Raphaël Esraïl

Raphaël Esraïl
Raphaël Esraïl en 2018.
Raphaël Esrail lors d'une conférence à Sciences Po Paris en 2018.

Raphaël Esraïl est un résistant français né à Magnésie en Turquie le 10 mai 1925.

Biographie

Raphaël Esraïl naît en Turquie dans une famille juive qui parle ladino[1]. Elle émigre à Lyon quand il est encore enfant et s'établit comme petits commerçants[2] dans le quartier de la Croix-Rousse[3]. Il est membre des Éclaireurs Israélites de France où il est confronté à l'arrivée de réfugiés fuyant le nazisme[2].

Pendant l'occupation, avec les EIF, il aide au passage d'enfants vers la Suisse[2]. Élève à l'École centrale de Lyon, il est recruté par la Résistance juive en France en septembre 1943 pour la confection de faux papiers[2]. Il prend le nom de guerre de Paul Raoul Cabanel et il rapporte à Marcel Gherson dans l'organisation de résistance la Sixième[4]. Le 8 janvier 1944, il se rend au laboratoire de faux papiers installé chez Roger Appel, un autre membre de la Sixième arrêté la veille[4]. Il est à son tour arrêté et torturé sans qu'il parle. Puis il est transféré à Drancy (où il rencontre sa future femme qui sera elle aussi déportée[3]), puis il fait partie du convoi 67 pour Auschwitz parti le 3 février 1944[4]. Matricule 173295, il y survit 11 mois[3]. Le 28 janvier 1945, lors de l'arrivée des Soviétiques près d'Auschwitz, il est forcé par les Nazis à participer à une marche de la mort puis à un transport en train dont il essaye vainement de s'évader. Il échappe à la pendaison[3] puis arrive au camp d'Ampfing Waldlager dépendant de Dachau[4]. Le 25 avril 1945, ce camp est à nouveau évacué et son train s'arrête près du village de Tutzing où il est libéré par les Américains le 1er mai 1945[3]. Il rentre en France en passant par l'hôtel Lutetia à Paris avant de retourner à Lyon le 26 mai 1945.

Après l'achèvement de ses études, il est ingénieur au Gaz de France de 1949 à 1988[6], où il est longtemps responsable des services de formation[1]. Il ne parle de ses épreuves ni avec son épouse, pourtant elle aussi déportée, ni avec leur fille, ni avec le reste de sa famille. C'est avec ses petits-enfants que le dialogue s'ouvre[1].

Il prend sa retraite en 1988, qu'il consacre « au devoir de mémoire : celle, glorieuse, des résistants, et celle, douloureuse, des juifs »[3]. Témoigner devient sa raison de vivre. « L'authenticité des témoignages des déportés » est la garantie de l'efficacité de cette transmission et il lui faut aussi nouer des contacts suivis avec l'Association des professeurs d'histoire et géographie et le Cercle d'étude de la déportation et de la Shoah[2]. Intéressé par la technologie, il fait développer un DVD interactif de témoignage et un site internet[2].

Il publie en 2017 son témoignage de l'univers concentrationnaire dans L'espérance d'un baiser.

Il est président de l’Union des déportés d’Auschwitz depuis 2008[3],[7].

Raphaël Esraïl est officier de la Légion d'honneur[4] et titulaire de la Croix du mérite de la République fédérale d'Allemagne depuis 2013[8].

Ouvrages

  • Raphaël Esraïl, L'espérance d'un baiser, Robert Laffont, (ISBN 2-221-20221-X), Aperçu du livre

Références

  1. a, b et c Esraïl 2017
  2. a, b, c, d, e et f Antoine Fouchet, « Raphael Esraïl vivre pour témoigner de la Shoah », sur La Croix,
  3. a, b, c, d, e, f et g Aurélien Soucheyre, « Raphaël Esrail, la mémoire ou la vie », sur L'Humanité,
  4. a, b, c, d et e Jean Brauman, Georges Loinger et Frida Wattenberg, Organisation juive de combat, Éditions Autrement, , page 297
  5. « Raphaël Esraïl », sur Robert Laffont
  6. Raphael Esraïl, « UDA, Union des déportés d’Auschwitz », sur Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah,
  7. « Raphaël Esrail, résistant, déporté », sur Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah