octobre, la situation des Rohingyas demeurait toujours critique : alors que l'ONU estime que près de 603 000 réfugiés rohingyas ont fui au Bangladesh depuis le début des affrontements deux mois plus tôt[52],[53], le pape François avance quant à lui le chiffre de 800 000 réfugiés[54]. En tout près d'un million de rohingyas se trouveraient au Bangladesh, en comptant ceux déjà présents dans les camps de réfugiés avant les violences du mois d'août et qui fuyaient les persécutions anciennes dont cette minorité fait l'objet[54]. Une situation que l'ambassadeur du Bangladesh à l'ONU décrit comme « intenable » pour son pays[54], qui envisage de stériliser les femmes rohingyas afin d'éviter une explosion démographique[55] et qui cherche également, en concordance avec les autorités birmanes, à rapatrier une partie des réfugiés rohingyas dans l'état d'Arakan[56]. Un retour périlleux pour les Rohingyas, qui ont vu le riz cultivé dans leurs champs abandonnés être récoltés par l’État birman[52], et qui pour la très large majorité d'entre eux ne possèdent aucun document officiel attestant qu'ils vivaient dans l'état d'Arakan avant le début des violences étant donné leur apatridie[56].

Le pouvoir birman rejette quant à lui toute allégation de persécutions ou de nettoyage ethnique, assurant combattre uniquement des terroristes ou des miliciens armés. Le , au cours d'un entretien téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, Aung San Suu Kyi, dirigeante de facto du pays, a dénoncé la couverture médiatique internationale faite au sujet de la crise en Arakan, y voyant un parti pris pro-rohingya et présentant celle-ci comme un « iceberg de désinformation », orchestré par des « terroristes rohingyas », dans le but de diaboliser le régime birman[57]. La situation humanitaire des Rohingyas ne cessant de se dégrader, leur exode forcé[58] ainsi que leur statut d'apatrides dénoncés par les ONG, de nombreux États, les organismes internationaux[59] et l'opinion publique, Aung San Suu Kyi s'est enfin rendue le 2 novembre dans la zone de conflit, accompagnée de plusieurs ministres et d'hommes d'affaires susceptibles de favoriser le développement économique de la région, une des plus pauvres de Birmanie[60]. Selon Human Rights Watch, 288 villages rohingyas ont été détruits depuis le 25 août[61].

Réactions internationales

La situation des Rohingyas est largement médiatisée depuis les événément du mois d'aoùt 2017, alors qu'elle a été a peu près complètement ignorée jusque là. Néanmoins Frédéric Debomy, ancien président d’Info Birmanie qui avait rencontré en septembre 2011 Aung San Suu Kyi, alors présidente de la LND, parti d'opposition, indiquait que sans doute elle marquait ses distances envers les préjugés anti-musulmans de ses concitoyens, mais qu'elle ne se prononçait pas sur la citoyenneté des Rohingyas . Le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Birmanie, Tomás Ojea Quintana indiquait en 2012 qu'ils étaient victimes d'une discrimination endémique [62] et, en avril 2014, à la suite des événements de mars et de l'expulsion des travailleurs humanitaires, il exhortait le gouvernement birman à s'attaquer " à la discrimination systématique et à la marginalisation " des Rohingyas[63]

L’ASEAN, dont fait partie la Birmanie, a uniquement des buts économiques. Les pays membres n’ont donc entrepris aucune action globale et commune pour accueillir les réfugiés, et encore moins pour faire cesser les violences.

De son côté l'Union européenne a levé les sanctions économiques qui pesaient sur la Birmanie depuis la mise en place de juntes militaires. Elle donne ainsi à la Birmanie l’accès au FMI et à la Banque mondiale. En revanche, concernant les Rohingya, aucune action n’est prévue.

Les États-Unis ont eux aussi permis à nouveau des investissements en Birmanie. Cependant, concernant la minorité musulmane, Barack Obama a déclaré qu’il fallait arrêter de la discriminer. Il se dit prêt à accueillir des réfugiés ; cependant il accueillerait surtout des réfugiés économiques, ayant pour objectif de travailler et de s’insérer. Il a aussi promis un don de 3 millions de dollars, en faveur de l’Organisation internationale pour les migrations, pour contribuer à gérer la crise. Elle devrait coûter au total environ 26 millions de dollars.

Amnesty International[64], Médecins Sans Frontières[65] , Action Contre la Faim et Solidarités Internationale[66] essayent d’agir de leur mieux pour apporter à cette minorité des soins et de l’eau potable. Ces ONG essayent aussi de rendre publique la situation des Rohingyas et de soulever des fonds pour le financement d'aides. Cependant ces aides restent très limitées et la possibilité d’action à l’intérieur de la Birmanie se fait obligatoirement contre le régime de Thein Sein et le mouvement 969. Les risques sont donc importants et entravent largement toutes actions.

Depuis quelques années on voit naitre des associations qui veulent défendre la cause de cette minorité. Par exemple l’association fondée par un Rohingya, Tun Khin[67], qui a réussi à quitter la Birmanie en 1997. Il a créé la BROUK (Burmese Rohingya Organisation in UK) pour se battre contre l’intolérance religieuse et défendre les droits de sa minorité. Par l’intermédiaire de son association il a rencontré des membres du parlement Britannique, du Parlement européen, du Sénat américain et des Nations unies. 

Le Parlement européen a appelé le 7 juillet 2016 la Birmanie à agir pour mettre un terme à la « répression brutale » et aux « persécutions systématiques » contre la minorité musulmane des Rohingyas, un dossier sur lequel la dirigeante Aung San Suu Kyi devrait intervenir davantage, selon lui[68] . En novembre 2016, le Haut-commissariat aux réfugiés estime que les exactions de l'armée birmane s'apparentaient à un nettoyage ethnique[69]

En septembre 2017, une lettre ouverte, signée par 18 personnalités, dont 12 lauréats du prix Nobel, a été adressée aux pays membres du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations-Unies afin d’évaluer la situation dans l’État d’Arakan[70].

Démographie

Il y aurait un peu moins d'un million de Rohingya en Birmanie[22]. Ils représentent plus d'un tiers de la population de l'État d'Arakan et plus de 2% de la population totale de la Birmanie en 2014[71].

Environ 800 000 Rohingya vivent dans le nord de l'État rakhine, principalement dans les townships(( cantons) de Maungdaw et Buthidaung où ils constituaient 93% de la population avant les événements de 2017 et, dans une moindre mesure, Rathedaung [12]. D'autres communautés musulmanes, en particulier les Kamein , vivent en Arakan et ne se considèrent pas comme Rohingyas[72]. Ces derniers « sont vus par la plupart des Birmans comme des immigrés illégaux du Bangladesh, un ostracisme qui alimente un racisme quasi unanime à leur encontre[73]. » Ils n’ont donc pas de liberté de circulation et s’entassent dans des camps (près de 150 000 en 2013). En 2015, il y avait 82 375 réfugiés Rohingya reconnus par l'ONU en Asie du Sud-Est (Bangladesh, Malaisie, Inde, Thaïlande et Indonésie)[71].

Au Bangladesh, dont ils sont originaires, ils vivent dans le dénuement, et sont donc de moins en moins nombreux (environ 300 000) en 2013. 90% des Rohingya vivent dans des refuges non officialisés au Bangladesh où ils n'ont accès à des ressources humanitaires[71]. Quelques dizaines de milliers ont émigré principalement au Pakistan, en Malaisie et en Thaïlande.

Condition de vie

En plus de leur condition d'apatrides, les Rohingya subissent de graves violations portant atteintes à leurs personnes et à leurs biens, selon un rapport récent de l'ONG Human Rights Watch intitulé « Tout ce que vous pouvez faire c'est prier »[74]. On leur a interdit tout droit politique (comme voter ou se présenter à une élection), économique (comme tenir un magasin et commercer avec des bouddhistes) ou encore social (comme avoir accès aux soins, se marier et avoir plusieurs enfants). Les dernières lois les concernant sont celles de 2012 qui interdisent tout mariage inter-religieux entre musulmans rohingya et bouddhistes birmans. Une autre loi vise aussi à ralentir leur croissance démographique[75]. Aujourd'hui, à travers le monde, plus de 1.5 millions de Rohingya continuent de souffrir des conséquences de leurs vulnérabilités (malnutrition des enfants, gastro-entérites…)[71] .

Religion

L’islam pratiqué par les rohingyas est un sunnisme auquel se sont ajoutés des éléments issus du soufisme.[réf. nécessaire]

Langue

Article détaillé : Rohingya (langue).

Les Rohingya parlent un dialecte proche du chittagonien[76], lequel est une langue indo-aryenne apparentée au bengali (avec lequel elle n'est cependant pas tout à fait mutuellement intelligible) et essentiellement parlée dans la région de Chittagong au Bangladesh. C'est le dialecte, par exemple, du prix Nobel Muhammad Yunus.

La langue rohingya a été transcrite dans plusieurs écritures :

  • l'alphasyllabaire birman ;
  • l'alphabet hanifi, un nouvel alphabet dérivé de l'arabe avec l'addition de quatre caractères latins et birmans ;
  • une adaptation récente de l'alphabet latin. Elle emploie les 26 lettres de A à Z et 2 lettres supplémentaires : Ç (pour le ɽ rétroflexe) et Ñ (dénotant une voyelle nasale). Pour représenter au plus près la phonologie rohingya, l'alphabet utilise également cinq voyelles accentuées (á, é, í, ó, ú).

Notes et références

Notes

  1. Les Rohingya (sans « s » final) ou les Rohingyas (avec), les deux usages se rencontrent (cf. liste des sources en français à la fin de l’article).

Références

  1. (en) Marwaan Macan-Markar, « Ethnic Cleansing of Muslim Minority in Myanmar? », Inter Press Service (consulté le 23 août 2013)
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  3. Homeless in Karachi – Outlook India
  4. SRI On-Site Action Alert: Rohingya Refugees of Burma and UNHCR’s repatriation program – Burma Library
  5. From South to South: Refugees as Migrants: The Rohingya in Pakistan Huffington Post
  6. (en) Irfan Husain, « he Lady’s Dilemma Over Myanmar's Rohingya », Dawn (consulté le 23 août 2013)
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  13. Guillaume Rozenberg, « Être birman, c'est être bouddhiste… », in Birmanie contemporaine, sous la direction de Gabriel Defert, IRASEC/les Indes savantes, 2008, p. 29-52.
  14. Renaud Egreteau, « La Birmanie entre l'Inde et la Chine », Histoire de la Birmanie contemporaine. Le pays des prétoriens, Fayard, 2010, p. 337-339.
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  17. « The Rohingya Crisis », Foreign Affairs, 14 octobre 2014.
  18. Francis Buchanan-Hamilton, « A Comparative Vocabulary of Some of the Languages Spoken in the Burma Empire », The Asiatic Society, vol. 5,‎ , p. 219–240 (lire en ligne)
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Voir aussi

Bibliographie

  • Pascal Arcaro et Loïs Desaine, La junte birmane contre l’ennemi intérieur : le régime militaire, l’écrasement des minorités ethniques et le désarroi des réfugiés rohingya, Paris, l’Harmattan, , 278 p. (ISBN 978-2-296-06209-2)
  • Gabriel Defert, Les Rohingya de Birmanie : Arakanais, musulmans et apatrides, Arkuiris., (1re éd. 2007), 306 p. (ISBN 978-2-919090-05-1)
  • Romain Geoffroy, « Qui sont les Rohingya, peuple oublié des élections birmanes ? », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  • Habiburahman et Sophie Ansel, Nous les innommables, un tabou birman, Steinkis, (ISBN 979-1090090132)
  • (en) Kurt Jonassohn et Karin Solveig Björnson, Genocide and Gross Human Rights Violations in Comparative Perspective, Transaction Publishers, (lire en ligne), p. 262–263
  • Warda Mohamed, « Des apatrides nommés Rohingyas », Le Monde diplomatique.fr,‎ (lire en ligne)

Articles connexes

Liens externes

  • Notices d'autorité : Bibliothèque nationale de France (données) • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei
  • « Les Rohingya sont-ils victimes d’un crime contre l’humanité ? », sur le site de France Culture, (consulté le 22 décembre 2016).
  • (en) « Rohingya »(Archive • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?) (consulté le 19 septembre 2017), Banglapedia.