Règle du dt

La règle du dt (néerlandais: dt-regel) est une des règles de base de l'orthographe néerlandaise dans la morphologie des verbes. Elle concerne la forme du verbe dans la conjugaison. Pourtant, beaucoup de néerlandophones ne la respectent pas : cette faute d'orthographe se dit dt-fout (« faute dt »). Elle est due à une interférence entre la prononciation (ce que le locuteur entend) et l'orthographe (ce qu'il doit écrire).

Indicatif présent

En néerlandais, la deuxième et troisième personne du singulier de l'indicatif présent des verbes réguliers se construisent en ajoutant au thème morphologique du verbe la terminaison -t . Le thème correspond à la forme de l'infinitif sans sa terminaison -en. Exemple : le radical du verbe kijken (regarder) est kijk-. Ensuite, il faut ajouter la terminaison -t afin d'obtenir la forme jij kijkt (« tu regardes ») ou hij kijkt (« il regarde »). Cette règle de base connaît quelques exceptions.

  1. Inversion au début de la phrase : en néerlandais, l'interrogation se construit en plaçant le verbe conjugué devant son sujet. La terminaison -t disparaît alors à la deuxième personne du singulier. Exemple : la phrase affirmative je verkoopt groenten in Frankrijk (« Tu vends des légumes en France ») devient la phrase interrogative Verkoop je groeten in Frankrijk? (« Vends-tu des légumes en France ? »). Un problème fréquent est la confusion provoquée par un verbe dont le thème se termine en d (p.e. vinden « trouver »). Comme la prononciation du néerlandais connaît le dévoisement final, un d se prononce toujours t si le d est le dernier lettre d'un mot ou le radical du verbe. Le d du radical ne se prononce aussi pas à la deuxième et troisième personne et se prononce [t] à la première personne du singulier (ex. ik vind, jij vindt, hij vindt, u vindt - « je trouve, tu trouves, il trouve, vous trouvez »), beaucoup de néerlandophones écrivent Vint/Vindt ik ou Vindt jij au lieu des formes orthographiquement correctes Vind ik et Vind jij. La forme u vindt devient vindt u, parce que la troisième personne du singulier est aussi la forme de politesse.
  2. Verbes irréguliers : Les verbes irréguliers néerlandais hebben, zijn, kunnen, mogen, willen, zullen (« avoir, être, pouvoir, pouvoir, vouloir » – zullen servant aussi de verbe auxiliaire du futur) suivent tous d'autres paradigmes que les verbes réguliers, aussi la règle du dt ne vaut-elle pas au singulier. En revanche, la chute de la terminaison -t à la forme interrogative de la deuxième personne (exception 1) continue de se produire : jij hebt « tu as » devient heb jij? « As-tu? ».

Indicatif imparfait

Comme toutes les autres langues germaniques, le néerlandais comporte deux classes morphologiques principales de verbes : les verbes forts et les verbes faibles. À l'indicatif imparfait, la règle du dt ne vaut pas pour les verbes forts.

Les verbes faibles, en revanche, comptent deux paradigmes pour l'imparfait soumis à la règle du dt : thème + te + terminaison et thème + de + terminaison. Si le thème du verbe se termine par une consonne sourde, il suit le paradigme en -te ; s'il se termine par une consonne sonore, il suit le paradigme en -de. Un moyen mnémotechnique pour identifier les consonnes sourdes : ce sont celles qui se trouvent dans les mots ’t kofschip, ’t fokschaap et taxi.

Exemples des deux paradigmes :

  1. typen « dactylographier » → radical se termine par une de ces lettres, donc typ-te ;
  2. wandelen « se promener » → le radical ne se termine pas par une de ces lettres, donc wandel-de.

Cette règle compte également quelques exceptions.

  1. Dévoisement final : Tous les verbes se terminant par une consonne sonore sont soumis au dévoisement final : les consonnes sonores se prononcent sourdes en fin de mot. Mais puisque c'est le thème de l'infinitif présent qui détermine le paradigme de la conjugaison, le paradigme ne tient pas compte du dévoisement. Exemple : verhuizen « déménager ». Le radical de l'infinitif est verhuiz- et se termine par z, une consonne sonore. La consonne devient sourde en finale, aboutissant à la forme de base pour l'imparfait, verhuis-. Suit encore -de ce qui donne verhuisde, la forme de l'imparfait au singulier.
  2. Règle du dédoublement orthographique de la consonne finale du radical : Certains verbes se terminent par une consonne double dans l'orthographe si la terminaison -en est enlevée. Dans ce cas, le redoublement orthographique est supprimé avant l'ajout de la terminaison. Cette règle vaut aussi pour l'indicatif présent. Exemple: zetten « mettre » → le groupe tt du radical est dédoublé, ce qui donne zet-. Ensuite s'ajoute la terminaison du paradigme approprié, dans ce cas-ci -te, aboutissant à la forme zette. Si la consonne n'était pas redoublée, la forme ne ferait pas de sens, étant que le mot zete n'existe pas en néerlandais.
  3. Règle du redoublement orthographique de la voyelle du radical : Certains verbes comme praten « parler », maken « faire » ne comptent qu'une voyelle dans leur thème, laquelle se prononce longue. L'orthographe de cette voyelle longue dépend du type de syllabe. En syllabe ouverte (qui se termine par la voyelle), la voyelle longue peut s'écrire au moyen d'une lettre unique : praten à l'infinitif. Mais en syllabe fermée (qui se termine par une consonne), la voyelle longue se note par une lettre double : ik praatte à l'imparfait. Une lettre simple en syllabe fermée indique en effet une voyelle brève : zetten à l'infinitif, ik zette à l'imparfait.
  4. Exception dans la conjugaison des verbes forts : Les formes conjuguées des verbes forts ne prennent aucune terminaison au singulier. Exemple : ik liep, jij liep, hij liep « je courais, tu courais, il courait ». Le néerlandais connaît toutefois le pronom personnel archaïque gij (équivalent de « vous », mais utilisé de nos jours avec la valeur de « tu » dans les dialectes flamands) qui réclame la terminaison -t. Ainsi construit-on la forme archaïque gij liept. Cette forme ne s'entend plus mais se lit de temps en temps dans de vieux textes.

Indicatif passé composé

Dans l'indicatif passé composé, le néerlandais distingue également entre les verbes forts et faibles. Le paradigme du participe passé des verbes faibles est ge + thème du verbe + t/d. La règle du dt vaut uniquement pour le participe passé, parce que les deux verbes auxiliaires, hebben et zijn (« être » et « avoir »), suivent d'autres paradigmes. La forme du participe passé est de nouveau déterminée par le voisement de la consonne finale du thème : après une consonne sourde, le participe passé prend la terminaison -t, après une consonne sonore, la terminaison -d, selon les mêmes règles qu'à l'imparfait. Les exceptions 1, 2 et 3 énoncées dans la section de l'indicatif imparfait valent aussi.

Exemple: un verbe tel que pakken devient gepakt. Un verbe tel que wandelen devient gewandeld.

Sources