Politique étrangère de la France depuis 1945

La politique extérieure de la France depuis 1945 a d'abord été celle de la Quatrième République, marquée par le début de la guerre froide et le gouvernement de la Troisième Force, puis celle du gaullisme. Après le départ de Charles de Gaulle, la France s'est engagée plus avant dans la construction européenne, qui avait commencé dès les années 1950.

La politique extérieure de la IVe République

La France en 1945

Pendant la Seconde Guerre mondiale, si la France perd une partie de son influence internationale par son assujettissement au Troisième Reich, la France libre, menée par De Gaulle, et s'appuyant sur les colonies, préserve une représentativité. Pour faire face aux exigences soviétiques, Churchill souhaite conserver un allié français.

De Gaulle met à l'honneur la résistance française et efface complètement la collaboration des têtes des Français, pour garder ainsi une certaine stature internationale.

Participant à l'ONU, la France se voit accorder un siège permanent à son Conseil de sécurité à l'égal de l'URSS, des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Chine.

Après guerre, la France reçoit une zone d'occupation en Allemagne, symbole de la volonté française de retrouver une stature internationale mais aussi conséquence de l'opposition de plus en plus marquée entre les deux superpuissances du moment: les États-Unis et l'URSS, qui ont chacune une idéologie différente sur la manière de gouverner. Dès lors, choisir un camp semble inévitable pour les Européens, qui vont jouer le rôle de frontière informelle entre les États-Unis et l'URSS pendant plus de 40 ans.

Le rapprochement avec les États-Unis

En 1948, la France intègre l'OECE et accepte le plan Marshall américain. En 1949, elle intègre l'OTAN. Lors de la guerre froide, la France fait partie du bloc occidental opposé au bloc de l'Est, par son adhésion à l'OTAN. Le soutien britannique lui permet bientôt d'obtenir une bombe atomique, lui octroyant une « force de dissuasion ».

Le soutien n'est pas seulement politique et économique, il est aussi culturel. En 1946, les accords Blum-Brynes sont entérinés, permettant aux films américains de faire leur entrée massive dans les salles de cinéma françaises, diffusant ainsi la culture américaine qui deviendra plus tard culture occidentale.

Les États-Unis comprennent vite les enjeux de la guerre d'Indochine. Au-delà de la décolonisation, le leader des vietnamiens indépendantistes est un communiste, Ho Chi Minh. La guerre entre donc indirectement dans la Guerre froide et les États-Unis financent l'armée française.

L'idée d'une diplomatie européenne

L'idée d'une Europe unie ne date pas de 1945, Aristide Briand prônait déjà cette option dans les années 1920. De même, la volonté d'unifier l'Europe au sein d'un même cadre juridique et monétaire s'était déjà exprimée lors des conquêtes napoléoniennes (diffusion du Code civil).

Cette idée va être accélérée par le contexte de lutte contre l'URSS. Les États-Unis, s'étant déjà assurés du soutien des Européens de l'Ouest via le plan Marshall, décident de ne pas verser un montant pour chaque État mais un montant pour tous les États. Très vite, les États européens s'organisent pour se partager les gains via une organisation, l'OECE.

C'est durant la même époque que le Conseil de l'Europe est créé, à la suite du congrès de la Haye.

Les étapes sont franchies petit à petit. Une idée germe dans les esprits des dirigeants européens de l'époque : celle d'une défense commune. Dans les années 1950, la CED est présentée aux pays européens mais c'est surtout la France qui va faire barrage à cette proposition. En effet, les gaullistes et les communistes français s'opposent à cette idée de défense commune, qu'ils voient comme une perte de souveraineté nationale. De plus, ils n'ont aucune envie d'organiser une défense commune avec l'Allemagne de l'Ouest, ennemi héréditaire. La proposition est finalement rejetée par l'Assemblée nationale en 1954, malgré la ratification de République fédérale d'Allemagne, de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas.

Les Européens de l'ouest avancent néanmoins dans le domaine économique. En 1951, la CECA est créée dans le but de maîtriser les ressources en charbon et en fer des États pour éviter toute nouvelle guerre future. En 1957, le Traité de Rome est signé, créant la CEE. Six États y sont membres: la France, l'Italie, la RFA, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. C'est le début officieux de l'Union européenne.

Le début d'une politique de décolonisation

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Europe est encore implantée en Asie et en Afrique, au travers d'empires coloniaux mis en place depuis la fin du XIXe siècle. Le domaine colonial français, second du nom, est le plus vaste au monde après l'Empire britannique, couvrant une grande partie de l'Afrique occidentale, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, l'Indochine, Madagascar, la Guyane, ainsi que de nombreuses îles de l'océan Indien et de l'Atlantique, comme la Réunion, la Guadeloupe et la Martinique.

Le conflit mondial a cependant fragilisé les empires coloniaux européens. Le cas de la France s'inscrit dans un contexte général de recul de l'idée coloniale et d'effondrement des empires devant les nationalismes indigènes. L'URSS et les États-Unis encouragent ces mouvements, comptant s'installer économiquement dans les anciennes colonies ainsi libéralisées par leur indépendance. La décolonisation française est en outre nourrie du fait de l'importance prise par les colonies lors de la guerre contre l'Axe, ayant constitué autant un réservoir d'hommes que des bases arrières pour les résistants extérieurs et les armées alliées.

Profitant de l'occupation japonaise de l'Indochine, les communistes et indépendantistes vietminhs déclarent en septembre 1945 l'indépendance du Viet Nam. La guerre d'Indochine, menée à partir de 1946 afin de rétablir l'ordre dans la colonie, est la première des deux grandes guerres de décolonisation qui concernent la France. Mais le manque de soutien manifesté au corps expéditionnaire par une métropole désintéressée, voire hostile à ce conflit lointain, et l'aide logistique accordée par la Chine communiste à partir de 1949 aux viet-minhs de Ho Chi Minh assurent peu à peu à ceux-ci la domination du terrain. En 1954, les accords de Genève entérinent la partition du Viet Nahm en deux États distincts et indépendants: la partie nord, communiste et alliée à la Chine et à l'URSS, fait face à une partie sud d'abord soumise à l'influence française, puis américaine à partir de 1955.

À la même période, la Quatrième République réforme le reste de l'empire, dans l'idée de donner une autonomie accrue aux colonies. Les Antilles françaises, la Guyane et les îles de l'océan Indien obtiennent le statut de département en 1946. La même année est créée l'Union française, qui regroupe les territoires de l'Afrique française, la Syrie et le Liban mandataires, abolissant l'indigénat et accordant la citoyenneté à ses ressortissants. Théoriquement, l'Union française est une organisation politique et économique qui remplace l'empire, jusqu'ici caractérisé par le regroupement de colonies au statut différent de la métropole, qui n'incluait pas forcément une représentation à la Chambre des députés ou au Sénat. En 1960, les territoires africains (excepté l'Algérie) restés attachés à la métropole obtiennent définitivement leur indépendance.

La décolonisation française reste cependant particulièrement marquée par la seconde des guerres menées par la France dans son empire: la guerre d'Algérie. Si la Quatrième République assouplit le régime colonial et reconnaît l'indépendance de l'Indochine, de la Tunisie (1956) ou du Maroc (1956), elle refuse néanmoins toute sécession de l'Algérie, qui est alors constituée de trois départements. Les attentats d'Alger de 1954 ouvrent une période de conflit qui marquera durablement l'esprit des Français. Aboutissant à la chute de la Quatrième République (1958) puis à l'indépendance de l'Algérie (1962), cette période, meurtrière, signe la fin d'un processus de décolonisation, qui voit la France devoir établir de nouveaux liens avec ses anciennes possessions africaines, parfois dénoncés comme reflétant une politique néocolonialiste.

La politique gaullienne

Une volonté de souveraineté nationale

De Gaulle ne tarde pas à retirer la France du commandement intégré de l'OTAN en 1966 pour conserver une politique internationale indépendante. Par ailleurs, le Général n'hésite pas à s'allier ou à se rapprocher de puissances qu'il juge indépendantes des blocs, ce qui est le cas avec la Chine de Mao Zedong, en rupture avec l'URSS au début des années 1960. La France reconnaît d'ailleurs la Chine Populaire durant la présidence de de Gaulle.

La France se dote d'une arme nucléaire durant sa présidence, affirmation de la souveraineté française.

La France, à la suite du traité de Rome, est membre de la CEE. De Gaulle, bien qu'hostile au traité, le ratifie dans le but de le diriger vers une « Europe des nations », et mandate la mise en place des plans Fouchet (1961-1962) destinés à établir une souveraineté politique européenne ; les autres Européens souhaitant une Europe d'ordre supra-nationale et refusant la prise de distance d'avec les États-Unis prônée par ces plans font bloc contre ces propositions. Le conflit s'exacerbe en juin 1965 lorsque l'on émet l'idée de prendre les décisions à la majorité qualifiée au sein de la CEE pour remplacer l'unanimité. C'en est trop pour de Gaulle qui, pendant six mois, pratique la politique de la chaise vide afin de ne jamais réunir tous les membres de la CEE, donc de ne pouvoir voter aucune décision — puisqu'il faut que tous les membres soient d'accord afin qu'il y ait une prise de décision. De Gaulle obtient satisfaction avec un compromis (Compromis du Luxembourg) entre la France et les autres États membres en 1966, et l'incident est clos[1].

La fin de la décolonisation

Dans le même temps, la France finit la décolonisation qui touche son empire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Afin de garder une influence sur les territoires dont elle s'est officiellement retirée, elle établit des relations particulières avec ses anciennes colonies — marquées notamment par la francophonie —, tout en se mettant également à endosser de nouvelles obligations et responsabilités à leur égard [pas clair].

L'Europe gaullienne

Pour de Gaulle, l'Europe doit être un troisième bloc, qui ferait face aux deux autres, à savoir américain et soviétique. De Gaulle considère alors que les Britanniques sont le « cheval de Troie » des Américains en Europe. Il bloque ainsi les tentatives d'inclusion du Royaume-Uni au marché commun par deux fois, en 1963 puis en 1967. C'est à ce moment précis qu'il prend conscience que seule l'Allemagne peut s'aligner sur les projets européens français de de Gaulle, à savoir une Europe constellée de patries qui garderaient leur identité nationale et qui seraient liées uniquement via l'économie.

Le début d'une amitié franco-allemande

Article détaillé : Traité de l'Elysée.

De Pompidou à l'effondrement de l'URSS

Politique au Proche-Orient

Progression de l'idée européenne

De Gaulle considérait le Royaume-Uni comme trop proche des États-Unis pour entrer dans la CEE. Il a donc pratiqué la politique de la chaise vide lors du débat sur l'admission du Royaume-Uni à la CEE. Lorsque de Gaulle quitte le pouvoir, les choses s'accélèrent et Pompidou accepte que les Anglais entrent dans la CEE en 1972.

Au-delà du Royaume-Uni, la construction européenne continue. La Grèce, l'Espagne et le Portugal, libérés de leurs dictatures respectives, adhèrent à l'union dans les années 1980. La construction européenne est également relancée par de nouvelles idées et dans la volonté européenne d'être le troisième acteur des relations internationales avec les États-Unis et l'URSS. L'idée d'une Europe fédérale, longtemps repoussée par les idéaux gaullistes, germe dans l'esprit des dirigeants européens de l'époque. C'est dans cette dynamique que le Parlement européen est créé en 1979. En 1986, sous l'impulsion de Jacques Delors, l'Acte Unique est signé entre les membres de l'union. Des tentatives de mise en place d'une monnaie unique sont également effectuées, mais l'idée d'une monnaie européenne n'est pas encore dans les esprits des dirigeants contemporains, qui souhaitent garder leurs monnaies respectives afin de pouvoir dévaluer ou réévaluer leur monnaie en cas de crise ou de croissance.

Relations privilégiées avec les anciennes colonies

La France : toujours un pays du bloc occidental

La France est plongée dans la crise économique à partir du premier choc pétrolier, en 1973. Sous l'initiative du président de la République Valéry Giscard d'Estaing, un groupe des cinq pays les plus puissants au monde est créé : le G5 (l'URSS n'y figure alors pas).

La France soutient constamment les actions américaines et celles liées à l'OTAN, notamment depuis l'invasion soviétique en Afghanistan en 1979.

Depuis 1991 : relations extérieures dans un monde multipolaire

Le politiste Bertrand Badie estime que la politique étrangère française connaît une rupture avec le sommet du G8 2003 : celui-ci voit « un spectaculaire rapprochement avec Bush, concrétisé par la rédaction franco-américaine de la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies qui exigeait notamment, à la satisfaction d’Israël, le retrait du Liban des troupes syriennes et la dissolution des milices libanaises. [...] A priori essentiellement pragmatique et destiné à préserver les intérêts économiques et politiques de la France qui souffraient, surtout aux États-Unis, du French bashing, ce virage de la politique française est devenu clairement idéologique lorsqu’à l’élection de Sarkozy, on a commencé à évoquer à Paris, la « famille occidentale » et les « valeurs de l’Occident », marqueurs classiques du néoconservatisme, avant de décider le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN »[2].

Les présidences de Nicolas Sarkozy et de François Hollande sont toutes deux marquées par une orientation interventionniste qui s'explique à la fois par la domination du courant néoconservateur ou occidentaliste dans le corps de stratèges, de conseillers politiques et de diplomates et, selon le politologue Christian Lequesne, par le besoin pour la France d'affirmer son rang en utilisant un moyen d'action dont ne dispose par le rival allemand[2].

Cette politique interventionniste se manifeste lors de guerre civile libyenne de 2011 pendant laquelle le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé prône une intervention de la communauté internationale, sous le prétexte de protéger les populations civiles contre les violences commises par les troupes de Mouammar Kadhafi. Parvenant à rallier les Chinois et les Russes à une résolution établissant une zone d'exclusion aérienne en Libye et autorisant « toutes les mesures nécessaires »[3], elle débouche sur une intervention militaire des forces de l'OTAN et la mort de Mouammar Kadhafi. Par la suite, analysant les résultats de cette intervention armée, des spécialistes du monde arabe se rejoignent pour décrire les conséquences néfastes de cette intervention avec la destruction de l'État libyen dont le pouvoir local est assuré par des tribus régionales[4], les succès de l'islamisme dans la région et la déstabilisation de la zone sahélo-saharienne[5] entraînant notamment le coup d'État militaire de 2012 au Mali[6].

Cette politique étrangère alignée sur celle des États-Unis conduit à un affaiblissement notable du rôle de la France au Moyen-Orient, affaiblissement marqué notamment par son exclusion de facto des grandes conférences sur le conflit syrien[7]. Dans un conflit où la diplomatie française s'est illustrée par son caractère très offensif contre le régime de Damas[8] et a dû faire marche arrière faute du soutien du gouvernement américain[9], l'attitude du ministère des Affaires étrangères français est décrite comme « un mélange d'indignation morale, d'agressivité verbale et d'impuissance militaire », ayant pour conséquence que la France est l'un des pays ayant le plus perdu sur le plan diplomatique dans ce conflit[10], un résultat qualifié de « fiasco politico-médiatique »[11].

Notes et références

  1. Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire du XXe siècle, Tome 2 Le monde entre guerre et paix (1945-1973), Hatier, 2011
  2. a et b René Backmann, « Hollande et ses guerres (3/3). Comment les néoconservateurs influencent le pouvoir », sur Mediapart, (consulté le 5 juin 2016).
  3. « Le pari gagné de Nicolas Sarkozy en Libye », Le Figaro, 22 août 2011.
  4. L’éclatement de la Libye : un scénario annoncé, Bernard Lugan, Afrique réelle, 7 mars 2012
  5. Mali : quel rôle pour la France?, Arnaud Focraud, Le JDD.fr, 4 avril 2012.
  6. Chaos malien Le bilan désastreux de la géopolitique française, Rosa Moussaoui et Hassane Zerrouky, L'Humanité.fr, 11 avril 2012.
  7. Renaud Girard : après Daech, comment sauver le Moyen-Orient ?, entretien, lefigaro.fr, 28 octobre 2016
  8. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 104
  9. Comment Hollande avait prévu de frapper la Syrie, tempsreel.nouvelobs.com, 29 septembre 2013
  10. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 115
  11. Bernard Squarcini et Étienne Pellot, Renseignements français : nouveaux enjeux, Éditions ellipses, 2013, p. 13-25

Articles connexes

Liens externes