Religions traditionnelles africaines

La notion de religions traditionnelles africaines est une représentation de l'ensemble des religions non rattachées à l'Ancien Testament pratiquées en Afrique subsaharienne. Comme toutes les sociétés, les sociétés africaines ont des pratiques religieuses qui évoluent depuis leur création et se mélangent au gré des mouvements de population.

La répartition des religions en Afrique

En Afrique, les adeptes de religions dites « africaines traditionnelles » seraient environ 100 millions[1], ce qui représenterait 70 % des adeptes des religions dites « traditionnelles » dans le monde. Ils ne représenteraient cependant que 12 % de la population africaine, 45 % des Africains étant chrétiens et 40 % environ musulmans[2]. Cependant, il existe des syncrétismes importants entre ces pratiques religieuses qui amènent certains auteurs à envisager un particularisme africain[2].

Le cadre religieux du continent africain est d'une grande richesse qui correspond à la variété de la population. Pour certains auteurs[Lesquels ?], les religions africaines traditionnelles participent d'un modèle unique, avec une base commune caractérisée par le culte des ancêtres, la croyance en la réincarnation, un aspect initiatique et, dans la majorité des cas, le matriarcat, le totémisme et l'impartialité de Dieu.

Définition du sentiment religieux traditionnel africain

sculptures africaines

L'ethnologue français Marcel Griaule (1898-1956) définit le fond et la forme du sentiment religieux africain comme un « système de relations entre le monde visible des hommes et le monde invisible régi par un Créateur et des puissances qui, sous des noms divers et tout en étant des manifestations de ce Dieu unique, sont spécialisées dans des fonctions de toutes sortes[2]. »

Il inclut la croyance aux forces, ensemble d'intermédiaires entre Dieu et l'homme, animant l'univers sous la forme de génies, d'esprits souvent nommés djinn dans l'islam, ou les ancêtres[2]. Il inclut aussi le totémisme, expression de la communion homme-animal, et l'ancestrisme, avec les ancêtres intercesseurs auprès de Dieu[2]. Avec le naturisme, les religions africaines signifient que le monde vivant est un langage absolu, comme une série de messages divins à interpréter :

Mais avec le fétichisme, la manipulation sacrée peut respecter la magie du Verbe par rapport aux forces, mais aussi les superstitions et les attitudes magiques[2].

À travers cet ensemble, toutes les religions africaines forment une synthèse de cultes et de rites agraires où l'ensemble des actions de l'homme (cueillette, garde des troupeaux, etc.) sont vivifiées et exaltées[2]. Car pour la religion africaine tout est lié à la spiritualité, dans la vie quotidienne, par rapport aux saisons, les événements de la vie (naissance, puberté, mariage, vieillesse, mort). La frontière entre le profane et le sacré n'existe pas.

Croyances principales

Sculpture nuna en bois, du Burkina Faso, XVIIIe siècle.
Sculpture féminine dogon (Mali), symbole de la maternité, XIVe siècle.
Masque d'épaule nimba, représentant un esprit de la fertilité. Sculpture du peuple baga. Bois, XIXe siècle, Guinée.

Les religions africaines se caractérisent par la croyance en une force vitale cosmique, Dieu, qui émane à la fois des esprits de la Nature, des ancêtres, des chefs de tribu et des prêtres inities a l'aspect ésotérique[2] :


Cette force se traduit notamment par la fécondité, que ce soit celle des hommes, des plantes ou des animaux[2]. Il est donc normal que tout ce qui permet la fécondité soit considéré comme positif, et négatif tout ce qui lui fait obstacle[2] :

Cultes et rites sont au service du développement de cette force vitale et la protègent des forces du mal qui tentent de l'affaiblir[2]. Tout tourne autour des deux pôles de la vie et de la décadence[2]. La mort n'étant pas ici associée au néant, la mort n'est pas jugée comme une décadence dans les religions africaines, car elle est considérée comme une fin, bien sûr, mais une fin qui indique un nouveau commencement :

Pour que cette force vitale cosmique puisse se développer, il faut qu'il y ait une continuité et un rapport étroit avec les origines mythiques de la famille et de la tribu[2] :

Il faut respecter les traditions en les consolidant : y renoncer, c'est-à-dire aller contre l'ordre sacré et social établi par les ancêtres, signifie limiter la force vitale, voire la détruire[2]. Prêtres, guerriers et héros sont considérés comme les messagers des divinités, ou comme les interprètes de la volonté des ancêtres[2]. Ils ont dévoilé aux hommes les secrets du feu et de la procréation, et leur ont enseigné la culture des plantes et la pratique de divers métiers[2]. Les ancêtres défunts continuent de faire partie de la communauté des vivants, puisque les uns et les autres sont liés par la nécessité d'une assistance réciproque[2] :

Selon la pensée religieuse africaine, tout être est doté d'une âme, – c'est-à-dire d'un principe vital :


La croyance en la réincarnation des âmes, répandue dans une grande partie de l'humanité (en Asie par exemple, dans l'hindouisme, etc.), est très bien établie en Afrique sub-saharienne :

Dans le contexte des religions africaines, cette croyance est éminemment multiforme. Au niveau populaire, la réincarnation fait en général partie des évidences quotidiennes, alors qu'à un niveau plus réflexif, elle s'inscrit dans des constructions anthropologiques parfois très complexes.

Le culte et les rites

Masque rituel congolais

Le culte doit principalement régénérer la force vitale pour obtenir santé, enfants, bonnes récoltes, etc[2].

La prière, les sacrifices, et les danses sacrées sont les principales formes de culte[2].

Les sacrifices ont quatre fonctions précises : divinatoires, ils veulent interpréter un acte passé ; identitaires, ils aident à établir des liaisons entre le monde des hommes et celui des Ancêtres ; purificatoires, ils nettoient l'individu des souillures des fautes et des interdits ; enfin, rites de passage, ils servent à initier, à préserver et à placer tout individu dans une fonction nouvelle[2].

Dans la représentation rituelle, culte et esprit ludique, temps mystique et extase, monde naturel et surnaturel se rencontrent et atteignent la perfection[2] :

Au sein des tribus, le roi fait également office de grand prêtre. Le maitre spirituel, grand initié, se tient au côté du souverain. Il est chargé d'un rôle prépondérant, à la fois annonciateur de la pluie et guérisseur qui utilise souvent les reliques ancestrales.

En ce qui concerne les lieux de culte, on a souvent du mal à les distinguer des lieux de vie[2], car en Afrique, le sacré et le profane ne sont pas délimités. Dans bien des cas cependant, des formes de culte sont célébrées dans des bois sacrés. Il existe également des sites, ou des temples, dans lesquels sont vénérés les ancêtres. De plus, les habitations des prêtres servent souvent de lieux de culte[2].

Enfin, des pierres, consacrées aux ancêtres et vénérées comme « pierre de la pluie », établissent un contact avec les ancêtres, et donc avec les forces « atmosphériques »[2].

La danse rituelle est surtout une danse « masquée » (on appelle à juste titre l'Afrique « le continent des masques »)[2]. En effet, les masques et la danse, par la fusion des couleurs et des costumes, de la musique et du rythme, représentent l'élément rituel et vital par excellence : le masque, s'il sert à cacher le visage, sert aussi à représenter un autre être, différent de celui qui le porte[2]. Cet être peut représenter tour à tour une force naturelle d'origine divine, un guérisseur ou un esprit, un ancêtre qui revient pour bénir ou pour punir, un esprit de la mort ou de la forêt[2].

Exemples de traditions religieuses en Afrique subsaharienne

En dépit des différences entre les religions africaines, il est possible de distinguer quelques éléments communs à différentes traditions religieuses.[réf. nécessaire]

En premier lieu, les religions dont nous parlons ici[Lesquelles ?] reposent sur la croyance en un seul Dieu que l’histoire des religions définit comme l’Être suprême. Après avoir créé le monde, ce dieu-créateur se retire et intervient rarement dans les affaires humaines. Il est le garant de l’ordre établi des choses. À la mort, le corps reste sur terre, tandis que l'âme rejoint le monde invisible. Selon le degré de bonnes ou mauvaises actions qu'il a accompli sur terre, il pourra soit se réincarner pour se parfaire toujours plus, jusqu'à rejoindre les ancêtres vivant au sein de Dieu, quand son âme sera jugée suffisamment pure pour cela, soit subir une seconde mort, où l'âme, trop souillée par les péchés, est envoyé dans le magma des mauvaises âmes détruites. L’Être suprême est rarement l’objet d’une vénération ou d’un culte. Par exemple, Ngaï, le dieu kikuyu (Kenya), est censé s’être retiré sur le sommet du Mont Kenya, où il ne prend aucune part active aux vicissitudes de ses créatures. Cependant, les Kikuyus tournent toujours le visage en direction de la montagne lorsqu’ils prient, en témoignage de respect. Les peuples africains sont tous monothéiste dans leurs religions traditionnelles[réf. nécessaire], et chaque religion a son nom pour désigner Dieu: Amma pour les Dogons, Engaï pour les Masaïs, Maa Ngala pour les Mandingues, Gueno pour les Peuls, Nzambé pour les Bantous, Olodumare pour les Yorubas, Nyamé pour les Fangs, etc.

L’Être suprême est la figure la plus importante de toute une série d’êtres spirituels qui agissent en tant que médiateurs entre l’Être suprême et les humains. Les divers esprits sont très importants, car Dieu est perçu comme trop lointain. C’est vers ces esprits que les croyants se tournent pour formuler leurs demandes. Il existe deux sortes d’esprits : ceux qui ne sont pas d’origine humaine et ceux qui, après avoir été des humains, sont devenus des « esprits ancestraux ». Les esprits ne sont que hypostase, qui représentent les multiples facettes de la création de Dieu, à la fois unique et pluriel par ses actions, sa création, etc. .

Les esprits d’origine non humaine sont souvent en rapport avec des lieux naturels. Par exemple, les esprits des bois ou les esprits de la mer. Au Kenya, l’un des esprits les plus actifs et les plus proches, pour les Luos, est Mumbo l’esprit du Lac Victoria sur les rives duquel habitent les Luo. Chez les Dogons, au Mali, l’esprit de l’eau, Nommo, est considéré comme le père de l’humanité, celui qui a enseigné aux hommes l’art d’utiliser le feu et les outils.

Les esprits de la nature

Les esprits de la nature n’ont pas une personnalité bien définie. Ils sont les gardiens du territoire sur lequel vit une population donnée et avec laquelle ils établissent des relations sociales complexes. D’autres esprits sont identifiés avec des phénomènes naturels, comme l’esprit du tonnerre, l’esprit du vent, l’esprit de la tempête, de la pluie, et ainsi de suite. Toutes ces entités spirituelles sont des êtres créés par Dieu et plus puissantes que les êtres humains (djin dans l'islam). Elles peuvent être bonnes ou mauvaises ou même avoir une nature ambivalente. Dans certains cas elles sont amicales et bien disposées envers les humains ; mais dans d’autres cas elles peuvent se montrer hostiles. Certaines interviennent rarement, d’autres sont omniprésentes dans la vie quotidienne. Certaines voyagent beaucoup, d’autres sont sédentaires. Chacune de ces entités occupe une place bien définie sur une échelle hiérarchique et leurs relations entre elles et avec les humains sont codifiées selon cette position hiérarchique. Certains esprits entrent en contact avec les hommes à l’occasion d’états de transe ou de possession. Quelquefois, des familles entières d’esprits s’emparent périodiquement d’une personne et lui dictent son action pour le bien du clan ou de la communauté tout entière. On trouve de telles situations avec les esprits Bori chez les Haoussas du Niger ou les esprits Bisimba chez les Zélas du Zaïre.

Les esprits des défunts

Les ancêtres appartiennent naturellement à la deuxième catégorie d’esprits. La mort ne transforme pas automatiquement un parent en ancêtre. Des rites précis sont nécessaires. Ils accompagnent en quelque sorte le défunt dans l’au-delà pour l’aider à assumer une nouvelle essence spirituelle. Ces rites consistent, entre autres, en « doubles funérailles », dans le cas desquelles on s’attend à ce que, pendant un certain laps de temps, l’esprit du défunt soit mal disposé envers les vivants, jusqu’à ce que de secondes funérailles, avec toute une série d’offrandes et de prières collectives, le réconcilient avec sa famille[3].

Les liens entre les vivants et les morts sont très forts : il faut respecter les morts et les honorer au moyen d’offrandes de diverses natures. Ils gardent une ferme emprise sur la structure familiale et on redoute de provoquer leur colère. Les ancêtres représentent le lien le plus immédiat entre les vivants et le monde spirituel, ils sont en mesure de garantir la prospérité, la santé et la fécondité de leurs descendants. Au Kenya, la structure sociale des Kikuyus est le reflet du monde de leurs ancêtres, qu’ils appellent Ngomas, et parmi lesquels figurent les Ngomas cia aciari, ou ancêtres immédiats.

Parmi les rites religieux, les jeûnes, les pèlerinages aux lieux saints, les offrandes et sacrifices, les prières quotidiennes, les grandes cérémonies en l'honneur de Dieu, des ancêtres et des esprits tutélaires, et les cycles d'initiations répétés suivants les étapes de la vie via les classes d'âges, ponctue la vie spirituelle africaine.

Situation des religions dites « africaines »

Les pratiques religieuses dites « africaines » se maintiennent principalement à travers des syncrétismes avec l'islam et le christianisme. Si une grande partie des Africains sont musulmans ou chrétiens, leurs pratiques restent influencées par d'autres qui se mélangent.

Cependant, on peut observer de véritables résistances chez des pratiquants de religions dites « africaines », qui ne pratiquent aucun syncrétisme. Ainsi au Bénin et dans de nombreux pays du golfe de Guinée, en particulier chez les Yorubas avec le culte des orishas ou les Fon-gbe et Ewes, avec ceux des voduns qui en sont inspirés. Au Cameroun chez les Bamilékés et les Bamouns. Au Gabon, chez une partie des Fangs, des Mitsogo, avec le Bwiti. Au Mali, de nombreux Mandingues, surtout Malinkés et Bambaras et Dogons, au Sénégal, les Sérères, Diolas, les habitants de la région orientale, les Badiarankés, conservent des pratiques religieuses dites « traditionnelles ». En Afrique centrale, les Kongos, du groupe Bantous. Chez les peuples nilotiques de la vallée de l'Omo, Dinka, Nuer, Hamer, Nyangatom, etc., ainsi que les divers groupes masaïs du Kenya et de la Tanzanie et les Shonas en Afrique australe. En Afrique sahélienne, par exemple au Sénégal ou en Centrafrique, la situation évolue rapidement et ces résistances contiennent difficilement l'expansion de l'Islam.[réf. nécessaire]

Il existe des communautés vaudou, qui ne pratiquent pas de syncrétisme, en Haïti et au Brésil.[réf. nécessaire] Le courant kémite aux États-Unis (terme qui selon des afrocentristes signifierait la terre des Noirs) revendique d'être issu de la religion égyptienne antique.

Notes et références

  1. adherents.com
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z et aa Bellinger 2000.
  3. Albert de Surgy, « Le « culte des ancêtres » en pays evhé », Systèmes de pensée en Afrique noire,‎ (lire en ligne)

Bibliographie

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Articles

  • René Tabard, « Théologie des religions traditionnelles africaines. », Recherches de Science Religieuse, no 3/2008 (Tome 96),‎ , p. 327-341 (lire en ligne).

Articles connexes