René Cassin

René Cassin
Illustration.
Fonctions
Président de l'Institut international des droits de l'homme

(7 ans)
Prédécesseur Poste créé
Successeur Edgar Faure
Membre du Conseil constitutionnel

(10 ans, 8 mois et 15 jours)
Président Léon Noël
Gaston Palewski
Prédécesseur Maurice Delépine
Successeur Paul Coste-Floret
Vice-président du Conseil d'État

(16 ans)
Prédécesseur Alfred Porché
Successeur Alexandre Parodi
Biographie
Nom de naissance René Samuel Cassin
Date de naissance
Lieu de naissance Bayonne (France)
Date de décès (à 88 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité Française
Conjoint Ghislaine Bru (1913-2002)
Profession Juriste
Diplomate
Homme politique
Religion Juive
Prix Nobel de la paix de 1968

René Cassin, né le à Bayonne (France) et mort le à Paris (France), est un juriste, diplomate et homme politique français.

Membre du gouvernement de la France libre pendant la seconde Guerre mondiale, il est l'un des auteurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948, vice-président du Conseil d’État de 1944 à 1959, et président de la Cour européenne des droits de l'homme de 1965 à 1968. En 1968, il reçoit à la fois le prix Nobel de la paix et le prix des droits de l'homme des Nations unies.

Biographie

Formation, Grande guerre et premiers engagements

René Cassin naît à Bayonne de parents juifs : sa mère, née Gabrielle Dreyfus, est d'origine alsacienne ; son père, Azaria Cassin, commerçant en vins à Nice, descend de juifs portugais marranes établis dans cette ville. Son oncle, le grand-rabbin Honel Meiss, le prépare pour sa Bar Mitzvah[1].

Adolescent, il suit passionnément les échos de l'affaire Dreyfus. Après avoir fréquenté le lycée Masséna de Nice, il étudie le droit à Aix-en-Provence et à Paris. Il est licencié ès lettres en 1908, puis docteur des sciences juridiques, économiques et politiques en 1914 ; il devient alors avocat au barreau de Paris.

La même année, il est mobilisé avec le grade de caporal-chef. En octobre 1914, au saillant de Saint-Mihiel, il est grièvement blessé au ventre et aux jambes par une rafale de mitrailleuse. Déclaré mutilé à 65 %, il portera toute sa vie une ceinture abdominale. Il est cité à l'Ordre de l'Armée et reçoit la Croix de guerre 1914-1918 avec palme et la médaille militaire[2].

Réformé, René Cassin est renvoyé à la vie civile. Il est chargé de cours à partir de 1916 à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence et à Marseille. Reçu agrégé de droit en 1920, il devient professeur à l'université de Lille, poste qu'il occupe jusqu'en 1929. Il est ensuite professeur à la Faculté de droit de Paris, où il enseignera presque jusqu'à sa mort, en 1976, avec une seule interruption pendant la Seconde Guerre mondiale. Il enseigne également à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence.

Parallèlement à son enseignement, il s'engage dans les organismes nationaux et internationaux en faveur des anciens combattants.

Il est l'un des fondateurs, secrétaire général[3] puis président de l'Union fédérale des associations françaises de mutilés, réformés, anciens combattants, leurs veuves, orphelins et ascendants, devenue Union fédérale des associations françaises d’anciens combattants et victimes de guerre, la plus grande association d'anciens combattants de l'entre-deux-guerres.

Avec Adrien Tixier au Bureau international du travail, il fait avancer la réflexion sur le droit des anciens combattants (« droit à réparation » pour les victimes de guerre, carte de combattant) et crée à ce titre en 1926 le troisième office au sein de l'Office national des anciens combattants, sur les avancées médicales (prothèse).

Il est aussi vice-président du Conseil supérieur des pupilles de la Nation, de 1922 à 1936.

Il représente la France à la Société des Nations de 1924 à 1938; son mandat est renouvelé annuellement, jusqu'à qu'il démissionne de ses fonctions après les accords de Munich).

Plus pédagogue qu'homme de parti, il est battu aux élections cantonales d'Antibes de 1928 ; sa candidature dans la circonscription d'Albertville en 1932 est refusée par les radicaux locaux.

Le juriste de la France libre

A la déclaration de guerre, René Cassin est nommé à la direction de la documentation au Commissariat à l'Information.

Refusant l'armistice, René Cassin embarque sur un navire britannique, l'Ettrick, à Saint-Jean-de-Luz le 24 juin 1940[4] et rejoint le général Charles de Gaulle à Londres pour l'aider à poursuivre la guerre contre l'Allemagne.

En conséquence, le régime de Vichy le poursuit pour trahison devant le tribunal militaire de Clermont-Ferrand, juridiction d’exception, qui le condamne à mort et le prive de sa nationalité française par contumace.

Responsable du service juridique de la France Libre, membre du Conseil de défense de l'Empire à sa création en octobre 1940, il écrit les statuts de la France libre. Il négocie ces statuts avec Winston Churchill qui signe la convention entre le général de Gaulle et le Royaume-Uni le , reconnaissant la France libre comme seule organisation qualifiée pour représenter la France en guerre et assurant le financement britannique remboursable ultérieurement de l'état-major administratif de de Gaulle.

René Cassin est aussi l'artisan de la déclaration de 1940, qui démontre l'inconstitutionnalité du régime pétainiste[5].

René Cassin est le secrétaire permanent du Conseil de défense de l'Empire jusqu'en 1941. De 1941 à 1943, il est rétrogradé (de Gaulle lui reproche son manque d'autorité et son soutien à Churchill à propos du conflit du Liban) en commissaire national à la Justice et à l'Éducation dans le gouvernement de la France libre à Londres.

Il prend, à sa création en août 1943, la présidence du Comité juridique de la France combattante (qui fait office de Conseil d'État) fonction qu'il conserve au sein du Gouvernement provisoire de la République française, comité chargé de réviser tous les textes législatifs promulgués par les autorités entre 1940 et 1943 (textes de la France libre, du régime de Vichy, de François Darlan à Alger) et de donner des avis juridiques sur tous les projets d'ordonnance soumis au Comité français de la Libération nationale.

Il siège également à l'Assemblée consultative provisoire d'Alger dès novembre 1943.

De 1943 à 1945, il représente la France à la Conférence permanente des ministres de l'Éducation alliés ; par la suite, il fait partie des délégués fondateurs de l'UNESCO.

Le juriste des droits de l'Homme

Statue de René Cassin à Forbach, France.

Après la guerre, René Cassin est nommé vice-président du conseil d’État de 1944 à 1960, qu'il n'accepte de présider qu'après son épuration.

Membre de la Commission des droits de l'homme des Nations unies en 1946, il fait partie du petit groupe international, présidé par Eleanor Roosevelt, qui a la charge de rédiger la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, adoptée à Paris le 10 décembre 1948 par l'Assemblée générale des Nations-Unies.

A partir de 1947, il est président de la Commission consultative pour la codification du droit international et la définition des droits et devoirs des États et des droits de l’Homme, qui deviendra par la suite la commission nationale consultative des droits de l'homme.

René Cassin est également délégué de la France au Conseil de l'Europe, chargé d'activer les fonctions juridiques du Conseil, notamment grâce à la Convention européenne des droits de l'homme le . Il a permis une harmonisation des législations européennes dans le domaine de l'extradition de prisonniers. Il est à la base de signatures de conventions culturelles pour la protection des langues régionales, des minorités, des brevets, la télévision sans frontière (eurovision)… Il a œuvré pour l'abolition de la torture et de l'esclavage.

De 1959 à 1976, il est juge membre de la Cour européenne des droits de l'homme. De 1959 à 1965, il est vice-président; il est le président de la Cour de 1965 à 1968[6].

Président du Conseil constitutionnel provisoire en 1958, il proclame officiellement l'élection du général de Gaulle à la présidence de la République.

Il est membre du Conseil constitutionnel de 1960 à 1971 : nommé en 1960 par Gaston Monnerville, pour achever le mandat de Maurice Delépine, décédé le 30 avril 1960, il effectuera par la suite un mandat de neuf ans.

Distinctions et récompenses

Plaque commémorative au centre communautaire israélite René Cassin à Rueil-Malmaison.

Membre de l'Institut

En 1947, René Cassin est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques.

Prix Nobel de la paix

Le 10 octobre 1968, René Cassin se voit attribuer le prix Nobel de la paix[7] pour son travail sur la déclaration des droits de l'homme vingt ans auparavant, pour son engagement dans sa diffusion et dans sa mise en œuvre, et pour son activité de président de la Cour européenne des droits de l'homme. il reçoit le prix lors de la cérémonie officielle à Oslo en Norvège le 10 décembre suivant[8].

En 1969, il utilise l'argent du prix Nobel pour fonder de l'Institut international des droits de l'homme (IIDH).

Prix des droits de l'homme des Nations unies

Il est lauréat du Prix des droits de l'homme des Nations unies en .

Transfert au Panthéon

Le 5 octobre 1987, à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance, sa dépouille a été transférée au Panthéon, à Paris.

Décorations

Institutions fondées ou dirigées par René Cassin

Alliance israélite universelle

De 1943 à sa mort en 1976, bien qu'agnostique[9], il est président de l’Alliance israélite universelle.

École nationale d'administration

Il exerce la présidence du conseil d'administration de l'École nationale d'administration de 1946 à 1960.

Institut français des sciences administratives

René Cassin a créé en 1947 l'Institut français des sciences administratives (IFSA) dont il fut le premier président. Sous sa présidence furent organisés de nombreux colloques d'actualité et colloques historiques. L'IFSA fait partie de l'Institut international des sciences administratives (IISA) créé en 1930 et participe ainsi à toutes les activités et colloques organisés au niveau international.

Institut libre d'étude des relations internationales

De 1954 à 1976, il est président de l’Institut libre d’étude des relations internationales (ILERI) à Paris[10].

Institut international des droits de l'homme

René Cassin a créé en 1969 l'Institut international des droits de l'homme à la suite de l'obtention du prix Nobel de la paix en 1968. Par la suite, cette fondation est devenue L'Institut international des droits de l'homme - Fondation René Cassin.

Hommages et postérité

Lieux et établissements

Le nom de René Cassin a été donné a de très nombreux lieux, voies et établissements. Des monuments et plaques ont été érigées en sa mémoire. Ils font l'objet d'une page dédiée.

Article détaillé : Hommages à René Cassin.

Prix

L'association Jeune République remet le prix « Liberté et démocratie - René Cassin » pour « récompenser tous les deux ans une personnalité qui s’est particulièrement illustrée pour son combat pour la défense des valeurs démocratiques dans un environnement hostile »[11].

L'Académie des sciences morales et politiques récompense d'un prix René Cassin, tous les deux ans, « l'auteur d'un ouvrage juridique de valeur ou l'auteur d'une action ou d'une œuvre civique méritoire ».

Concours

Le Concours européen des Droits de l'Homme René Cassin est une compétition de plaidoirie juridique créée en son honneur.

Sources

Sources principales

  • Nouveau dictionnaire national des contemporains, Paris, Robin, 1961-1962
  • René Cassin de Marc Agi (Perrin, 1998)
  • René Cassin, une vie au service de l'Homme, un documentaire réalisé par Aubin Hellot (2008)
  • Les papiers personnels de René Cassin sont conservés aux Archives nationales sous la cote 382AP[12].

Autres notes et références

  1. Voir (en)Geoffrey Adams. Political Ecumenism: Catholic, Jews, and Protestants in De Gaulle's Free France 1940-1945, 2006., p. 69.
  2. Site de l'Ordre de la Libération
  3. L'Est républicain, 12 mai 1921
  4. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France libre: de l'appel du 18 juin à la libération. 1 1, t. 1, Gallimard, coll. « Folio / Histoire » (no 226), (ISBN 978-2-070-45469-3, OCLC 907214685), p. 100.
  5. Michèle Cointet et Jean-Paul, La France à Londres : renaissance d'un Etat (1940-1943), Bruxelles, Editions Complexe, coll. « Questions au XXe Siècle » (no 14), , 271 p. (ISBN 978-2-870-27329-6, OCLC 750497872, lire en ligne), p. 52.
  6. https://www.echr.coe.int/Documents/List_judges_since_1959_BIL.pdf
  7. « René Cassin, Fondation René Cassin »
  8. « Prix Nobel de la Paix à Oslo, INA.fr »
  9. Marié à deux reprises à des femmes catholiques, il revendique son identité juive.
  10. http://www.ileri.fr/ecole-ileri-institut-detude-des-relations-internationales/histoire-de-linstitut/
  11. Site Jeune République.
  12. Archives nationales

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Gérard Israël, René Cassin : 1887-1976, la guerre hors-la-loi. Avec de Gaulle. Les droits de l'homme, Paris, Desclée de Brouwer,
  • Marc Agi, René Cassin, Prix Nobel de la paix, 1887-1976, père de la « Déclaration universelle des droits de l'homme », Paris, Perrin,
  • Marceau Long et François Monnier (éd.), René Cassin, 1887-1976 : une pensée ouverte sur le monde moderne : hommage au Prix Nobel de la paix 1968, Paris, Honoré Champion, , actes du colloque organisé par l'Association René Cassin et le Collège de France le 22 octobre 1998
  • Antoine Prost et Jay Winter, René Cassin, Paris, Fayard, , 456 p. (ISBN 978-2-213-63794-5)
  • (en) Jay Winter, « René Cassin and the Alliance Israélite Universelle », Modern Judaism, vol. 32, no 1,‎ , p. 1-21 (DOI 10.1093/mj/kjr028).

Liens externes

Sites officiels

Articles de René Cassin

  • « L'accord Churchill-de Gaulle », Revue de la France libre, no 29,‎ (lire en ligne)
  • « Rauzan (Pierre Denis) », Revue de la France libre, no 46,‎ (lire en ligne)
  • « Comment furent signés les accords Churchill - de Gaulle du 7 août 1940 », Revue de la France libre, no 154,‎ janvier-février 1965 (lire en ligne)

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