Quartier de Chaillot

Quartier de Chaillot
Chaillot au printemps 2011 autour de son église.
Chaillot au printemps 2011 autour de son église.
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Ville Paris
Arrondissement municipal 16e
Démographie
Population 21 213 hab. (1999)
Densité 14 897 hab./km2
Géographie
Coordonnées 48° 52′ 09″ nord, 2° 17′ 30″ est
Superficie 142,4 ha = 1,424 km2
Transport
Gare (RER)(A) Charles-de-Gaulle - Étoile
Métro (M)(1)(2)(6)(9)

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Le quartier de Chaillot est le 64e quartier administratif de Paris. Situé dans le 16e arrondissement sur la colline de Chaillot, il a pour origine un village du même nom situé rue de Chaillot mais dont le territoire paroissial, deux fois plus étendu que l'actuel quartier, recouvrait, outre tout le XVIème au nord de la rue des Carrières de Passy, le sud du VIIIème, appelé depuis faubourg de la Conférence, soit tous les bords de Seine à l'est du Bois de Boulogne entre le cimetière de Passy inclus jusqu'à la Concorde.

C'est au XVIe siècle que Chaillot se désenclave avec la construction d'un château pour la reine Catherine de Médicis, d'autres grandes demeures puis d'établissements religieux, notamment le couvent de Chaillot. En 1659, il devient officiellement un faubourg de la capitale. Sous le Premier Empire, le projet avorté du palais du Roi de Rome est envisagé sur la colline, suivi par plusieurs esquisses architecturales (statue monumentales, lotissements…). Le quartier est intégré à Paris en 1860 et voit la construction du palais du Trocadéro à l'occasion de l'exposition universelle de 1878, autour duquel de nombreux bâtiments d'habitation sont édifiés. Le palais laisse la place au palais de Chaillot en 1935 pour l'exposition spécialisée de 1937.

Etymologie

La première mention de Chaillot est celle de son église, « Ecclesia de Caleio », et figure dans une bulle datée de 1097[1]. Elle y est mentionnée comme la principale cure donnée en 1060 par Henri Ier au prieuré Saint-Martin-des-Champs[2] que ce roi à fait reconstruire après que les Normands l'ont détruit.

Dans les documents latins postérieurs, le terme varie entre Callevio, Calloio, Challoio, voire Calloium, et même Chalouel[1] ou, au XIIIe siècle, Chailloel[2]. En français, on écrit au XIVe siècle le plus souvent Chailluyau, au XVe siècle Chailluyau, Chaleau ou Chailliau[1]. L'orthographe Chaillot ne deviendra la norme qu'au XIXe siècle.

L'étymologie de Chaillot fait référence au « caillou » qu'est la colline de Chaillot, ou à la « forêt ».

Histoire

Le Nigeon du Haut Moyen Âge

Si Chaillot n'est nommé qu'au XIe siècle, cinq siècle plus tôt, peu avant 586, c'est-à-dire avant d'être promu évêque du Mans, Bertrand du Mans, un fils de magnat poitevin, fait l'acquisition d'un domaine situé au sud de la future paroisse, la villa de Nimio, orthographe latine du toponyme °Nimjo, devenu Nijuncus puis en français Nigeon[3]. Nigeon continuera d'occuper jusqu'à la fin du XVe siècle le site de l'actuel Trocadéro entre les actuelles rue Vineuse et rue de la Manutention. A l'époque mérovingienne, Nigeon est un domaine viticole qui prospère grâce à la source du lieu dit Fontanitum, c'est-à-dire Petite source[3]. Jusqu'au XVIIe siècle et la découverte de la source de Passy, n'est connue dans les environs qu'une seule source, qui jaillit en plusieurs résurgences. Réputée pour ses vertus curatives, la résurgence principale est située à Auteuil, en haut de la rue de la Source. Le chemin allant de Nigeon à « Fontainette » est devenu la rue de la Fontaine, renommée en 1865 rue La Fontaine.

Peu après 614 et la promulgation de sa décrétion visant à mettre un peu d'ordre dans les bénéfices ecclésiastiques, Clotaire II ajoute, par donation, au vignoble de Bertrand du Mans un territoire maraicher[3], qui est vraisemblablement le futur Chaillot, c'est-à-dire le territoire intermédiaire entre Paris et la maison forte de Nigeon. Jusqu'en 1790, le territoire de l'ancien Nigeon appartiendra à la paroisse de Chaillot. Le territoire plus au sud, le futur Passy inclus, du moins jusqu'en 1672, relèvera de la paroisse d'Auteuil.

Le 28 février 717, sous le règne de Chilpéric II, la forêt du Rouvray, Rubridum sylva, qui s'étend à l'ouest du Paris de l'époque jusqu'à l'actuelle Concorde et la garenne de Monceau, est partagée entre l'abbaye de Saint Denis et l'abbaye Sainte Geneviève, l'ouest et la rive de Seine en aval de Saint-Cloud revenant à celle-là, l'est et la rive en amont à celle ci. Les génovéfains se retrouvent responsables du prieuré Saint-Martin-des-Champs et de l'oratoire que celui-ci entretient au Sanctum Martyrum .

En 1060 Henri Ier fait reconstruire Saint Martin des Champs, que les Normands avaient détruit, tout comme Sainte Geneviève du Mont. Le roi donne aux génovéfains l'église de Chaillot[2], puisqu'elle est située sur la rive qui leur revient. Chaillot devient la principale cure du prieuré Saint Martin[2]. Au sud de Chaillot, Auteuil, propriété de l'abbaye du Bec que l'archevêque de Cantorbéry Anselme érige en fleuron de l'église de Normandie, échappe aux génovéfains jusqu'en 1109, date à laquelle ils en font l'aquisition.

Le village du Bas Moyen Âge et sa maison forte

En 1124, le Chancelier Etienne de Garlande, oncle d'Amaury de Montfort et doyen des génovéfains, fixe selon les us du lieu les coutumes de Chaillot[4]. Au cours du Bas Moyen Âge, un village, cité dans une charte de 1176[1], se développe autour d'un chemin qui correspond aux actuelles rues de Chaillot et Quentin Bauchart ainsi qu'une partie de l'avenue d'Iéna et qui restera jusqu'au XVIIIe siècle l'unique rue[5]. Entouré de vignes, il produit un vin réputé.

Sur la colline, la maison forte de Nigeon passe en 1292, avec le comté de Montfort-l'Amaury, dans le domaine de la branche capétienne des souverains de Bretagne par le remariage de Yolande de Dreux, éphémère reine d'Écosse, avec Arthur de Bretagne. C'est là que le 27 mars 1331 meurt à l'âge de quarante trois ans Guy de Penthièvre[4], puiné du premier lit d'Arthur et demi-frère de Jean de Montfort, lequel, en contestant la primauté de la fille de Guy, Jeanne de Penthièvre que soutient le Roi Philippe de Valois, déclenchera dix ans plus tard la longue et terrible guerre de Succession de Bretagne.

En 1360, durant la guerre de Cent Ans, l'abbaye royale de Longchamp, qui se trouve de l'autre côté du bois de Boulogne, est pillée. Les sœurs, dispersées, se réfugient dans Paris. Elles font l'acquisition d'une maison à Chaillot, qui en devient un sous fief, avec basse et moyenne justice, et scinde la paroisse en deux[6]. L'actuelle rue de Longchamp conserve le souvenir de cette dualité territoriale qui ne sera formellement abolie que le 22 août 1693[7].

Le 10 février 1413, alors que le gouvernement civil de Paris, qui prendra la Bastille un mois et demi plus tard, vient, au cours des Etats généraux, d'imposer le bonnet phrygien à un roi Charles VI confiné dans son palais Saint Pol, Jean sans Peur, qui retirera bientôt son soutien aux insurgés, positionne son armée entre Montmartre et Chaillot et fixe son état major à Nigeon[8].

La vocation religieuse d'un site convoité

Le 6 mars 1472, Louis XI, qui sept ans plus tôt tentait de s'emparer de Montfort et Etampes, provoquant la Ligue du Bien public, accapare la Haute justice de Chaillot, malgré la demande d'annulation formulée par le conseiller au Parlement Guillaume le Duc[9], probablement mandaté par les chanoines du chapitre génovéfains revendiquant l'antiquité du titre pour leur abbé. Cela permet deux ans plus tard au monarque de concéder Chaillot, sans droits d'héritage, au Grand chambellan Philippe de Commynes[9] pour le remercier d'avoir trahi Charles le Téméraire.

Le traité de Picquigny assurant une paix stable, Nigeon redevient une résidence de l'abbé de Sainte Geneviève, seigneur d'Auteuil, qui s'y rend accompagné de deux écuyers les 22 juillet pour y fêter Sainte Madeleine dans une chapelle dédiée[10]. Le même Guillaume le Duc, qui a passé un arrangement avec le roi Louis XI[9], y fait faire d'importants travaux pour le compte de Philippe Cousin[10], abbé comandataire dont en 1516, avec l'appui du roi François Ier[11], il prendra pour ses vieux jours la place moyennant des compensations sous formes de bénéfices[12].

Dès la fin du XVe siècle Chaillot devient un lieu d'implantation de nouveaux couvents. Cette vocation religieuse du village nait en 1493[13] lorsque la reine de France Anne de Bretagne, qui fondera cinq ans plus tard l'ordre de la Cordelière fait don du manoir de Nigeon, qu'elle a hérité de son arrière grand père Jean de Montfort, à la congrégation d'inspiration franciscaine des Minimes[14].

Deux ans plus tard, la future comtesse d'Etampes rachète au bailli de Montfort Jean de Cerisy le bâtiment voisin[15], qui lui sert de résidence. Jean de Cerisy, précédemment contrôleur général des finances[16], avait été choisi par le Maréchal de Rieux, durant le temps que celui-ci assumait la régence du Duché, pour être garde des sceaux[17] et pour cette raison avait été écarté en 1491 par le nouveau baillistre Charles VIII de France sans qu'il ne reçoive jamais l'indemnité promise[18]. En 1496, elle en fait don au couvent de Nigeon, dont le bâtiment conventuel s'agrandit ainsi depuis l'actuelle rue Beethoven jusqu'à ce qui est aujourd'hui la rue Le Nôtre entre la Seine et l'actuel boulevard Delessert[13]. Le domaine s'étend alors sur environ trois hectares et demi et comporte un vivier et une chapelle dédiée à Notre Dame de Toutes Grâces[15]. Ce n'est qu'au XVIe siècle que le couvent de Nigeon prendra officiellement le nom de couvent des Bonshommes[13].

Le versant ouest de la colline, exposé au vents dominants, est construits de moulins auxquels conduisent depuis les Bonshommes le chemin de la Tour et le chemin des Moulins. Sept cent mètres à leur sud ouest, les Bonshommes ont pour voisin le château de Pacy, siège d'une seigneurie relevant de la Haute justice d'Auteuil. Entre les deux, sur le territoire d'Auteuil, se développe le long de la route qui conduit au pavillon de la Muette, un hameau qui deviendra une paroisse autonome en 1672 sous le nom du château et de la seigneurie voisine, Passy.

Le 12 juillet 1578, est inaugurée sous la même invocation de Notre Dame de Toutes Grâces la nouvelle église du couvent de Nigeon, dont la construction avec été commencée par Anne de Bretagne[15].

Résidence royale et retraite aristocratique à la Renaissance

En 1583, la reine Catherine de Médicis achète aux Bonshommes un de leurs ermitages situé dans les actuels jardins du Trocadéro ainsi que le terrain s'étendant jusqu'en face de l'actuel Palais d'Iéna à hauteur de la rue Albert-de-Mun[19]. Entre les actuelles rue Le Tasse et avenue Albert-Ier-de-Monaco[19], elle y fait construire un château, Catherinemont. L'architecte antiquisant Étienne Dupérac est chargé des travaux et réalise un château en U avec des jardins en terrasse et une cour en forme d'hippodrome. La souveraine n'en profite toutefois pas longtemps : le chantier commence en 1588 et elle décède l'année suivante[20].

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A l'été 1590, durant le siège de Paris, Henri de Navarre s'établit à Catherinemont[21]. L'édit de Nantes promulgué et la paix revenue, Henri IV comme Marie de Médicis renoncent à achever les travaux et récusent l'héritage de Catherinemont. Passé dans la maison de Gramont[22], le château est habité à partir de 1619[23] par le Président Jeannin, qui fait des transformations[24] et voudra s'y faire dresser un mausolée extravagant[23]. Le bâtiment voisin des Bonshommes est lui aussi embelli, par le Grand aumônier, le cardinal François de La Rochefoucauld[10].

Le château un siècle après sa construction par Dupérac et les agrandissements commandés par Jeannin et Bassompierre.

En 1629, durant le séjour de Louis XIII au château de Madrid, qui se trouve de l'autre côté du Bois de Boulogne, Richelieu s'installe au château de Chaillot[25], qui n'est plus appelé Catherinemont mais château de Gramont[22] et qui est désormais la résidence du frère cadet de François de Bassompierre. Durant l'embastillement de celui-ci, qui a fait faire des agrandissements[24], le palais est réquisitionné pour servir de logement à la nièce du roi, la duchesse de Nemours[26], puis de nouveau pour Richelieu[25], qui trouve convenable de se faire invité par qui il a arbitrairement jeté en prison. En 1646, François de Bassompierre ne laissant pas d'héritier ni son frère décédé prématurément en 1633, le château est acheté par Tanneguy le Veneur, comte de Tillières[24].

Le 12 mai 1651, la reine déchue d'Angleterre, Henriette de France, fait acquérir par adjudication l'ancien château de Catherine de Médicis, Catherinemont, pour le compte de l'ordre de la Visitation[6]. Ainsi naît le couvent de Chaillot, doublant le couvent des Augustines[27], qui avait été inauguré le 19 mars 1638[28]. Ce n'est que trente cinq ans plus tard, le 14 mai 1686, que les Visitandines, désormais seigneur de Chaillot, finiront de racheter les reliefs du sous fief de Longchamp[6].

Gravure représentant le couvent de Chaillot vers 1774.

L'ex Catherinemont est profondément remanié par la veuve du roi d'Angleterre Charles Ier décapité à Londres en 1649. Elle commande à l'architecte François Mansart la construction d'une chapelle et fait venir une partie de la Cour. Elle confie l'éducation de sa fille Henriette d'Angleterre aux visitandines que dirige Louise de La Fayette. Marie Mancini, la nièce de Mazarin, se retire un temps au couvent de Chaillot, Louise de La Vallière par deux fois. Bossuet prononce en 1669 la célèbre oraison funèbre pour Henriette dans la chapelle de Mansart. Le couvent accueillera par la suite plusieurs personnalités de la branche déchue des Stuarts dont le fils d'Henriette d'Angleterre, le futur roi Jacques II. La reine Marie d'Angleterre y sera inhumée en 1718.

Le faubourg de la Conférence

Un arrêt du Conseil du roi de juillet 1659[24] fait du village de Chaillot un faubourg de Paris et prend le nom de « faubourg de la Conférence »[29]. Le faubourg prend son nom de celui de la porte de l'enceinte de Louis XIII la plus proche. La Porte de la Conférence avait reçu ce nom parce que c'est celle que les représentants des bourgeois de Paris passaient en 1593 pour rejoindre Suresnes, où se tenaient les négociations qui ont permis l'entrée dans Paris, par la même porte, du nouveau roi Henri IV[30].

La barrière de Chaillot en 1779, avant que ne soit élevé le mur des Fermiers généraux.

Soumis à la pression démographique croissante de la ville de Paris, Chaillot devient le séjour de quelques illustres habitants de la capitale, tel le graveur du roi Louis XIV Israël Silvestre. Habitant rue des Batailles, voie supprimée qui était située entre la place d'Iéna et l'avenue Albert-de-Mun, il dresse plusieurs esquisses des lieux.
En 1673, Louis XIV expulse les tanneurs, les teinturiers et les mégissiers du centre de Paris pour qu'ils s'installent dans le quartier Saint-Marcel ou le quartier de Chaillot :

« Arrêt du conseil, 24 février 1673[31] :
Le roy s'estant fait représenter en son conseil l'arrest rendu en iceluy le 28 octobre dernier, par lequel sa majesté auroit ordonné l'exécution de l'édit du 2 décembre 1577, et de l'arrest de la cour de parlement du 6e may 1623, rendu en conséquence pour la translation des tanneurs et tinturiers de la rue de la Tannerye, où ils sont à présent estably, en un autre lieu commode èz-environs de la dite ville, et qu'à cest effect, assemblée seroit faicte en l'Hostel de la dite ville des conseillers, quartiniers, et de tel nombre de notables bourgeois que les dits prevost des marchands et eschevins jugeroient à prospos de mander pour adviser aux moyens de pourveoir à la salubrité de la dite ville, et du lieu le plus proche èz-environs d'icelle où l'on pourroit placer les tanneurs, tinturiers et mégissiers, pour le procès-verbal faict et rapporté être par sa majesté ordonné ce qu'il appartiendroit; et veu le procès-verbal de la dite assemblée du 7 février 1673, en laquelle les dits tanneurs et tinturiers qui sont logés dans la dite rue de la Tannerye et ceux qui sont dans les autres quartiers de Paris sur le bord de la rivierre, seront tenus de se retirer dans un an du jour du présent arrest dans le quartier Saint-Marcel et Chalyot, aux maisons estant sur le bord de la rivierre, ou autres lieux qui seront par eux indiqués qui ne se trouveront point incommoder au publicq, nonobstant la quelle translation, les dits tanneurs et tinturiers qui se retireront de la dite rue de la Tannerye et autres du dedans de Paris conserveront tous leurs privilèges et exemptions de leurs mestiers, et en qualité de bourgeois de Paris, dont ils jouissent, à l'effect de quoy leur seront tous arrêts et lettres expédiés. Enjoignant sa majesté à tous ses officiers de les maintenir et garder en la jouissance des dits privilèges, et de favoriser en toutes choses la ditte translation, et aux dits prevost des marchands et eschevins de tenir la main à l'exécution du présent arrest qui sera exécuté nonobstant oppositions ou appellations quelconques et sans préjudice d'icelles, dont si aucunes interviennent, sa majesté s'est réservé et à son conseil la connaissance, icelle interdite à toutes ses autres cours et juges.
Signé d'Aligre et Colbert »
.

Entre les XVIIe et XVIIIe siècles, Chaillot se couvre de maisons de plaisance « en style palladien, avec jardins ou parcs décorés de statues et de fabriques »[20]. Au milieu du XVIIIe siècle, le village de Chaillot compte environ 500 habitants et plusieurs édifices religieux. La route de Longchamp est une embouteillage incessant de carrosses allant et revenant à l'office de l'abbaye de Notre Dame de l'Humilité, qui est en fait un concert d'opéra des plus brillants après lequel ces dames du Bois de Boulogne reçoivent galamment dans leur loges.

Scission entre Paris et Passy

En 1787, le mur des Fermiers généraux coupe le faubourg en deux. Le 27 juin 1790, la partie de Chaillot extérieure à l'enceinte est attribuée à la commune de Passy[24], qui double d'un coup sa surface d'un territoire quasi désert.

Pendant la Révolution française, c'est le 14 juillet 1790 qu'a lieu sur la rive d'en face, au Champ de Mai, la Fête de la Fédération. Le couvent de Chaillot est déjà désaffecté, quand, le 31 août 1794, l'explosion de la poudrerie de Grenelle, lui aussi sur la rive gauche, détruit une partie du bâtiment et renchérit une éventuelle restauration de l'ensemble. Les lieux sont déblayés par les pouvoirs publics. En 1800, la colline de Chaillot accueille déjà plusieurs industries, notamment la pompe à feu des frères Périer (un système de distribution d'eau pour Paris) ainsi que deux manufactures.

Plan du projet du palais du Roi de Rome.

En 1810-1811, Napoléon Ier confie aux architectes Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine la construction du palais du Roi de Rome, destiné à abriter les quartiers de l'héritier du trône de l'Empire ; pour l'empereur, il doit s'agir d'« un Kremlin cent fois plus beau que celui de Moscou », une « cité impériale, la cité napoléonienne » se poursuivant par un parc comprenant le château de la Muette et le pavillon de Bagatelle, et continuant également sur l'autre rive jusqu'au Champ-de-Mars, avec le bâtiment des Archives impériales, une université, une caserne de cavalerie, d'infanterie, une École des arts et métiers, une École des arts et un hôpital militaire[32]. Toutefois, la retraite de Russie et les déboires militaires qui suivent conduisent à l'abandon du projet.

Premiers aménagements au début XIXe siècle

Même s'il ne voit pas le jour, le projet du palais du Roi de Rome ancre le quartier de Chaillot comme lieu solennel. Le pont d'Iéna, construit entre 1804 et 1813 participe dès lors à l’édification d'un axe partant de l'École militaire sur la rive gauche, axe sur lequel vont s'orienter tous les projets postérieurs du quartier de Chaillot. En 1820, un projet de monument à la gloire de la monarchie française est étudié, après le retour de Louis XVIII. En 1824, un lotissement de luxe, dit « villa Trocadéro » est envisagé, « qui eût étagé sur la colline divers bâtiments alla romana autour d'une grande fontaine commémorative figurant les allégories de l'Èbre et de la Seine mêlant leurs eaux, surmontée d'un obélisque ». En 1841, un autre projet, cette fois-ci d'une statue colossale de Napoléon Ier, par Hector Horeau est suggéré après le rapatriement des cendres de l'empereur depuis l'île de Sainte-Hélène. Pendant la Deuxième République, une statue baptisée Héros est programmée, alors que sous le Second Empire, plusieurs, comme le Génie de l'humanité et la France intelligente éclairant le monde (laquelle a pu inspirer Auguste Bartholdi pour sa Statue de la Liberté-La Liberté illuminant le monde) sont dessinées[33].

Par métonymie, le quartier de Chaillot commence à faire référence au « Trocadéro » dans les années 1820. De par le projet de « villa Trocadéro » de 1824, mais surtout en 1826, en souvenir de la bataille du Trocadéro, qui s'est déroulée le 31 août 1823, pendant laquelle un corps expéditionnaire français enleva le fort du Trocadéro, qui défendait le port de Cadix, en Espagne. Il s'agissait d'écraser le régime parlementaire en place et de réinstaller sur le trône le roi Ferdinand VII. En effet, en 1826, un spectacle comprenant une reconstitution de la bataille a lieu ici, avec des soldats jouant un rôle et la colline de Chaillot figurant le fort du Trocadéro ; il se finit par des fusées et des feux de Bengale.

Quartier du Paris haussmannien

Comme les autre faubourgs de Paris, Chaillot est intégré à la capitale en 1860. Il prend le nom de quartier des Bassins[réf. nécessaire] et forme avec l'ancienne commune d'Auteuil et l'ancienne commune de Passy, le 16e arrondissement. .

Sous le Second Empire, des travaux d'arasement à coups de mines sont entrepris par le baron Haussmann, qui perd du coup trois mètres de hauteur et permet la naissance d'une grande place en 1869 : la place du Roi de Rome, autour de laquelle de grandes avenues partant en étoile sont tracées : avenue de l'Empereur, du Roi-de-Rome, de Malakoff et d'Iéna.

La chute de l'Empire survient après la guerre franco-allemande de 1870 et la Troisième République s'installe. Apprécié par les monarchistes qui voient là une fierté militaire française mais rejeté par les républicains, le nom de « Trocadéro » est pourtant préféré en 1876, d'une part pour se substituer au nom de place du roi de Rome (trop impérial), et également parce que la Troisième République était encore dominée par les monarchistes, qui espéraient une prochaine Restauration. La place du Roi de Rome devient donc la place du Trocadéro et les avenues environnantes changent également de nom : l'avenue de l'Empereur devient l'avenue du Trocadéro (depuis scindée entre l'avenue Georges-Mandel et l'avenue Henri-Martin) et l'avenue du Roi-de-Rome devient l'avenue Kléber, alors que les deux autres avenues gardent leur nom, moins connoté puisqu'il s'agit de batailles. En 1878, le palais de l'exposition universelle prend également officiellement le nom de « palais du Trocadéro »[33].

Les expositions universelles de la Belle Epoque

Les expositions universelles voient le jour dans la seconde partie du XIXe siècle : il s'agit autant d'une compétition économique entre nations, d'une façon d'étendre et de montrer son prestige et son modernisme que d'accueillir et de réunir les grands dirigeants du monde. L'exposition universelle de 1855 est la première à avoir lieu en France ; la suivante, celle de 1867, se tient plus à l'Ouest, et donc non loin de la colline de Chaillot : pour la première fois installée sur le Champ-de-Mars, elle accueille 11 millions de personnes ; Chaillot est alors un promontoire pour observer l'immense palais provisoire de forme ovoïde. L'exposition universelle de 1878, qui se tient toujours sur le Champ-de-Mars et compte 16 millions de visiteurs voit la construction, sur la colline de Chaillot, du palais du Trocadéro, bâtiment initialement prévu comme provisoire mais finalement conservé, devant le coût de l'investissement financier qu'il a nécessité ; sous les jardins, dont les anciennes carrières de pierre, un immense aquarium d'eau douce est créé. L'exposition de 1889 est symbolisée par la construction de la tour Eiffel ; une rétrospective de l'art français a quant à elle lieu au Trocadéro[34].

Projets

La chaussée de l'avenue Foch, espace vert classé, sur la moitié de laquelle, la plus proche de l'Arc de Triomphe, s'élèveront divers bâtiments.

Après la vente des serres d'Auteuil par le maire de Paris Bertrand Delanoë, son adjointe et successeur Anne Hidalgo envisage de supprimer la partie de l'avenue Foch qui s'étend dans le quartier de Chaillot pour y conduire une programme immobilier[35].

Démographie

Évolution de la population
1709 1726 1745
110 foyers[36] 538 communiants[36] 110 foyers[36]

Seigneurs de Chaillot

Il s'agit vraisemblablement, compte tenu de la suite, d'un titre, peut être acheté, relatif aux seules Basse et Moyenne justice et au bénéfice afférant.
  • Nicolas Arrode, décédé en 1316[2].
Probable fils du précédent, Nicolas Arrode est le maître d'ouvrage parisien d'une rue à son nom tracée aux Champeaux pour relier le fief Joigny à la poterne Comtesse d'Artois.
  • Ca. 1390 : Jacques Michel[2].
  • Ca. 1400 : Arnaud Michel[2].
  • 1438 : Henri Roussel, avocat en Parlement[2].
Ses filles et gendres renoncent à payer le montant de la charge[9]. La seigneurie de Chaillot tombe en vacance.
Gui, fils du seigneur de Couzan, est le neveu de Philippe et Eustache de Lévis, lesquels finiront leurs carrières en Arles cardinaux .
Le 6 mars 1472, Louis XI, bafouant le droit des génovéfains, fait constater que le seigneur de Chaillot ne possède que la Moyenne et Basse justice[9].
Pour le remercier d'avoir trahi Charles le Téméraire, la Haute justice de Chaillot lui est concédée personnellement à vie par Louis XI, moyennant l'hommage vassal au seigneur de Marly, qui ne sera donné que le 23 juillet 1492, par procuration qui plus est[9].
  • Ca. 1524 : Jean du Fresnay.
Mineur sous la tutelle de Jean de Thumery, qui exerce de fait[37], et Louis d' Albiac[38].
La seigneurie est achetée le 29 décembre 1576 par ce très haut fonctionnaire des Finances[38].
  • 1580 : Philippe Cressé, héritier du précédent[38].
Mineur sous la tutelle de Jean le Tonnelier, seigneur de Breteuil[38]. La Haute justice appartient à un Beauquesne et le titre de seigneur de Chaillot est contestée par la veuve de celui-ci en 1586. Elle revient finalement à un Claude de Prat[38].
  • Ca. 1610 : le seigneur de Bassompierre[6].
Second fils de Christophe de Bassompierre et frère du marquis François de Bassompierre, lequel deviendra Maréchal et acquerra le château de Catherinemont le 12 janvier 1630[21].
  • 1633 : Dame de Bassompierre[6].
Veuve du précédent, établie le 1er février de cette année[6].
Par adjudication du 12 mai de cette année de la Haute justice de Chaillot[6], la seigneurie lui est vendue avec le château de Catherinemont. Les deux justices subalternes rémanentes seront acquises par les Visitandines respectivement le 24 mai 1686 et le 13 mai 1693[6].
Jusqu'en 1790, le seigneur de Chaillot sera l'abbesse de Chaillot.

Personnalités

Dans la littérature

Annexes

Bibliographie

Sources

  1. a, b, c et d J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 42, Prault, Paris, 1754.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 46, Prault, Paris, 1754.
  3. a, b et c J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 43, Prault, Paris, 1754.
  4. a et b J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 54, Prault, Paris, 1754.
  5. J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 53, Prault, Paris, 1754.
  6. a, b, c, d, e, f, g et h J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 50, Prault, Paris, 1754.
  7. J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 59, Prault, Paris, 1754.
  8. J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 60, Prault, Paris, 1754.
  9. a, b, c, d, e, f et g J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 47, Prault, Paris, 1754.
  10. a, b et c An., « Auteuil au treizième siècle », in dir. E. Charton, Le Magasin pittoresque, vol. VI, p. 235, Jouvet & cie., Paris, 1838.
  11. M. L. Madelin, « Les premières applications du Concordat de 1516, d'après les dossiers du Château Saint-Ange », in Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. XVII, n° 1, p. 332, EFR, Paris, 1897.
  12. M. L. Madelin, « Les premières applications du Concordat de 1516, d'après les dossiers du Château Saint-Ange », in Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. XVII, n° 1, p. 341, EFR, Paris, 1897.
  13. a, b et c A. Doniol, Histoire du XVIe arrondissement de Paris, p. 7, Hachette, Paris, 1902.
  14. E. Margueritte & L. P. Margueritte, Auteuil et Passy des origines à nos jours, p. 62, Société historique d'Auteuil et Passy, Paris, octobre 1946.
  15. a, b et c J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 55, Prault, Paris, 1754.
  16. D. Le Page, Finances et politique en Bretagne : Au début des temps modernes 1491-1547., p. 417, Institut de la gestion publique et du développement économique, Vincennes, 1997 (ISBN 9782821828605).
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  18. D. Le Page, Finances et politique en Bretagne : Au début des temps modernes 1491-1547., II, 6, p. 211, Institut de la gestion publique et du développement économique, Vincennes, 1997 (ISBN 9782821828605).
  19. a et b « Plan de la Ville et Faubourg de Paris divisé en douze municipalités », Jean, Paris, 1797.
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  21. a et b A. Doniol, Histoire du XVIe arrondissement de Paris, p. 8, Hachette, Paris, 1902.
  22. a et b J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 58, Prault, Paris, 1754.
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  26. A. Doniol, Histoire du XVIe arrondissement de Paris, p. 9, Hachette, Paris, 1902.
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  28. J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 57, Prault, Paris, 1754.
  29. J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 51, Prault, Paris, 1754.
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  31. Félix et Louis Lazare : Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments
  32. Ory, pages 14, 16 et 19.
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  35. « Paris : Un projet de coulée vert sur l'avenue Foch », in Le Monde, Paris, 19 janvier 2014.
    « Paris : l'avenue Foch pourrait radicalement changer de visage », sur www.lefigaro.fr,‎ (consulté le 19 janvier 2014).
  36. a, b et c J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 45, Prault, Paris, 1754.
  37. a et b J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 48, Prault, Paris, 1754.
  38. a, b, c, d, e et f J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 49, Prault, Paris, 1754.
  39. J. Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 56, Prault, Paris, 1754.