Rap politique

Rap politique
Origines stylistiques Années 1980
Origines culturelles Hip-hop, chant de révolte, Blues

Genres dérivés

Rap conscient

Le rap politique est un style de rap se caractérisant par la dimension politique des paroles traitant de thématiques sociétales, reflétant un engagement et une volonté d'émancipation collective. Il s'agit d'une pratique musicale consciente, politisée et engagée, exprimant une vision du monde qui dénonce en particulier les inégalités. La catégorisation de rappeurs comme "politiques" est cependant à nuancer, car les thèmes abordés par un même artiste (politiques ou non) peuvent varier d'un morceau à l'autre, et évoluer dans sa carrière. Le choix d'un rap politique peut également découler de stratégies plus commerciales que réellement politiques. D'autre part, un morceau de rap peut être considéré comme "politique" a posteriori, selon le contexte d'écoute, sans que celui-ci n'ai eu cette vocation a priori.

Histoire

Origines

Aux États-Unis, où le rap est né, ce style s'exprime à travers différents aspects, tels le social dans le morceau The Message de Grandmaster Flash, la violence, les armes et la drogue chez Public Enemy, Wu-Tang Clan, DMX, Nas ou Mobb Deep. Beaucoup d'artistes, comme le groupe a Tribe Called Quest, les rappeurs Mos Def et Talib Kweli, sont imprégnés des idées afro-centriste de la Zulu Nation impulsées par Afrika Bambaataa. Mais c'est sans doute à travers Tupac et N.W.A qu'un nouveau style plus virulent de Rap apparait, avec des morceaux tels que I Don't Give a Fuck de Tupac et Fuck the Police de N.W.A. Certains raps « engagés » sont aussi caractérisés par des rapports de proximité avec les religieux de la Nation of Islam (de Louis Farrakhan) ou des five por cent (et de divers autres mouvements politico-religieux).

Le premier morceau historique fort, considéré comme un véritable tournant, est The Message de Grand master Flash and the Furious Five[1]. Le morceau, de plus de 7 minutes, possède un message conscient mais non virulent dans le ton, il reste musicalement très groovant et funky. Grand Master Flash a été le premier artiste à avoir été reconnu comme « rappeur » et reste un modèle pour tous les styles de rap. Plus tard, cette dimension du rap se développera grâce à KRS-One et Public Enemy. Plus récemment, Dead prez et Immortal Technique.

Les villes du nord-est des États-Unis sont très marquées par ce style de rap (Philadelphie, Détroit, Boston…). Parmi les activistes du rap à dimension politique. Mr. Lif de Boston (et dans une autre mesure Akrobatik & Insight). Le rappeur Eminem a également enregistré des chansons très virulentes à l'encontre de la politique de George W. Bush comme Mosh (« Soulevons-nous […] afin de désarmer cette arme de destruction massive que nous appelons notre président ») ou encore We As Americans. Le créateur du gangsta rap : Schoolly D de Philadelphie tout comme The Roots (voir la pochette de l'album Things Fall Apart qui reprend une vieille photo de la ségrégation). Chicago est marqué par le rappeur Common. Des rappeurs comme David Banner marquent la ville de Jackson, dans le Mississippi).

La tradition de la bay-area (région de San Francisco) et de Oakland (banlieue de San Francisco), est clairement politique de par l'implantation des universités et de l'inspiration des contre-cultures underground (flower power, hippie, beat génération, libération sexuelle et Black Panther Party). Le rappeur Paris est originaire de la baie de San Francisco. The Coup également originaires d'Oakland dont le leader Boots Riley affiche clairement ses revendications communistes dans ses paroles. A Los Angeles, les groupes Cypress Hill et Psycho Realm ont des chansons politiques.

À l'international

La scène du rap dit « politique » est présente partout dans le monde:

France

Le message délivré est généralement partout le même. il dénonce les inégalités de la société ou la vie en banlieue, difficile et discriminatoire. Le morceau collectif "11'30 contre les lois racistes", sorti en 1997, fera date et restera un des meilleurs morceaux politisés du rap français. Il a été initié par Jean-François Richet et Madj d'Assassin[3] au profit du Mouvement de l'Immigration et des Banlieues. En 1994 est sorti, le film La Haine, dont est issu un album "La Haine, musiques inspirées du film" contenant des titres aux thèmes politiques. Dans la lignée, on trouve en 1997, la BO du film "Ma 6-T va crack-er" rassemble des rappeurs et rappeuses français(es) ainsi qu'un titre avec KRS-One. En 1998, une compilation de rap français révolutionnaire Cercle Rouge est produite par White&Spirit.

En 2013, l'association Acrimed (Action critique médias) a publié un article, concernant le rap indépendant et engagé politiquement, « à partir du travail de deux artistes, ROCé et Keny Arkana, sur la critique parfois virulente des médias dont il peut être porteur »[4].

A Marseille, IAM, porte un message plus général et dénonce un mal-être présent sur toute la planète à travers des morceaux comme "Non soumis à l'état", "Regarde" ou "La fin de leur monde". Viendra ensuite la Fonky Family avec des morceaux comme "Sans rémission", "Dans la légende" ou "Le plus grand des voyous". Le 3ème Oeil, les Psy 4 de la rime, Soul Swing, Chiens de Paille, Carré Rouge, Prodige Namor et Keny Arkana ont tous écrits des raps politiques dans leurs différents albums.

A Lille pendant les émeutes de banlieue en 2005, Axiom écrit (après Boris Vian et Renaud) Ma lettre au Président dont l’accompagnement est samplé sur La Marseillaise. Il s’en prend à Nicolas Sarkozy et à la classe dirigeante en général et reprend un thème du Front de Gauche : l’appel à une VIe République. Il reçoit des lettres dont une réponse du président Jacques Chirac[5]. Il est alors considéré comme un porte-parole des quartiers populaires, considération qu'il refuse. Depuis 2012, le rappeur TripHop (fondateur du crew LollipHop) amène de nombreux titres de rap conscient underground, peu orientés politiques. Les rappeurs lillois incluent notamment : Axiom, HK & Les Saltimbanks, Ministère des affaires populaires (MAP), Skyzo Starr, et Z.E.P. - Zone d'expression populaire.

Île-de-France

Le 18e arrondissement de Paris est une mosaïque de quartiers populaires au nord de la capitale : Barbès, Marcadet-Poissonniers, la Goutte d'Or, Porte de la Chapelle, Clignancourt… À la fin des années 1980, cet arrondissement a vu la naissance du groupe Assassin composé de Rockin' Squat, Solo, DJ Clyde et Doctor L. La scène rap du 18e est marquée par son désir d’underground : les rappeurs signent peu sur des majors. Des rappeurs, engagés politiquement, originaires de cet arrondissement de Paris incluent notamment : Kalash, Fabe, Scred Connexion, Flynt, et Hugo TSR.

L'Est parisien (19e et 20e arrondissement) est un ensemble de quartiers populaires (Belleville, Porte de Bagnolet, Place des fêtes, Ménilmontant, Père-Lachaise, Stalingrad…) qui a vu naître le collectif C.M.P (Comité de la Mafia Parisienne) dont le rappeur Rost ainsi que les collectif ATK et Time Bomb.

Comme tous les départements qui ont vu fleurir des grands ensembles durant les années 1960 en France, en Seine-Saint-Denis, appelé « 9-3 », la présence du rap politique y est importante, notamment à travers les groupes : Suprême NTM, la K-Bine et B-Boykonsian, Eskicit, Kabal, Empathik, Singe des Rues, Tandem, Casey et Anfalsh, Zone Libre, La Canaille.

Ailleurs en banlieue parisienne, beaucoup d'endroits abritent des rappeurs avec des chansons politiques. Parmi eux, Expression Direkt de Mantes-la-Jolie, Ministère AMER de Sarcelles et Garges-lès-Gonesse, EJM et Mafia k'1 Fry de Vitry-sur-Seine.

Sans oublier les pionniers du genre : Destroy Man & Johnny Go, Dee Nasty & Lionel D, les Nec+Ultra dont Sheek.

D'autres rappeurs de la région parisienne avec des textes politiques : Pyroman, La Rumeur, L'1consolable, La Cliqua, Sniper, Despo Rutti, Stupeflip, Le Monaster, L'Oiseau Mort, 2 Bal 2 Neg, Enedeka Maska et Couteau entre les dents.

Rapaces [6], auteur dès le début de la généralisation de l'Internet en France d'albums en téléchargement libre comme Pôle rap anti-marchand[7], publie des communiqués de type politique sur son site. Ils annoncent avoir rompu avec la CNT-Vignoles-RP[8] et être proche des idées situationnistes. Ils sont connus pour avoir (dé)montré sur leur site, l'apparition de groupe de rap d'extrême droite (l'infiltration du rap par les néo-nazis). Ils ont des positions « anti-léniniste » et communiste libertaire, pour les conseils ouvriers qui leur fait critiquer les partis et syndicats d'extrême gauche français.

En septembre 2017, le collectif Dégâts Rap, dans le sillon des Rapaces, sort un album intitulé Force Collective[9], composé de 12 titres prônant la révolution prolétarienne mondiale. Dégâts Rap déclare faire du rap anti-marchand avec une critique radicale de la société capitaliste.

Reste de la France

Ailleurs en France, il existe de nombreuses scènes rap politique, notamment :

Canaux audio ou audio visuels

Langue Pays Type de média Nom Titre de l'émission Streaming Année de mise à jour Commentaire
fr France Radio Radio libertaire Réveil Hip hop. Sureshots.  Oui 2011
fr France Radio Radio libertaire Les enfants de Cayenne[11].  Oui 2012
fr France Radio Fréquence Mutine Contre-Chok[12]  Oui 2015 103.8 à Brest
fr France Radio Radio Campus Grenoble 3e sous-sol[13]  Oui 2015

En France, sur les télévisions généralistes la culture hip-hop n’a plus d’émission consacrée depuis 1995[14] (émission RapLine). En 2012, France Ô diffuse une soirée spéciale hip-hop[15].

Notes et références

  1. (en) « The Message by Grandmaster Flash & the Furious Five Songfacts », sur www.songfacts.com (consulté le 9 février 2018)
  2. « En Grèce, le rappeur antifa Pavlos Fryssas tué par un néonazi », sur http://www.liberation.fr/, (consulté le 18 septembre 2013).
  3. « Maître Madj d'Assassin : « L'engagement politique dans le rap est un mythe » », https://www.streetpress.com,‎ (lire en ligne)
  4. « Les médias dominants dé-rappent ? Les rappeurs indépendants répliquent » (consulté le 16 septembre 2016)
  5. « La lettre d'Axiom au Président Chirac / France Inter », sur France Inter (consulté le 6 avril 2016)
  6. Rapaces, « Rapaces - rap francais », sur rapaces.garap.org (consulté le 27 mars 2017)
  7. [1] entrevue avec Rapaces de 2006
  8. / entrevue de rapaces avec Fabrice Trochet en 2001.
  9. Remi Toto, « Dégâts Rap - 01 - Intro », (consulté le 9 février 2018)
  10. « Opération Freestyle, by Slimaine Alias MilS », sur Slimaine Alias MilS (consulté le 16 septembre 2016)
  11. Un article sur l'émission "Les enfants de cayenne" et un flyer www.rdw.fr 19 août 2012
  12. Contrechok, « fréquence MUTINE - RQB - L'émission Contre-Chok à réécouter sur Bandcamp », sur www.frequencemutine.fr (consulté le 16 septembre 2016)
  13. « 3ème Sous-Sol – Campus Grenoble 90.8 », sur www.campusgrenoble.org (consulté le 16 septembre 2016)
  14. « Canal Street, tranches de rap - Libération », (consulté le 16 septembre 2016)
  15. « France O fête 30 ans de hip-hop français avec une soirée spéciale » (consulté le 16 septembre 2016)

Annexes

Bibliographie

  • Combat Rap : 25 Ans de hip-hop, Thomas Blondeau, Le Castor astral 2007
  • Une histoire du rap en France, Karim Hammou, La Découverte 2012
  • Regarde ta jeunesse dans les yeux, Vincent Piolet, Le Mot et le Reste, 2015

Articles connexes

Liens externes

  • Le rap est-il une musique de gauche ou une musique de droite ?. Interview radiophonique de deux auteurs de livres (Thomas Blondeau et Karim Hammou). 2013.
  • Dans ta face, sur le sexisme dans ce qu’on peut appeler le milieu politisé et militant.
  • Rap et politique, de Vincent Fayolle et Adeline Masson-Floch
  • Interview de Sheek sur l'histoire du rap français sur le site Free Hip-Hop
  • Vidéo de rap politique allemand dans les années 90