Protectionnisme

Le protectionnisme est une politique économique interventionniste, menée par un État ou un groupe d'États, consistant à protéger l'économie d'un pays contre la concurrence étrangère des pays mercantilistes (le mercantilisme consistant à accumuler le plus d'excédent commercial vis-à-vis d'autres pays).

Cette politique économique a pour but de limiter les effets négatifs du libre-échange : balance commerciale déficitaire, délocalisation, baisse du niveau de vie sur le plan socio-économique (tassement des salaires, conditions de travail) ainsi que, sur le plan environnemental (augmentation de la pollution due aux transports de marchandises).

Il existe plusieurs formes de protectionnisme:

Pour les tenants du protectionnisme, la loi de l’avantage comparatif ne peut s'appliquer dans la réalité. Ils ne considèrent pas le commerce international comme un contrat « gagnant-gagnant » mais comme un jeu à somme nulle : les pays ayant des déficits commerciaux (surtout dans le secteur industriel) perdent en richesse, et ceux ayant des excédents en sortent gagnants. Le déficit commercial correspond donc à un déficit de production.[1] Le développement économique d'un pays ne repose pas sur sa capacité à acheter des produits importés à bas prix mais plutôt sur sa capacité à produire et surtout dans le domaine industriel. Le secteur industriel est en effet un des secteurs économiques où les gains de productivité sont les plus importants. Il permet ainsi une croissance élevée des salaires et contribue le plus à la formation de la classe moyenne. [2]

Ce qui s'oppose à la vision des défenseurs du libre-échange pour qui, suivant la loi de l’avantage comparatif, plus il y a d'échanges commerciaux, plus il y a création de richesse, et ce même pour les pays en déficit. Un échange commercial est mutuellement profitable aux partenaires, et implique un enrichissement pour les deux ; les mots « excédent » et « déficit » sont donc inappropriés dans la mesure où ils sous-entendent respectivement un enrichissement et un appauvrissement. 

Histoire du protectionnisme

Le mercantilisme

Article détaillé : Mercantilisme.

La logique mercantiliste repose sur l'idée que le rôle du commerce extérieur est de permettre le gain monétaire, c'est-à-dire l'afflux d'or et que la richesse est fondée sur le volume détenu de métaux précieux. Ce volume étant défini, le commerce est un jeu à somme nulle.

Dans cette optique, les mercantilistes préconisent une politique volontariste de soutien aux exportations via la création de grandes compagnies de commerce ou de grandes manufactures. Au contraire l'État doit tenter de freiner les importations qui sont synonymes de sorties d'or. L'enrichissement d'un État se fait par ses exportations et l'appauvrissement d'un autre par ses importations. L'État interdit l'exportation de monnaie du pays ainsi que les métaux précieux (or, argent...). En France par exemple, l'État va même organiser la production nationale (avec les manufactures de Colbert par exemple[3]).

Pour Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), le contrôleur général des finances de Louis XIV favorisa le mercantilisme, réservant à la métropole l'exclusivité du commerce avec ses colonies et doublant en 1667, les taxes sur les produits anglais et hollandais. Pour Colbert,« les compagnies de commerce sont les armées du roi, et les manufactures sont ses réserves ». Ainsi pour souligner cette défiance du commerce étranger, Antoine de Montchrestien[4] déclare :« Les marchands étrangers sont comme des pompes qui tirent hors du royaume […] la pure substance de nos peuples […] ; ce sont des sangsues qui s’attachent à ce grand corps de la France, tirent son meilleur sang et s'en gorgent ».

Époque contemporaine

Droits de douane (France,Uk,Usa)
Droits de douane (Espagne, Italie)
Droits de douane (Japon, 1870-1960)

Selon l'historien économiste Paul Bairoch (Mythes et paradoxes de l’histoire économique, 1994) « le protectionnisme est la règle, le libre-échangisme l'exception » dans l’histoire économique. En fait, le protectionnisme a été l'idéologie dominante aux États-Unis et en Europe occidentale durant une bonne partie du XIXe et du XXe siècle - à l'exception du Royaume-Uni et d’une courte parenthèse libre-échangiste en Europe entre 1860 et 1880: « un océan de protectionnisme cernant quelques îlots libéraux». En revanche, « le tiers-monde était un océan de libéralisme sans îlot protectionniste », les pays occidentaux imposant aux pays colonisés et même à ceux politiquement indépendants des traités dits « inégaux » contraignant à l’abaissement des barrières douanières. L’Inde par exemple, colonie britannique, a vu disparaître un artisanat textile très développé à cause du commerce imposé par la Grande-Bretagne qui avait renoncé à certaines de ses cultures en faveur du développement de l’industrie cotonnière.

Le décollage industriel de la Grande-Bretagne et de la France au début du XIXe siècle bénéficie de fortes barrières douanières. Le « protectionnisme éducatif » favorisa la création de la Zollverein de la Prusse, l'union douanière allemande (elle disparaît lorsque l'Allemagne est unifiée en 1870) et permit la modernisation très rapide de ses industries, de ses flottes commerciales et militaires.

Bairoch a analysé les statistiques des pays industrialisés sur une période de deux siècles et fait le constat que la croissance économique et les exportations progressent plus vite en situation de protectionnisme qu'en situation de libre-échange. Dans la deuxième partie du XIXe siècle, l'Europe continentale connait une phase de libre-échange et la Grande Dépression (1873-1896) éclate au moment même où les droits de douanes étaient au plus bas. La croissance économique moyenne de l'Europe continentale est alors de 1,7 % par an durant cette période de libre-échange et de 2,4 % par an durant la période de protectionnisme, soit un niveau plus élevé. Ainsi Bariroch écrit dans Mythes et paradoxes de l'histoire économique :

« Le point important est non seulement le fait que la crise ait démarré au plus fort du libéralisme, mais qu'elle se soit terminée vers 1892-1894, juste au moment où le retour au protectionnisme devenait effectif en Europe continentale. »

Le protectionnisme redevient alors dominant à partir des années 1890. En France par exemple, la loi Méline de 1892 fixa des droits de 5 % à 20 % sur les produits agricoles importés. Au Royaume-Uni, alors que le chômage frappait 17 % de la population active en 1921, le Safeguarding of Industries Act fut adopté, et fixait à 33 % les droits de douane sur de nombreux produits manufacturés.

Selon Paul Bairoch, les Etats-Unis étaient depuis la fin du XVIIIe siècle, "la patrie et le bastion du protectionnisme moderne". En fait, le Etats unis n'ont jamais adhéré au libre échange avant 1945. Une politique très protectionniste fut adoptée dès la présidence de George Washington par Alexander Hamilton, secrétaire au Trésor de 1789 à 1795 et auteur du texte "Rapport sur les Manufactures, 1792" qui préconisait des barrières douanières pour permettre l'essor industriel américain. Ce texte était l'une des références de l'économiste allemand Friedrich List (1789-1846). Cette politique restera tout au long du XIXe siècle et le niveau global des tarifs était très élevé (proche de 50 % en 1830). La victoire des Etats du Nord protectionnistes contre les états du sud libre-échangistes à l'issue de la guerre de Sécession (1861-1865) perpétuera cette tendance, même pendant les périodes de libre-échange en Europe (1860-1880).

Le Royaume-Uni fut le pays qui pratiqua le plus le libre-échange. En 1815 les Corn Law ("lois céréalières") ont été adoptées pour limiter les importations de blé et garantir les revenus des agriculteurs britanniques. En 1846, elles furent abrogés ce qui entraina la ruine de l'agriculture britannique, la baisse violente des prix des denrées alimentaires, la baisse des salaires et l'enrichissement de la City, mais aussi un sous-investissements dans la recherche et la modernisation de l'industrie[5].

Les Trente glorieuses

Après la guerre, la priorité est de réduire graduellement les barrières tarifaires. On assiste en 1948, à la création du GATT (l'Accord général sur les tarifs et le commerce) qui deviendra ensuite l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 et dont le but est de limiter autant que possible l'usage des barrières protectionnistes afin de favoriser le libre-échange. Mais malgré le GATT, les « Trente glorieuses » sont caractérisées par l'interventionnisme de l'État, les tarifs élevés de l'après-guerre et des contrôles aux flux des capitaux. La plupart des pays industriels connaissent alors une très forte croissance de 1945 à 1973.

La crise économique des années 1970 et le manque de solution des gouvernements  ont entrainé le retour des politiques  de libéralisme économique dans le monde : privatisation de sociétés d'État, déréglementation des grands secteurs de l'économie, réduction des barrières au commerce international (tarifs douaniers, barrières non tarifaires), libre circulation des capitaux. A l'issue des négociations du Kennedy Round (1964-1967), le taux moyen de protection mondiale était ainsi de dix fois inférieur à celui de 1947. Et il a continué de baisser depuis la création de l'OMC.

Développements théoriques

Frédéric Bastiat

Sophismes économiques de Frédéric Bastiat (1845), dont le septième, la Pétition des fabricants de chandelles.

Adam Smith

Dans son ouvrage maître Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith justifie le libre-échange, en développant l'idée que, contrairement à ce qu'affirmaient les mercantilistes, le commerce est synonyme de paix et d'enrichissement mutuel. Toutefois, Smith n'est pas contre l'idée d'instaurer des droits de douane, pour deux cas bien spécifiques : en cas de présence d'industries stratégiques pour la défense nationale et en réaction à des taxations opérées par des pays sur les exportations nationales. Le protectionnisme est donc selon Smith une mesure exceptionnelle, mais qui, en règle générale, nuit au bon fonctionnement de l'économie.

Dans le livre IV de La Richesse des nations (1776) , Smith justifie l’intensification des échanges commerciaux par transposition des échanges de l’échelon des individus qui composent la nation à celui des nations qui composent le monde : « Ne jamais chercher à faire chez soi ce qu’on peut acheter à meilleur compte, telle est la maxime de tout chef de famille avisé. [...] Ce qui est prudence dans la conduite de toute famille ne peut guère être folie dans celle d’un royaume. Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise meilleur marché que nous ne pouvons la fabriquer nous-mêmes, il vaut mieux la lui acheter avec une partie du produit de notre activité, employée là où nous avons quelque avantage »

Il juge également que l'activité de la nation faite en toute liberté est plus avantageuse que celle faite par la régulation: « Un commerce que l’on force au moyen de primes et de monopoles peut être désavantageux et l’est couramment pour le pays en faveur duquel on a voulu le créer [...] tandis que le commerce qui, sans être forcé ni contraint, s’établit naturellement et régulièrement entre deux places est toujours avantageux pour les deux, même s’il ne l’est pas également » (livre IV, pp. 503-504).

Le protectionnisme des industries naissantes

Dans son Rapport sur les manufactures (1791), le Secrétaire au Trésor américain Alexander Hamilton détaille une objection sérieuse : livrée à elle-même, l'industrie américaine n'est pas en mesure de concurrencer sur son propre territoire l'industrie britannique, en raison de son manque d'expérience et de savoir-faire. Hamilton propose de protéger temporairement les industries naissantes, de préférence via des subventions.

Friedrich List[6] qui a été exilé aux États-Unis de 1825 à 1832 où il a été imprégné de la tradition protectionniste de Alexander Hamilton, James Madison et Andrew Jackson, publie en 1841 Das Nationale System der Politischen Ökonomie (Système national d'économie politique), qui rejette l'analyse classique au profit de l'analyse historique, et popularise le principe de protection des industries naissantes (ou « protection des industries dans l'enfance ») par des barrières douanières, qu'il appelle « protectionnisme éducateur ». Il explique : « Le protectionnisme est notre voie, le libre-échange est notre but. »

Les activités économiques protégées peuvent s'abstraire au moins en partie des pressions et contraintes de toutes natures en provenance du contexte concurrentiel. Elles bénéficient de ce fait d'une plus grande liberté de manœuvre et d'une plus grande certitude concernant leur rentabilité et développement futur, ce qui leur permet de développer leur système productif et leur compétitivité. La protection est temporaire et l'ouverture à la concurrence doit être réalisée au moment opportun.

En 1834, l'Écossais John Rae approfondit l'analyse de Hamilton, et propose diverses méthodes pour favoriser le transfert de technologie en provenance de l'étranger. C'est John Stuart Mill qui légitime la « doctrine des industries naissantes » dans ses Principes d'économie politique (1848).

Torrens et les termes de l'échange

Entre 1833 et 1844, Robert Torrens revient peu à peu sur ses positions libre-échangistes, et développe le premier argument « moderne » contre le libre-échange : lorsqu'un pays peut agir sur les  termes de l'échange (par exemple, parce qu'il est « gros », ou parce qu'il détient un monopole), il peut alors choisir un niveau de droits de douane optimal, qui maximise les termes de l'échange en sa faveur. Torrens en déduit que la politique la plus souhaitable est alors d'exiger la réciprocité commerciale : en adoptant unilatéralement le libre-échange, un pays s'expose à la « capture » d'une partie des gains à l'échange par ses partenaires.

Dans une lettre d’une série envoyée à des responsables politiques britanniques, Torrens écrivait (Torrens [1844], p. 28): « Quand un pays particulier impose des droits de douane sur les productions d’autres pays, tandis que ces autres pays continuent de recevoir librement ses produits, un tel pays attire une plus grande proportion de métaux précieux, maintient un niveau de prix plus élevé que ses voisins et obtient, en échange du produit d’une quantité donnée de son travail, le produit d’une plus grande quantité de travail étranger » .

Torrens illustrait cela en prenant l’exemple du commerce entre l’Angleterre et de Cuba. Si Cuba impose un tarif sur les productions britanniques, « l’effet final d’une taxe à l’importation imposée sur les produits britanniques se reportera sur les producteurs britanniques. La richesse de l’Angleterre sera réduite du montant de la taxe, la richesse de Cuba sera accrue de ce même montant » ([1844], p. 37). 

L'argument de Torrens sera ensuite raffiné, jusqu'à la version publiée par Harry Johnson  en 1950, qui donne une formule mathématique précise de détermination du niveau optimal des droits de douane en fonction de l'élasticité de la courbe d'offre de l'étranger.

Graham et les rendements variables

En 1923, Frank Graham s'attaque au cas des rendements croissants [7]qui pourrait justifier une protection permanente. Il utilise l'exemple de deux pays qui produisent des montres et du blé. Si la production industrielle (les montres) est sujette à des rendements croissants tandis que la production agricole (le blé) est soumise à des rendements décroissants, un pays qui se spécialise dans l'agriculture s'expose à une érosion inéluctable des termes de l'échange, et des barrières douanières permanentes sur les importations industrielles deviennent alors préférables au libre-échange.

Défense du protectionnisme

Protection des activités naissantes

Le protectionnisme apparaît comme le moyen nécessaire pour protéger en particulier les activités ou industries naissantes : au XIXe siècle Alexander Hamilton et l'économiste Friedrich List[6] ont défendu les bienfaits d'un « protectionnisme éducateur ». Le protectionnisme serait nécessaire à court terme pour amorcer le développement d'une économie. Les activités économiques protégées peuvent s'abstraire au moins en partie des pressions et contraintes de toutes natures en provenance du contexte concurrentiel. Elles bénéficient de ce fait d'une plus grande liberté de manœuvre et d'une plus grande certitude concernant leur rentabilité et développement futur .

Protection contre les pratiques de dumping

Balance commerciale de biens et services (Pays de L'Eurozone)

Les États ayant recours au protectionnisme invoquent une concurrence déloyale ou des pratiques de dumping:

  • Dumping monétaire: Une monnaie se dévalue, ou subit une dévaluation, lorsque son taux de change se déprécie par rapport à une monnaie de référence, ou un panier de monnaies. Un gouvernement peut intervenir sur le marché des changes en « vendant de la monnaie » pour abaisser la valeur de sa devise. Cela rend les produits locaux plus compétitifs et les produits importés plus chers (Condition de Marshall-Lerner), permettant d'augmenter les exportations et de diminuer les importations, améliorant ainsi la balance commerciale. Certains pays avec une monnaie trop faible provoquent ainsi des déséquilibres commerciales. Ils affichent des excédents externes parfois importants alors que leur concurrents enregistrent des déficits considérables.

Par exemple selon le FMI, en 2015 plusieurs pays ont une monnaie sous évaluée et d'importants excédents : la Chine (285 milliards de dollars, 3 % du PIB), le Japon (159 milliards de dollars, 3,4 % du PIB) et la Corée du Sud (105 milliards de dollars, 7,3 % du PIB), l'Allemagne (306 milliards de dollars, 8,5 % du PIB). D'autres ont une monnaie surévaluée et d'importants déficits: les États-Unis (473 milliards de dollar, 2,6 % du PIB), le Royaume-Uni (162 milliards de dollars, 5,2 % du PIB), la France (21 milliards de dollars, 0,7 % du PIB).

  • Dumping fiscal : Certains états (paradis fiscaux [8]) pratiquent un taux d'imposition sur les sociétés et les personnes plus faible. Exemples : Le taux d'imposition des entreprises est de zéro en Estonie et de 12 % en Irlande. En 2006, la moyenne du taux d'imposition des entreprises dans les pays de l'OCDE était de 28,6 %.
  • Dumping social : lorsqu'un état réduit les cotisations sociales ou conserve des normes sociales très faibles (par exemple, en Chine, la réglementation du travail est moins contraignante pour les employeurs qu'ailleurs)[8]
  • Dumping environnemental : lorsque la réglementation environnementale est moins contraignante qu'ailleurs. C'est, en partie, pour cela que de nombreuses entreprises occidentales implantent leurs activités polluantes dans les pays émergents. Le protectionnisme a aussi pour effet de diminuer le déplacement des biens dans son ensemble ce qui réduit l'empreinte écologique du transport.

Le protectionnisme et la Grande Dépression

Les partisans du libre-échange affirment que les mesures protectionnistes instaurées après la Grande Dépression de 1929 comme la loi Hawley-Smoot auraient aggravé la crise économique, et conduit à la Seconde Guerre mondiale avec la montée du nazisme et du fascisme[9].

Jacques Sapir réfute ces hypothèses en expliquant que la chute du commerce international a d'autres causes que le protectionnisme[10] Il fait remarquer que: « la production intérieure des grands pays industrialisés régresse [...] plus vite que le commerce international ne se contracte. Si cette baisse avait été la cause de la dépression que les pays ont connue, on aurait dû voir l'inverse. » De plus si la part des exportations de marchandises dans le produit intérieur brut (PIB) passe de 9,8 % à 6,2 % pour les grands pays industrialisés occidentaux de 1929 à 1938, elle était loin, à la veille de la crise, de se trouver à son plus haut niveau, soit les 12,9 % de 1913 «Enfin, la chronologie des faits ne correspond pas à la thèse des libres-échangistes […] L'essentiel de la contraction du commerce se joue entre janvier 1930 et juillet 1932, soit avant la mise en place des mesures protectionnistes, voire autarciques, dans certains pays, à l'exception de celles appliquées aux États-Unis dès l'été 1930, mais aux effets très limités». On voit la proportion du tonnage maritime inemployé augmenter rapidement jusqu'à la fin du premier trimestre 1932, puis baisser et se stabiliser[11].

Il relève que« la contraction des crédits est une cause majeure de la contraction du commerce ».«En fait, ce sont les liquidités internationales qui sont la cause de la contraction du commerce. Ces liquidités s'effondrent en 1930 (-35,7 %) et 1931 (-26,7 %). ». Une étude du National Bureau of Economic Research met en évidence l'influence prédominante de l'instabilité monétaire (qui entraîna la crise des liquidités internationales[10]) et de la hausse soudaine des coûts de transport dans la diminution du commerce durant les années 1930[12].

C'est également l'opinion défendue par Maurice Allais, prix Nobel d’Économie :

« Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. »

— Maurice Allais in Lettre aux français : « Contre les tabous indiscutés »[13]

Selon l'historien économique William Bernstein (libre échangiste) dans A Splendid Exchange: How Trade Shaped the World :« la plupart des historiens économiques croient maintenant que seule une infime partie de cette énorme perte du PIB mondial et du PIB des États était due aux tarifs douaniers. Ainsi entre 1929 et 1932, le PIB réel a chuté de 17 pour cent dans le monde et de 26 pour cent aux États-Unis. Or en 1930 le volume commercial représentait seulement environ 9 % de la production économique mondiale et entre 1930 et 1933, le volume du commerce mondial a chuté d'un tiers à la moitié. Cela représente 3 à 5 pour cent du PIB mondial, et ces pertes ont été partiellement compensées par la production de biens domestiques plus chers. Ainsi, les dégâts infligés ne pouvaient pas dépasser 2 pour cent du PIB mondial, ce qui est loin de la baisse de 17 pour cent observée pendant la Grande Dépression ... »

Concernant les États-Unis, plusieurs économistes, un groupe allant de Paul Krugman[14], à gauche, à Milton Friedman[15], à droite, refutent que les tarifs Smoot-Hawley appliqués en 1930 aient causé la dépression. En effet, ils ne s'appliquaient qu'à environ un tiers du commerce aux États-Unis : environ 1,3 % du PIB. Le tarif moyen des États-Unis sur les marchandises assujetties est passé de 40.1% en 1929 à 59.1 en 1932. Or il était systématiquement supérieur à 38 % tous les ans de 1865 à 1913 (de 38% à 52%). De plus il a augmenté aussi fortement en 1861 (de 18.61% à 36.2%), entre 1863 et 1866 (de 32.62 % à 48.33%), entre 1920 et 1922 (de 16.4% à 38.1%) sans produire de dépressions mondiales.

Le libre-échange et la pauvreté

Déficit commercial (marchandise) de l'Inde avec la Chine

Les économistes protectionnistes contestent le fait que le libre-échange ait réduit la pauvreté dans le monde:

Ils remarquent qu'en 2003, 54 nations étaient plus pauvres qu'ils ne l'étaient en 1990 ( "Rapport sur le développement humain de l'ONU 2003," p. 34), et l'Afrique sub-saharienne ont un revenu par habitant plus faible en 2003 que 40 ans auparavant (Ndulu, Banque mondiale, 2007, p. 33). De plus ils critiquent l'expression "sortir de pauvreté" utilisé par la Banque mondiale: la norme pour définir la pauvreté est moins de 2 $ par jour, donc le «déplacement de millions de personnes de la pauvreté» peut consister simplement dans le déplacement de personnes de 1,99 $ de revenus par jour à 2,01 $ par jour.

Les pays pauvres qui ont réussi à avoir une croissance forte et durable sont ceux qui sont devenus mercantilistes et non libre-échangistes: la Chine, la Corée du sud, le Japon, Taiwan... Ainsi alors que dans les années 1990, la Chine et l'Inde avaient le même PIB par habitant, la Chine a maintenant un PIb/hab trois fois supérieur à celui de l'Inde. Dani Rodrik souligne que ce sont les pays qui ont systématiquement violé les règles de la globalisation qui ont connu la plus forte croissance[16].

Le libre-échange optimise les secteurs où le pays est déjà bon. Cela tend à enfermer les pays pauvres dans les bas salaires des industries extractives et agricoles déjà existants. Ils ne peuvent pas s'industrialiser de manière importante. Ainsi l'accès accru au marché mondial concurrentiel et les gains de la libéralisation du commerce ne profitent qu'à un groupe restreint de nations dont les industries sont déjà assez compétitifs: la Chine, l' Inde, le Brésil, le Mexique, l' Argentine, le Vietnam, la Turquie...

Lutte contre l'inégalité

Selon les défenseurs du protectionnisme, avec le libre échange la plupart des employés doivent accepter la baisse du coût de la main-d'œuvre[17] (des salaires) afin d’être compétitifs, tandis que les dirigeants et actionnaires des firmes transnationales peuvent profiter des bénéfices engrengés. Cela amene une augmentation massive des inégalités économiques. Or les salaires ne sont pas seulement un coût, mais aussi la source du pouvoir d'achat et donc du chiffre d'affaires. Pour compenser le coût horaire, seule une forte hausse de la productivité grâce à l'innovation technique notamment dans l'industrie, apporte une réelle solution.

« Taux d'ouverture » et les rétorsions commerciales

Selon les partisans du libre échange, les interdépendances croissantes entre pays apparaissent comme un obstacle aux politiques protectionnistes. En effet, un pays qui protège son marché domestique s'expose à des répliques douanières de la part de ses partenaires. Ainsi, en cas d'escalade protectionniste, les emplois liés à l'export peuvent être menacés [18],[19]. Néanmoins le taux d'ouverture, qui sert de base à l'argumentaire libre-échangiste n'est pas représentatif de la dépendance réelle d'un pays vis-à-vis de l'export et les conséquences en termes d'emplois sont très difficiles à estimer.[20]

Opposition au protectionnisme

Selon le journaliste économique français Éric Le Boucher, « le protectionnisme n'est pas une solution contre la chute des emplois industriels », et les arguments qui font de la mondialisation la cause de la perte de deux millions d'emplois industriels en France en trente ans sont « faux, ou en grande partie faux »[21]. Contrairement au régime de libre-échange, Il fait baisser la variété des produits offerts à la consommations et empêche le pays d'acquérir son importance commerciale selon le principe d'avantage comparatif, car les agents économiques ne sont pas incités - en l'absence de pression concurrentielle - à développer au maximum leurs points forts de production.[22]

Selon l'économiste Daniel Cohen, « le protectionnisme aggraverait la crise » et constitue un danger dans la mesure ou si un pays « A » met en place un protectionnisme à l'import sur un bien d'un pays « B », ce pays « B » peut en retour mettre en place un protectionnisme sur un bien provenant du pays « A ». Le protectionnisme induit alors un cercle vicieux. L'exemple du bœuf aux hormones américain et du fromage européen illustre ce mécanisme. En effet, depuis 1989, l'Union européenne a mis en place un protectionnisme sur le bœuf aux hormones d'origine américaine, en retour les États-Unis ont mis en place un protectionnisme sur les fromages européens.

Le commerce international pouvant être vu comme un accord gagnant-gagnant, la mise en place de mesures protectionnistes diminuerait le bien-être global. Par exemple, certains historiens économiques considèrent que la Grande Dépression a été aggravée par les mesures protectionnistes mises en place dans les années 1930, comme la loi Hawley-Smoot.

Dans les années 1980, début 1990, des économistes tels que Jagdish Bhagwati ont insisté sur les activités de recherche de rente[23] qu'induisaient les politiques protectionnistes. En effet pour un groupe, il est très tentant d'obtenir de l'État une protection de sorte qu'il puisse soit obtenir des profits plus élevés soit éviter de se mettre au niveau de ses concurrents internationaux. D'une manière générale le protectionnisme est vu, depuis Adam Smith comme favorisant les offreurs au détriment des consommateurs. Enfin, l'alliance entre des groupes de pression forts et l'État[24] a tendance à déplacer les conflits commerciaux du champ économique vers le champ de la souveraineté étatique ce qui peut être potentiellement plus dangereux.

Pour les libre-échangistes, le protectionnisme consiste à faire peser sur le contribuable la protection politique de secteurs économiques défaillants. Il ne sert qu'à favoriser des groupes d'intérêt aux dépens du plus grand nombre. Cela revient donc à obligé de se contenter de biens et services moins bons ou plus coûteux. Il nuit à toutes les entreprises autres que celles qu'il privilégie , et plus directement à celles qui dépendent d'approvisionnements étrangers pour maintenir leur compétitivité. C'est un jeu perdant-perdant : on est prêt à s'appauvrir en espérant qu'en contrepartie cela appauvrisse également l'ennemi.

Dans les pays protectionnistes (« Mes chers paysans » d'Houphouët-Boigny), les recettes publiques propres proviennent principalement de la douane, ce qui évite tout débat sur la nature et la pertinence des dépenses publiques. [25],[26]

Exemples de mesure protectionniste

Selon l'ancien député Bernard Carayon, qui a lancé la politique publique d'intelligence économique en France en 2005, l'Union européenne ne pratique presque pas le protectionnisme en matière de marchés publics : pour ce type de marchés (1 000 milliards d'euros par an), le taux d'ouverture européen est de 90 %, alors qu'il n'est que de 32 % aux États-Unis, de 28 % au Japon, et de 0 % dans les « pays émergés »[27].

Manipulation du taux de change

Selon le FMI en 2015:

  • Plusieurs pays ont une monnaie sous évaluée et d'importants excédents : la Chine (285 milliards de dollars, 3 % du PIB), le Japon (159 milliards de dollars, 3,4 % du PIB) et la Corée du Sud (105 milliards de dollars, 7,3 % du PIB), l'Allemagne (306 milliards de dollars, 8,5 % du PIB).
  • D'autres ont une monnaie surévaluée et d'importants déficits: les États-Unis (473 milliards de dollar, 2,6 % du PIB), le Royaume-Uni (162 milliards de dollars, 5,2 % du PIB), la France (21 milliards de dollars, 0,7 % du PIB).

Droits de douane

Article détaillé : Droit de douane.

Imposer des droits de douane consiste à taxer les produits importés afin d'augmenter leur prix, et ainsi de diminuer la quantité achetée par les consommateurs.
Exemples :

  • En janvier 2009, les États-Unis ont triplé les droits de douane qu'ils appliquent sur le roquefort, tout en portant à 100 % les droits de douane sur d'autres produits européens (chocolats, jus de fruit, légumes, fruits, chewing-gums...)[28].
  • En décembre 2008, l'Inde a augmenté ses droits de douane sur le soja, le fer et l'acier[8]; pour les porter à 20 %[28].
  • L'un des tarifs douaniers les plus élevés du monde est celui que pratique le Japon sur le riz étranger, taxé à 800 %[29].

Les droits de douane au niveau mondial en 2012 étaient de 6,8%, contre 1,6% pour l'Union européenne et 3,2% pour les pays membres de l'OCDE.[30]

Quotas

Ils visent à limiter la quantité de produits importés.
Exemples :

  • Pour la période allant du 15 décembre 2008 au 31 décembre 2010, l'Indonésie a mis en place des « licences d'importations » sur cinq cents produits (électronique, jouets, textiles, certaines denrées alimentaires)[28]
  • Quotas de l'Union européenne sur l'acier ukrainien (supprimés en mai 2008)[8].
  • L'accord Multifibre (supprimé en 2005) établissait une limite (pour chaque pays et chaque produit) des textiles qui pouvaient être importés dans l'Union européenne. Lorsqu'il fut supprimé en 2005, on a assisté à un forte hausse des importations de textile provenant de Chine, au détriment de celles en provenance de la Tunisie et du Maroc[8].

Marchés publics

Un pays peut instituer dans les politiques de passation des marchés publics une préférence pour les produits fabriqués localement (ou pour les services des entreprises locales).

Exemples :

  • Les États-Unis ont instauré une clause « acheter américain » (Buy American Act) pour leurs marchés publics[31].

Subventions

Subventions aux acheteurs

Elles consistent à accorder des facilités financières aux clients (crédits bonifiés, déductions d'impôts, etc.).

Exemples:

  • Début 2009, les autorités françaises ont décidé de débloquer cinq milliards d'euros pour les futurs acheteurs d'Airbus[8].
  • Le gouvernement fédéral du Canada a instauré en janvier 2009 un plan qui permet aux acheteurs d’une première résidence de déduire jusqu’à 5 000 $ de coûts (tant pour les frais juridiques que de mutation) de leurs revenus imposables pour l’année d’achat[32].

Subventions aux producteurs

Elles visent à donner un avantage (soit sous forme de prêts bonifiés, soit sous forme de dons) aux producteurs nationaux.

Exemples:

  • En 2008 et 2009, les États-Unis et la France ont accordé des aides à leurs constructeurs automobiles[33],[34].
  • Depuis 2007, les agriculteurs québécois ont reçu environ 1,1 milliard de dollars par année des différents programmes gouvernementaux fédéraux et provinciaux[35].

Lois limitant les prises de participation

Les autorités d'un pays peuvent chercher à protéger certaines activités (considérées comme stratégiques) contre les prises de participation par des investisseurs étrangers.

Exemples :

  • En 2009, la Loi sur investissement Canada (LIC) a subi un certain nombre de modifications importantes prenant effet dès mars 2009. Notamment, La LIC vise notamment à encourager les non-canadiens à investir au Canada puisque cela contribue à la croissance économique et à la création d’emplois[36].
  • En avril 2008, l'Allemagne a adopté une loi qui rend nécessaire une autorisation pour « tout investissement supérieur à 25 % du capital d'une entreprise dans le domaine des « infrastructures stratégiques » et dès lors que l'intérêt national est en jeu »[28].
  • En avril 2008, la Russie a adopté une loi qui rend nécessaire une autorisation pour « tout investissement supérieur à 25 % du capital des entreprises de quarante-deux secteurs stratégiques (nucléaire, pétrole, mines, pêche, édition...) »[28].
  • Depuis octobre 2007, une loi promulguée aux États-Unis instaure que « tout achat ou implantation d'entreprise par des fonds étrangers peut être interdit dès lors qu'il met en cause la sécurité nationale »[28].
  • En 2006, les États-Unis ont interdit que P&O (société propriétaire des ports de Baltimore, Philadelphie et New York) soit rachetée par une entreprise de Dubaï[8].
  • En 2005, les États-Unis ont interdit que la compagnie pétrolière américaine Unocal soit rachetée par le groupe chinois CNOOC[8].
  • Le 30 décembre 2005, la France a décrété qu'une autorisation serait désormais nécessaire « pour tout investissement touchant à l'intérêt national dans onze secteurs : défense, produits chimiques, technologies duales (pouvant servir au militaire comme au civil), etc. »[28].

Normes techniques ou sanitaires

Ces normes correspondent à un cahier des charges (types de traitements autorisés -ou obligatoires- pour les produits agricoles, etc.) qu'un produit doit remplir pour pouvoir être vendu dans un pays.

Exemples:

  • L'Union européenne interdit les importations de bœuf aux hormones[8].
  • Les États-Unis se sont opposés au développement du supersonique Concorde en appliquant des normes sur le bruit (il est vrai que le Concorde était un avion très bruyant).

Procédure de Dédouanement

Il s'agit d'alourdir les procédures administratives pour les importations (obligation de remplir des documents administratifs compliqués, longue période de blocage en douane, etc.)[8].
Exemples : En 1982, la France a mis en place ce système pour réduire les importations de magnétoscopes en provenance du Japon. Ces derniers devaient être dédouanés à Poitiers[8].

Protectionnisme dans Union européenne

La politique agricole commune a longtemps consisté en versement de subventions agricoles au sein de l'UE.

L'Europe économique issue des traités successifs depuis la création de la CEE à Rome en 1957 a permis de faire aujourd'hui de la zone des 28 un espace économiquement unifié, très intégré, reposant sur une libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes. Les défenseurs du protectionnisme mettent en avant le taux d'ouverture de 12 % de la zone régionale (88 % du commerce européen se fait avec un membre de l’Union), taux assez faible pour permettre des politiques économiques communes ainsi que des tarifs extérieurs plus protecteurs pour les secteurs en difficultés (délocalisations). Emmanuel Todd[37] qui a défendue l'idée, penche désormais pour un protectionnisme au niveau national[38].

Les États-Unis ont accusé l'Union européenne de renier la signature qu'elle a donnée à l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (General Agreement on Tariffs and Trade, ou GATT) en créant un marché commun entre les États membres. En 1999, les relations économiques entre l'Union européenne et les États-Unis ont fait l'objet d'un rapport d'information à l'Assemblée nationale française[39]

France

Selon un sondage Ifop, 65 % des français sont pour un système plus avancé du protectionnisme national[40]. On invoque par exemple l'exception culturelle

Protectionnisme aux États-Unis

Les États-Unis sont paradoxalement l'un des pays le plus protecteur du monde. Selon une analyse de Mathilde Lemoine pour Edmond de Rothschild, les États-Unis seraient l'État le plus protectionniste sur le marché mondial[41].

Marchés publics

Voir : Passation des marchés de l'administration américaine : aide-mémoire des liens relatifs aux obstacles les plus fréquents

Depuis les années 1930, les États-Unis adoptent des lois consistant à interdire dans les marchés publics les produits qui ne sont pas fabriqués aux États-Unis :

Advocacy policy

Depuis la fin des années 1980, les États-Unis ont élargi cette politique à des actions plus offensives de soutien cohérent des entreprises américaines à l'exportation. Cette politique est appelée « advocacy policy », elle s'appuie sur une organisation spécialisée, l'Advocacy center[42], et sur l'utilisation de techniques informatiques sophistiquées, en Network Centric (réseau centré).[Lesquels ?] [réf. nécessaire]

Mesures de rétorsion

La section 301 de la loi américaine générale de 1988 sur le commerce et la compétitivité permet à l'administration américaine de prendre dans des délais très brefs toute mesure de rétorsion à l'égard des partenaires commerciaux dont les pratiques seraient jugées déloyales.

En 2000, le président George W. Bush a mis en place des mesures protectionnistes sur les importations d'acier pour satisfaire les demandes des grandes entreprises du secteur dont la productivité était insuffisante. Certains économistes favorables au libre échange affirment que les effets a posteriori semblent avoir été négatifs puisque selon eux, si les mesures ont sauvé 3 500 emplois, elles en ont détruit entre 12 000 et 43 000 chez les entreprises qui consomment de l'acier[43].

Mouvements protectionnistes

Altermondialisme

Le mouvement altermondialiste s'oppose à la concurrence internationale entre les travailleurs qu'induit la baisse des tarifs douaniers entre les États (« libre échange »). Le commerce international n'est alors justifié qu'à la condition de satisfaire les travailleurs des différents pays. C'est en ce sens que le mouvement altermondialiste a organisé la protestation contre la conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle le 30 novembre 1999. Le mouvement altermondialiste est aujourd'hui traversé d'un débat entre partisans de ce que l'ancien président d'Attac Bernard Cassen a nommé des formes de « protectionnisme altruiste » et des économistes critiques du protectionnisme.

Certains altermondialistes reprennent les théories de l'économiste Friedrich List: les pays développés ont d'abord construit leur industrie en utilisant le protectionnisme[réf. nécessaire][réf. nécessaire]. Ils préconisent le commerce équitable, la relocalisation des activités économiques, l'organisation de la production et du commerce en coopératives.

Localisme

Les localistes qui privilégient ce qui est local sans toutefois se fixer de limites frontalières, entendant favoriser ainsi la démocratie participative, la cohésion sociale et la production de proximité, donc l'emploi local et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique liée au transport de marchandises. Notons que le localisme se différencie du protectionnisme par la volonté de ne pas définir de frontière mais plutôt des échelles géographiques. Il n'est pas conçu comme un moyen de protéger un niveau d'organisation humaine en particulier (nation, région, etc.) mais comme un moyen de recentrer relocalisation des activités humaine sur son objectif premier « satisfaire au besoin de la communauté ». Ils proposent d'appliquer le principe de façon souple et progressive en organisant la taxation concentrique des embauches et des ventes de biens et services. Le parti localiste Maison Commune de Laurent Ozon, seule offre politique clairement positionnée comme Localiste et Protectionniste, se réclame d'un protectionnisme localiste et pragmatique.

Notes et références

  1. Xerfi Canal, « Xerfi Canal Benjamin Masse-Stamberger Inévitable protectionnisme », (consulté le 19 mai 2017)
  2. Xerfi Canal, « Benjamin Masse Stamberger, Comment la mondialisation a paupérisé les classes moyennes », (consulté le 19 mai 2017)
  3. Olivier Pastré, La méthode Colbert ou Le patriotisme économique efficace, Perrin, 2006
  4. Traité d'économie politique, 1615
  5. F. William Engdahl, Pétrole une guerre d'un siècle, Jean-Cyrille Godefroy, France, 2007, p. 17
  6. a et b Système national d'économie politique, 1841, ouvrage principal dans lequel il développe la notion de protectionnisme éducateur et l'Infant industry argument .
  7. ↑ Frank GrahamSome aspects of protection further considered, Quarterly Journal of Economics 37 (février 1923), pp. 199-227
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Mille et une manières », p. 19
  9. François Ruffin en soldat du protectionnisme universaliste - Vincent Barros, Marianne, 9 octobre 2011
  10. a et b Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », p. 19
  11. Au 30 juin 1930, la part du tonnage maritime inemployé était de 8,6 %. Le 31 décembre 1930, elle est de 13,5 %. Le 30 juin 1931, elle s'élève à 16 % ; puis monte à 18 %, le 31 décembre 1931. Le 30 juin 1932, la proportion du tonnage maritime inemployé atteint 20,6 %, avant de baisser à 18,9 %, le 31 décembre 1932. Source : Données de la Société des Nations (SDN), Bulletin économique, 1933, Genève; cité par Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », p. 19
  12. (en) Antoni Estevadeordal, Brian Frantz et Alan M.Taylor, « The rise and fall of world trade, 1970-1939 », National Bureau of Economic Research, Working Paper, no 9318, Canbridge, novembre 2002; cité par Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », p. 19
  13. Maurice Allais, « Lettre aux français : contre les tabous indiscutés » [PDF], Marianne, 5 au 11 décembre 2009, p. 38
  14. (en) The Mitt-Hawley Fallacy - Blog de Paul Krugman sur The New York Times, 4 mars 2016
  15. (en) Douglas A. Irwin, Peddling Protectionism: Smoot-Hawley and the Great Depression, Princeton University Press, 2011 (ISBN 978-1-4008-3839-4) p. 116 [lire en ligne]
  16. http://drodrik.scholar.harvard.edu/files/dani-rodrik/files/after-neoliberalism-what.pdf
  17. « Mondialisation: Tafta, Trump, Brexit, des coups d'arrêt au libre-échange ? », sur geopolis.francetvinfo.fr (consulté le 23 janvier 2017)
  18. « Le discours de Montebourg est inapplicable et déconnecté de toute réalité économique » - Le Monde, 10 octobre 2011
  19. Le Medef propose un débat national sur la démondialisation - Challenges/AFP, 10 octobre 2011
  20. Voir la vidéo de Gilles Ardinat : http://www.dailymotion.com/video/xo9mbi_video-un-salarie-francais-sur-quatre-travaille-pour-l-export-une-fausse-evidence-par-gilles-ardinat_news
  21. « Le protectionnisme n'est pas la solution, c'est le problème ! » - Éric Le Boucher, Slate, 23 novembre 2013
  22. « Faut-il protéger les industries naissantes? », sur Contrepoints, (consulté le 20 mai 2017)
  23. (en) Protectionnisn - Jagdish Bhagwati, The Concise Encyclopedia of Economics, 2008
  24. Certaines études de chercheur dont les études ont influencé l'architecture de Bretton Woods, avaient de profondes réserves envers le compact of iron and rye (pacte des grands propriétaires terriens et des maître des forges de Bismarck. Voir (en) J.B Condliffe, 1942, Agenda for a Postwar World, Norton&Company Inc.
  25. Claude Garrier, Forêt et institutions ivoiriennes, L'Harmattan, Paris, 2007 (ISBN 978-2-296-02655-1), p. 150
  26. Claude Garrier, L'exploitation coloniale des forêts de Côte d'Ivoire : Une spoliation institutionnalisée, L'Harmattan, Paris, 2007 (ISBN 2-296-01972-2), p. 174
  27. Alstom : de l'échec au sursaut national ? - Bernard Carayon, Le Figaro, 15 mai 2014
  28. a, b, c, d, e, f et g Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Les mesures prises », p. 21
  29. Histoire économique contemporaine, Léo Dayan, économiste, enseignant à l'Université de Paris I Panthéon Sorbonne [1]
  30. (en) « Taux des droits de douane, appliqués, moyenne simple, tous produits (%) | Data », sur donnees.banquemondiale.org (consulté le 6 mars 2017)
  31. Cependant, cette clause laisse une marge de manœuvre puisque « les parlementaires ont précisé que cette préférence ne devait pas être contraire aux traités internationaux ». Cf. Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Les mesures prises », p. 21
  32. « Qui peut profiter des subventions pour l’achat d’une maison? », sur http://muramur.ca, (consulté le 1er décembre 2014)
  33. (en) Bush OKs $17.4 Billion Loans for GM & Chrysler - Democracy Now!, 22 décembre 2008
  34. Plan de sauvegarde de l'automobile : l'État met 6 milliards d'euros pour Renault et PSA - Denis Fainsilber, Les Échos, 9 février 2009
  35. « Agriculteurs québécois: 770 millions de subventions aux producteurs », La Presse, (consulté le 1er décembre 2014).
  36. « Faire des a aires au Canada 2013 : Lois sur les investissements étrangers » [PDF],
  37. Emmanuel Todd : « le protectionnisme ou le chaos » - François Lenglet, La Tribune, 24 juillet 2009
  38. Emmanuel Todd : « Ce qui mine, c’est le sentiment d’impuissance. » partie 1/2 - François Ruffin, Fakir, 9 octobre 2013
  39. Rapport d'information déposé par la délégation de l'Assemblée nationale pour l'Union européenne sur les relations économiques entre l'Union européenne et les États-Unis - Assemblée nationale, 11 février 1999[PDF]
  40. « Les français tentés par le Protectionnisme », sur La Tribune,
  41. Thierry Fabre, « Les États-Unis, champions du monde du protectionnisme », Challenges,
  42. US Governement export portal - The advocacy center
  43. (en) Gary Hubauer & Ben Goodrich, Steel protection and Job Dislocation, Washington, Institute for International Economics, février 2003

Voir aussi

Bibliographie

  • Frédéric Bastiat, La Main droite et la Main gauche (1863)
  • Frédéric Bastiat, Un chemin de fer négatif (1863)
  • (en) Jagdish Bhagwati Protectionism, The Concise Encyclopedia [2]
  • (en) Richard Cobden, « The working classes and the corn laws »
  • Éric Denécé et Claude Revel, L'autre guerre des États-Unis, Économie : les secrets d'une machine de conquête, Robert Laffont, 2005
  • François Ruffin, Leur grande trouille : journal intime de mes « pulsions protectionnistes », Les liens qui libèrent, 2011
  • Charles Kindleberger et Peter Lindert, Économie internationale, Economica, 1982
  • « Le protectionnisme et ses ennemis », Le Monde diplomatique, mars 2009, pp. 18-22
  • « Faut-il protéger les industries naissantes? », Contrepoints, 5 décembre 2011 [3]
  • Alain Madelin, Ce soir ou jamais (France 3), le 11 octobre 2011: [4]
  • Protectionnisme, Wikiliberal [6]
  • F. William Engdahl, Pétrole une guerre d'un siècle, Jean-Cyrille Godefroy, France, 2007
  • C. Garrier, Forêt et institutions ivoiriennes, L'Harmattan, Paris, 2007
  • C. Garrier, L'exploitation coloniale des forêts de Côte d'Ivoire, L'Harmattan, Paris, 2007
  • F. Dedieu, B. Masse-Stamberger, A. de Tricornot, Inévitable protectionnisme, Gallimard, Paris, 2012

Articles connexes

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Protectionnisme.

Liens externes

  • (en) Lawrence W. Reed / Protectionism - Foundation for Economic Education, YouTube, 22 mai 2011 [vidéo], h 17 min 43 s