Politique étrangère de la France depuis 1945

La politique étrangère de la France depuis 1945 a d'abord été celle de la Quatrième République, marquée par le début de la guerre froide et le gouvernement de la Troisième Force, puis celle du gaullisme. Après le départ de Charles de Gaulle, la France s'est engagée plus avant dans la construction européenne, qui avait commencé dès les années 1950.

La politique extérieure de la IVe République

L'État français rétabli par le GPRF

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la France est un pays vaincu et occupé par le Troisième Reich allemand. Le régime de Vichy a peu d'autorité, sur le plan intérieur comme extérieur. Il bénéficie toutefois de la reconnaissance des États-Unis qui maintiennent un ambassadeur jusqu'en 1942. Surtout, il est contesté par le Comité français de la Libération nationale (CFLN) du général de Gaulle. Le , trois jours avant le débarquement en Normandie[1], le CFLN prend le nom de Gouvernement provisoire de la République française[2]. Après la libération de Paris, le GPRF s'installe dans la capitale le et gouverne la France jusqu'à l'avènement de la IVe République fin .

Les Alliés ne se précipitent pas pour reconnaître le GPRF en tant que gouvernement légitime de la France. Cette première bataille diplomatique aboutit positivement toutefois avec sa reconnaissance simultanée le par les Trois Grands[a]. Mais ce n'est pas suffisant pour de Gaulle qui veut, pour que le « rang » de la France soit pleinement rétabli, que la France soit considérée par les Trois Grands comme le quatrième d'entre eux[3].

Cet objectif sera atteint grâce à sa persévérance et au soutien de Churchill, désireux d'avoir la France à ses côtés face à l'URSS[3],[4] :

Pour autant, la France n'est présente ni à Yalta, ni à Potsdam où se sont prises les décisions géopolitiques clés pour l'avenir de l'Europe et du monde ; son retour formel parmi les Grands ne doit pas cacher qu'en 1945 et pour longtemps ses moyens sont limités ; la France n'a pas retrouvé tous les attributs d'une grande puissance, et selon l'expression de René Girault, sa place retrouvée à côté des Grands est « un habit un peu trop grand pour elle ». La Chine est en pleine guerre civile, et le Royaume-Uni qui peut être légitimement fier d'avoir lutté pour la liberté du monde et qui est encore à la tête du plus grand empire colonial du monde, s'est épuisé dans l'interminable Seconde Guerre mondiale et va devoir se résoudre entre 1945 et 1948 à s'appuyer sur les États-Unis. Lorsque la guerre prend fin, il n'y a en réalité dans le monde plus que deux très grandes puissances, les États-Unis, d'une richesse incomparable et présents partout dans le monde, et l'URSS, laminée par la guerre mais puissamment installée au centre de l'Eurasie sur un territoire élargi et bénéficiant d'un prestige immense pour avoir si chèrement vaincu la Wehrmacht qui légitime l'idéologie communiste dont l'influence peut ainsi plus facilement se répandre dans le monde[4].

Les fondamentaux de la politique étrangère de la France après-guerre

Le rapprochement avec les États-Unis

En 1948, la France intègre l'OECE et accepte le plan Marshall américain. En 1949, elle intègre l'OTAN. Lors de la guerre froide, la France fait partie du bloc occidental opposé au bloc de l'Est, par son adhésion à l'OTAN. Le soutien britannique lui permet bientôt d'obtenir une bombe atomique, lui octroyant une « force de dissuasion ».

Le soutien n'est pas seulement politique et économique, il est aussi culturel. En 1946, les accords Blum-Brynes sont entérinés, permettant aux films américains de faire leur entrée massive dans les salles de cinéma françaises, diffusant ainsi la culture américaine qui deviendra plus tard culture occidentale.

Les États-Unis comprennent vite les enjeux de la guerre d'Indochine. Au-delà de la décolonisation, le leader des vietnamiens indépendantistes est un communiste, Ho Chi Minh. La guerre entre donc indirectement dans la Guerre froide et les États-Unis financent l'armée française.

L'idée d'une diplomatie européenne

L'idée d'une Europe unie ne date pas de 1945, Aristide Briand prônait déjà cette option dans les années 1920. De même, la volonté d'unifier l'Europe au sein d'un même cadre juridique et monétaire s'était déjà exprimée lors des conquêtes napoléoniennes (diffusion du code civil).

Cette idée va être accélérée par le contexte de lutte contre l'URSS. Les États-Unis, s'étant déjà assurés du soutien des Européens de l'Ouest via le plan Marshall, décident de ne pas verser un montant pour chaque État mais un montant pour tous les États. Très vite, les États européens s'organisent pour se partager les gains via une organisation, l'OECE.

C'est durant la même époque que le Conseil de l'Europe est créé, à la suite du congrès de la Haye.

Les étapes sont franchies petit à petit. Une idée germe dans les esprits des dirigeants européens de l'époque : celle d'une défense commune. Dans les années 1950, la CED est présentée aux pays européens mais c'est surtout la France qui va faire barrage à cette proposition. En effet, les gaullistes et les communistes français s'opposent à cette idée de défense commune, qu'ils voient comme une perte de souveraineté nationale. De plus, ils n'ont aucune envie d'organiser une défense commune avec l'Allemagne de l'Ouest, ennemi héréditaire. La proposition est finalement rejetée par l'Assemblée nationale en 1954, malgré la ratification de République fédérale d'Allemagne, de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas.

Les Européens de l'Ouest avancent néanmoins dans le domaine économique. En 1951, la CECA est créée dans le but de maîtriser les ressources en charbon et en fer des États pour éviter toute nouvelle guerre future. En 1957, le traité de Rome est signé, créant la CEE. Six États y sont membres : la France, l'Italie, la RFA, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. C'est le début officieux de l'Union européenne.

Le début d'une politique de décolonisation

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Europe est encore implantée en Asie et en Afrique, au travers d'empires coloniaux mis en place depuis la fin du XIXe siècle. Le domaine colonial français, second du nom, est le plus vaste au monde après l'Empire britannique, couvrant une grande partie de l'Afrique occidentale, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, l'Indochine, Madagascar, la Guyane, ainsi que de nombreuses îles de l'océan Indien et de l'Atlantique, comme la Réunion, la Guadeloupe et la Martinique.

Le conflit mondial a cependant fragilisé les empires coloniaux européens. Le cas de la France s'inscrit dans un contexte général de recul de l'idée coloniale et d'effondrement des empires devant les nationalismes indigènes. L'URSS et les États-Unis encouragent ces mouvements, comptant s'installer économiquement dans les anciennes colonies ainsi libéralisées par leur indépendance. La décolonisation française est en outre nourrie du fait de l'importance prise par les colonies lors de la guerre contre l'Axe, ayant constitué autant un réservoir d'hommes que des bases arrière pour les résistants extérieurs et les armées alliées.

Profitant de l'occupation japonaise de l'Indochine, les communistes et indépendantistes vietminhs déclarent en septembre 1945 l'indépendance du Viet Nam. La guerre d'Indochine, menée à partir de 1946 afin de rétablir l'ordre dans la colonie, est la première des deux grandes guerres de décolonisation qui concernent la France. Mais le manque de soutien manifesté au corps expéditionnaire par une métropole désintéressée, voire hostile à ce conflit lointain, et l'aide logistique accordée par la Chine communiste à partir de 1949 aux viet-minhs de Ho Chi Minh assurent peu à peu à ceux-ci la domination du terrain. En 1954, les accords de Genève entérinent la partition du Viet Nahm en deux États distincts et indépendants : la partie nord, communiste et alliée à la Chine et à l'URSS, fait face à une partie sud d'abord soumise à l'influence française, puis américaine à partir de 1955.

À la même période, la Quatrième République réforme le reste de l'empire, dans l'idée de donner une autonomie accrue aux colonies. Les Antilles françaises, la Guyane et les îles de l'océan Indien obtiennent le statut de département en 1946. La même année est créée l'Union française, qui regroupe les territoires de l'Afrique française, la Syrie et le Liban mandataires, abolissant l'indigénat et accordant la citoyenneté à ses ressortissants. Théoriquement, l'Union française est une organisation politique et économique qui remplace l'empire, jusqu'ici caractérisé par le regroupement de colonies au statut différent de la métropole, qui n'incluait pas forcément une représentation à la Chambre des députés ou au Sénat. En 1960, les territoires africains (excepté l'Algérie) restés attachés à la métropole obtiennent définitivement leur indépendance.

La décolonisation française reste cependant particulièrement marquée par la seconde des guerres menées par la France dans son empire : la guerre d'Algérie. Si la Quatrième République assouplit le régime colonial et reconnaît l'indépendance de l'Indochine, de la Tunisie (1956) ou du Maroc (1956), elle refuse néanmoins toute sécession de l'Algérie, qui est alors constituée de trois départements. Les attentats d'Alger de 1954 ouvrent une période de conflit qui marquera durablement l'esprit des Français. Aboutissant à la chute de la Quatrième République (1958) puis à l'indépendance de l'Algérie (1962), cette période, meurtrière, signe la fin d'un processus de décolonisation, qui voit la France devoir établir de nouveaux liens avec ses anciennes possessions africaines, parfois dénoncés comme reflétant une politique néocolonialiste.

La politique gaullienne

Une volonté de souveraineté nationale

De Gaulle ne tarde pas à retirer la France du commandement intégré de l'OTAN en 1966 pour conserver une politique internationale indépendante. Par ailleurs, le Général n'hésite pas à s'allier ou à se rapprocher de puissances qu'il juge indépendantes des blocs, ce qui est le cas avec la Chine de Mao Zedong, en rupture avec l'URSS au début des années 1960. La France reconnaît d'ailleurs la Chine Populaire durant la présidence de de Gaulle.

La France se dote d'une arme nucléaire durant sa présidence, affirmation de la souveraineté française.

La France, à la suite du traité de Rome, est membre de la CEE. De Gaulle, bien qu'hostile au traité, le ratifie dans le but de le diriger vers une « Europe des nations », et mandate la mise en place des plans Fouchet (1961-1962) destinés à établir une souveraineté politique européenne ; les autres Européens souhaitant une Europe d'ordre supra-nationale et refusant la prise de distance d'avec les États-Unis prônée par ces plans font bloc contre ces propositions. Le conflit s'exacerbe en juin 1965 lorsque l'on émet l'idée de prendre les décisions à la majorité qualifiée au sein de la CEE pour remplacer l'unanimité. C'en est trop pour de Gaulle qui, pendant six mois, pratique la politique de la chaise vide afin de ne jamais réunir tous les membres de la CEE, donc de ne pouvoir voter aucune décision — puisqu'il faut que tous les membres soient d'accord afin qu'il y ait une prise de décision. De Gaulle obtient satisfaction avec un compromis (Compromis du Luxembourg) entre la France et les autres États membres en 1966, et l'incident est clos[5].

La fin de la décolonisation

Dans le même temps, la France finit la décolonisation qui touche son empire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Afin de garder une influence sur les territoires dont elle s'est officiellement retirée, elle établit des relations particulières avec ses anciennes colonies — marquées notamment par la francophonie —, tout en se mettant également à endosser de nouvelles obligations et responsabilités à leur égard [pas clair].

L'Europe gaullienne

Pour de Gaulle, l'Europe doit être un troisième bloc, qui ferait face aux deux autres, à savoir américain et soviétique. De Gaulle considère alors que les Britanniques sont le « cheval de Troie » des Américains en Europe. Il bloque ainsi les tentatives d'inclusion du Royaume-Uni au marché commun par deux fois, en 1963 puis en 1967. C'est à ce moment précis qu'il prend conscience que seule l'Allemagne peut s'aligner sur les projets européens français de de Gaulle, à savoir une Europe constellée de patries qui garderaient leur identité nationale et qui seraient liées uniquement via l'économie.

Le début d'une amitié franco-allemande

De Pompidou à l'effondrement de l'URSS

Politique au Proche-Orient

Progression de l'idée européenne

De Gaulle considérait le Royaume-Uni comme trop proche des États-Unis pour entrer dans la CEE. Il a donc pratiqué la politique de la chaise vide lors du débat sur l'admission du Royaume-Uni à la CEE. Lorsque de Gaulle quitte le pouvoir, les choses s'accélèrent et Pompidou accepte que les Anglais entrent dans la CEE en 1972.

Au-delà du Royaume-Uni, la construction européenne continue. La Grèce, l'Espagne et le Portugal, libérés de leurs dictatures respectives, adhèrent à l'union dans les années 1980. La construction européenne est également relancée par de nouvelles idées et dans la volonté européenne d'être le troisième acteur des relations internationales avec les États-Unis et l'URSS. L'idée d'une Europe fédérale, longtemps repoussée par les idéaux gaullistes, germe dans l'esprit des dirigeants européens de l'époque. C'est dans cette dynamique que le Parlement européen est créé en 1979. En 1986, sous l'impulsion de Jacques Delors, l'Acte Unique est signé entre les membres de l'union. Des tentatives de mise en place d'une monnaie unique sont également effectuées, mais l'idée d'une monnaie européenne n'est pas encore dans les esprits des dirigeants contemporains, qui souhaitent garder leurs monnaies respectives afin de pouvoir dévaluer ou réévaluer leur monnaie en cas de crise ou de croissance.

Relations privilégiées avec les anciennes colonies

La France : toujours un pays du bloc occidental

La France est plongée dans la crise économique à partir du premier choc pétrolier, en 1973. Sous l'initiative du président de la République Valéry Giscard d'Estaing, un groupe des cinq pays les plus puissants au monde est créé : le G5 (l'URSS n'y figure alors pas).

La France soutient constamment les actions américaines et celles liées à l'OTAN, notamment depuis l'invasion soviétique en Afghanistan en 1979.

Depuis 1991 : relations extérieures dans un monde multipolaire

Dépenses de la France dans l'aide à l'éducation dans le monde, 2015. UNESCO

Le politiste Bertrand Badie estime que la politique étrangère française connaît une rupture avec le sommet du G8 2003 : celui-ci voit « un spectaculaire rapprochement avec Bush, concrétisé par la rédaction franco-américaine de la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies qui exigeait notamment, à la satisfaction d’Israël, le retrait du Liban des troupes syriennes et la dissolution des milices libanaises. [...] A priori essentiellement pragmatique et destiné à préserver les intérêts économiques et politiques de la France qui souffraient, surtout aux États-Unis, du French bashing, ce virage de la politique française est devenu clairement idéologique lorsqu’à l’élection de Sarkozy, on a commencé à évoquer à Paris, la « famille occidentale » et les « valeurs de l’Occident », marqueurs classiques du néoconservatisme, avant de décider le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN »[6].

Les présidences de Nicolas Sarkozy et de François Hollande seraient marquées par une orientation interventionniste qui s'expliquerait à la fois par la domination du courant néoconservateur ou occidentaliste dans le corps de stratèges, de conseillers politiques et de diplomates et, selon le politologue Christian Lequesne, par le besoin pour la France d'affirmer son rang en utilisant un moyen d'action dont ne dispose pas le rival allemand[6].

Selon cette hypothèse, cet activisme militaire, montre que le pays tend à perdurer si ce n'est à augmenter son rôle de puissance influente dans certaines régions du monde et particulièrement en Afrique. Ainsi, la France s'est engagé massivement dans les crises africaines de ces dernières années. Les bombardements français de la 32ème brigade de Kadhafi lors de la guerre en Libye en 2011, de la résidence de Laurent Gbagbo à Abidjan lors de la crise ivoirienne de 2010-2011 suivi par les opérations Serval au Mali et Sangaris en République Centrafricaine[7]. Ces interventions qui marquent la volonté française d’influencer les évènements dans les zones où il y a des intérêts stratégiques permet aussi à la France d’apparaître comme une puissance politique et militaire sur la scène internationale. Une manière de légitimer ainsi son statut de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Selon l’étude annuelle des affaires mondiales publiée par l’Institut International d’Études stratégiques, les interventions en Libye et en Côte d’Ivoire lancée par Nicolas Sarkozy auraient été principalement motivé par l’image qu’elles auraient renvoyée. Le but de ces opérations serait de montrer aux États-Unis les capacités françaises à gérer les crises dans des zones voisines. Ceci, dans l’effort de rendre plus crédible « une capacité européenne » vu comme défectueuses par les américains. Nicolas Sarkozy essayait consciemment de contribuer à un remaniement des cartes méditerranéennes, européennes et transatlantiques[8] .

Cette politique interventionniste se manifeste lors de guerre civile libyenne de 2011 pendant laquelle le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé prône une intervention de la communauté internationale, pour protéger les populations civiles contre les violences commises par les troupes de Mouammar Kadhafi. Parvenant à rallier les Chinois et les Russes à une résolution établissant une zone d'exclusion aérienne en Libye et autorisant « toutes les mesures nécessaires »[9], elle débouche sur une intervention militaire des forces de l'OTAN et la mort de Mouammar Kadhafi. Par la suite, analysant les résultats de cette intervention armée, certains spécialistes du monde arabe se rejoignent pour décrire les conséquences néfastes de cette intervention avec la destruction de l'État libyen dont le pouvoir local est assuré par des tribus régionales[10], les succès de l'islamisme dans la région et la déstabilisation de la zone sahélo-saharienne[11] entraînant notamment le coup d'État militaire de 2012 au Mali[12].

La politique étrangère conduit, dans les années 2010, à un affaiblissement notable du rôle de la France au Moyen-Orient, affaiblissement marqué notamment par son exclusion de facto des grandes conférences sur le conflit syrien[13]. Dans un conflit où la diplomatie française s'est illustrée par son caractère très offensif contre le régime de Damas[14] et a dû faire marche arrière faute du soutien du gouvernement américain[15], l'attitude du ministère des Affaires étrangères français est décrite comme « un mélange d'indignation morale, d'agressivité verbale et d'impuissance militaire », ayant pour conséquence que la France est l'un des pays ayant le plus perdu sur le plan diplomatique dans ce conflit[16], un résultat qualifié de « fiasco politico-médiatique »[17].

Par ailleurs, l’accélération des interventions militaire française depuis 2011 est probablement la conséquence de l’instabilité grandissante dans ses régions stratégiques. La France a l'intention de projeter la stabilité dans les zones où des menaces à sa propre sécurité stratégique et économique sont présentes. Les raisons de sécurité étant définis « comme les zones ou les conflits régionaux, les flux de réfugiés, le crime organisé, les situations d'urgence humanitaire ou les violations des droits de l'homme peuvent émerger »[18]. C’est ainsi que la dégradation de l’environnement stratégique et, en particulier la montée de la menace terrorisme explique le choix de la France de privilégier les cadres plus flexible d'opération, comme les interventions nationales ou les coalitions ad hoc[19].

La France se dit ne pas avoir « d’intérêts » à intervenir militairement lors de la guerre du Mali et présente l’opération comme une « aide à un pays amis »[20]. Mais, d’un point de vue économique, il ne faut pas négliger l’importance de l’Afrique pour le capitalisme français. L’instabilité du Sahel dans son ensemble à un impact sur les projets économiques dans toute la région. Et si la place de la France en Afrique a considérablement baissé depuis les années 1960[21], le continent contribue toujours à sa place, dans les relations économiques et géopolitiques internationales. Ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, le Niger –frontalier au Mali- pèse pour 30 % dans l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises. Areva y possède deux mines « Arlit » et « Ankokan » ainsi qu’une troisième en construction à Imanraren. Cette dernière censée devenir la première mine d’uranium d’Afrique en 2020. Le groupe Total (et naguère Elf), assure quant à lui 30 % de sa production pétrolière en Afrique [22].

La France est un membre influent de l'Organisation des Nations unies. Elle est très active dans les opérations de maintien de la paix, elle est un membre permanent du conseil de sécurité. La France y fait la démonstration de son savoir-faire multilatéral pour favoriser les compromis. Toutefois elle est mal représentée dans les hautes fonctions, même si un français, Jean-Pierre Lacroix (diplomate) dirige le département des opérations de maintien de la paix, avec un budget de 8 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros) et environ 100 000 personnes[23].

Notes

  1. a et b Les « Trois Grands » désignent durant la Seconde Guerre mondiale les États-Unis, le Royaume-Uni et l'URSS. Ensuite, durant la guerre froide, les « Quatre puissances » désignent le plus souvent les puissances occupantes de l'Allemagne, c'est-à-dire les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Union soviétique ; l'expression les « Trois puissances occidentales » désigne les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.

Sources

Références

  1. Antony Beevor (trad. Jean-François Sené, Raymond Clarinard et Isabelle Taudière), D-Day et la bataille de Normandie, éd. Calman-Lévy, Paris, 2009, 636 p. (ISBN 978-2-7021-4016-1), p. 28-30.
  2. Ordonnance du 3 juin 1944 substituant au nom du Comité français de la Libération nationale celui de Gouvernement provisoire de la République française, sur le site de la digithèque MJP de l'université de Perpignan.
  3. a et b Bozo, La politique étrangère de la France depuis 1945, Chap. 1 - La difficile entrée en guerre froide (1945-1950)
  4. a et b Maurice Vaïsse, « 1945, le tournant du XXe siècle ? », Politique étrangère, nos 3-4,‎ , p. 875-886 (lire en ligne)
  5. Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire du XXe siècle, Tome 2 Le monde entre guerre et paix (1945-1973), Hatier, 2011
  6. a et b René Backmann, « Hollande et ses guerres (3/3). Comment les néoconservateurs influencent le pouvoir », sur Mediapart, (consulté le 5 juin 2016).
  7. (en) Richard Banegas, « France’s Intervention Policy in Africa Seen from Below: Some Thoughts on the Case of Côte d’Ivoire. », European Review of International Studies 3,‎ , p. 60-79 (lire en ligne)
  8. (en) Jolyon Howorth, « Opération Harmattan’ in Libya: a paradigm shift in French, European and transatlantic security arrangements? », Journal of Transatlantic Studies, 12/4,‎ , p. 405-417 (lire en ligne)
  9. « Le pari gagné de Nicolas Sarkozy en Libye », Le Figaro, 22 août 2011.
  10. L’éclatement de la Libye : un scénario annoncé, Bernard Lugan, Afrique réelle, 7 mars 2012
  11. Mali : quel rôle pour la France?, Arnaud Focraud, Le JDD.fr, 4 avril 2012.
  12. Chaos malien Le bilan désastreux de la géopolitique française, Rosa Moussaoui et Hassane Zerrouky, L'Humanité.fr, 11 avril 2012.
  13. Renaud Girard : après Daech, comment sauver le Moyen-Orient ?, entretien, lefigaro.fr, 28 octobre 2016
  14. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 104
  15. Comment Hollande avait prévu de frapper la Syrie, tempsreel.nouvelobs.com, 29 septembre 2013
  16. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 115
  17. Bernard Squarcini et Étienne Pellot, Renseignements français : nouveaux enjeux, Éditions ellipses, 2013, p. 13-25
  18. (en) Thierry Tardy, « CONTRIBUTOR PROFILE: FRANCE », EU Institute for Security Studies,‎ (lire en ligne)
  19. Thierry de Montbrial, Notre intérêt national. Quelle politique étrangère pour la France ?, Paris, Odile Jacob, , p. 174
  20. (en) Benedikt Erforth, « Mental Maps and Foreign Policy Decision-Making: Eurafrique and the French Military Intervention in Mali », European Review of International Studies,‎ (lire en ligne)
  21. Philippe Hugon, « La politique économique de la France en Afrique. La fin des rentes coloniales ? », Politique africaine (N° 105),‎ , p. 58 (lire en ligne)
  22. « Les intérêts économiques limités de la France au Mali », sur lefigaro.fr, (consulté le 24 novembre 2017)
  23. À l’ONU, la France reste parmi les membres les plus influents.

Bibliographie

Ouvrages

  • Paul Balta et Claudine Rulleau, La politique arabe de la France de De Gaulle à Pompidou, Editions Sindbad , L'Actuel - La Bibliothèque Arabe, , 279 p. (notice BnF no FRBNF35303790).
  • Serge Berstein, Les années Giscard : Valéry Giscard d'Estaing et l'Europe 1974 -1981, Armand Colin, , 272 p. (ISBN 978-2200345839).
  • Gérard Bossuat, Faire l'Europe sans défaire la France : 60 ans de politique d unité européenne des gouvernements et des présidents de la République française 1943-2003, P.I.E-Peter Lang S.A., , 2e éd., 630 p. (ISBN 978-9052012490).
  • Frédéric Bozo, La politique étrangère de la France depuis 1945, Flammarion, , 310 p. (ISBN 978-2081229587).
  • Robert Frank (dir.) et René Girault (dir.), La puissance française en question 1945-1949, Éditions de la Sorbonne, , 472 p. (EAN 9791035103989, lire en ligne).
  • Alfred Grosser, Affaires extérieures : La politique de la France 1944-1989, Flammarion, , 375 p. (ISBN 978-2080812094).
  • Marie-Pierre Rey, La Tentation du rapprochement : France et URSS à l’heure de la Détente (1964-1974), Éditions de la Sorbonne, , 356 p. (EAN 9791035103941, lire en ligne).
  • Georges-Henri Soutou, La guerre froide de la France 1941-1990, Tallandier, , 588 p. (ISBN 979-1021032033).
  • Georges-Henri Soutou, L'alliance incertaine : Les rapports politico-stratégiques franco-allemands, 1954-1996, Fayard, , 504 p. (ISBN 978-2213597577).
  • Maurice Vaïsse, La Grandeur : Politique étrangère du général de Gaulle, 1958-1969, Fayard, , 726 p. (ISBN 978-2213600505).
  • Maurice Vaïsse, La puissance ou l'influence ? : La France dans le monde depuis 1958, Fayard, , 660 p. (ISBN 978-2213638102).
  • Hubert Védrine, Les Mondes de François Mitterrand : À l'Elysée (1981-1995), Fayard, , 792 p. (ISBN 978-2213596211).

Articles et autres documents

Compléments

Articles connexes

Liens externes